Lise Willar - Ecrits

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Mon fils et moi 

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(
Mon fils et moi )

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(
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                      Paris-San Francisco via Washington D.C.

J’ai été heureusement occupée durant deux semaines par la visite de mon fils cadet qui réside à San Francisco depuis de nombreuses années. Bien que j’aie pratiquement perdu l’habitude de partager mon appartement et que la présence de ce garçon qui vit à cent à l’heure et ne dort jamais ait quelque peu perturbé ma vie simple et tranquille, j’ai tellement regretté son départ pour l’aéroport qu’à peine m’avait-il quittée que je commençais le décompte des heures qui me séparaient d’un nouveau séjour avec lui.

« System Engineer » au Centre d’Informatique de la Banque d’Amérique, il a poursuivi ma formation à l’ordinateur qu’il m’avait fait acheter l’année précédente et j’ai même compris (en tout cas je le présume) la fonction des mégaoctets : ils constituent apparemment la mémoire de mon engin (devrais-je dire de mon disque dur ?) Mon fils a fait passer cette mémoire de 32 à 64 mégaoctets afin que je n’aie plus la crainte de ne pouvoir aller au bout de mes écrits. Je me sers en effet plus du logiciel de traitement de texte Clarisworks que je ne « surfe » sur le web bien que je sache aller parfaitement, oui parfaitement, sur Internet ! Ce n’est pas beau ça, à soixante dix sept ans et déjà des poussières ?

France Telecom va même me poser dans quelques jours la DSL afin que je puisse me connecter vingt quatre heures sur vingt quatre. Dans quelle mesure avais-je besoin de ce chambardement de mes habitudes, je ne sais pas encore mais j’envoie et je reçois de nombreux mails et récemment mon frère m’a inscrit à Webencyclo, une encyclopédie qui a son site sur Internet et me permet de ne pas toujours recourir à l’Encyclopaedia Universalis que déjà je n’ai plus en volumes mais en une disquette qui en couvre plus de cinquante... J’ai bien sûr découvert des jeux intéressants : un de mes amis par exemple qui est un bridgeur de 1ère série nationale après avoir été durant plusieurs années champion du monde de scrabble a été choisi par Michel Field pour s’occuper du jeu francophone sur le site « alatélé. » Mon fils aîné m’a dit d’aller sur « Flipside » où je trouverais une autre façon de jouer au scrabble dans sa conception « wordox. » Ceci dit, je ne tiens pas à transformer mon ordinateur en un centre ludique car j’ai tant de choses à écrire et à traduire que justement vingt quatre heures ne me suffiraient pas à tout faire. Alors, les jeux, ce sera pour quand je serai vieille !

Mais revenons tout de même à mon fils cadet car c’est de son départ dont il s’agit tout de même et non de mes aventures avec un ordinateur. Et puis tout l’enseignement qu’il m’a prodigué ne l’a pas empêché d’aller avec sa soeur venue spécialement de Montpellier voir les expositions les plus récentes et d’apprécier en sa compagnie et à leur juste valeur mes petits gueuletons fins. Je m’égare encore, revenons définitivement à son départ et surtout à son embarquement : après avoir déposé la voiture de location au parking adéquat, il est parvenu à l’enregistrement avec quatre fois plus de bagages qu’à son arrivée d’un poids d’environ quarante kilos constitués de vêtements pour Sara, sa fillette de cinq ans à laquelle la taille 10 ans convient à peine. Je lui avais donné une de mes plus grosses Samsonites avec un grand sac assorti. L’hôtesse d’Air France, après lui avoir fait remarquer sèchement qu’il avait un excès de bagages et devait régler illico presto 1300 francs (650 par valise excédentaire), le pria s’il ne voulait pas acquitter la somme de bien vouloir mettre les effets de deux valises dans une seule, ce qu’il fit avec l’aide de messieurs complaisants qui ôtèrent même leurs chaussures avant de monter sur la valise afin de mieux tasser !

Je vais poursuivre mon récit mais je voudrais toutefois qu’on m’explique, car mon fils quand il m’a téléphoné de l’aéroport ne l’a pas fait, comment le poids d’une valise bourrée pouvait équivaloir à la moitié de celui des deux bagages précédents ? Qu’allait-il d’ailleurs faire de la valise vide si le poids n’était pas en cause mais seulement le nombre de bagages ? Peut-être la laisser à une consigne, me laissant le soin de la récupérer par la suite ? De toutes façons, foin de mes hypothèses, quand Jean-Claude rejoignit le desk en nage, la dame avait changé radicalement de ton. Un coup de téléphone venait en effet de l’avertir qu’un élément nouveau était survenu dont elle annonça la teneur, pleine de regrets et de sollicitude pour celui qu’elle avait accueilli si fraîchement : l’avion de San Francisco était surbooké et mon fils ne pouvait embarquer malgré qu’il ait dûment confirmé son retour. La compagnie lui proposait un remboursement de 2000 francs en liquide, le transport gratuit de tous ses bagages et un bon pour déjeuner dans un restaurant de l’aéroport de son choix, s’il donnait son agrément pour s’envoler à San Francisco via Washinton, DC.

Jean-Claude ayant accepté cette proposition (que pouvait-il faire d’autre puisque reprenant son travail le lundi suivant il ne pouvait attendre un autre vol direct ?) enregistra « tous » ses bagages, partit déjeuner tranquillement puisque son  nouvel avion ne décollait pas avant seize heures et revint à temps à la salle d’embarquement. Une autre hôtesse d’Air France, après avoir renouvelé ses excuses, lui annonça qu’il voyagerait en « classe affaires » et « se permit » de l’accompagner jusqu’à sa place, un fauteuil lit face à une télévision  personnelle. Après avoir fait l’aller sur un siège cassé dans un appareil bourré de monde, ce dont il s’était plaint à la compagnie vu le pris déjà élevé du billet en classe touriste, que pouvait-il rêver de mieux et de plus confortable ? Ajouterai-je comme il me l’a raconté en me téléphonant sa bonne arrivée à San Francisco que le dîner se composait entre autres de caviar, de saumon, de foie gras et qu’il eût pu arrosé ce festin de champagne s’il n’avait renoncé depuis longtemps aux boissons alcoolisées.

A son  arrivée à Washington, une troisième hôtesse d’Air France lui facilita le passage de la douane et l’accompagna jusqu’au bâtiment de United Air Lines. Deux heures d’attente et il revenait à la réalité en se retrouvant parmi les gens normaux. Il eut cependant la chance de pouvoir dormir durant tout le trajet car, repus, il avait demandé qu’on ne le réveille pas pour une quelconque collation et, grâce au ciel, le projecteur de films était détraqué. Malgré l’heure et demie de survol de la ville enveloppée d’un brouillard épais qui empêchait l’atterrissage, mon fils m’a déclaré qu’il avait fait le plus beau voyage de sa vie après avoir passé quinze jours merveilleux en ma compagnie. C’était gentil. Je me permets d’ajouter que le surbooking est un concept relativement nouveau en France mais qu’on le pratique depuis des années aux Etats-Unis sans états d’âme. J’ai été personnellement détournée vers d’autres aéroports et subi des changements d’avion sans que jamais je ne reçoive une excuse de la compagnie américaine concernée.

Je me souviens pourtant d’une aventure amusante qui m’est arrivée alors que pour la première fois j’avais eu la possibilité d’atterrir sur le nouvel aéroport international de Newark, New Jersey, en provenance de San Francisco ou du Canada, je ne me souviens plus d’ailleurs. Mon ami médecin avait tenu à me faire honneur en m’envoyant une limousine pour me ramener chez lui. A la dernière minute, je fus déroutée sans préavis sur Kennedy Airport et j’eus tout juste le temps de prévenir Vincent afin qu’il n’envoie pas la voiture mais vienne me chercher dans la sienne à New York. Il était dit que je me retrouverais tout de même dans une voiture de luxe : quand vint le jour de mon départ et Vincent étant à l’hôpital ou à son cabinet, je demandai un taxi pour l’aéroport. Au bout de quelques instants je vis arriver une jeune fille au volant d’une confortable limousine blanche et, comme je montrais mon étonnement, elle me rassura en me disant que je n’aurais aucun supplément à payer. Elle devait en effet ramener dans le New Jersey un couple qui pour une occasion mémorable s’offrait le luxe de ce que nous appelions autrefois en France une voiture de place. Ceci dit et pour revenir à nos moutons ou plutôt au surbooking, il viendra en France et c’est la raison  pour laquelle je suis contente que Jean-Claude ait pu encore profiter de notre inexpérience.