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Lise Willar - Ecrits |
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, La Magie des nombres et des chiffres J’étais
prête à partir à la FNAC pour acheter « Les Mystères des Chiffres »,
le nouveau livre de Marc-Alain Ouaknin, quand la neige s’est mise à tomber,
m’empêchant de mener à bien mon projet. Elle tombe toujours et je suis bien
décidée pourtant à ne plus quitter le domaine des nombres et des chiffres même
si je n’ai pas tout de suite en mains l’ouvrage que j’ai envie de lire :
ils me poursuivent en effet depuis longtemps puisque j’ai fait il y a
plusieurs années pour un livre que j’avais l’intention d’écrire des
recherches sur les nombres et les chiffres dans la kabbale et dans l’ésotérisme
soufi. Ils ont continué à m’être proches depuis plus d’un an à travers
les poèmes que j’ai traduits avec mon ami Blake Dawson et qui s’intitulent
en anglais « Prime » (Nombres Premiers.) Je me suis alors dit que
Monsieur Ouaknin devrait attendre que le beau temps revienne mais que je
n’allais pas pour autant ne rien faire et ne pas évoquer le sujet. Tout
d’abord, j’en reviens à « mes » poèmes : J’ai écrit
une fois que Blake Dawson qui n’a pas de conception religieuse affirmée
transcende peut-être la notion d’amour que nous délivrent les poètes soufis
en la rendant plus qu’essentielle, « primale. »[1]
En ceci, il rejoint la kabbale. En effet, si
dans la kabbale, le débutant n’a pas le pouvoir de trouver le secret du Verbe
et par conséquent de la vie, ceux qui se laissent instruire connaissent
l’extrême facilité que cet instrument de la pensée permet à l’homme de découvrir.
L’Homme, parce qu’il est libre, peut s’égarer. La kabbale a cette faculté
de l’orienter par la voie des Nombres. La pensée est aidée quand la mathématique
lui sert de canevas, l’erreur est vite perçue, les preuves sont éclatantes
et irréfutables, les recoupements multiples et lumineux. La kabbale contient
toutes les clefs de la Vie, le contrôle du Verbe, les recoupements
significatifs et les liens de tous les aspects de la Vie, de la science et de la
connaissance. J’aurais pu me contenter de cette explication
pour laisser entrevoir au lecteur la force du verbe chez notre poète mais je me
suis permise auparavant de prendre un exemple dans la Gematria pour affirmer mon
propos en rappelant que le mot « Gematria » provient du mot hébreu
« gematryyia » (numérologie), du grec « geometria. »
C’est un procédé utilisé principalement par les kabbalistes qui consiste à
remplacer les lettres d’un mot ou d’une phrase par leur valeur numérique
pour ensuite les additionner afin d’obtenir une valeur totale qui sera associée
à ce mot ou à cette phrase. Les mots de même valeur en gematria possèdent un
sens rapproché que les kabbalistes utilisent afin d’aller chercher la
signification profonde cachée derrière le mot. A chaque lettre de l’alphabet
hébreu correspond une valeur numérique : Aleph 1 - Beth 2 - Guimel 3 - Daleth 4 - Hé 5 - Vav 6
- Zayin 7 - Heith
8 - Teith 9 - Yod 10 - Kaf 20 - Lamed 30 – Mem 40 – Noun 50 - Samekh 60 - Ayin 70 - Pé 80 -
Tsadé 90 - Kof 100
- Reish 200 - Shin 300 - Tav 400 – Ainsi l’ordre de Jacob à ses fils de
« descendre » (hebr. Redou = 210) en Egypte et d’y acheter du blé
pour combattre la famine (Gn 42,2) est interprété par déduction comme
signifiant que le séjour des Hébreux en Egypte durera deux cent dix ans (GnR
91,2.) Un autre exemple : le fidèle serviteur d’Abraham, Eliezer (=318),
est aussi précieux que les trois cent dix-huit personnes de sa maisonnée (Ned
32a.) Certains nombres apparaissent fréquemment
dans la Bible : le nombre 6 est souvent appelé nombre parfait parce que la
Bible commence par le mot « berechit » que la tradition
kabbalistique décompose en deux mots « bara chit », littéralement :
« Il a créé six. » Pour les kabbalistes, le commencement, la genèse
de l’univers s’inaugure par la création du « six. » Le nombre
sept est probablement le plus commun. Il fut considéré comme spécialement
propice, le chabbat intervenant le septième jour de la semaine. L’année
chabbatique tombe tous les sept ans. La fête de Pessah dure sept jours ainsi
que celle de Soukkot. On appelle sept hommes pour la lecture de la Torah le
chabbat. On fait sept fois le tour de la synagogue à Hochana rabba et à Simhat
Torah. Le chandelier à sept branches plus communément appelé en hébreu « la
menorah » que l’on appelait
autrefois le « vigilant », est une « mémoire »
qui a été ordonnée au culte d’Israël. Elle avait pour but, de
comptabiliser le temps que Dieu aurait imparti à notre humanité pour pardonner
une faute qu’Il ne pouvait absoudre sans Rédemption… Nous savons,
selon le texte, que six jours ont été nécessaires pour organiser le monde de
la création tandis que pour l’homme, ce même nombre de jours correspond à
un temps de souffrance ou un temps de labeur. De la même manière, un jour ou
une chandelle, si elle est la septième, représente symboliquement le temps
d’un repos ou un temps consacré à une élévation spirituelle. Car lorsque Dieu comptabilise le temps,
Il met forcément à contribution l’effort de la pensée humaine. Si pour un
homme mille ans est un nombre ordinaire, il n’en va pas de même pour Dieu qui
ne comptabilise pas les nombres à la manière des hommes en particulier parce
qu’Il n’utilise pas systématiquement des nombres avec des chiffres ronds
comportant des zéros, s’ils sont à même de déformer la vision naturelle
d’une éventuelle perfection. La base 9, ainsi qu’une valeur
quelconque qui se réduit à 9, est le fondement même sur lequel repose
l’ensemble des « nombres divins. » En clair, nous dirions que 1000 années
pour Dieu ne correspondent numériquement qu’à 999 années. Chaque chandelle
commémore donc la durée de 999 années. De sorte que, l’addition des six
chandelles - qui représentent respectivement selon le texte sacré les six
mille ans depuis Adam et Eve jusqu’à nos jours - nous permet
d’obtenir le nombre suivant… 999 x 6 = 5994.
Nous devrions ainsi comprendre que la mortalité humaine est proportionnelle à
la durée des six chandelles que Dieu a ajoutées au chandelier des hébreux.
Or, il se trouve que le nombre 5994 est un nombre qui exprime spirituellement le
contraire de la vie éternelle. Une ambivalence qui nous laisse imaginer que le
nombre de vie devrait correspondre plus exactement au nombre 4995. Pour mieux comprendre l’explication
de cette idée, nous devons nous faciliter la tâche en comptabilisant des
centaines au lieu de milliers, de sorte que le nombre 999 devienne 99. L’opération
précédente est donc la suivante : 99 x 6 = 594. Et son contraire, correspond désormais
au nombre de vie qui est précisément le nombre 495. Le
nombre dix apparaît dans la requête finale d’Abraham à Dieu pour sauver
Sodome au cas où l’on y trouverait dix justes, dans les Dix Commandements et
dans la dîme (dixième part) qui devait être donnée aux lévites et aux
pauvres. Il faut dix hommes pour former un quorum de prière (mynian). Quand dix
hommes sont présents, on récite une introduction élargie des actions de grâce
après le repas…[2] Puisque
je viens de parler de la kabbale et de la gematria, Je me dois maintenant de souligner la correspondance entre l’Alphabet hébraïque
et les tarots. Je voudrais donc citer deux titres de livres écrits par Paul
Foster Case[3]
« Le
livre des signes et témoignages » et « La doctrine secrète du
tarot » : Le premier révèle la signification des 22
lettres de l’Alphabet Sacré et des 22 arcanes du Tarot. Cet enseignement où
Kabbale et Méditation sont étroitement liées est issu de l’une des plus
anciennes traditions de l’humanité. Le second nous dévoile les rapports
entre le Tarot et la Tradition Secrète. Il nous introduit à la sagesse hébraïque,
à la signification occulte des nombres et nous apprend comment est construit le
tarot. Il nous donne les clefs majeures de chaque lame en relation avec la
kabbale et la signification divinatoire des lames majeures et mineures. Un autre livre a attiré mon attention,
celui de A.D. Grad[4]
qui est l’ auteur d’un Traité des Principes Kabbalistiques et des
considérations traditionnelles sur l’alphabet hébreu et les sefirot, nom
kabbalistique donné aux dix émanations à travers lesquelles se manifeste la
divinité. Le terme sefirot provient du Séfer Yetsirah, ouvrage
de spéculation cosmogonique composé au troisième ou quatrième siècle de
notre ère qui « brode » sur les dix premiers nombres (un à dix) et
discute les dimensions de l’univers. Le livre de A.D. Grad expose les
propositions étonnantes de Géométrie sacrée qui conduisent à la réalisation
de la trisection de l’angle. Un théorème hébraïque dissimulé dans le
Traité de la Formation permet à tout homme de bonne volonté de
participer à la création du monde et d’exalter le Nom du Maître de Tout. La
Kabbale de l’Or Philosophal qui complète l’ouvrage, livre avec le nombre du
Golem, une grammaire hébraïque de l’Art hermétique. Mais
la gematria ne fut pas seulement utilisée pour les textes écrits en hébreu :
les Grecs, les Arabes et les chinois avaient aussi l’habitude de cette forme
d’étude. J’aimerais rappeler ici l’importance de Pythagore, mathématicien
grec de la fin du sixième siècle avant notre ère, qui fonda l’école des
Pythagoriciens dont la devise était « Toutes choses sont des nombres. »
Nous avons tous appris le célèbre théorème qui était d’ailleurs connu des
Babyloniens (cent ans avant Pythagore !) et qui fut appelé « théorème
de la mariée » chez les Grecs, « chaise de la mariée » chez
les Indous, « figure de l’épousée » chez les Perses pour la réciproque
du théorème. Je ne vais donc pas l’énoncer ici mais je parlerai des
« triplets » qui vérifie la relation de Pythagore a²+b²=c² :
(3 4 5) - (5 12 13) - (6 8 10) - (7 14 25) - (8 15 17) - (12 16 20) - (12 35 37)
- (15 20 25) - (15 36 39) - (20 21 29) - (119 120 169) – Les triplets sont
connus des maçons qui les utilisent pour « fabriquer » des angles
droits. Embarquée
comme je l’étais dans cet examen des nombres et des chiffres, j’ai bien sûr
recherché des informations et je suis tombée sur le « Dictionnaire
des Nombres. » Je n’ai pas été impressionnée mais hallucinée en
constatant que les chiffres et les nombres avaient sans doute eu depuis la plus
haute antiquité autant d’adeptes que les mots et surtout que des hommes tel
que Pierre Eugène Villemin, Ingénieur diplômé de l’Institut National des
Sciences Appliquées, les avaient pratiqués, aimés, s’en étaient pénétrés
depuis leur enfance à tel point que ce chercheur a pu écrire : Je
collectionne les
nombres depuis plusieurs lustres (un lustre=5 ans.) La passion est venue par la
découverte des « carrés magiques » à l’âge de huit ans.
Plusieurs ouvrages mis sur mon chemin d’enfant m’ont marqué :
Dictionnaire Larousse illustré - Découverte des mathématiques par Irving
Adler - La science et l’hypothèse de H. Poincaré (1903) – Théorie et
Pratique de la rédioélectricité de L. Chrétien-Chiron (1959.) J’ai
collectionné les nombres sur des cartes perforées d’ordinateur puis sous
forme de fiches informatiques à partir du début des années 1980. Ma dernière édition de ce
document (1997), en caractères taille 10, donnait un bloc de papier de plus de
10 cm d’épaisseur. Je dispose de plusieurs centaines d’ouvrages sur
le sujet, surtout de langue anglaise et aussi, d’origine indienne,
des milliers de pages d’articles.
L’avènement d’Internet
offre de nouvelles possibilités... Il est bien évident que les lecteurs
intéressés pourront se reporter à ce « Dictionnaire ou Almanach des
Nombres » Je ne veux donner ici que deux exemples de ce que je me suis
permis d’appeler « La magie des nombres et des chiffres » :
Le 2 et le 3. Ils suffiront largement, je crois, à illustrer mon propos en ce
qui concerne tout au moins ce dictionnaire : Le nombre 2 comme symbole : dualité
du monde, opposition et équilibre, masculin et féminin, jour et nuit, matière
et esprit, bien et mal… Le nombre 2 en Inde : les dieux
jumeaux, le couple primordial, les yeux, les bras, les chevilles, les ailes… Le nombre 2 dans l’ésotérisme
biblique : 2 = shtayim : différence, dualité, instabilité. Le nombre 2 associé à la lune :
comme une reine, attractif, taciturne, délicat… Le nombre 2 chez Pythagore : 2 est
femelle, pair et oblong, il est opposé à 1 en tous points, il est l’essence
de la non limite, le chaos, l’absence de la forme et de la discipline.
(Rappelons que l’école de Pythagore dont j’ai parlé plus haut forme des
liens entre arithmétique, géométrie et ésotérisme. Ses disciples sont à
l’origine des nombres figurés ou géométriques, eux-mêmes points de départ
du nombre premier.) Le nombre 3 en mythologie : 3 fois
3 Muses, 3 Grâces, 3 Furies, 3 Parques, 3 Gorgones, 3 Erinyes, 3 Déesses de
Paris, la triade capitoline : Jupiter, mars, Quirinus, Hermès Trismégiste,
les Horaces et les Curiaces, le triangle oedipien. Le nombre 3 dans le monde : Monde
terrestre, Enfer et Paradis, Trois dimensions de l’espace. Le nombre 3 en religion : Trinités
divines de Grèce, d’Egypte, de Babylone, La Sainte Trinité, Pierre renie le
Christ par trois fois, Le Christ entre deux larrons, les trois Maries, les Trois
Rois Mages. N’est-ce pas fascinant ? Mais je
crois avoir trouvé encore plus magique sur un site appelé « Oasis
francophone » qui est pratiquement une encyclopédie de toutes les
connaissances nécessaires à des étudiants, des professeurs, des chercheurs,
des passionnés d’art, de littérature ou de tout ce qui peut procurer le
bonheur de raconter. Je vais ainsi vous raconter l’histoire merveilleuse de
trois nombres ou chiffres, le zéro, le Pi et le nombre d’or. Histoire du zéro : L’histoire du zéro est une véritable
aventure et un tournant fondamental dans la conception du système de numération.
Pour les Grecs de l’Antiquité, le 1 est ce qui existe, le 1 n’est pas un
nombre mais ce par quoi le nombre est, donc tant que les nombres sont considérés
comme une répétition d’unités, la suite des nombres commence par 1 et il en
va de même pour les chiffres romains. Cependant il existait déjà chez les
Babyloniens au 3ème siècle avant notre ère un certain zéro mais
ce dernier ne représentait pas la notion de quantité. Ils avaient développé
un système de numération de position en base 60. Ils nous ont d’ailleurs légué
ces fameux problèmes de division du temps en heures, minutes, secondes ainsi
que le cercle divisé en 360 degrés avec des degrés répartis en 60 minutes et
des minutes partagées en 60 secondes. Les savants astronomes mayas mirent au
point au cours du premier millénaire de notre ère une numération de position
en base vicésimale (base 20.) Les Indiens s’interrogèrent à leur tour :
Combien de grains de sable, d’étoiles,
de gouttes d’eau dans l’univers ? Pour y parvenir, ils développèrent
une deuxième idée : donner une valeur différente au chiffre selon sa
position. Prenons le nombre 1 934 221. Le chiffre 1 à l’extrême droite vaut
une unité. A l’extrême gauche, il en vaut un million. Désormais tout
devenait possible ou presque mais il manquait encore quelque chose
d’essentiel… Les astronomes indiens qui mirent au
point le système décimal de position en arrivèrent au même point que les
Babyloniens lorsque vint le temps d’indiquer une décimale manquante à un
nombre. S’il était aisé d’écrire 923, il l’était moins d’imaginer
901. Les Indiens contournèrent l’obstacle en faisant appel au mot sanskrit
« shûnya » signifiant « vide » et, par extension
« zéro. » Puis ils franchirent la dernière étape : parfaire
le concept du zéro et l’enrichir de sa signification numérique actuelle.
Rapidement le concept devint le synonyme de ce qu’on appelle aujourd’hui le
« nombre zéro » ou « la quantité nulle. » Et c’est
alors que le « shûnya » fut rangé dans la catégorie des « Samkhyâ »,
c’est-à-dire celle des « nombres. » En 628 de notre ère,
Brahmagupta décrivit ses propriétés ainsi : « Lorsque le zéro
est ajouté ou soustrait d’un nombre, celui-ci demeure inchangé. Un nombre
multiplié par zéro devient zéro. » Notre zéro était né. Traduit en
arabe du sanskrit « shûnya » devint « sifr. » Il sera
introduit en occident au 12ème siècle. Histoire de Pi : Elle est peut-être encore plus belle
que celle du zéro et ravira sans doute les poètes. L’auteur des lignes
suivantes qui n’est pas nommé sur le site « Oasis Francophone »
raconte : Il est beaucoup plus facile de mémoriser un poème qu’une
suite de chiffres comparables à 126 décimales de Pi. Qui pourrait retenir un
tel nombre : 3,14159265358979328462643383279502884197169 Voici le poème qu’il a composé, le
nombre de lettres de chaque mot représente les décimales de Pi, un mot de dix
lettres représente le chiffre zéro : Que j’aime à faire apprendre
un nombre utile aux sages. Glorieux Archimède, artiste ingénieux ! Toi, de qui Syracuse, aime
encore la gloire, Soit ton nom conservé par de
savants grimoires. Jadis, mystérieux, un problème
existait. Tout l’admirable procédé, L’œuvre était étonnante ! Que Pythagore découvrit aux
anciens Grecs : Ô quadrature ! Vieux
tourment du philosophe ! Sybilline rondeur, trop
longtemps vous avez Défié Pythagore et ses
imitateurs ! Comment intégrer l’espace
plan circulaire ? Former un triangle auquel il équivaudra ? Nouvelle invention ; Archimède
inscrira Dedans un hexagone ; Appréciera
son aire Fonction du rayon. Pas trop ne
s’y tiendra ! Dédoublera chaque élément antérieur ; Toujours de l’orbe calculée
approchera ; Définira limite ; enfin,
l’arc, le limiteur De cet inquiétant cercle,
ennemi trop rebelle ! Professeur, enseignez son problème
avec zèle… Histoire du nombre d’or : Le nombre d’or appelé également
divine proportion a eu de nombreuses applications en sculpture, en peinture, en
architecture. La pyramide de Kheops, l’acropole d’Athènes et en particulier
le Parthénon, le tableau de Botticelli « La Naissance de Vénus »
et plusieurs autres œuvres de la Renaissance ont été conçues d’après ce
nombre aux propriétés magiques : à remarquer que c’est le seul nombre
qui lorsqu’on lui soustrait l’unité devient son propre inverse. Le nombre d’or est ainsi la valeur de
la proportion qui résulte du partage d’un segment de droite d’une façon à
la fois dissymétrique et harmonieuse. Il vaut 1,618. Un « triangle d’or » est
un triangle isocèle dont les longueurs des côtés sont le rapport du nombre
d’or. Il existe aussi « le rectangle d’or » et « la
spirale d’or. » le nombre d’or est la clef mathématique de
l’harmonie de notre monde comme Pi et la clef de toute forme ronde.[5] Alors, qu’en dites-vous ? Bien sûr,
j’aurais pu vous conter l’histoire de pratiquement tous les nombres (dans
l’ordre alphabétique) abondants, algébriques, amicaux, automorphes, composés,
déficients, figurés, irrationnels, jumeaux, linéaires, magiques,
narcissiques, naturels, négatifs, ondulants, parfaits, polyédriques, premiers,
rationnels, transcendants, transfinis, triangulaires, vampires (oui ! Il
existe des amis, des mages, des narcisses, des vampires… dans le monde des
mathématiques.) Si j’ai choisi ces trois-là, c’est parce qu’on peut les
aborder comme les héros merveilleux des contes de fée ou des Mille et une
nuits, avec un plus qui ne gâte rien : le fait que ces histoires
s’appuient sur du concret tout en titillant notre imagination. Enfin, pour mon
compte, j’ai adoré les lire et vous les conter. Je crois que je vais me faire avaler par les nombres
et les chiffres, aussi magiques soient-ils, si je ne me repose pas un peu avant
de continuer. La neige continue à tomber pour le troisième jour consécutif.
Je crois que je n’aurai pas de toutes façons le courage de les aborder à
nouveau avec Monsieur Ouaknin (et pourtant la FNAC vient tout juste de me téléphoner
qu’ils me gardent le livre) d’autant plus qu’il va certainement me parler
de mathématiciens qui ont joué avec les nombres, les chiffres, les mathématiques,
l’astronomie… et que j’en connais déjà quelques uns : Tchang Hang
(78-139) qui corrigea le calendrier chinois pour l’ajuster sur les saisons,
Diophante d’Alexandrie (200-284) dont le principal ouvrage « L’Arithmétique »
comporte 189 problèmes qui se ramènent au type d’équations ax=b et ax²=b
pour lesquelles il n’obtint que des solutions positives, Aryabhata, le plus
ancien et sans doute le plus connu des mathématiciens indiens, Brahmagupta,
directeur de l’observatoire astronomique de Ujjain en Inde qui a étudié dans
Brahma-sphuta-siddhanta les progressions mathématiques, les équations
quadratiques, les théorèmes sur le triangle rectangle… Me voici comblée, j’ai en main « le livre » :
je suis allée le chercher hier et on me l’a échangé contre la coquette
somme de 26 euros. Il est très épais et je n’ai fait que le parcourir. Je
m’aperçois tout de même que bon nombre de planches, d’illustrations, de
figures géométriques, d’équations, d’histoires… je les ai vues et lues
sur tous les sites où je me suis rendue, quitte de pouvoir sortir sous la
neige. Je n’ai pas bien sûr le talent de Monsieur Ouaknin mais il me semble
qu’il a surtout fait un travail de recherche, d’assemblage, de regroupement,
d’archiviste (plus que d’érudition) et qu’il s’est penché bien sûr
sur un plus grand nombre de mathématiciens que je n’ai pu le faire moi-même
qui n’ai ni ses connaissances, ni son talent, ni sa notoriété, ni surtout
l’intention d’écrire plus longuement que je ne le fais de coutume dans ces
Mots…dits. Tiens, j’ai une idée : je vais envoyer le livre à mon ami
Jacques qui, en bon prof de maths, saura mieux l’apprécier que je ne pourrais
le faire moi-même, décision qui me permets de m’arrêter pour aujourd’hui
avant d’aborder le dernier livre d’André Chouraqui « Le livre de
l’Alliance. »[6]
Je
ne voudrais pas donner à ces Mots…dits le nom du film de Mel Gibson parce que
je ne peux pas recommencer chaque fois le « coup » de la magie des
nombres et des chiffres : parler d’un livre avant de l’avoir lu ou
d’un film avant de l’avoir vu. J’aimerais seulement faire part de quelques
réflexions qui me sont venues en écoutant les points de vue de différents
personnages sur les différents « antis » qui, outre les discussions
sur les prochaines régionales, le mécontentement des scientifiques, des archéologues
ou des intermittents du spectacle… sont notre pain quotidien. Je
n’ai pas l’intention d’aller dans l’ordre chronologique, simplement de
faire appel à ma mémoire. Michel Boujenah était il y a quelques jours
l’invité de Laurent Ruquier dans son émission « On a tout essayé. »
Il venait entre autres présenter le DVD de
son film à grand succès « Père et Fils. » Un des membres de l’équipe
dont je n’apprécie pas toujours les questions lui demanda s’il l’aurait
traité d’antisémite parce que le film, sortant aujourd’hui dans
l’atmosphère que l’on sait, ne lui avait pas plu et qu’il l’avait déclaré
ouvertement. Michel Boujenah, visiblement agacé par ce genre de propos, répondit
qu’il en avait assez d’entendre parler tous les jours d’antisémitisme,
d’antijudaïsme, d’anti islamisme… que tous les goûts étaient dans la
nature et qu’il était en particulier contre la suppression du spectacle de
Dieudonné à l’Olympia, non pas qu’il ait apprécié les déclarations de
l’humoriste loin de la scène, au contraire il les avait détestées, mais
parce que les lobbys juifs n’avaient à proférer de menaces contre quiconque.
Ceci dit, il a reproché à Dieudonné d’avoir fait le jeu de ses détracteurs
et de n’avoir pas déclaré qu’il donnerait le spectacle en assurant sa
propre sécurité comme lui-même l’avait fait à maintes reprises sans jamais
en parler à quiconque et suite aux menaces (de mort y comprises) dont il avait
été l’objet s’il se produisait sur scène. J’ai trouvé la réponse de
Boujenah époustouflante et j’aimerais que de nombreux humoristes aient son
courage et son à propos. Je passe maintenant à l’émission de Marc-Olivier Fogiel sur
la 3 « On ne peut pas plaire à tout le monde » dont je ne
retiendrai que l’intervention d’un prêtre traditionaliste en retraite qui a
été invité par Mel Gibson à célébrer tous les matins la messe en latin
pendant qu’il tournait « La Passion du Christ » car l’évêque
canadien qui le fait habituellement avait été rappelé par sa hiérarchie.
J’ai été offusqué par chacune des paroles de cet homme qui vit à Rome et
qui devrait être excommunié depuis longtemps par le Vatican pour non respect
avéré des « consignes » de Vatican II, à savoir en tout cas que
le peuple juif n’est pas un peuple déicide. Il a dit que tout dans le film était
véridique et que les campagnes menées par les médias et les Américains eux-mêmes
contre la sortie en salle étaient de pures inventions de journalistes. Quand
Marc-Olivier Fogiel lui a rapporté les propos négationnistes du père de Mel
Gibson, il a nié une fois encore la réalité de ces dires. Parmi les invités de
Marc-Olivier Fogiel, seule Marie Laforêt - ses remarques m’ont fait très mal
- s’est trouvée en plein accord avec les propos du monsieur même quand il a
affirmé que les Juifs avaient fabriqué la croix. Jamais je ne me souviendrai
plus qu’elle avait de beaux yeux… Il semble que le très conservateur
Cardinal Lustiger ait des réserves à l’égard du film et des images proposées
par Mel Gibson, c’est tout à son honneur. Je souhaite que le Vatican, en la
personne de Jean-Paul II, exprime de semblables réserves.[7]
Je rappelle ici que « La Passion du Christ »
est un film de l’acteur, réalisateur et producteur Mel Gibson qui, dès la
fin de son tournage et avant même sa sortie dans les salles, fut assuré d’un
énorme succès grâce au soutien actif des communautés religieuses qui ont
acheté plus de deux millions de DVD fabriqués pour les besoins de la cause. « Je
suis victime de persécutions religieuses, en tant qu’artiste et en tant
qu’homme », s’est lamenté le réalisateur dans les colonnes du Los Angeles Times. Depuis plus d’un an, il est la cible
de vives critiques de la part de membres influents de la communauté juive qui
lui reprochent d’attribuer aux juifs la responsabilité de la mort du Christ,
dans la lignée des Evangiles. L’auteur s’en défend, avec virulence. Le New
York Times relate ses propos, tenus en prime time sur la chaîne ABC.
« L’antisémitisme est un péché, tous les conseils papaux l’ont
condamné, c’est totalement antichrétien. » Si l’on met de côté la polémique théologique, on peut s’étonner de voir l’acteur afficher ainsi un profil de martyr quand on pense au succès dont le film est d’ores et déjà assuré. « La Passion du Christ » est sortie en salle aux Etats-Unis le 25 février - sa sortie n’est pas encore programmée en France - à l’occasion du mercredi des Cendres et du début du carême dans le calendrier catholique. Comme le réalisateur le pensait, il a rapporté en ce premier jour plus de vingt millions de dollars, remboursant ainsi Mel Gibson de son investissement personnel de 25 millions de dollars. J’ai vu, estomaquée tout de même, quelques personnes à la sortie du cinéma dire toute l’admiration qu’elles avaient ressentie durant la projection. Certains des spectateurs étaient venus directement de l’église où ils avaient assisté à la messe des Cendres. Mel Gibson appartient à une communauté catholique traditionaliste qui rejette les réformes de Vatican II sur le déicide. De qui a-t-il hérité cette « tentation » pour l’évangélisme ? De son père Hutton Gibson qui a passé les deux dernières décennies à publier en Australie une revue qui véhicule ses imprécations contre la libéralisation de l’Eglise catholique. Hutton Gibson s’élève contre le contrôle des naissances, l’avortement volontaire mais surtout contre l’œcuménisme. L’Eglise Catholique demeure la seule et véritable Eglise dont la mission est de convertir tous les êtres humains de la planète aux enseignements originaux traditionnels. Il considère comme blasphématoire le fait que l’Eglise ait permis l’entrée en son sein des francs-maçons et l’évêque traditionaliste excommunié, Monseigneur Lefèbvre, ne trouve même pas grâce à ses yeux, ce qui en dit long sur ses idées extrêmes.[8] Une semaine avant la sortie du film, Hutton Gibson a répété ses allégations selon laquelle l’holocauste était exagéré. Dans une interview sur une radio américaine, il a dit que de nombreux Juifs comptés comme des victimes des camps du régime nazi avaient fui en Australie ou aux Etats-Unis, ajoutant que les chambres à gaz et les fours crématoires n’étaient pas entièrement de la fiction mais presque car ils n’auraient pas été capables d’exterminer autant de personnes. « Savez vous ce qu’il faut pour se débarrasser d’un corps ? Pour l’incinérer ? Il faut un litre de pétrole et vingt minutes. Alors, six millions. Les Allemands n’avaient pas de gaz en assez grande quantité pour le faire. C’est la raison pour laquelle ils ont perdu la guerre. »[9] Si
j’ai été offusquée par les propos du prêtre que j’ai vu chez Marc
Olivier Faugiel, je ne l’ai pas été moins Vendredi 27 février dans l’émission
d’Emmanuel Chain « Merci pour l’Info » sur Canal+ où des
informations nous ont été données sur les réactions des traditionalistes
français qui
se sont regroupés en association pour en obtenir la distribution du film en
France. L’animateur de la campagne, Daniel Hamiche, éditeur, royaliste de la
branche légitimiste, déploie une activité tous azimuts en faveur de ce film
« prodigieux », « miraculeux. » Bernard Antony, président de
l’association Chrétienté-Solidarité, qui regroupe la mouvance catholique du
Front national, a également dénoncé une « censure. » Le Mercredi
des Cendres, Daniel Hamiche avait animé une conférence-débat à Bordeaux sur
le film avec l’un des prêtres français ayant assisté Mel Gibson pendant le
tournage : L’abbé Michel Debourges. Ce dernier, membre du très
traditionaliste « institut du Christ Roi Souverain Prêtre », a célébré
quotidiennement la messe en latin pour le réalisateur lors du tournage des scènes
en extérieur à Matera, dans le sud de l’Italie. Un autre Français, le père
Jean Charles Roux, a également fourni son assistance à Mel Gibson. Je suppose
que c’est ce dernier que j’avais vu chez Marc-Olivier Fogiel car l’abbé
Michel Debourges est plus jeune et je l’ai revu au cours d’un voyage qu’il
fait en France pour demander aux catholiques traditionalistes de réclamer la
sortie du film. J’ajouterai
que durant l’émission d’Emmanuel Chain le Père Alain de la Morandais, tout
en affirmant qu’il n’avait aucun désir de voir le film, s’est déclaré
comme tous les tenants de la liberté d’expression contre l’interdiction de
sa sortie. C’est la position de Laurent Weill et de Michel Laroque qui ont vu
le film à Los Angeles et l’on trouvé à la fois très moyen et trop violent
mais sont aussi contre toute interdiction parce que le public est assez adulte
pour se prendre en mains et juger en son âme et conscience. Abel Jafri, un
acteur musulman qui jouait un gardien du temple, était un des invités de l’émission :
il ne l’a pas trouvé antisémite et a déclaré qu’il aurait refusé le rôle
s’il l’avait jugé contraire à ses propres convictions. Il a dit que le
plus difficile avait été d’apprendre l’araméen et le latin ancien,
langues dans lesquels s’exprimaient les hébreux d’une part, les soldats
romains d’autre part. Il a également suivi l’un des offices donnés dans la
chapelle du réalisateur qui bien sûr encourageait tous les acteurs et
techniciens à le faire mais n’a pas été convaincu par la performance… Il
semble que je veuille sauter du coq à l’âne mais si j’ai parlé du
« film » alors que j’avais décidé de ne pas le faire (une des
contradictions de l’âme humaine et de la mienne en particulier !)
c’est parce que d’une part, je voulais parler de tous les « antis »
mais également parce que les convictions de Mel Gibson héritées de son père
m’ont étrangement rappelé celles de Tariq Ramadan héritées, elles, de son
grand-père et de son père. Dans les deux cas, ne peut-on employer une
expression sans doute éculée mais si actuelle en l’occurrence :
« Tel père, tel fils » ? Je
rappelle ici que l’organisation des Frères Musulmans a été créée en
Egypte en 1928 par Hassan Al-Banna, le grand-père de Tariq Ramadan. Al-banna
pensait que le principal danger pour l’Islam provenait de l’influence des idées
occidentales, aussi prêchait-il le rejet de toute notion occidentale. Cette
idée du retour à la « pureté » de l’Islam des origines et de
l’éradication de toute influence ou institution non islamique est au cœur de
la doctrine d’Al-Banna, et elle influencera durablement le courant de pensée
qu’il a fondé. On la retrouvera plus tard, notamment chez Al-Tourabi, au
Soudan, chez l’Ayatollah Khomeiny, en Iran, et jusque chez Ben Laden. L’antisémitisme
des Frères musulmans était un mélange d’antijudaïsme musulman traditionnel
et d’antisémitisme moderne européen. Cet antisémitisme virulent explique le
rapprochement idéologique entre les Frères musulmans et le nazisme, qui
s’exprima notamment par l’asile offert aux dirigeants nazis après la défaite
de l’Allemagne en 1945. Pour les disciples d’Al-Banna, l’extermination des
Juifs par Hitler était dans le meilleur des cas ignorée quand elle n’était
pas justifiée ouvertement (voir Hutton Gibson !) La
personnalité du père de Tariq Ramadan est beaucoup moins connue en Occident
que celle de son grand-père, bien qu’il ait joué un rôle non moins
important dans l’histoire du fondamentalisme islamique contemporain. Said
Ramadan est né le 12 avril 1926 à Shibin El Kom, au nord du Caire. A l’âge
de quatorze ans, il entend parler Hassan Al-Banna dans une conférence à Tanta
et rejoint le mouvement des Frères musulmans. En 1946, après des études de
droit à l’université du Caire, bastion de la Confrérie à cette époque, le
jeune homme est choisi par Al-Banna - dont il deviendra le gendre - pour être
son secrétaire personnel, et également l’éditeur de la revue islamique Al
Shihab. Je
ne reviens pas sur Tariq Ramadan lui-même, j’en ai suffisamment parlé dans
d’autres Mots…dits. Je viens d’ailleurs d’apprendre qu’il ne pourrait
plus se targuer de son titre de professeur d’Islamisme à l’Université de
Genève car celle-ci ne lui a pas renouvelé son contrat à la rentrée de
Janvier 2004. Je m’arrête donc, je crois en avoir assez dit pour cette fois
sur les extrémistes et les extrémismes de tous bords qui, comme l’a si bien
montré Michel Boujenah, ne font que nous pourrir l’existence. Additif : Au moment où les discussions, les commentaires, les allégations, les cris du cœur, les avertissements, les menaces, les déclarations d’amour au Christ de Mel Gibson… n’en finissent pas de remplir les pages de tous les médias et des informations télévisées, on nous a reparlé le 28 février de la pédophilie aux Etats-Unis. Est-ce un hasard, une coïncidence, est-ce une volonté de ne rien cacher, face à cette vision d’un public chrétien exalté, de la laideur avérée de certains prêtres ? Je ne sais mais nous avons appris que 4 392 prêtres catholiques sont accusés d’agression sexuelle sur mineurs, selon une étude nationale réalisée par le John Jay College of Criminal Justice à New York, publiée vendredi 27 février. Près de 11 000 enfants auraient été victimes de leurs attouchements entre 1950 et 2002. Les évêques ont tenté de cacher cela pendant des années mais certains d’entre eux semblent vouloir aujourd’hui témoigner : Jeudi 26 février, l’archevêque de Boston, Monseigneur Sean O’Malley, a révélé que 162 de ses religieux avaient été accusés d’agression sexuelle sur 815 enfants depuis 1950. Sept d’entre eux seraient responsables à eux seuls des abus sexuels subis par plus de la moitié des victimes. L’archidiocèse
de Boston a dû verser 97, 12 millions d’euros à titre de compensation à des
victimes d’abus sexuels. Monseigneur O’Malley a succédé au Cardinal
Bernard Law, obligé de démissionner en décembre 2002 après avoir été accusé
d’avoir couvert systématiquement le scandale des prêtres pédophiles et de
s’être contenté de muter ces prêtres de paroisse en paroisse. Ceci dit, il
semble qu’on n’ait révélé jusqu’ici aucun nom de prêtre au public. Je
sais bien que les évangélistes et les chrétiens traditionalistes rétorqueront
que toutes ces fautes sont imputables aux prêtres qui relèvent du Vatican et
que les leurs sont infaillibles. Oui mais…[10]
Madrid :
11 Mars 2004 Il
est évident qu’écrire des Mots…dits quelques jours après les évènements
tragiques du 11 Mars me paraît futile. Un silence recueilli serait de mise et
non des paroles qui, aujourd’hui, sont autant de pavés dans la mare. Comment
des mots peuvent-ils en effet exprimer l’angoisse devant l’horrible,
l’insoutenable ? Et puis, il y a au fond de nous, en même temps que de
la compassion, une dose extrême d’égoïsme. Nous plaignons les victimes d’Atocha
de tout notre cœur mais nous pensons au même instant : A quand notre tour ?
A quand mon tour ? Et nous supputons : l’Espagne, d’accord, ses
troupes étaient engagées aux côtés des Etats-Unis dans le conflit iraqien,
la Grande-Bretagne, l’Italie, la Pologne, d’accord, mais la France a été dès
le début contre un engagement militaire, elle ne risque rien, n’est-ce pas ?
Alors le problème de la loi sur la laïcité surgit dans nos têtes :
nous avons appris qu’une lettre a été reçue hier 16 mars par le chef
du gouvernement et plusieurs journaux dans
laquelle un groupe islamiste qui se fait appeler « les serviteurs d’Allah
le puissant et le sage » menace la France et les intérêts français à
l’étranger d’attentats. Ces menaces ont semble-t-il été signées du nom
du chef du commando islamo-tchétchène Movsar Baraïev à l’origine de la
prise d’otages du théâtre de Moscou en octobre 2002.[11]
Nous nous demandons par la même occasion si les menaces d’AZT ne vont pas tôt
ou tard se concrétiser… et nous sommes bien obligés de revenir à la case départ.
Nous sommes dans le collimateur des terroristes au même titre que tous nos
partenaires européens. Il faut bien faire avec et ne pas se voiler la face. Alors
une autre question se pose : Solidaires d’accord mais contre quoi, contre
qui ? Contre cette « nébuleuse » Al Qaida dont les
ramifications paraissent étendre leurs tentacules sur le monde entier ?
Que signifie ce mot d’ailleurs ? Nul besoin de chercher très loin :
le Petit Larousse me dit qu’au sens propre c’est un vaste nuage de gaz et de
poussières interstellaires. Comme je ne comprends pas très bien le langage
scientifique, je passe au sens figuré : C’est un rassemblement d’éléments
hétéroclites, aux relations imprécises et confuses. Nous
voilà bien ! Comment lutter contre un tel rassemblement ? J’ai
presque envie de dire que les guerres d’antan
avaient du bon parce que les opposants se trouvaient face à face sur un
champ de bataille défini à l’avance et comme les hommes n’ont jamais pu
s’encadrer, au moins ils savaient où tirer ! Et encore, ce n’est pas
vrai dans le cas d’Attila puisqu’il détruisait tout sur son passage !
Comme quoi, il n’y a jamais de vérité absolue. Prenons les Américains :
Ils furent pour un temps convaincus par Bush et Colin Powell que partir en
guerre contre l’Iraq à la recherche des armes de destruction massive était
une priorité absolue et le commencement de la fin. Leur revirement vis-à-vis
du Président avait bien entendu en arrière-plan, désormais indissociable des
mémoires américaines, les destructions du 11 septembre. Au départ, la
question de savoir si Saddam Hussein était la cible comme terroriste en chef du
pays n’était même pas débattue. Les Américains et leurs alliés
n’accordaient plus leur confiance à l’ONU, ils voulaient trouver leur butin
parce qu’ils pensaient avoir plus d’atouts pour le faire que les inspecteurs
officiels. A
l’heure actuelle, les médias qui ont gobé ou en tout cas publié toutes les
informations fournies non par les évènements comme il est d’usage mais par
l’exécutif ne savent plus à quel saint se vouer. Devant l’absence concrète
d’armes de destruction massive, Bush a décidé de se rabattre sur la capture
de Saddam Hussein et de ses acolytes. Personne n’a d’ailleurs jamais mis en
doute le fait que l’homme fut un des dictateurs les plus ignobles de tous les
temps mais puisque la piste suivie n’était plus la même qu’au départ, il
est peut-être utile de rappeler qu’il n’a pas perpétré les attentats du
11 septembre contre les Tours du World Trade Center ni ceux de Bali, du Maroc,
du Pakistan… ou ceux d’hier à Madrid : C’est la nébuleuse, il faut
bien le reconnaître ! Qui
parmi les journalistes américains avait osé dire à Bush dès le départ
qu’il se trompait de cible : Susan Sontag à laquelle je voue toute mon
admiration depuis des années et quelques professeurs dont Francis Boyle, Noam
Chomsky, Gore Vidal, Howard Zinn, Edward Saïd… auxquels on a depuis mené la
vie dure dans les Universités où ils enseignaient, les menaçant même
d’expulsion pour certains d’entre eux. D’autres au contraire parmi
lesquels Samuel Huntington, Francis Fukuyama avaient fait paraître dans Le
Monde un manifeste adressé à leurs homologues du vieux continent dans lequel
ils se déclaraient solidaires des valeurs américaines et de ce qu’ils
appelaient « une guerre juste. » Un
article d’Olivier Pascal-Mousellard dans le Télérama de cette semaine (13 au
19 mars 2004), « Un an de désinformation massive », montre le
revirement des médias américains qui, du New York Times à la chaîne CNN en
passant par USA Today et Time, n’ont jamais pris la peine d’étudier les
faits et ont donné un satisfecit absolu à la parole sacrée de la Maison
Blanche. On avait même pu lire dans le Wall Street Journal : Si vous
croyez l’Iraq, c’est que vous êtes probablement un inspecteur suédois »,
paroles
moqueuses à l’égard de Hans Blix prononcées par des personnes trop sûres
d’elles. Aujourd’hui,
à la veille de l’anniversaire du déclanchement de la guerre d’Iraq, le 20
mars 2003, et face à des évènements dont ils n’ont jamais supputé
l’ampleur - attentats quotidiens contre les troupes engagées, mort de
plus de deux cents GI’s, découverte d’ethnies, chiites, sunnites,
kurdes…, dont les simples soldats ne connaissaient ni les idéaux, ni les
divergences, ni parfois l’existence même - les médias se rattrapent :
Le mensuel « Mother Jones » parle de l’usine à mensonges,
le New York Times évoque la
version de Bush, le révisionnisme de Bush , Bush en plein déni.
Le Washington
Post ironise sur l’Arsenal de Papier. On peut lire Bush est un menteur
à ranger
parmi les Présidents les plus malhonnêtes de l’Histoire américaine. Bill
O’Rilly de Fox News Channel qui atomisait les opposants à la guerre présente
ses excuses aux téléspectateurs :J’avais tort et je pense que
les Américains devraient se sentir préoccupés (doux euphémisme !) Je
suis beaucoup plus sceptique sur l’administration Bush aujourd’hui. Au
moment même où je parle des journaux américains et du virage qu’ils ont dû
prendre après une année de bons et loyaux services, je me souviens que durant
mes études universitaires (1968-1975) j’ai écrit un papier sur la presse américaine,
cette « fourth branch of governement » (la quatrième branche du
gouvernement), ce qui voulait dire aussi puissante que l’exécutif, le législatif
et la Cour Suprême. Il ne serait donc plus de mise aux Etats-Unis de dénoncer
les manœuvres du chef de l’Etat (au moment même où elles se produisent)
comme l’ont fait les journalistes du Washington Post au temps de « Water
Gate », révélations qui portaient sur cinq individus appréhendés en
1972 par la police alors qu’ils inspectaient le siège du Parti Démocrate
(immeuble du Watergate à Washington) et la responsabilité de la Maison Blanche
dans l’affaire. Accusé d’avoir entravé l’action de la justice, Nixon dut
démissionner en 1974 avant d’avoir à subir le processus de l’ « impeachment. »
Les excuses que présentent aujourd’hui les journaux à leurs lecteurs et les
médias à leurs téléspectateurs suffiront-elles à les dédouaner ? Sans
doute, puisque les hommes ont la mémoire courte… Je
ne puis m’empêcher à cette minute même de comparer « le jeu »
d’Aznar à celui de Bush. Tous deux, pour appliquer leur politique en toute
impunité, ont exercé leur influence sur les médias avec cette excuse pour le
second : la découverte il y a une quinzaine de jours d’une camionnette
de l’ETA contenant cinq cents kilos d’explosifs a pu l’amener dans un
premier temps à se poser des questions mais il aurait dû très vite se pencher
sur d’autres faits et d’autres sources. Je connais mal les journaux
espagnols, ne les ayant véritablement découverts que durant les nombreuses
interviews de journalistes depuis quelques jours mais j’aimerais être persuadée
que certains ont publié les informations sous la contrainte. Cette contrainte a
en tout cas été exercée sur les ambassadeurs espagnols de par le monde, les
priant de faire savoir aux pays concernés que les attentats de Madrid était
l’œuvre de l’ETA à l’exclusion de toute autre entreprise terroriste. Bush
a plus de chance peut-être qu’Aznar qui a été pris à temps dans
l’imbroglio de ses déclarations. Le Président américain dispose encore de
quelques mois avant les élections pour trouver une tactique politicienne qui
lui permettrait de regrouper ses partisans. Il faudrait qu’un grand coup
frappe « la nébuleuse » suite à une entreprise solidaire de l’Europe
et des Etats-Unis simultanée au désengagement des forces américaines en Iraq
(pour autant qu’il soit possible à court terme.) Seulement personne au monde,
je le crois, n’est capable d’évaluer les moyens d’actions d’Al Qaida et
de tous ses satellites. Je suppose que cette djihad atroce entreprise par des
fanatiques n’a pas et n’aura jamais d’équivalent parmi les « croisés »
de nos démocraties qui promettent beaucoup mais n’ont pas toujours les
possibilités d’accomplir (je n’entrerai pas aujourd’hui dans des considérations
politiciennes ou capitalistes.) Je continue à penser que les Etats-Unis et l’Europe
devraient se concerter sérieusement pour trouver et proposer aux parties
concernées une solution à la guerre entre Israël et la Palestine. La conséquence
d’une réussite ne serait sans doute pas la disparition de la « nébuleuse »
mais un grand coup lui serait porté. Avant
de terminer, je me tourne une fois de plus vers l’Espagne en souhaitant que le
prochain chef du gouvernement soit plus clair et objectif dans ses déclarations
et ses initiatives que le précédent. Je me recueille comme je l’ai toujours
fait après les évènements dramatiques perpétrés durant ma déjà longue
existence. J’aimerais
vraiment ne plus être amenée dans ces Mots…dits à parler des évènements
qui sont notre lot quotidien mais que puis-je faire ? Je ressens presque
comme une contrainte d’y revenir. Serait-ce pour exorciser mes démons, pour
me dire que la littérature, les arts, c’est beau, c’est bien, mais que la
vie ce sont aussi les êtres humains qui nous entourent et qui ont le droit de
vivre dans un monde meilleur où les princes qui nous gouvernent seront enfin à
leur écoute ? Alors je retourne auprès d’eux, non pour leur donner des
conseils ou des avertissements - Qui serais-je pour avoir autorité à le faire ?
- mais simplement pour leur raconter ce que j’ai vu, entendu, ce que je crois
en toute sincérité. Comment nommer ces pages sinon par cette phrase que
j’entends depuis que le Président de la République a décidé de reconduire
Monsieur Raffarin dans ses fonctions :
On ne change pas une équipe qui perd Les évènements et les hommes qui les provoquent me paraissent chaque jour un peu plus étrangers ou en tout cas difficiles à comprendre. Le fait que les Espagnols aient dans leur grande majorité voulu sanctionner les « contre-vérités » d’Aznar en votant socialiste m’est apparu d’une grande sagesse car ils ne s’opposaient pas seulement à l’homme d’un point de vue politique, ils le jugeaient simplement, humainement, pour ce qu’il avait dit, pour ce qu’il avait caché, pour l’influence qu’il avait voulu exercer sur les médias en maintenant le mensonge sur la responsabilité de l’ETA jusqu’à ce qu’il soit acculé à dire la vérité quant à la participation d’Al Qaida ou de terroristes à sa solde dans la terrible affaire d’Atocha. Ils avaient été majoritaires face à l’indigence du gouvernement Aznar dans le traitement de la marée noire qui envahit les côtes espagnoles en décembre 2002.[12] Bien sûr, ils avaient été majoritaires de la même façon quand ils avaient manifesté contre la décision gouvernementale de rejoindre la coalition et l’envoi d’un contingent espagnol en Iraq mais ils avaient entériné le fait à contre-cœur parce qu’ils considéraient qu’un homme conservateur comme l’était leur premier ministre ne pouvait qu’être en accord avec les idées d’hommes aussi conservateurs que lui, en l’occurrence Bush et Berlusconi. Ils savaient toutefois qu’ils devraient attendre jusqu’aux prochaines législatives pour exprimer leurs réactions, positives ou négatives. On peut dire qu’ils ont eu de la chance que les législatives aient lieu quelques jours après la dernière catastrophe et les déclarations du Premier Ministre. Il n’empêche qu’ils ont à maintes reprises agi en citoyens adultes, conscients de leurs responsabilités et ont désavoué Monsieur Aznar quand ils ont estimé que leur vote était utile à l’ensemble de l’Etat et sans tenir compte des progrès économiques accomplis durant la période même où se sont produits les évènements que je viens d’énumérer. Je crois que les Français ne raisonnent pas de la même façon. Je regrette profondément que la vague socialiste qui a déferlé dimanche sur la France Régionale n’ait pas eu un précédent valable fourni par les élections législatives qui ont succédé à la reconduite de Monsieur Chirac au poste suprême : elles arrivaient à point pour montrer au Président que la majorité de nos concitoyens l’avaient élu non pour l’excellence de sa direction mais pour éviter le pire, l’arrivée du Front National au pouvoir. Comment ont-ils pu croire un seul instant que l’homme tel que nous le connaissons et le « pratiquons » depuis bien des années ait eu l’intention d’être fair-play avec l’ensemble de ses électeurs ? Ils ont pourtant constaté que le soir même de sa réélection, le Président s’est rendu auprès des siens, oubliant à peine remis de ses émotions la majorité des électeurs qui avaient évité un séisme extrémiste, oubliant les paroles qu’il avait prononcées entre les deux tours de l’élection présidentielle : A un électeur de gauche, je lui dis que je le respecte et que je le comprends mais qu’aujourd’hui, il s’agit de défendre le socle commun de nos valeurs républicaines. Et je lui demande d’aller jusqu’au bout de ses convictions en faisant barrage à l’extrême droite, ajoutant : face aux difficultés, il n’y a pas une France de droite, une France de gauche, une France d’ailleurs : il y a la France simplement. Les solutions qu'offrent l'extrême droite sont politiquement et humainement très dangereuses, économiquement et socialement désastreuses. Les Français ont semble-t-il cru dans les paroles du chef de l’Etat et pour éviter, dirent-ils, que l’on ne se retrouve avec un exécutif de droite et un parlement de gauche, pour éviter la « coexistence », ont élu une chambre majoritairement conservatrice, donnant ainsi tous les pouvoirs non seulement à l’exécutif mais au législatif dans son ensemble puisqu’on assistait pour la première fois depuis de nombreuses années à l’émergence de deux chambres de droite, Assemblée Nationale et Sénat. Seulement, nos concitoyens ont très vite tourné casaque : tout d’abord, ils ont bien sûr été mis en demeure d’être « sécurisés » à tout prix par un Ministre de l’Intérieur inébranlable. Ils ont fait connaissance avec les fameux radars qui distribuaient les contraventions à toute « berzingue ». Les conducteurs dont je suis n’apprécient pas forcément une telle contrainte. Et puis j’ai personnellement constaté tous les jours et le constate encore les infractions des motards qui continuent à slalomer à toute vitesse autour des voitures, profitant d’une concession qui leur est faite et non d’un droit qui leur est octroyé. Ils ont d’ailleurs manifesté pour que soient respectés leurs droits, oubliant que nous avons aussi peur d’eux qu’ils ont peur de nous ! Monsieur Sarcozy s’est également attaqué aux droits des personnes qui exercent le plus vieux métier du monde. Je n’ai d’ailleurs jamais compris la différence entre l’activité et la passivité de ces dames. Je sais seulement que la traite des très jeunes filles en provenance de l’est continue et que les voitures qui jalonnent les bas-côté de l’Avenue Foch quand je sors de mon club de scrabble sont toujours aussi nombreuses. Les conductrices de ces véhicules sont-elles passives ou agressives, je ne sais, passives peut-être parce qu’elles attendent leurs clients sagement assises au volant de leur véhicule ? Il est certain que la situation des jeunes filles sur les boulevards extérieurs est certainement différente, socialement et matériellement. L’été à peine entamé nous avons assisté à un nombre de manifestations dont certaines comme celles des intermittents du spectacle ont déstabilisé tous les festivals de l’été 2003 et dont les autres ont voulu montrer qu’aucune des réformes entreprises par le gouvernement n’étaient comprises et acceptées : menées par l’ensemble des travailleurs, elles ont touché toutes les classes sociales, des humbles qui touchent à peine de quoi vivre décemment aux prestigieux chercheurs qui, eux, n’ont pas mené un combat personnel mais ont réclamé plus de subsides pour maintenir l’état de nos recherches au niveau international et une meilleure opportunité pour les jeunes chercheurs afin qu’ils ne soient pas tentés de rechercher ailleurs et surtout aux Etats-Unis des postes et des salaires en symbiose avec leurs connaissances et leurs longues années d’étude. Nous avons eu droit à des scènes impensables, entre autres une bataille rangée entre pompiers et forces de l’ordre, deux organismes qui relèvent - je le croyais en tout cas - de cette exigence de sécurité voulue par le gouvernement et qui ne paraît pas non plus fonctionner pour le plus grand bienfait de tous. Il faut ajouter qu’à toutes ces manifestations de l’été s’est ajouté la terrible canicule qui a montré la carence des moyens hospitaliers publics et privés en matériel indispensable tel que la climatisation par exemple si nécessaire aux personnes âgées atteintes plus que les autres par la déshydratation et l’immobilisme du ministère de la santé publique face à une telle situation. Pour en revenir aux manifestations auxquelles médecins, infirmières et tout le personnel hospitalier ont participé à temps plein, manifestations qui bien sûr n’ont pas cessé et que je ne saurais nommer dans leur ensemble tellement elles ont touché de secteurs se sont ajoutées les réactions politiques et religieuses à la loi sur la laïcité. J’avoue que mon étonnement face à la détermination d’un gouvernement de droite à été complet. Purs et durs, inébranlables l’exécutif comme le législatif ! Il est bien connu que la gauche a toujours été considérée comme laïque et anticléricale et la droite comme attachée à des valeurs judéo-chrétiennes. Pour quelles raisons alors a-t-on dû légiférer sur une chose qui pour les uns allait de soi et pour les autres étaient souvent contraires à leurs pensées intimes ? Dans le contexte actuel qui, en vérité, remonte à un passé plus lointain que le 11 Septembre 2002, il était évident que le gouvernement se verrait confronté à des manifestations sur le port du voile beaucoup plus catégoriques et plus aptes à faire émerger un communautarisme islamique dont nos concitoyens n’avaient peut-être pas idée. Tariq Ramadan est apparu sur tous les écrans, un homme que personne en France en dehors des intellectuels qu’il avait mis en causes sur le web et des jeunes gens de la région lyonnaise sur lesquels il exerçait une influence certaine depuis la Suisse ne connaissait véritablement l’homme. Il a exprimé sans réserve ses vues négationnistes qui depuis ont fait leur chemin puisque dans l’une des nombreuses manifestations sur le port du voile est apparu Mohamed Latrèche, un leader islamiste qui jusqu’alors ne sévissait qu’à Marseille et que de nombreux musulmans désapprouvaient d’ailleurs. C’est lui qui a organisé la plus importante manifestation parisienne. Il faut bien revenir maintenant au présent : le Président de la République ne s’est pas adressé aux Français après le vote de dimanche 28 Avril qui a vu cette déferlante de gauche s’emparer de vingt et une régions sur les vingt deux que compte notre pays. Seule l’Alsace a fait partition et la Corse dont j’ai appris voici quelques minutes que les socialistes majoritaires renonçaient à leur siège en faveur des tenants de la majorité sortante. Aucun des ministres en fonction qui se présentait comme président de région n’a été élu. Le Premier Ministre lui-même a été remplacé dans le Poitou-Charente par Madame Ségolène Royale. Nous avons tous cru que le Président de la République tiendrait compte de cet avertissement des électeurs, surtout quand il a décidé de reculer de deux jours son départ en Russie. Il n’en a rien été. Monsieur Raffarin est bien allé lui remettre sa démission mais rien n’y a fait : il a été reconduit dans ses fonctions de Premier Ministre et nous avons appris le 30 Mars à 19h15 le nom des nouveaux ministres dont je connais certains et pas du tout les autres. Je note simplement que Monsieur Sarkozy a quitté le Ministère de l’Intérieur pour aller aux Finances à Bercy. Quelqu’un a murmuré : « après avoir amassé l’argent récolté par ses radars, il va maintenant le dépenser aux Finances. » Ah ! Qu’en termes simples ces choses-là sont dites. Je ne pense pas qu’un changement de politique ait lieu avant les prochaines élections européennes mais je crains que nous ayons comme l’année dernière un été bien chaud. Alors, que faire d’autre à notre humble niveau sinon attendre et voir. Après les nombreuses émissions
et reportages consacrés à l’entrée de dix
pays dans notre « vieille Europe » je me suis demandée
quelle contribution personnelle je pouvais apporter à cette affaire qui ne soit
pas une répétition de ce qu’on avait vu et entendu dans les médias, me
disant que malgré tous les voyages entrepris pour mieux connaître le monde, je
ne connaissais pratiquement que deux des nouveaux venus. En vérité « connaître »
est un bien grand mot car les récits que je rapporte ci-après ne
concernent qu’une infime partie des pays entrevus : Il faut dire que j’ai
traversé certaines régions au retour de grands périples durant lesquels
j’avais envisagé des étapes bien précises. Souvent, j’ai admiré de très
beaux paysages ou de très belles villes dont je n’avais pas idée que
j’allais m’y arrêter. Ce fut le cas pour la Hongrie puisque c’était la
première fois que je revenais de Turquie en France via la Roumanie qui, elle,
ne m’a pas laissé de très bons souvenirs.[13]
Je tiens tout de même à rappeler que ce voyage est l’un de ceux que j’ai
fait dans les pays de l’Est durant les derniers temps de l’hégémonie soviétique
et que l’aspect des grandes villes a dû bien changer depuis.[14]
La Hongrie J’étais enfin arrivée dans le nord de la Roumanie et j’avais à nouveau échoué dans un hôtel de second ordre, le « Dacia », seul établissement convenable d’Oradea, étant plein. Cette ville proche de la frontière n’avait à mes yeux que l’intérêt d’être une étape sur la route des monastères Dragormina, Sucevita, Voronet, Moldevita... dont on m’avait dit que les fresques extérieures inaltérées depuis des siècles attiraient de nombreux artistes mais, une fois encore, le temps me manquait pour les visiter et dès le lendemain j’ai passé sans encombre la frontière. Les deux cents kilomètres qui me séparaient de Budapest longeaient la grande plaine hongroise dont les champs étaient couverts de maïs et de tournesols trois fois plus hauts que ceux de Roumanie. Dès l’arrivée dans la capitale, on constatait que la ville était animée, pleine de jolies boutiques qui regorgeaient de nourriture, de boissons, de vêtements bien coupés, que les restaurants et les pâtisseries, les cafés également étaient trop nombreux pour les énumérer. Je voulais descendre à l’hôtel Gellert dont les bains étaient réputés mais, ne l’ayant pas trouvé, je me suis rabattue sur l’Intercontinental, au bord du Danube, face à l’ancien château royal. Le fleuve est large, majestueux, trois fois au moins plus large que la Seine à Paris : il sépare Pest de Buda. J’ai fait un tour en bateau l’après-midi même de mon arrivée et j’ai pu admirer sur les rives le Parlement ouvragé qui est une réplique des « Houses of Parliament » de Londres et des églises baroques. Budapest est entourée de collines sur lesquelles furent construites le château, l’Eglise Matyas, la Citadelle et le fameux Bastion des Pêcheurs. Nous sommes passé sous le Nouveau Pont et devant l’hôtel Gellert qui est sur la rive de Buda, face au fleuve, puis nous avons abordé à l’Ile Ste Marguerite dont le nom évoque celui de la fille du roi Arpad qui régna au treizième siècle de notre ère. Bien entendu l’île comportait un établissement thermal car Budapest possède un grand nombre de bains d’eau sulfureuse indiquée pour le traitement de l’arthrite et des rhumatismes dont certains, construits par les Ottomans, étaient reconnaissables à leurs dômes dorés. Comme il n’y avait pas de représentation au Théâtre de Plein Air, je suis allée le soir au Théâtre Folklorique pour applaudir une jeune troupe sympathique aux costumes bigarrés qui dansaient au son d’un orchestre dont les violonistes (garçons et filles) et les cymbaliers étaient les virtuoses auxquels on pouvait s’attendre au pays de Franz Listz. Bien entendu nous n’avons pas échappé à la Seconde Rhapsodie Hongroise, au demeurant fort bien interprétée. Le lendemain matin, je suis allée à Pest, la ville basse, récente, très étendue. Je me suis arrêtée sur l’immense Place des Héros où l’on peut lire en passant d’une statue à l’autre l’Histoire des Magyars depuis leur arrivée en 896 de notre ère dans la plaine danubienne sous la conduite de leur chef Arpad, chef de la dynastie qui a régné sur le pays jusqu’en 1301. Sur un côté de la place se dresse le Musée National qui abrite, paraît-il l’une des plus belles collections de peintures européennes, sur l’autre le Musée d’Art Moderne. Pest a malheureusement gardé un souvenir cuisant de l’entrée des chars soviétiques dans la ville après l’insurrection d’Octobre 1956 et les stigmates de la répression n’ont pas encore été effacés (d’après un de mes amis) quarante quatre ans après qu’elle ait été perpétrée. Cependant, malgré la noirceur des maisons et leurs façades encore trouées de balles, Budapest au bord de son grand fleuve était belle et ses cafés de plein air lui donnaient un aspect riant que je n’avais observé ni à Belgrade ni à Bucarest. Et puis on y mangeait bien, trop bien même: je garde le souvenir d’une délicieuse soupe de poissons au paprika servie avec de la crème fraîche et de gâteaux fourrés au chocolat un peu trop pleins de calories. Pour me délasser après ce festin qui m’avait fait oublier la nourriture innommable de la sinistre Oradea, j’ai flâné à travers la ville, sans but, au gré des rues qui se présentaient, me repérant toujours par le fleuve, et j’ai couronné mon trop bref passage à Budapest par une « goulash party » dans la forêt voisine où j’eus comme voisins un couple d’Américains, professeurs au collège américain du Caire, et un Soudanais dans l’import-export à Jeddah, qui ont apprécié autant que moi les hors d’oeuvre au paprika, la soupe à la goulash, l’apfel strudel, le gâteau au fromage blanc et le tokay bien frais mais un peu trop sucré à mon goût. Le lendemain, alors que je pensais partir l’après-midi même pour Vienne, un monsieur anglais qui m’avait saluée la veille dans le hall de l’hôtel m’a arrêtée au passage. Il m’a invitée à prendre un café puis m’a demandé s’il pouvait m’accompagner à la synagogue où je désirais me rendre avant de quitter Budapest. J’avais immédiatement deviné en lui un coreligionnaire et vu son accent quand il s’exprimait en anglais, je le croyais plutôt originaire d’Europe Centrale. En effet, né en Tchécoslovaquie, il s’était installé avec son père à Londres en 1939 après la déportation de sa mère et de l’un de ses frères qui étaient tous deux morts au camp de concentration. Quarante et un ans de Grande-Bretagne et il cherchait encore ses mots, commettant des fautes de grammaire incroyables. Il me rappelait l’ami de papa dont j’avais fait la connaissance à mon arrivée à Londres en 1943 et qui parlait anglais avec l’accent alsacien de son enfance après autant d’années en Angleterre que ce Monsieur Honey. Nous n’avons pas trouvé la Grande Synagogue en très bon état. La communauté juive avait dû être bien décimée après le passage funeste du régent Horthy[15] et l’arrivée au pouvoir du parti fasciste des Croix-Fléchées à la botte de Hitler qui ordonnait encore des tueries alors que l’Allemagne avait déjà capitulé. Comme il était trop tard pour partir, nous sommes allés déjeuner près du zoo chez Gundel, le meilleur restaurant de Budapest qui avait rouvert ses portes depuis quelques mois. Pour un prix modique et qui a dû changer depuis, nous avons mangé des tanches de carpes farcies et une salade de poulet. Les plaisirs de la table avaient repris un tel essor dans la capitale hongroise que Imre Gundel, le patron du restaurant, avait déjà fait paraître un guide gastronomique de Budapest qui ne comportait pas moins de cinquante huit grands restaurants, pâtisseries (konditorai), cafés de plein air, celliers à vin et tavernes à bière des deux côtés du Danube. J’ai eu le courage, comme je restais une nuit de plus en Hongrie, de me déplacer de l’Intercontinental au Gellert afin de pouvoir profiter des bains. Quelques longueurs de piscine m’ont privée de tout complexe de culpabilité puisque, invitée par Monsieur Honey, j’ai dîné le soir au Bastion des Pêcheurs. J’étais encore à l’âge où je pouvais apprécier le romantisme de ces heures au soleil couchant : le Danube et la ville illuminée en contrebas, une soupe de homard exquise dans nos assiettes, des violons langoureux accompagnés de cymbalum dont les notes acidulées vibraient dans la nuit, de petits bougeoirs qui laissaient à peine deviner l’assiette et plongeaient les visages dans une pénombre calculée... Monsieur Honey s’était peut-être fait des illusions mais comme « mon avenir était déjà derrière moi » je suis rentrée sagement au Gellert et lui à l’Intercontinental. Mon passeport récupéré, j’ai pris le temps d’acheter quelques bouteilles de Tokay et des blouses brodées pour ma petite Valérie. Le passage de la frontière se fit bien entendu sans encombre puisque les gouvernements respectifs d’Autriche, de Hongrie et de Tchécoslovaquie essayaient de reconstituer l’axe Vienne-Budapest-Prague afin de renouer des liens économiques et culturels entre ces trois pays voisins et venaient de supprimer les visas entre Budapest et Vienne. Malte Malte est l’un des Etats qui doit être « élargi » à l’Union Européenne en 2004. Je ne connaissais pas l’île jusqu’au jour où j’y suis partie avec mon groupe de scrabbleurs il y a six ans. J’étais curieuse de cette escale de la Méditerranée que je ne connaissais pas si ce n’est que nous avions attendu à Gibraltar plus d’un demi-siècle auparavant un groupe de Maltaises qui avaient été évacuées de l’île avec leurs enfants suite aux raids quotidiens, diurnes et nocturnes, que les habitants subissaient de la part de l’aviation allemande stationnée en Tunisie et en Libye. Avec leur arrivée notre convoi de plusieurs navires transformés en contre-torpilleurs escortés par deux porte-avions put quitter Gibraltar, remonter l’Océan Atlantique et atteindre l’Angleterre mais c’est une autre histoire.[16] Pour en revenir à l’île elle-même, elle est certainement dépositaire d’une longue histoire qui remonte au mégalithique, passe par les Phéniciens qui eurent une influence sur le langage, les Grecs, les Carthaginois et les Romains qui 1’occupèrent depuis la Seconde Guerre Punique en 218 avant J.C. jusqu’à l’arrivée des Arabes qui l’islamisèrent de 870 à 1090 de notre ère. Puis vinrent Roger de Sicile et plus tard Charles Quint qui céda l’île aux Chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem à condition qu'il s’opposent à l’avance ottomane. En 1798 Bonaparte pilla Malte pour financer sa campagne d’Egypte et enfin la Grande-Bretagne s’y installa et en fit une base stratégique, raison du pilonnage systématique de l’île par les Allemands. Après son accès à l’indépendance, les troupes britanniques sont encore demeurées quatorze ans sur place. C’est peut-être en raison de cette longue et intéressante histoire que j’ai été désappointée par la nature même de l’endroit tant du point de vue de son aspect physique que de son architecture. En ce qui concerne le premier, il n’y a pratiquement pas de plages si ce n’est à l’extrémité ouest de l’île et la terre semble aride, sans aucune rivière puisque toute l’eau potable est obtenue par dessalage de l’eau de mer. Il y a quelques potagers mais le paysage est presque exclusivement occupé par des figuiers de barbarie dont certains sont si vieux qu’ils sont pétrifiés et de caroubiers dont les longs haricots servent à nourrir les chevaux et les ânes et avec lesquels les grands-mères fabriquent au mois de septembre un médicament nommé « julep. » Nous avons même appris que les oranges maltaises n’étaient pas produites sur place mais en Tunisie par des paysans qui avaient quitté l’île pour s’établir dans le pays voisin. L’architecture elle-même est étrange : les villes paraissent conçues comme au Maghreb mais il y manque les minarets qui font le charme des communautés nord-africaines et moyen-orientales. Il semble qu’à chaque invasion le nouvel occupant ait détruit jusqu’au souvenir de l’ancien. En Espagne, malgré les ravages de l’Inquisition, l’Islam a laissé son empreinte à Tolède, Cordoue, Grenade, Séville… A Malte on observe quelques temples mégalithiques mais pas une seule mosquée. Quelques murailles demeurent et rappellent l’occupation arabe et bien sûr le nom des villes comme celui de l’ancienne capitale Mdinah[17] est un rappel suffisamment explicite. Le maltais d’ailleurs sonne un peu comme l’arabe à qui l’entend pour la première fois et le Merbah de bienvenue est bien sûr une contraction du Merabah de Turquie. Les églises elles-mêmes sont fort récentes et trop imposantes pour l’exiguïté des villages.[18] Du temps des Romains demeurent les catacombes où l’on dit que Saint Paul séjourna après avoir fait naufrage en se rendant à Rome pour y être jugé.[19] Il faut dire qu’outre les occupations successives, l’île a également subi un terrible tremblement de terre. Alors il est tout de même juste de dire qu’avoir survécu à tous ces avatars est pour une si petite superficie et quelques trois cents mille habitants une preuve de courage et une volonté de survivre. En fait Malte doit le plus gros de ses ressources au tourisme de charters qui déverse dans les différents hôtels des milliers de voyageurs anglais, allemands et, depuis quelques années, français. Dois-je
dire que mon désappointement est aussi venu du fait que, jouant encore au golf
à l’époque où j’ai séjourné dans l’île, les organisateurs du voyage
m’avaient fortement conseillé d’emporter mes clubs, le golf étant réputé
pour son parcours qui dominait la mer. En fait notre hôtel se trouvait à vingt
kilomètres de là et j’aurais du prendre un taxi pour faire des
allers-retours onéreux. J’avais donc transporté tout mon « barda »
pour rien. Heureusement que nous avons eu le scrabble pour nous distraire et la
gentillesse des participants. Ne nous plaignons pas tout de même puisque huit
jours de soleil nous ont permis de prendre de bonnes couleurs et de nager dans
la piscine, l’accès à la mer étant impossible en raison de l’escarpement
de la falaise. Je me souviens aussi d’une excursion très agréable à l’île
de Gozo qui est plus
verte, plus rurale et plus petite que Malte. On y pratique la pêche et
l’agriculture. L’île était recouverte d’herbes fleuries et de
luxuriantes moissons précoces par rapport à celle de
France. On nous a dit qu’en été, elle était plongée dans les
lauriers-roses, les bougainvilliers et les géraniums. Gozo
ne le cède en rien à Malte pour ce qui est des mythes : ce serait l’île
de la légendaire Calypso de l’Odyssée d’Homère. C’est en plus un lieu
charmant où les églises baroques[20]
et les vieilles fermes ponctuent le paysage.
La côte est
sillonnée de criques rocheuses et l’on y pratique la voile et la plongée en
apnée ou en bouteilles. Gozo possède en effet, nous a-t-on dit encore puisque
nous n’avons pas pu l’expérimenter nous-mêmes, quelques-uns des meilleurs sites de plongée
de toute la Méditerranée. Il m’a semblé en tout cas être dans un endroit
plus diversifié que Malte elle-même. Et
La Valette me demandera-t-on ? Je ne puis en parler car nous ne l’avons
pas visitée mais simplement traversée pour retourner à l’aéroport (si mes
souvenirs sont exacts.) Je sais qu’elle fut de 1530 à 1798 la citadelle
refuge des Chevaliers de l’Ordre de Saint Jean, chassés de Terre Sainte, qui
en firent un important centre culturel et religieux.[21]
(J’aimerais qu’on m’excuse de faire une longue note de bas de page mais
l’histoire des Chevaliers de Malte est enrichissante d’un point de vue
historique et a constitué l’une des parties les plus importantes de la vie de
l’île jusqu’à leur expulsion par… les Britanniques.) Très riche en Histoire et monuments, La Valette fut construite et fortifiée sur le Mont Sciberras par le Grand Maître français Jean Parisot de la Valette après la victoire du « Grand Siège » de 1565 contre les Turcs Ottomans. Je regrette de n’avoir pas vu le jardin d’Upper Baracca avec sa vue imprenable sur le Grand Port et les Trois Cités, de n’avoir pas visité le Musée National d’Archéologie installé dans l’Auberge de Provence, le célèbre Palais des Grands Maîtres où siègent le Parlement et les Chambres d’Etat, le Musée des Armures qui expose paraît-il plus de six mille pièces et la Cathédrale Saint Jean à laquelle j’ai fait référence et dont la nef et les chapelles renferment les tombes d’hommes illustres… Je ne peux même pas dire que ce sera pour une prochaine fois puisque les voyages qui ont fait ma joie font de moins en moins partie de ma vie.
Mon retour dans les Cévennes est chaque fois un enchantement. J’ai, en arrivant aux alentours de St Jean du Gard, l’âme de Stevenson et quand j’atteins Caderle, retrouve les arbres et leurs tons de vert contrastés, Jacques et Marie, les chats qui commencent à me connaître et dont l’un m’a fait l’honneur de passer pour la première fois une soirée en ma compagnie, ma chambre au-dessus du figuier, ma place sur le fauteuil rouge qui regarde la télévision ou devant l’ordinateur du bureau où nous avons travaillé, Jacques et moi, à la préparation de mon futur site littéraire, mes ballades sur le marché de St Jean qui pullule cette année de visiteurs flamands et suisses dont j’ai partagé le repas au café de la Bourse, tout enfin me redonne un certain goût de vivre après un hiver qui ne fut pas exempt de problèmes. J’avais d’autant plus de plaisir à me retrouver cette fois-ci auprès de Jacques et Marie que je devais descendre au lycée d’Alès pour répondre aux questions de ses élèves de seconde auxquels mon amie avait donné à lire le journal de mon adolescence qui leur a permis d’aller à la rencontre d’une jeune fille qui avait leur âge en 1940 - il y a soixante quatre ans de cela ! - et vécut l’Occupation nazie avant de s’évader de France pour entreprendre un premier Grand Voyage qui devait la conduire auprès du Général de Gaulle et des Forces Françaises Libres. Je m’étais préparée à cette rencontre avec beaucoup de joie car j’aime ces réunions où l’âge ne compte plus, où s’efface la barre des générations, où le contact se fait entre les jeunes qui abordent la vie et les vieux qui sont pratiquement arrivés au bout du long chemin. Je n’ai pas été déçue car les questions ont fusé pendant les deux heures de notre entretien et elles montrèrent toutes un intérêt pour une histoire qui a semblé aux jeunes gens d’autant plus proche qu’elle leur était racontée non par les médias mais par un témoin du temps. Une adolescente juive sous l’Occupation et la France Libre Tel est le titre du journal dont les élèves
avaient pris connaissance avant de me rencontrer. C’était au départ un petit
cahier d’écolier que j’avais commencé en Septembre 1940 pour rester en
contact avec mon père dont je venais d’être séparée. Après la « drôle
de guerre » qui avait duré de septembre 39 à juin 40, les troupes
allemandes avaient rompu la ligne Maginot et avaient déferlé sur la France mal
préparée à de nouvelles batailles. Devant la menace d’une destruction de la
capitale, les Parisiens avaient fui et s’étaient retrouvé dans cette partie
de la France qui est devenue, après l’armistice conclu entre Pétain et
Hitler la zone libre. Nous avons abouti, notre famille et certains de nos amis,
dans un bourg de Haute-Garonne entre Toulouse et Montauban, Villemur-sur-Tarn, où
des amis de mon père avaient loué une maison qui nous a accueillis durant les
trois mois qui ont précédé le retour de la majorité de ces gens à leur
domicile. Mon père lui-même est remonté à Paris car rien en Septembre 1940
ne laissait présager des atrocités en gestation dans le cerveau d’Hitler
malgré la parution, bien des années auparavant de son « Mein Kampf »
qui aurait dû tout de même nous mettre la puce à l’oreille. Je suis restée
dans le midi avec maman et mon frère car si mon père n’avait pas peur pour
lui-même et pensait pouvoir s’en sortir, il préférait nous savoir éloignés
et, il le pensait tout au moins, en sécurité loin de la capitale. Ne voulant pas m’inscrire en première au lycée
de Toulouse afin de ne pas laisser Maman toute seule dans la nouvelle petite
maison qui venait de nous accueillir, (mon frère devait rejoindre ce substitut
d’armée qu’on appela « Les Chantiers de Jeunessse »), j’ai décidé
de faire mon année du bac par correspondance et c’est en attendant
qu’arrivent les cours de « l’Ecole Universelle » que j’ai
chaque jour écrit dans le petit cahier vert, une des rares choses que j’aie
retrouvées de ma jeunesse après la guerre. J’avais choisi ce genre de
contact, tout d’abord parce des liens affectifs très forts m’unissaient à
mon père et parce que, ainsi que je l’ai expliqué à mes nouveaux jeunes
amis, la correspondance était interdite entre la zone occupée et la zone libre
si ce n’est par l’intermédiaire de cartes imprimées sur lesquelles on
n’avait pas le droit d’ajouter des phrases personnelles.
Venons-en aux questions diverses posées par tous
ces jeunes : L’une des premières qui me vient à l’esprit est la
suivante : « Etiez-vous à ce point obsédés par la nourriture car
vous en parlez sans cesse ? » Nous n’étions pas obsédés par la
nourriture mais plus tôt par sa recherche qui est devenue problématique car
les Allemands faisaient partir de zone libre des trains entiers d’animaux et
de céréales pour nourrir leurs propres troupes. Notre amie, Madame Mouyssac, a
elle-même entrepris de gaver des oies, une chose qu’elle n’avait jamais
faite auparavant : l’opération avait lieu dans le chais où sa belle-mère,
Madame Termes, fabriquait des mèches destinées à nettoyer les fûts avant les
vendanges, le vin de pays et la maïs constituant à cette époque les cultures
principales de la région. Ma jeune interlocutrice avait aussi remarqué que je
faisais tous les soirs quatorze kilomètres avec Madame Mouyssac pour aller dans
une ferme chercher un litre de lait puisqu’on n’en vendait plus dans les épiceries
jusqu’à l’apparition de cette nouvelle race de commerçants qu’on appela
les B.O.F. (beurre - œufs - fromages) qui
se remplirent les poches en vendant au marché noir toutes les nourritures
contingentées tel l’excellent Monsieur Batignolle interprété l’année
dernière au cinéma par Gérard Jugnot. Une question plus en adéquation avec les problèmes
politiques du temps me vint d’un autre élève : « Que pensiez-vous
de Pétain ? » Je pus lui montrer quels étaient les sentiments de
notre famille depuis la Guerre de 14-18. Mon père qui avait fait toute la
guerre, Verdun, le Chemin des Dames… qui avait assisté aux décimations de
1917, ne se targuait pas d’être un « ancien combattant », il
n’a jamais participé aux réunions d’anciens (pas plus que nous ne
l’avons fait, mon frère et moi-même après la Seconde Guerre Mondiale). Il
traitait Pétain de « Boucher de Verdun », nous rappelait qu’il
avait fait partie du Conseil Supérieur de la Guerre et avait à ce titre refusé
la mise en construction de chars préconisée par un certain Colonel de Gaulle,
chars qui nous eussent été bien utiles pour protéger la Ligne Maginot, avait
été ambassadeur de France auprès de son ami le Général Franco… La
signature de l’armistice de 40 puis toute la politique pro nazie menée par le
Maréchal n’était pas une surprise pour mon père ou nous-mêmes mais au
contraire l’aboutissement des rêves malsains de toute une vie. A cette question grave succéda l’une de celles
qui m’ont fait sourire : «Madame », me dit une élève, « quand
vous écrivez à votre père, vous ne parlez jamais d’autre chose que de faits
quotidiens banals. » Je compris qu’elle sous-entendait « Vous ne
parlez jamais de vos petits amis ! » Et pour cause, lui répondis-je,
je ne m’intéressais pas encore aux garçons malgré mes dix sept ans bien
sonnés. Je lui racontais alors une anecdote qui a fait rire toute la classe :
je m’étais évadée de France, avais traversé les Pyrénées, rejoint
Barcelone où nous étions hébergés dans un petit hôtel de la Via Laetana par
le consulat américain. J’y fis la connaissance d’un homme qui était mon aîné
de dix ans. Il ne voulait pas que je poursuive mon chemin vers l’Angleterre.
Je refusais bien sûr. Je n’étais pas venue en Espagne pour me marier mais
pour passer en Angleterre le plus vite possible. Les évadés de France furent
bientôt expulsés par Franco vers le Portugal. Nous embarquâmes ensuite sur un
bateau qui nous conduisit à Gibraltar puis au Maroc. A bord, j’allais trouver
une de mes amies pour lui dire que j’avais très peur d’être enceinte. Elle
fut très choquée parce qu’elle n’avait pas imaginé que j’aie pu coucher
avec cet homme dont pas une seconde elle n’avait mis en doute la correction et
la bonne foi. Je luis dis que j’avais quelques jours de retard dans mes règles
(c’est la seule chose que je savais quant aux débuts d’une grossesse )
et puis Pedro, avant que nous nous séparions, m’avait embrassé sur la bouche !
Toute la classe, comme mon amie d’autrefois, a éclaté de rire mais c’est
ainsi. J’avais alors dix neuf ans, je partais faire la guerre et j’étais
plus naïve qu’une enfant même si ma mère avait désespérément essayé de
me dire avant mon départ des choses essentielles que je n’ai apparemment ni
comprises ni retenues… J’avais expliqué à mon jeune auditoire que mon père
était resté à Paris jusqu’à la rafle du Vél’d’Hiv. Il venait pourtant
nous voir muni d’un ausweiss (un permis de transport) que les Allemands
accordaient aux hommes d’affaires qui devaient se rendre en zone libre. Malgré
notre nom passe-partout, il était allé se déclarer à la police quand on
avait demandé aux juifs de le faire. Il se disait (n’était-ce pas également
de la naïveté ?) que les Allemands ne s’en prendraient pas aux anciens
combattants de 14-18 ! Un élève me demanda pour quelle raison Papa avait
quitté la capitale dès le lendemain de la rafle. « Parce que » répondis-je
« personne ne pouvait prévoir si la police française s’en tiendrait à
l’arrestation des juifs du onzième arrondissement et ne poursuivrait pas son
bel ouvrage dans tous les arrondissements parisiens, ce qui est arrivé bien sûr. »
Mon père est parti sans bagage, a pris le train jusqu’à une ville située
avant la « ligne de démarcation » où les contrôles étaient trop
sévères pour qu’il puisse les assumer sans être pris et arrêté. Il a
traversé la ligne à travers champs puis a repris le train pour Toulouse et
l’autocar pour venir nous rejoindre à Villemur. C’est ainsi que j’ai
pu faire ma terminale comme interne au lycée de Toulouse puis, la France
ayant été entièrement occupée au mois de Novembre 1942, prendre la décision
grave de m’évader de France avec mon frère afin de rejoindre les Forces Françaises
Libres. Avant de conclure, je voudrais parler d’une
question très pertinente posée par l’un des élèves de Marie :
« Pourquoi l’évasion hors de France plutôt que le maquis et la Résistance ? »
Eh bien, notre zone venait d’être envahie, les maquis n’étaient pas encore
constitués dans la région et il était urgent pour mon frère de prendre le
large avant d’être envoyé au STO (Service du Travail Obligatoire) avec les
autres membres de l’usine où il avait été embauché comme dessinateur
industriel après être rentré des Chantiers de Jeunesse. La décision que je
l’accompagne malgré toute la détresse que ressentaient mes parents à l’idée
de perdre leurs deux enfants est venue à la dernière minute. Nous avons eu la
chance de les retrouver après la libération. Ils s’étaient cachés dans un
petit village près du Puy et avaient échappé à la déportation qui a privé
notre famille de quatorze parents proches dont le propre frère de Maman. Voici, je crois que j’ai en quelques phrases montré
l’intérêt, la gentillesse, la sensibilité de quelques jeunes gens et jeunes
filles dont l’existence est certes bien différente de celle qui fut mienne
voici plus de soixante ans. Je crois que s’ils peuvent en ce moment profiter
de leur propre jeunesse mieux que je n’ai pu le faire moi-même, leur vie ne
sera pas exempte de soucis car la Seconde Guerre Mondiale n’a pas été pour
les hommes suffisamment destructrice pour qu’ils mettent un terme à leur désir
de vengeance. J’ai eu peur pour nous mais j’ai maintenant peur pour eux et
je ne peux que rappeler à ces jeunes amis que j’ai eu tant de plaisir à
rencontrer qu’il leur reste en tout cas l’espérance si cher à l’un des
écrivains que j’ai le plus admirés dans ma jeunesse, Charles Péguy : La
foi que j'aime le mieux, dit Dieu, c'est l’espérance. La
foi ça ne m’étonne pas Ce
n’est pas étonnant. J’éclate tellement dans la création. Dans
le soleil et dans la lune et dans les étoiles. Dans
toutes mes créatures. Dans
les astres du firmament et dans les poissons de la mer. Dans
l’univers de mes créatures... La
charité, dit Dieu, ça ne m'étonne pas. Mais
l’espérance, dit Dieu, voilà ce qui m'étonne Moi-même. Ca, c’est étonnantLa
Foi est une épouse fidèle La
Charité est une mère... L’espérance
est une petite fille de rien du tout... C’est
cette petite fille pourtant qui traversera les mondes, Cette
petite fille de rien du tout. Elle
seule, portant les autres, qui traversera les mondes révolus.
Le Porche du Mystère de la Deuxième Vertu
[1]
Je ne dois pas oublier de dire à Blake une chose importante : Omar
Khayyam, le grand poète soufi iranien qui a vécu de 1050 à 1122 et dont
il s’est parfois inspiré pour construire ses propres poèmes a été
aussi un mathématicien. Il a écrit une algèbre qui dépasse celle de
Al-Kwarizmi (790-850) dont le principal ouvrage s’intitule « Hisabal-jabrwa’l-muqquâbala »
(al-jabra ayant donné naissance au mot algèbre.) L’algèbre d’Omar
Khayyam inclut en effet les équations du troisième degré. [2] Je pourrais bien sûr continuer avec d’autres nombres mais chacun peut se rapporter à mes sources « le Dictionnaire Encyclopédique du Judaïsme » pour avoir des exemples nombreux de la signification des nombres et des chiffres selon l’alphabet hébraïque. [3]
P.F. Case est né à Fairport, New York, d’une mère institutrice et
d’un père bibliothécaire. Il fut très jeune un musicien de talent
(orgue et piano.) Il a étudié la kabbale et le monde des tarots et s’est
adonné à l’occultisme. [4] AD. Grad est un des plus grands kabbalistes de notre temps. Il a écrit sur le sens caché des lettres hébraïques. Il a beaucoup visité le Québec et y a donné de nombreuses conférences. Il a pris sa retraite aux Bermudes. [5]
Je ne sais pas si je peux inclure les analyses de tableaux d’Alain
Jaubert (« Palettes » sur Arte) quand je parle du nombre d’or
mais il est certain qu’il a abordé pratiquement toutes les toiles
d’impressionnistes sous l’angle de la géométrie, en particulier les
« nymphéas » de Monet où le pont japonais de Cheverny est étudié
à partir de rectangles et d’angles et, peut-être plus encore « La
Montagne Sainte Victoire » de Cézanne puis les monts qu’il a peints
du Japon aux Etats-Unis et qui présentent tous une forme triangulaire ou
triangulaire tronquée. Voici ce qu’un critique de Télérama a dit à propos
de « Jaune, Rouge, Bleu » de Vassili Kandinsky et d’un
documentaire de 1994 d’Alain Jaubert : Souvent cité comme un tableau
exemplaire de l’art abstrait, Jaune, Rouge, Bleu, peint en 1925, marque un
tournant dans l'oeuvre de Vassili Kandinsky (1866-1944.) Quand le Bauhaus se
transporte à Dessau, durant l’été 1925, Kandinsky rédige un
questionnaire pour ses étudiants où il leur demande d’assortir un
cercle, un carré et un triangle à trois couleurs primaires censées faire
ressortir ces formes géométriques. Tous associent le bleu au cercle, le
rouge au carré, le jaune au triangle. C'est dans ce contexte qu’il crée
Jaune, Rouge, Bleu. Aboutissement d’un travail assidu sur la libération
des formes et leur rapport avec les couleurs, ce tableau, légué au centre
Pompidou par la veuve de Kandinsky , tente de réaliser la synthèse entre
les recherches effectuées par le peintre, mais aussi par Mondrian,
Malevitch ou Klee, comme l’explique fort subtilement Alain Jaubert. [6]
Est-ce mon côté prude mais je n’ai pas jugé utile d’insérer dans le
corps du texte ce genre ludique des nombres et des chiffres qui ne peut pas
plaire à tout le monde. En
note de bas de page, je me lance : J’ai découvert qu’il existait
un Club de Jeux de Rôles Universitaires à Chambéry. L’un des jeux
s’appelle « Etron » (excusez-moi encore, je ne veux pas être
vulgaire, je raconte comme toujours !) Etron est une planète sur
laquelle le calcul a une grande importance : Sur terre en effet nos
lointains ancêtres avaient pris l’habitude de compter en base dix car ils
le faisaient certainement sur leurs doigts. Les peuples de l’Etron ont
choisi de compter en base trois car les chiffres sont les symboles
cosmologiques. Les nombres sont ainsi : Le
zéro, noté 0 ou . : Symbole du rien mais aussi du tout, du
monde. L’unité,
notée 1: Symbole du Dévorant. La
dualité, notée 2 ou X : Symbole du Prolifique. Le
nombre 27 s’écrit 1… ou 1- : Il est souvent appelé
« un millier » ou « un âge. »
Le
nombre 729 s’écrit 1 …… ou 1= : Il est souvent
appelé « un million » ou une « vie. » Le
nombre 1.X (11 en décimale) : Il représente l’univers dans
son entier, Etron entouré du
Grand Con Cosmique et de la Grande Gueule Cosmique. 333 :
nombre de Dieu et de son mystère 666 :
nombre de la Bête : le Diable, l’Antéchrist. La
signification de ces deux derniers nombres m’étonne toutefois car elle a
une connotation judéo-chrétienne qui m’étonne de la part de peuples qui
révèrent les divinités majeures que sont le Prolifique, le Dévorant, le
Sage, le Sauvage et le Crâne mais peut-être sommes-nous confrontés ici
avec une planète qui a réalisé l’œcuménisme parfait, cette utopie
dont nous rêvons tous.
[7]
Selon certains, il semble que tel ne soit pas le cas puis que le pape,
ayant tenu à visionner le film, aurait déclaré en polonais à l’un de
ses conseillers : « c’est la vérité. » Selon
d’autres, le film n’a pas encore été visionné au Vatican et ne le
sera peut-être pas. [8]
Je ne puis m’empêcher à cet instant même d’évoquer une rencontre
que j’ai faite il y a bien des années au péage de Lyon, un beau jour
d’été. Un prêtre en soutane attendait qu’une voiture veuille bien le
remonter sur Paris. M’étant arrêtée pour lui demander s’il n’avait
pas d’intentions agressives car nous n’avions plus l’occasion de voir
des prêtres en soutanes, il me répondit qu’il était australien et que
je n’avais rien à craindre. Je l’ai fait monter et j’ai tout de suite
mis les choses au point : Je suppose que vous allez à l’église
Saint-Nicolas du Chardonnet(le fief des traditionalistes), lui demandai-je.
Il y allait et me raconta son histoire : Diplômé de bas latin, il
avait entendu avec un de ses amis une messe en latin et avait été si émerveillé
qu’il avait décidé ce jour-là de s’en tenir dorénavant au
catholicisme traditionnel. Je ne lui ai pas caché que j’étais juive,
nous avons déjeuné ensemble, échangé une foule de propos, je l’ai mis
dans le métro en le recommandant à un voyageur et, pour me remercier, il
m’a donné une médaille de la Vierge que j’ai toujours gardée.
[10]
Nous venons d’être informés que le film de Mel Gibson sortira en
France début avril. [11]
Selon les dernières informations données par les médias, ce message
pourrait n’être qu’une manipulation, peut-être d’un mouvement d’extrême-droite,
destinée à semer la confusion et la crainte. [12]
La marée noire envahit les côtes de Galice le 2 décembre 2002. Après
les catastrophes de l’Erika et de l'Amoco Cadiz, une fois de plus, le pétrole
était venu souiller les côtes de l’extrême-ouest de l'Europe. Le
« Prestige » s’est brisé et a sombré. Un pétrolier de 26
ans, chargé de 70 000 tonnes de fuel lourd, bas résidus de distillation
des raffineries, un vieux
rafiot bon pour la casse, repeint de frais, mais au pedigree suspect. En
pleine tempête hivernale - les concurrents de la Route du Rhum en savent
quelque chose - il s’est cassé en deux. Et voilà un produit visqueux et
dangereux pour l’environnement qui est venu polluer les côtes, des vieux
rochers aux moindres galets, et détruire, pour longtemps peut-être, les
principales sources de revenus des habitants de cette région. La Galice en
était à sa sixième catastrophe en vingt-cinq ans ! [13]
Mon séjour en Roumanie eut lieu au temps où Ceaucescu était le maître
des lieux. Je dois avouer que je ne connaissais pas bien à l’époque
l’historique de ce pays de l’Est. Après d’horribles déboires à la
frontière bulgaro-roumaine où ma voiture fut fouillée et flairée par des
chiens qui recherchaient de la drogue sous le prétexte que j’arrivais
d’Istanbul, je m’étais réfugiée dans un grand hôtel où j’entendis
parler du personnage sur chaque chaîne de télévision. Comme le roumain
est assez proche de l’italien, je pus comprendre certaines bribes de
phrases qui me rendirent l’image du dictateur plus familière. [14] Voici
par exemple un des nouveaux bâtiments de Budapest qui nous concerne
particulièrement : son lycée français. Le
nouveau lycée français de Budapest a ouvert ses portes en septembre 2002.
Ce sera un bâtiment moderne, adapté aux exigences actuelles d'une éducation
de très bon niveau et il constituera, avec l'Institut français, une autre
vitrine de la langue et de la culture françaises en Hongrie. Conçu pour
accueillir 700 élèves, il sera, de façon encore plus marquée que
jusqu'ici, un carrefour de cultures qui s'épanouiront autour du système
scolaire français et de ses options éducatives, un lieu d'échanges apte
à favoriser le dialogue des cultures et par conséquent la tolérance et le
respect mutuel. Mais une chose reste sûre, il ne viendrait à l’idée
d’aucun architecte de modifier les bâtiments somptueux qui ornaient et
ornent encore les rives du Danube. [15]
L’histoire de
la Hongrie n’est pas exempte bien sûr d’évènements douloureux antérieurs
à la répression de 1956. Sous la terrible poigne d’Horthy, les Juifs
hongrois ont subi autant de sévices que ceux des autres nations contrôlées
par les nazis. Un récit de György Konràd intitulé « Départ et
retour » vient de paraître en traduction française aux éditions
« Mille et une nuits ». Le récit de György Konràd relate une
histoire personnelle qui éclaire un moment douloureux de l’histoire de la
Hongrie. A la fois Hongrois et Juif, l'auteur s’interroge sur cette dualité. Ce livre visite des thèmes voisins de ceux de Kertész, Biro, Lorànt. Curieusement tous ces auteurs sont nés entre 1930 et 1941. Kertész et Konràd ont choisi de rester en Hongrie et écrivent dans leur langue maternelle, Biro et Lorànt ont émigré en 1956 et écrivent en français. Sauf pour Kertész qui a écrit son livre « Etre sans destin » à une époque déjà ancienne, c’est comme si ces auteurs voulaient témoigner au soir de leur vie sur une période occultée par tous pour différentes raisons historiques et politiques. (En France l’affaire Papon a démontré qu’il faut parfois du temps pour faire face à la vérité à moins que ce ne soit certaines forces ou intérêts qui s’opposent en réalité à son dévoilement). Tous ces auteurs s’interrogent sur ce que signifie être Hongrois et Juif, question également posée par François Fejtö dans son travail d’historien « Hongrois et Juifs ». [16]
Je m’étais évadée de France en Janvier 1943 avec mon frère aîné
pour rejoindre les Forces Françaises Libres et je me trouvais à Gibraltar
après une série d’aventures que je raconte dans : « Le Temps
des Voyages. » Notre embarquement avait participé de l’énorme et
de l’incroyable : des milliers de militaires franchissaient les
passerelles des différents navires transformés en bâtiments de guerre,
torpilleurs ou contre-torpilleurs. Jamais je n’aurais pu supposer qu’un
territoire aussi étroit pût contenir autant d’hommes. Bien qu’ils
fussent protégés par des bâches, on devinait les canons anti-aériens.
Sur des plates-formes de petits avions étaient prêts à être catapultés
lors des reconnaissances ou en cas d’alerte. Deux porte-avions nous
attendaient au large pour nous escorter. Cette véritable flotte était
impressionnante et encore une fois j’avais l’impression d’assister à
un évènement extraordinaire : être l’une des rares passagères d’un
convoi sur le point de sillonner l’Atlantique pour remonter vers la
Grande-Bretagne. [17] Voici ce que j’ai appris sur la cathédrale de Mdinah : Ce chef d'œuvre de la fin du XVII ème siècle que l’on doit à l’architecte maltais Lorenzo Gafa se trouve sur le site d’une église normande bien plus ancienne, détruite par un violent tremblement de terre en 1693. Selon la tradition, cette église aurait elle-même été construite à l’emplacement de la demeure de Publius, le gouverneur romain de l’archipel qui fut converti au christianisme par Saint Paul en 60. [18]
Je me dois
d’ajouter que tel fut mon sentiment immédiat alors que je ne connaissais
rien de l’histoire de l’île si ce n’est ce que j’ai écrit au sujet
de la guerre. Voici tout de même une confirmation de ce que j’ai écrit
à propos de la stature imposante des églises maltaises : Mosta, une ville pratiquement située au
centre géographique de l’île de Malte constituait autrefois un lieu sûr
contre les attaques de corsaires. La curiosité de Mosta réside dans sa monumentale église
dont le profil s’ inspire du Panthéon de Rome. Sa coupole occupe la
quatrième place parmi les plus grandes d'Europe. Cette église, comme la
plupart des anciennes églises de Malte, est un monument de foi. En 1942,
une bombe de 500 kilos tomba sur l’église, perfora la coupole et roula
sur le sol, à l’intérieur, sans exploser.
! [19] « Saint Paul arriva à Malte alors qu’il était prisonnier, en route pour Rome, le lieu de son martyre. Ici, lui et ses compagnons de naufrage furent traités - comme nous le lisons dans les Actes des Apôtres, « avec une humanité peu banale » (28, 2). Ici, il témoigna du Christ et guérit le père de Publius, ainsi que d’autres personnes de l’île qui étaient malades (cf. Ac 28, 8). La bonté du peuple maltais fut récompensée par « la bonté de Dieu notre Sauveur et son amour pour les hommes » (Tt 3, 4). Pendant deux millénaires, vous avez été fidèles à la vocation que comporte cette singulière rencontre. » Ces lignes sont extraites du discours prononcé par le pape Jean Paul II à son second séjour à Malte, le 8 Mai 2001. [20]
La Citadelle de Gozo semble juchée en équilibre
sur son plateau de manière encore plus précaire que Mdinah, son homologue
à Malte. La citadelle est elle-même dominée par la cathédrale, autre
chef d’œuvre baroque érigé par l'architecte maltais Lorenzo Gafa. La Citadelle est un point de repère
connu sur l’île depuis au moins 1500 av. J.-C. Et
la cathédrale elle-même se trouve à l’emplacement de plusieurs sites
religieux antérieurs, quelques-uns étant peut-être plus mythiques que réels.
Le premier édifice à être construit sur ce site était
probablement un temple phénicien. Il fut reconstruit et agrandi par les
Romains, avant de changer de statut pour devenir une église chrétienne.
L’édifice subit plusieurs reconstructions avant qu’un tremblement de
terre ne l’endommage.
[21] Les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem
[22] Dès 1979, Mohammed Bakr al-Sadr émit une fatwa proscrivant l’adhésion au parti Bath et jugea licite le recours à la violence face à l’oppresseur. Il fut exécuté en compagnie de sa sœur l'année suivante, au lendemain d’un attentat manqué contre le vice-Premier ministre, Tarek Aziz, avant qu’un tracteur ne traîne les deux cadavres dans les rues de Nadjaf. Vingt ans plus tard, le régime condamnera à la pendaison un autre al-Sadr, Mohammed Sadeq. Sur un trottoir de la cité sainte, non loin du tombeau d’Ali, on vend sous forme de DVD les prêches du « deuxième martyr. » Le plus demandé ? Celui qu’il prononça le 19 février 1999, le jour même d’un assassinat qui déclencha de violentes émeutes. Dépourvu du bagage théologique de ses aînés, l’ambitieux Muqtada al-Sadr, porte-parole autoproclamé du peuple chiite, invoque aujourd’hui sa glorieuse ascendance. Déjà, ses partisans tissent leur toile dans l’ancienne « Saddam City », au nord de Bagdad. Peuplée de plus de 2 millions d’âmes, cette banlieue gigantesque et misérable a d’ailleurs été rebaptisée « Medinat Sadr », la ville des Sadr. J’ajoute que Muqtada al-Sadr revêt déjà pour haranguer ses foules l’étole blanche du martyr.
[23]
Ensablé
dans une confrontation sanglante avec les quelque 2.000 insurgés sunnites
retranchés dans Falloudja, l’état-major américain a retiré ses troupes
sur des positions plus éloignées de la ville, confiant à la police
irakienne et à une nouvelle force composée d’anciens soldats de Saddam
Hussein le soin d’y rétablir la sécurité. Plusieurs commandants américains
ont souligné que cette nouvelle stratégie, tournant le dos à la politique
de « débaassification » de l’Iraq mise en oeuvre il y a un
an, était une « expérience » susceptible d’être annulée.
Pas question non plus pour eux de renoncer à retrouver les meurtriers de
quatre civils américains à Falloudja le 31 mars, dont le lynchage a déclenché
l’offensive des « marines. » A Washington, un porte-parole du
Pentagone a souligné que les Etats-Unis suivraient « les yeux grands
ouverts » l’application de cet accord de Falloudja. Mais pour de
nombreux Iraqiens, l’arrivée du général Djassim Mohamed Saleh, ancien
de la Garde républicaine (garde prétorienne du dictateur) et de ses hommes
et le retrait des « marines » ressemblent à une débâcle
militaire pour l’armée américaine. « Allah nous a donné la
victoire sur les Américains » pouvait-on entendre depuis le
haut-parleur d’une mosquée de la ville. « Cette victoire est le
fruit des actes de bravoure des moudjahidine
(combattants de la guerre sainte) de Falloudja qui ont vaincu les
troupes américaines. » « Je suis certain que les Américains ne
reviendront pas dans cette ville après la leçon que leur a infligé la
population de Falloudja », affirme un habitant, Faouak Djabbar. [24]
Je crois que Marc-Alain Ouaknin est arrivé à peu près au même
conclusion en ce qui concerna la Bible dans son dernier livre que je n’ai
pas encore lu : « Le Mystère des Chiffres. » [25]
Je suppose que
j’ai déjà eu l’occasion d’expliquer ce qu’était le wahhabisme qui
est né en Arabie Saoudite sous le règne Ibn’Saoud mais comme j’ai
l’intention de parler de l’imam de Nadjaf, il n’est pas inutile que je
précise une fois de plus ce qu’est cette doctrine : Le wahhabisme,
doctrine politico-religieuse, tire son nom de son fondateur, Mohammed ibn
Abd el Wahhab, mort en 1792 en Arabie. Cette doctrine, qui gouverne l'Arabie
saoudite grâce à l’alliance entre les descendants d’ibn Abd el Wahhab
et ceux d’Ibn Saoud, fondateur du premier royaume saoudien, prône un
retour à la pureté originelle de l’Islam. Elle condamne la pratique du
culte des saints ( maraboutisme), les pèlerinages à leurs tombeaux,
l’usage du chapelet. Elle interdit la mixité, le cinéma, la musique et
le tabac. Elle impose le port de la barbe aux hommes et celui du « djelbab »
(voile recouvrant le corps et le visage), ou au moins de « l’abaya »
(vêtement ample cachant les formes du corps), aux femmes. Tout ce qui
s’oppose à cet islam, sévèrement codifié à partir d'une lecture littérale
des textes coraniques, est considéré comme
« bidâa » (invention humaine), et donc contraire à la
chariâa (loi divine). [26] Voici qui devrait faire réfléchir les islamistes qui contestent à l’Etat laïque le droit d’interdire le port du voile dans l’enceinte de l’école publique. S’ils connaissaient mieux « leur » version du coran, ils verraient que les femmes et les filles doivent rester à la maison et les garçons ne fréquenter « que » l’école coranique, à l’exception de toute autre !
[27]
Je crois me souvenir que j’ai parlé des flagellations auxquelles
j’ai assisté en Iran quand j’ai fait l’analyse du livre de Saideh
Pakravan : « The Arrest of Hoveyda » (L’Arrestation d’Hoveyda.)
[28]
Le 27 juin, l’imam radical
Moktada Sadr a proposé de retirer ses miliciens de Nadjaf afin de mettre un
terme aux combats avec les forces américaines, a indiqué le conseiller à
la sécurité nationale iraqien. Mouaffak al Roubaïe, citant un communiqué
de Sadr, précisant que l’imam proposait le départ de ses combattants non
originaires de Nadjaf en échange du retrait des forces américaines et de
l’abandon des poursuites engagées à son encontre pour un meurtre commis
en 2003. « Afin de mettre un terme à la situation tragique à Nadjaf
et à la violation des lieux saints, je fais part de mon accord pour ce qui
suit : la fin de toutes les manifestations armées, l’évacuation des bâtiments
public et le retrait de tous les combattants de l’Armée du Mehdi. » Recherché
mort ou vif par les Américains, Sadr invite également les forces américaines
déployées à Nadjaf à se replier dans leurs bases afin de laisser la
police iraqienne prendre le contrôle de la sécurité de la ville. Il dit
également souhaiter l’ouverture de négociations avec la communauté
chiite irakienne, majoritaire dans le pays, sur l’avenir de l’Armée du
Mehdi que les Etats-Unis veulent démanteler. Les miliciens de Sadr ont,
comme je l’ai montré dans le texte, pris les armes début avril contre
les forces emmenées par les Etats-Unis dans les villes chiites du sud de
l'Irak et dans certains quartiers de Bagdad. Les dignitaires chiites
iraqiens désapprouvent la stratégie adoptée par l’imam radical.
[29] J’ai d’ailleurs
remarqué lors du passage d’une ambulance qui recherchait des blessés
pour les conduire à un hôpital de fortune que l’infirmier, quand il repérait
une victime décédée, disait : « voici un martyr. » [30]
Sans vouloir faire de comparaisons désobligeantes, le père de
John Kennedy n’était pas non plus exempt de tares et, sans être allé
aussi loin que Preston Bush, il a montré en son temps où allaient ses préférences… 2 Paul
Dundes Wolfowitz (né le 22 décembre 1943) est un des conseillers de la
Maison Blanche et sous-Secrétaire à la Défense des Etats-Unis dont le
secrétaire est Donald Rumsfeld. Il est un néoconservateur connu pour ses
vues de « faucon », avocat de la cause d’Israël et supporter
absolu de la Guerre en Iraq. 3 M. Javier Pérez de Cuellar a pris ses fonctions de Secrétaire général
de l’Organisation des Nations Unies le 1er janvier 1982. Le 10 octobre
1986, il a été chargé d’un second mandat, qui a débuté le 1er janvier
1987 et s’est achevé en 1991. [33]
Une fois encore, voir les Mots…dits sur le livre de Michael
Moore. [34] Laurent Murawiec a critiqué violemment l’idéologie wahhabite de la famille royale saoudienne et la stratégie du royaume saoudien pour étendre le wahhabisme à tout le monde islamique dans un discours devant le « JINSA Policy Forum » le 17 septembre 2003. « Le 11 septembre a fait plus pour convaincre les Américains que l’Arabie Saoudite était un ennemi et non un ami que tout autre chose » et pourtant les relations protectrices que les Etats-Unis entretiennent avec l’Arabie Saoudite se sont accrûe dramatiquement à partir du 11 septembre. A la suite de ce discours, Laurent Murawiec a été renvoyé de l’Institut. |