Lise Willar - Ecrits

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(
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2002

 

Le 2 Janvier

 

J’ai passé la journée de Noël avec ma famille et mes amis. J’avais dix personnes à déjeuner, ce qui représente pour moi un gros effort mais tout s'est merveilleusement passé de 13h 30 à 20h 30, sept heures durant lesquelles les langues sont allées bon train, à la fois pour parler et pour apprécier mes efforts culinaires. Très oecuménique, mon repas, comme je les aime. J'avais pu mettre la main sur Samba, mon jeune ami du scrabble, 1ère série internationale, un Sénégalais déjà bourré de diplômes à vingt trois ans et dont le père est journaliste à Dakar et Président des écrivains sénégalais de langue arabe. J'ai par contre été invitée pour le réveillon du Nouvel An chez Julie, de l’autre côté de Paris. Elle a une vieille maison et d'énormes bûches flamboyaient dans l'âtre. A peu près les mêmes personnes que chez moi mais nous ne nous lassons jamais de nous voir, auteurs, poètes, philosophes... et nous ne nous lassons jamais de parler. J'étais heureuse que mon amie Elodia soit revenue de Tunisie. Elle est l'éditeur qui publiera les rubaiyat que je traduis avec Blake Dawson mais elle est aussi devenue mon amie la plus intime avec laquelle je partage mes secrets et mes « ambitions. »

 

Le 10 Janvier

 

Suite au mail d'André Chouraqui dont j'ai parlé le 11 décembre mais que j'avais reçu le sept, j'ai communiqué avec lui par téléphone et il m'a demandé de venir en Israël où je suis partie jeudi 4 Janvier. J'ai noté les diverses péripéties de mon séjour et, comme toujours, je les retranscris ici afin qu'elles restent à « ma » postérité. Je ne raconte pas à nouveau les évènements qui m’ont amenée à Jérusalem, tous mes amis les connaissent déjà. Je me contenterai donc de relater chacune de ces journées qui, forcément, resteront gravées dans ma mémoire : 

 

Jeudi

 

Je me suis levée à quatre heures moins le quart à l’Ibis d’Orly où je suis arrivée hier soir en taxi. Le départ était prévu pour sept heures quarante cinq mais il faut arriver à El AL avec trois heures d’avance pour des problèmes de sécurité. J’aurais pu m’en dispenser car il n’y avait aucune bousculade au contrôle. J’ai bavardé avec des Israéliennes d’origine marocaine et tunisienne qui ont passé les vacances de Hanoukkah, de Noël et du Jour de l’An chez la fille de l’une d’entre elles. L’avion a décollé à l’heure exacte. J’ai dormi une heure environ après le petit déjeuner et je me suis réveillée au-dessus des îles grecques un peu avant la Crête. C’était superbe ces gros points noirs sur une mer toute bleue. Nous avons atterri à Ben Gourion avec au moins une demi-heure d’avance. Un avion était arrivé un peu avant nous de Newark, New Jersey, plein d’étudiants venus faire un stage de cinq mois grâce une bourse du gouvernement hébreu.

J’étais tellement fatiguée que j’ai sauté dans un taxi. Le chauffeur était natif de Jaffa, sa femme du Golan. A mon premier séjour en Israël, il y a vingt cinq ans, les chauffeurs n’étaient pas des autochtones mais des ashkénazes[1] et ils n’étaient pas tendres avec les Maghrébins sefardim[2]  qui venaient d’arriver. A cette époque, il y avait déjà quatre députés arabes à la Knesset mais pas de sefardim. Aujourd’hui, le Président de la Chambre est sefarad. Nous étions venus en Israël, mon mari et moi-même, avec « Les Femmes Pionnières » qui dépendaient de la WIZO[3]  et parmi lesquelles nous avions une amie. Nous voulions surtout rendre visite à notre fils cadet qui séjournait pour ses vacances d’été dans un kibboutz du Golan, à Kfar Giladi. C’était le temps où les ouvriers agricoles libanais traversaient chaque jour « la bonne frontière » pour venir travailler en Israël. Ils repartaient le soir, leur sac à provisions bien garnis. Nous avions été reçus par le Président de la République et nos compagnons avaient dit en revenant à l’autocar : « il est bien ‘notre’ président. » J’avais réagi intérieurement : mon Président, même si je n’avais pas voté pour lui, c’était Giscard d’Estaing. Je me sentais tellement plus française qu’israélienne !

J’ai été plus en symbiose avec mes coreligionnaires quand je suis revenue en Israël avec mon petit-fils Nicolas. Il venait de faire sa bar-mitsva[4] et il fréquentait une école juive. A Jérusalem, il a prié si longtemps au Mur des Lamentations que j’ai cru qu’on y passerait la journée. Nous avons tout visité, Yad Vashem[5], la Knesset, le Musée d’Israël, celui où sont conservés les manuscrits de la Mer Morte, nous avons suivi la Via Dolorosa, vu le Saint Sépulcre... C’était le  temps où l’on pouvait encore aller sans crainte sur l’esplanade des mosquées. J’étais aussi émue dans le Dôme du Rocher[6] que je l’ai toujours été en pénétrant dans les magnifiques mosquées de Turquie et d’Iran construites par l’admirable Sinan et dont les minarets graciles s’élancent vers le ciel comme s’ils voulaient l’atteindre. Nous étions allés nous baigner sur la Mer Morte et nous avions pris le téléphérique pour monter à Massada[7] d’où nous sommes redescendus à pied, Nicolas devant, moi qui le suivais.

Aujourd’hui, dès mon arrivée au King David, le palace de Jérusalem,  j’ai éprouvé une impression bizarre. Est-ce la fatigue ? Je me suis sentie étrangère, venue d’un autre monde. Les gens que j’ai aperçus dans les halls étaient habillés à la « six-quatre-deux », les femmes en jupe longue, un foulard sur la tête, les hommes en jeans mais avec la kippa. Même les Américains dont la bourse doit être plus lourde que la mienne étaient sapés comme s’ils venaient de subir les évènements du 11 Septembre mais avec un téléphone cellulaire à l’oreille. Après avoir téléphoné à André Chouraqui comme convenu - il m’attend à dix heures et demie demain matin - j’ai dormi toute l’après-midi dans une chambre qui est plutôt une suite et je suis allée dîner au coffee-shop. Comme il y a dix ans, le King David est complètement kasher[8]. J’ai mangé quelques « hors-d’oeuvre de Jérusalem » et une glace, quelconques. Mon palais ne s’est pas habitué à la nourriture israélienne. Je crois que j’ai besoin d’une bonne nuit pour me « requinquer » complètement.

 

Vendredi

 

J’ai dormi neuf heures de suite et je suis descendue prendre mon petit déjeuner dans la grande salle à manger où j’ai partagé la table d’une dame américaine. Elle venait de l’Etat de New York et collectait aux Etats-Unis des fonds pour Israël. J’étais ragaillardie et si je n’ai pas fait honneur autant qu’elle au somptueux breakfast, j’ai mangé avec plaisir des céréales avec du yoghourt après avoir bu un verre de jus d’orange frais. J’ai ensuite sauté dans un taxi pour me rendre chez André Chouraqui. Sa belle maison est située sur les hauteurs de la ville nouvelle. Après m’avoir chaleureusement accueillie, il m’a dit d’aller admirer la Vieille Ville depuis les immenses baies de son bureau puis nous avons bavardé de tout pendant une heure et demie : Jérusalem, Israël, ses livres, le monde, l’Alliance, l’oecuménisme, mes écrits... Le temps a passé très vite et je me suis aperçue qu’il était fatigué. Il marche très difficilement à l’aide d’une canne, des séquelles sans doute de son ancienne poliomyélite. J’ai voulu prendre congé mais auparavant sa femme, Annette, m’a apporté du jus d’orange et des gâteaux. André - puisqu’il m’a demandé de l’appeler par son nom - m’a dit qu’il allait lire pendant le chabbat ce que je lui avais apporté, entre autres le compte-rendu de son dernier livre « Mon Testament, le Feu de l’Alliance » et mon étude « Soufisme et Hassidisme.» Je devais lui téléphoner dimanche matin et il me donnerait alors un nouveau rendez-vous. Entre-temps, il m’a conseillé de refaire connaissance avec Jérusalem et de m’imprégner de la ville en le faisant toutefois avec un guide, surtout dans la Vieille Ville.

J’ai marché depuis chez lui jusqu’à l’hôtel pour prendre des photos et me remettre de mon émotion. J’ai demandé un guide à la réception de l’hôtel et je l’ai attendu en avalant une soupe aux légumes. Avi est arrivé à deux heures et j’ai passé avec lui une après-midi passionnante. Je n’ai pas eu un guide mais un ami qui a visité avec moi tous ses amis de la Vieille Ville, les Arméniens, les Catholiques, les Juifs... et me les a présentés. J’ai bien sûr  reconnu les rues étroites bordées de maisons habitées d’un côté par des Arméniens, de l’autre par des Juifs, tous des israéliens qui parlent ivrit (hébreu). Il m’a emmenée à la synagogue loubavitch où j’ai retrouvé mes souvenirs du Baal Shem Tov[9] et photographié l’immense menorah (chandelier à sept branches). Nous nous sommes ensuite arrêtés dans la boutique d’un joaillier qui publie des légendes en anglais sur le site web qu’il a créé.[10] Il nous a raconté l’histoire de la bague du roi Salomon et m’a demandé si je pourrais la traduire en français ainsi que les autres et les mettre sur notre site. J’ai promis sans donner de date précise. Avec nous il y avait une jeune femme noire d’origine américaine qui, apparemment, n’a pas fait son aliyah[11] mais est venue vivre à Jérusalem à la fin du second millénium en ayant le ferme espoir que le messie serait alors de retour dans la ville sainte. Elle était soprano lyrique aux Etats-Unis et chante maintenant des gospels. J’ai aussitôt pensé à mon amie Géraldine qui recherche une soprano lyrique pour interpréter ses compositions et je lui ai laissé ma carte afin qu’elle dépose à l’hôtel une cassette où elle aurait enregistré quelques airs.[12] De chez le joaillier, nous sommes allés à l’Eglise de la Dormition[13] où l’on donnait un concert que nous avons écouté du dehors car il était trop tard pour entrer puis nous sommes allés au Mur Occidental[14] afin d’y déposer dans les interstices tous les papiers où ma famille et mes amis avaient émis leurs voeux les plus chers. J’ai bien sûr prié en souvenir de mes chers parents et glissé mon propre papier où était inscrit le même voeu que je formule depuis plus de vingt cinq ans. Il y avait beaucoup de monde et d’effervescence car l’heure du Chabbat approchait, de nombreux étudiants étrangers, des Juifs orthodoxes en costumes et feutres noirs, des Loubavitch vêtus comme le Baal Shem Tov dans son village des Carpathes d’une tunique de satin noir, de bottes et d’une toque de fourrure... et moi, occidentale étrange mais prête à me régaler de toutes ces choses qu’on m’offrait. Entre hier et aujourd’hui, en raison sans doute de ma visite à André Chouraqui et de ma promenade dans la Vieille Ville, je n’étais plus la même, je m’intégrais même si ce n’était que pour deux ou trois jours. A la sortie du Mur, une mendiante qui parlait très bien français m’a demandé mon nom, celui de ma mère et m’a prédit toutes sortes de bonnes choses après m’avoir donné deux fils rouges qui représentent le lien des femmes avec Rachel.[15]

J’ai invité Avi, mon guide, à venir prendre un verre au Bar Oriental. Il va penser à une excursion pour Lundi et me conduira Mardi à l’aéroport. Après son départ, j’ai bavardé avec le barman, un Juif d’origine roumaine qui parle français. Nous sommes remontés jusqu’à mon beau-père qui a fait sa médecine en France en intégrant de suite la seconde année car il y avait déjà réciprocité avant la Guerre de 14-18 entre la Roumanie et la France. Ceucescu y est passé bien sûr et toute la vie de cet homme qui a bourlingué de Bucarest au Canada en passant par la France avant de faire son Aliah. Dans les halls, je ne reconnaissais pas les gens d’hier. Tous étaient sur leur trente et un pour cause de Chabbat. J’ai décommandé ma table parce que j’ai mangé trop de « petits trucs » avec Avi. Je n’avais plus faim et je voulais penser à cette journée si riche en évènements, le matin Chouraqui et l’après-midi cette longue promenade dans la Vieille Ville qui a ravivé tant de souvenirs. Avant de rentrer dans ma chambre, j’ai photographié un salon particulier où la table était richement dressée et attendait ses convives.

Une fois seule, je me suis posée la question que vous devez vous-même vous poser: « et les Palestiniens dans tout ça ? » Eh bien, jusqu’à preuve du contraire, c’est comme s’il n’y avait pas de conflit, comme s’il ne se passait pas des choses quotidiennement à quelques kilomètres de moi. Avi m’a montré de loin les quartiers arabes mais ils paraissaient aussi calmes que tout le reste alentour. Personne n’a parlé de la guerre de même que pas une fois la dame américaine n’a mentionné les évènements du 11 Septembre. J’ai eu un peu la même impression qu’à Londres pendant la guerre: après un bombardement ou le passage de quelques V2 qui avaient détruit de nombreuses maisons, les boutiques arboraient le signe : « business as usual » (On travaille comme à l’habitude) à la différence qu’ici dans la ville nouvelle comme dans la Vieille Ville, il n’y a aucune destruction, le trafic est important, les feux respectés et il n’y a pas foule sur les trottoirs. On pourrait croire que tout ceci est un « faux-semblant », mais non, rien de ce que j’ai pu observer ne m’a donné cette impression.

 

Shabbat

 

J’ai à nouveau bien dormi et à neuf heures, je suis allée prendre mon petit déjeuner. J’ai regardé les buffets, encore plus somptueux qu’hier (des montagnes de pains, de couronnes, de nattes, de fruits séchés ou confits, des centaines de salades, plusieurs sortes de poissons, de sauces, de confitures...) mais c’est comme cela depuis mon enfance et malgré mes séjours répétés dans les pays anglo-saxons, je n’ai jamais eu faim au réveil. Comme la dame américaine n’était pas là (elle m’a dit qu’elle passait la plus grande partie du Shabbat à dormir), j’ai mangé seule la même chose que la veille en y ajoutant un peu de saumon fumé accompagné de citron et de « sour cream », ce que j’ai trouvé de plus proche de notre crème fraîche.

La femme de chambre m’a dit qu’il faisait très froid et qu’on annonçait de la neige pour demain. J’ai décidé de ne pas sortir avant midi et j’ai profité de cette matinée pour terminer le livre « Visage Volé » de la jeune Afghane Latifa et pour lire le « Coup de projecteur sur Jean Barbé », notre poète-chanteur. Une bonne occupation pour le dimanche, non le Shabbat, suis-je bête ! Allons, la vieille dame est restée aussi franchouillarde qu’autrefois en dépit de ses bonheurs d’hier : elle renâcle devant la nourriture, elle se sait différente des gens qu’elle côtoie, elle trouve que le pays est trop américain et qu’on y parle en dollars plus qu’en shekels (le franc de toutes façons ils ne connaissent pas, alors l’euro ?), elle a constaté avec surprise que parmi les drapeaux du hall figurait la bannière américaine, que les menus étaient en anglais et en hébreu, pas en français comme dans la plupart des hôtels du monde... D’ailleurs tous les Israéliens qui parlent français, comme cette gentille jeune femme à la réception, sont originaires du Maroc ou de Tunisie, tous les touristes français sont des sefardim originaires du Maroc et de Tunisie. J’ai l’impression d’être la seule dans mon genre, une française juive et pas une juive française ! Hier, dans la Vieille Ville, ça a même tourné à la farce : je regardais une vitrine quand un groupe d’étudiants canadiens est arrivé à notre hauteur, parlant de Toronto. J’ai dit que je connaissais leur ville mais que j’allais plus souvent au Québec. Ils ont immédiatement fait une grimace de dégoût. Pauvres Québécois, voici qu’on les met dans le même sac que nous autres, les Français de France. Je pourrais croire que les Israéliens n’aiment pas la France parce qu’ils la trouvent trop pro-arabe et trop antisémite mais je ne sais pas, je crois que c’est viscéral comme ces choses qu’on ressent mais qu’on ne peut exprimer.

Vers onze heures, je suis allée sur le balcon. En définitive, il faisait si doux que je me suis vite habillée et que j’ai sauté dans un taxi pour aller au Musée d’Israël. Comme c’est le seul endroit ouvert le Shabbat, il y avait une file d’attente que je n’ai pas voulu prendre et j’ai dit au chauffeur de me conduire dans un joli endroit où je pourrais marcher. Il m’a emmené d’abord au Jardin des Roses qui fait face à la Knesset en pleine reconstruction. J’ai photographié comme hier une très belle menorah à l’entrée du jardin puis nous sommes allés encore plus haut sur le Mont Herzl près de Yad Vashem. Le panorama était encore plus beau que des remparts de la Vieille Ville, tout Jérusalem et l’horizon au-delà. C’était magnifique, le Dôme du Rocher étincelait dans le ciel bleu. Les points d’observation tels que le Mont Herzl ou le Mont Scopus près duquel se trouve l’Université Hébraïque et qui est la partie Nord de la crête du Mont des Oliviers ont cela d’étonnant qu’on peut embrasser du regard Jérusalem, à l’Est, à l’Ouest, au Sud, on peut apercevoir des milliers de maisons, des forêts d’oliviers, les cimetières juifs et musulmans, des tours plus que des minarets... dans un silence tel qu’une fois encore il est impossible d’imaginer tout ce qui se trame et s’exécute dans un là-bas à la fois proche et inaudible.

Au retour, j’ai suivi le conseil d’Avi et j’ai traversé l’Avenue pour aller déjeuner au YMCA.[16] J’avais envie d’une soupe chaude et c’est impossible le jour du Shabbat au King David. Dans la cour du bâtiment un guide donnait des explications à un groupe d’étudiants. Ils étaient escortés par deux jeunes gens armés d’un fusil-mitrailleur. C’était ma première vision matérialisée du conflit. J’ai appris à la réception que tout groupe important qui déambule dans les rues de Jérusalem doit avoir deux gardes du corps armés. Je n’avais rien vu de tel ni dans la Vieille Ville ni dans ma promenade du matin, même pas près de la file d’attente, au Musée d’Israël. J’avoue avoir subi un choc car rien dans ce voisinage hyper tranquille ne laissait supposer l’apparition soudaine d’un terroriste ou le risque d’un quelconque danger.

 J’ai commandé une harira[17] si bonne que j’ai conseillé au jeune chef d’aller donner quelques leçons aux chefs prestigieux du King David... Quand je suis rentrée à l’hôtel, il faisait toujours aussi doux. J’ai lu tous les poèmes et les chansons de Jean Barbé. C’était si beau que j’en avais le coeur chaviré de plaisir. J’ai écrit quelques lignes que je mettrai sur notre site à mon retour en France. J’ai également terminé le livre de la jeune Afghane. C’est un peu fouillis mais les souffrances des femmes durant toute la domination des taliban apparaît à chaque page. Ce qui m’a manqué pendant que je lisais ou que j’écrivais, c’est une chaîne musicale à la Télévision dont je dispose dans ma chambre. Il y a toutes les chaînes d’informations possibles, américaines et anglaises bien sûr, des chaînes israéliennes (où l’on parle hébreu et arabe), plusieurs chaînes russes (regardées par un million de nouveaux immigrants), France 2, TV5... mais pas une seule chaîne de musique classique.

Vers cinq heures et demie, je suis descendue à la boutique du sous-sol pour acheter des cartes postales. Dans les couloirs, les enfants faisaient un vacarme pas possible. Tout de même le Shabbat n’interdit pas une promenade au soleil qui les calmerait et leur donnerait de l’appétit pour le soir. Une fois de plus je me suis dit que je n’étais pas faite pour une théocratie aussi bien imposée que voulue par cette partie de la population que je côtoie depuis deux jours. Ma bonne République me manque même si elle est plus ou moins bancale. Je me suis aperçue que le Shabbat n’était pas terminé quand un monsieur et ses bagages m’ont empêchée d’appuyer sur le bouton « Lobby » (hall.) Ce jour-là les ascenseurs fonctionnent automatiquement et s’arrêtent à chaque étage. Je n’avais rien remarqué de tel et pourtant je les ai empruntés plusieurs fois depuis ce matin. J’avais envie de dire au monsieur : « Vous savez, transporter de lourds bagages, c’est tout de même plus de travail que d’appuyer sur un bouton » mais je n’ai rien dit, j’ai obtempéré. Entre-temps, la boutique s’est ouverte et j’ai acheté plus de quarante cartes postales que j’ai écrites après dîner. Je les ai ensuite rapportées à la réception pour qu’on y mette les timbres. Je n’en avais jamais, je crois, envoyées autant de ma vie. Elles arriveront après mon retour mais l’essentiel est que j’aie rempli ma promesse à tous les amis.

 

Dimanche

 

Mon émotion était de retour. André Chouraqui allait-il accepter de me revoir une seconde fois ou la petite Française s’était-elle bercée d’illusions ? Je l’ai appelé à neuf heures et quart après avoir petit-déjeuné avec Szippora et fait la connaissance d’un couple suisse originaire comme moi du Haut-Rhin qui passe trois mois chaque hiver au King David. Le marie publie à Genève un hebdomadaire juif mais il peut le faire de n’importe quel endroit du monde grâce au matériel qu’on lui installe sur place. André Chouraqui m’a dit qu’il m’attendait à onze heures. Quand je suis arrivée à la belle maison, j’y fus accueillie comme la première fois et quelle ne fut pas ma surprise à mon arrivée dans le bureau de l’écrivain ? Il avait bien passé le Chabbat à lire Soufisme et Hassidisme, me dit que c’était un très bon livre et qu’il était prêt à en rédiger la préface à condition que je lui serve de secrétaire. Il m’en a dicté les grandes lignes et m’a conseillé de « chouraquiser » autour, de le faire en double-interligne, de lui envoyer le tout par mail afin qu’il puisse procéder aux corrections nécessaires et qu’il me reverrait le tout dûment signé. Je n’en revenais pas. J’étais venue parler avec lui du Feu de l’Alliance et je lui avais donné mon étude parce que la symbiose entre la mystique de l’Islam et celle du Judaïsme ne pouvait que correspondre à ses propres idées oecuméniques. J’allais ressortir de son bureau avec une préface qu’il corrigerait et signerait.Voici que des larmes jaillissaient de mes yeux comme la première fois quand j’avais reçu le mail de Jérusalem.

Je lui ai demandé pourquoi le Rabbin Ouaknin[18]  auquel j’avais parlé de cette étude à peine ébauchée avait fait mine d’ignorer tout du soufisme et m’avait conseillé en revanche, si je voulais en connaître plus sur le hassidisme et la kabbale, de lire son Tsimtsoum.[19] André Chouraqui m’a répondu qu’il connaissait bien Ouaknin et qu’il le considérait comme un homme du retour, non de l’Alliance. Il voyait en effet le présent, le futur, le messianisme... comme tous les gens de la diaspora, il avait en quelque sorte apporté la diaspora avec lui. Ses ancêtres et lui-même avaient dit depuis des millénaires à chaque Roch Ha-Chanah (nouvel An Juif) : « l’an prochain, à Jérusalem » et il était revenu avec l’idée que la Terre Promise était celle des Juifs à l’exclusion de toute autre communauté. Il n’en démordrait pas.

J’ai mieux compris alors la raison pour laquelle Chouraqui ne pouvait être compris que des Israéliens qui acceptaient de côtoyer « les autres », qui acceptaient que l’Israélien se fonde un jour en cet utopique « homme nouveau » que souhaite l’écrivain dans son « Feu de l’Alliance ». Je l’ai quitté après l’avoir photographié au milieu de ses livres. Je n’étais plus seule en repartant. J’avais un ami qui venait de m’en apprendre un peu plus sur le monde de demain. Il faisait très froid quand je suis redescendue de chez lui à l’hôtel mais j’étais contente de marcher car j’avais besoin de penser à ce qui venait de m’être dit. Je suis allée manger ma soupe au YMCA puis je suis rentrée dans ma chambre pour me reposer. A quatre heures je me suis remise à écrire et je suis descendue prendre un verre au bar oriental avec Szippora Bynon, ma nouvelle amie américaine. Elle est une Juive pieuse mais tout de même avec du sang cherokee dans les veines par son arrière-grand-père paternel, un Indien célèbre, James Butler Hickok je crois, qui a été un des héros du Poney Express. Elle a perdu son mari alcoolique il y a deux ans, il avait quarante quatre ans. Elle en a quarante et un et devrait peut-être modérer son goût pour la nourriture. Elle doit aller demain matin récupérer au Consulat américain son passe-port qu’elle a « perdu » dans un pub, sur une autoroute. Elle m’a dit qu’elle prendrait son petit-déjeuner avec moi si je me réveillais assez tôt.

  

Lundi 

 

On nous avait annoncé la neige. Il n’a fait que très froid et cette nuit le vent a soufflé très fort. Après le petit déjeuner que j’ai pris avec Szippora qui m’a donné sa photo, son adresse et son e-mail, j’ai téléphoné pour la dernière fois à André Chouraqui. Il a lu ma critique du « Feu de l’Alliance » et l’a aimée. Je lui ai dit tout ce que j’avais appris de lui depuis trois jours: la différence surtout entre la diaspora, le retour et sa propre vision utopique d’Israël, demain. Il m’a demandé de rester en contact avec lui et je lui ai promis de lui envoyer un mail dès mon retour en France. D’ailleurs il ne reçoit pas lui-même son courrier, en fait il ne connaît rien à l’informatique. Sa femme Annette assume à un autre étage tout le côté technique des choses. Lui-même consulte le monde sur un écran que son fils David a installé. Jean-Claude et Thierry me diront de quoi il s’agit. En tout cas, le fait de lire sur cet écran durant de longues heures ne fatigue pas ses yeux.

Après avoir raccroché le récepteur, j’ai pensé à tous ces gens que j’avais côtoyés depuis trois jours au King David: ils sont très pieux, très occupés par leur « business » international (tel ce couple suisse dont j’ai parlé plus haut) mais leur vision d’Israël n’est pas celle de l’Alliance. Ils ne sont même pas pour une fédération israélo-palestinienne, même pas pour la présence d’un Etat Palestinien à leur porte. J’ai dans l’idée qu’à part en ce qui concerne le Mur, la Vieille Ville et toutes ses communautés est pour eux un monde à part, très pittoresque, touristique, mais certainement pas un microcosme de ce que pourrait être l’Israël de demain. J’aurais voulu pouvoir bavarder avec des Israéliens - il y en a certainement de nombreux - qui, même s’ils ne vont pas aussi loin qu’André Chouraqui, auraient aimé que les pourparlers de paix fussent concrétisés avant que ne viennent s’ajouter à tout le reste les actes terroristes encouragés par les déclarations et les actes de Ben Laden.

Nous sommes aujourd’hui le 7 Janvier 2002. Quand je pense au premier mail qu’André Chouraqui m’a envoyé le 7 Décembre 2001, je me dis que j’ai bien de la chance à mon âge d’avoir vécu ce mois inoubliable qui restera dans mon coeur à jamais. Au-revoir mon ami, au-revoir Israël.

 

P.S. Je n’ai pas mis les pieds dehors de toute la journée. La neige est tombée à gros flocons et je suis allée toutes les heures écarter les rideaux pour voir si les éléments déchaînés se calmaient. On m’a dit que la route Jérusalem-Tel Aviv était bloquée. Partirai-je demain ? Avi m’a assuré que même s’il devait venir me chercher en jeep, je prendrais bien l’avion du retour. Alea jacta est.

 

J’ai bien sûr envoyé à Jacques et Marie, mes hôtes sur le site littéraire EV?, ces quelques pages et dès ce matin Jacques m'a appelé pour me dire qu'ils s'étaient régalés en me lisant au lit, en prenant leur petit-déjeuner. J'étais ravie. Il faut dire qu'en général ils aiment bien les Mots...dits que j'écris pour le site. Maintenant, je dois me dépêcher car j’ai cet après midi le simultané mondial de scrabble. Il faut bien varier les plaisirs, et celui-ci en est un auquel je renoncerais difficilement.                   

 

Le 13 Janvier

 

J’ai passé hier une excellente journée avec tous mes amis poètes et j’ai eu le grand plaisir de faire la connaissance de Jean Barbé, un poète-chanteur-philosophe avec lequel j'ai eu de nombreuses discussions virtuelles qui étaient parfois des joutes mais qui se terminaient toujours dans la bonne humeur. Je crois qu'il aimerait que je mette parfois une sourdine à mes passions mais ce n'est pas si facile.

Une fois rentrée chez moi, j’ai machinalement ouvert la télévision et les nouvelles que j'ai entendues et regardées ne m'ont pas particulièrement enthousiasmée. Voici en fait ce qui est à l'origine de ce que je raconterai plus bas :

 « A l'appel de plusieurs organisations juives qui dénoncent la recrudescence des actes anti-juifs, environ 700 personnes, selon la police, se sont rassemblées dimanche devant la maison communautaire de Créteil (Val-de-Marne), où la classe d'une école juive avait été incendiée le 30 décembre dernier. »

« Nous sommes venus exprimer notre solidarité aux juifs de Créteil qui ont été agressés », a déclaré sur LCI Serge Klarsfeld, le président de l'association des Fils et Filles de déportés juifs de France. Il s'agissait aussi, a-t-il ajouté, « d’exprimer notre inquiétude et réclamer des pouvoirs publics qu'ils prennent des mesures pour empêcher des actes anti-juifs qui sont inacceptables en France. »

Pour lui, ces actes sont « sous-évalués justement par la classe politique qui se cache derrière son petit doigt en disant ‘ce sont des actes de violence mais sans signification particulière.’ Mais nous ne pouvons pas rester comme cela : c'est un encouragement pour que cela continue' », a-t-il conclu.

Dans la nuit du 30 au 31 décembre, des cocktails Molotov avaient été lancés contre une classe de l'école privée Ozar Hatorah, située rue Félix Eboué. Le même soir, des pierres avaient été lancées contre la porte d'entrée de la synagogue Fredj Halimi, à Créteil, et trois personnes ont été interpellées. Des actes similaires ont été perpétrés dans d'autres régions de France, notamment à Marseille (Bouches-du-Rhône) où une école confessionnelle juive a été fin novembre la cible d'un incendie criminel et d'inscriptions antisémites.

Cette semaine, l'ambassadeur d'Israël en France Elie Barnavi a déploré que la France « arrive largement en tête des pays européens » pour les actes d'antisémitisme. « C'est la phase la plus déplaisante de l'antisémitisme depuis la Seconde guerre mondiale », a-t-il estimé dans un entretien au quotidien La Croix. Depuis le début de la seconde Intifada, les actes antisémites sont dus essentiellement à une population maghrébine appartenant à la troisième génération'. » L'ambassadeur d'Israël en France considère que c'est « un problème d'intégration, de mal de vivre de ces jeunes à qui le Proche-Orient sert d'exutoire » et que « c'est spécifique à la France. » « Les actes d'hostilité envers les juifs dans les banlieues sensibles sont quotidiens, les gens ont peur », a-t-il ajouté en disant craindre qu' « un jour, il y ait mort d'homme. »[20]

Ce dont la dépêche ne donne pas acte, c'est ce qui s'est passé après et que j'ai vu à la télévision : Il y avait parmi les manifestants ce que je me permets d'appeler des « Juifs Français » et des « Français Juifs » dont je fais partie, encore plus peut-être depuis mon retour d'Israël. La manifestation aurait dû prendre fin quand une dame d'apparence modeste a dit qu'elle revendiquait son appartenance à la nation française et n'était pas toujours d'accord avec les actes du gouvernement israélien. Un  « Juif Françai » se permit alors de lui dire : « Si vous êtes contre Israël, alors vous êtes une antisémite. » Il s'ensuivit une joute assez forte entre les manifestants des deux tendances, si forte que le Grand Rabbin de Paris fut obligé d'intervenir pour calmer les esprits.

J'étais outrée. J'ai dit plus haut qu'il n'y avait plus de sefardim et d'ashkénazes dans l'Etat Hébreu mais seulement des Israéliens. C'est bien, mais si la différence doit se faire maintenant dans notre pays entre « Juifs Françai » et  « Français Juif », je ne veux pas me laisser entraîner dans ce qui m'apparaît comme une déviation dangereuse. Je suis contente d'avoir écouté le matin avant de partir chez mes amis « J'écoute Israël » sur France Culture. Victor Malka avait invité deux écrivains juifs qui ont réaffirmé leur appartenance à la nation française, leur avis que l'instruction devait continuer à être laïque et la religion une « entrepris » privée, leur sentiment inébranlable que nous étions les enfants de la Révolution Française. Tant qu'il y aura des hommes et des femmes pour s'exprimer de cette façon, je me sentirai encore libre et j'espère avoir le bonheur de terminer ainsi ma vie.

 

 

Le 17 Janvier

 

J'écoute parfois sur France Inter le samedi une émission qui s'appelle  « Rendez-vous avec X.» Il était question l'autre jour du Maréchal de Lattre de Tassigny. J'ai une fois de plus réagi (mal) aux éloges excessives prodiguées à un personnage qui a été un fidèle de Pétain jusqu'au 11 Novembre 1942, date où les troupes nazies ont occupé toute la France. Une fois de plus je me suis souvenue des reproches incessants et scandaleux faits au président Mitterrand pour les quelques mois  passés à Vichy, mois durant lesquels il avait déjà établi un contact avec le Général de Gaulle et la Résistance. J'ai voulu en avoir le coeur net et j'ai vérifié mes sources : le Maréchal de Lattre de Tassigny a bien été nommé par Vichy commandant suprême des troupes de Tunisie (1941) puis commandant de la 16ème Division de Montpellier (1942.) La suite, on la connaît, mais la bravoure n'excuse pas des prises de position aussi longues. Je l'ai dit il y a des années pour Jean Nohain, je le redis aujourd'hui pour le Maréchal de Lattre, c'est le 18 Juin qu'on devait répondre à l'appel du Général de Gaulle, comme je l'ai fait, toute humble citoyenne que j'étais à l'époque et que je suis encore.

 

Le 4 Février

 

Je ne m'occupe pas beaucoup des prochaines élections car je crois que plus encore que naguère ou qu'autrefois les candidats sont bonnets blancs et blancs bonnets et sûrement pas meilleurs les uns que les autres, avec un blâme particulier pour Jacques Chirac qui ne se mouille jamais et laisse les autres payer à sa place dans toutes les affaires qui l'ont directement concerné quand il était Maire de Paris. Je trouve ignoble les paroles d'Alain Juppé qui s'emporte contre la campagne ordurière des socialistes et je crois que lui et ses amis feraient bien de nettoyer devant leur porte qui est très sale. Mais où j'ai été franchement écoeurée c'est vendredi soir quand Marc-Olivier Faugiel a eu la triste idée d'inviter Pierre Botton à baisser  « sa culotte » devant les caméras de télévision. Que ce triste personnage ait écrit trois livres pour se venger de ses anciens amis, c'est une chose même si je trouve les éditeurs un peu légers de publier n'importe quoi mais qu'il vienne pleurer aujourd'hui me semble à la fois équivoque et grotesque. Croit-il vraiment que nous allons avoir pitié de lui ?

Il m'en a presque ôté le plaisir de voir Philippe Geluck dont on se demandait comment il pouvait côtoyer sans vomir l'ancien  « Fouquet » du RPR. On peut tout juste penser que « son chat » n'allait en faire qu'une bouchée. Ah ce chat, bien nourri, gros et gras et qui sait si bien se moquer du monde ! Il était malheureusement si tard quand nous en avons eu fini avec Pierre Botton que j'ai dû quitter Geluck avant la fin de l'émission. Tant pis pour moi. Heureusement que je le vois presque tous les soirs chez Laurent Ruquier car le dimanche je suis rarement chez moi quand il exerce ses talents de médecin chez Drucker. A ce propos, j'ai constaté que celui-ci était bien plus capable qu'on ne le croyait de sortir ses griffes et il a eu sur Canal+ des propos très durs à l'égard de Gérard Miller. Moi, je suis une fan du psy même si je sais parfaitement qu'il a les dents dures et ne donne pas facilement l'absolution... 

Aux dernières nouvelles, Didier Shuller est sur le point de rentrer en France. Il vient dit-il pour sauver son fils Antoine (dont les révélations n'ont sans doute pas eu l'heur de lui plaire) des griffes d'une secte sous l'influence de laquelle il se trouverait et qui le forcerait à parler comme il l'a fait. Pour moi, ce doit être une secte de gauche et Alain Juppé ferait bien de s'enquérir à son sujet !

 

Le 10 Février

 

Comme il faut tout de même parfois mentionner ces choses qui font mal mais qui renferme une lueur d'espoir, j’ai choisi de parler de cette guerre du Moyen-Orient par le biais d’un documentaire que j’ai vu Mardi soir sur Canal+ : « Israël-Palestine, Paroles d’Enfants. » Mon seul problème est qu’il a été tourné en 2000 et que depuis deux ans, les choses étant ce qu’elles sont, je me demande si les paroles des enfants recueillies aujourd’hui n’auraient pas pris un tour plus agressif que celui qui prévaut dans le film.

Voici l’histoire en tout cas : Entre 1997 et l'été 2000, B.Z. Goldberg, Justine Shapiro et Carlos Bolado[21]  sont allés à Jérusalem demander à des enfants juifs et musulmans ce qu'ils pensaient de la guerre et de la paix au Moyen-Orient. Le résultat fut Promises (Israël-Palestine, Paroles d’Enfants), un documentaire qui ne se concentre pas sur des nouvelles et des événements courants mais plutôt sur la vie intime des enfants et leur façon de la décrire qui prouve leur perspicacité personnelle, traduit leurs émotions qui sont souvent empreintes d’une intense agressivité. 

Moishe, âgé de dix ans, est le fils d'une famille de colons et rêve de devenir le premier « Premier Ministre » religieux d’Israël. Mahmoud, onze ans, vit dans la vieille ville de Jérusalem, ce qui le permet un accès à la ville déniée à d'autres Palestiniens. Il prie pour la libération de la Palestine à la Mosquée Al-Aqsa, un des lieux les plus saints de l'Islam, juste à côté du Dôme du Rocher[22] . Au-dessous de la mosquée,  Shlomo, treize ans, qui veut devenir rabbin, prie à l’emplacement le plus saint du judaïsme, le Mur Occidental et il étudie dans une yeshiva de sept heures et demie le matin à sept heures et demie le soir. Les jumeaux Israéliens, Yarko et Daniel, viennent d'une famille depuis lontemps installée en Israël mais curieusement athée car leur grand-père, survivant de l’holocauste qui est venu directement de Pologne en Palestine, ne croit plus en Dieu parce qu’il ne peut imaginer qu’un être supérieur ait pu regarder les massacres sans intervenir[23]. A quinze minutes en voiture des jumeaux, Faraj vit dans le camp de réfugiés de Deheishe[24]  avec sa grand-mère qui porte toujours sur elle la clef à sa maison qui a été détruite durant la guerre de 1948, année de la création de l’Etat d'Israël et du départ des Arabes vers les premiers camps de réfugiés. Sanabel est également une réfugiée, la fille très affirmée de Palestiniens libéraux dont le père journaliste a passé deux ans dans une prison israélienne.

Au début, les enfants répètent les attitudes de leurs aînés bien qu’avec la franchise et la perspicacité que les jeunes apportent souvent à la description des affaires d'adultes. Comme pour leurs aînés, l’espoir des enfants dans un avenir plus clément, semble être dans une impasse: les uns et les autres revendiquent Jérusalem comme leur bien personnel, les uns affirmant que la terre d’Israël est une promesse divine réalisée, les autres rétorquant qu’elle leur fut accordée par Mohammed quand il vint sur son ânesse dans la ville sainte.[25]

L'histoire prend un tour nouveau quand on demande à des enfants juifs et musulmans s’ils accepteraient de se rencontrer. Au départ, ils sont pratiquement tous hostiles à cette suggestion, surtout Moishe, enfant de colons, puis les jumeaux et Faraj qui ont éprouvé mutuellement une curiosité croissante décident tout d’abord de se téléphoner puis de se rencontrer en personne. Ce sont les jumeaux qui ont la possibilité de franchir les barrages pour se rendre au camp. Ils y vont en voiture avec leur mère et sont accueillis par tous les gosses, amis de Faraj et par les parents de celui-ci. Selon les coutumes d’hospitalité des orientaux, la mère de Faraj sert immédiatement un repas copieux à tous les enfants qui se le partagent en riant aux éclats. La rencontre est une démonstration extraordinaire des dimensions humaines du conflit du Moyen-Orient, du poids que l’Histoire peut exercer sur une jeune génération luttant pour trouver une issue. Surtout elle montre qu’avec un peu de bonne volonté, avec l’acceptation de l’autre dans ses différences, avec une âme généreuse, on peut sinon s’entendre du moins se rencontrer, s’expliquer. Et pourtant rien n’est facile car les enfants ne parlent pas la même langue et ont besoin d’interprètes pour bavarder. Il ressort tout de même que les jeunes Palestiniens ont mal de ne pouvoir réaliser leurs rêves et même de ne pas avoir de rêves alors que les enfants israéliens vivent dans un monde où tout leur est possible à tous les niveaux. Ils reprochent également aux adultes de ne pas communiquer comme eux essaient de le faire. Le film s’achève sur ces paroles. 

Je termine par une ou deux réflexions des réalisateurs en espérant que j’aurai intéressé quelques lecteurs à une belle histoire :

« Quand je couvrais le premier Intifada dans 1988 en tant que journaliste, j'ai été effrayé la première fois que j'ai vu les enfants palestiniens jouer au jeu de l’Intifada » a dit le producteur-réalisateur Goldberg : « certains jouaient les soldats israéliens et d'autres des manifestants palestiniens, et ils reconstituaient fidèlement le processus: jets de pierre, arrestations, passages à tabac. C’est ainsi que j’ai eu l’idée de faire ce film. »

Le coproducteur-réalisateur Shapiro a dit de son côté, « ma motivation la plus profonde pour faire ce film a été de prouver que ‘Palestinien’ n'égale pas ‘terroriste’ et ‘Israélien’ ‘soldat’, également que les personnes habitant en Israël et dans les territoires palestiniens ne sont pas des monstres. Les enfants nous réveillent. Ils sont francs, clairs et drôles, et c'est par eux que nous découvrons une vue plus profonde et plus dimensionnelle des Palestiniens et des Israéliens. »

Le film a reçu le Prix du Public au festival 2001 du film de Rotterdam, la première fois en trente ans de festival qu'un documentaire se voit discerné un tel Prix. Il a également reçu le Grand Prix, le Prix du Public et le Prix « Golden Gate » pour le meilleur documentaire au festival international du film de San Francisco, Le Prix du Festival au Festival International du film à Jérusalem, le Prix de la Libre Expression au festival international du film de Munich un Prix spécial oecuménique au festival international du film de Locarno.

                   Le 17 Février

 

 

Suite à la prise de position de la Justice belge à l'encours d'Ariel Sharon, je voudrais avant de la commenter préciser qu'il n’est pas dans mon propos de défendre le Chef du Gouvernement Israélien. Je suis de coeur avec les manifestants libéraux qui, dimanche, ont défilé pour que cesse l’occupation des territoires palestiniens et cette guerre qui n’apporte pas de solutions efficaces mais une violence dont on ne connaît pas les limites. Ceci étant redit et réaffirmé, je me permets de revenir sur des évènements qui se sont passés en 1982: la Justice Belge s'est en effet déclarée compétente pour poursuivre l'instruction contre Sharon, pas le chef actuel du gouvernement mais le Général de 1982, Ministre Israélien de la Défense. Habara-Yigal Palmor (source AFP) vient de diffuser ce document qui remet certaines choses concernant les massacres des camps de Sabra et de Chatila dans le contexte de leur temps :

1.Le 13 avril 1975, un car transportant des Palestiniens et des Libanais musulmans passe par le quartier chrétien de Ain Roumaneh, à Beyrouth Est. Des membres des Phalanges (les Kata'eb, milice du parti chrétien Forces Libanaises qui sortaient d'un meeting avec leur leader, Pierre Gemayel, ouvrent le feu. On compte trente morts parmi les passagers du car. Cet incident meurtrier est considéré comme le début de la guerre civile libanaise.

2. Le 14 janvier 1976, après des mois de combats et accrochages sporadiques entre Chrétiens et Palestiniens, les Phalanges et les Gardiens des Cèdres prennent d'assaut le camp palestinien de Dbayeh (Beyrouth Est) et le détruisent complètement. Ils feront subir plus tard (30 juin) le même sort au camp voisin de Jisr Al Basha, puis au quartier musulman de Karantineh, près du port de Beyrouth. Des centaines de Palestiniens meurent au cours de ces offensives.

3. Le 9 janvier 1976, les Palestiniens assiègent la petite ville chrétienne de Damour, à une vingtaine de kilomètres au sud de Beyrouth. Le 20 janvier, la ville est mise à feu et à sang, des centaines de civils chrétiens sont mutilés et massacrés, des cimetières et des églises sont profanés,  les 25,000 habitants  prennent la fuite. La ville fantôme devient un quartier général de l'OLP.

4. Le 31 mai 1976, environ 6000 soldats syriens, accompagnés par des centaines de blindés et de pièces d'artillerie commencent à se déployer au Liban, avançant vers Beyrouth et Saida et repoussant les forces palestiniennes dans les zones de Al Matan, Aley et Bahamdoun.

5. En janvier 1976, le grand camp palestinien de Tell Al Zaatar, à Beyrouth Est, est encerclé par les milices chrétiennes. Après un long siège et des bombardements, les combattants palestiniens se rendent : le 11 août, avec la médiation de la Ligue Arabe, une trêve est signée. Mais ce même jour, alors que les combattants commençaient, en vertu de l'accord, à évacuer le camp, les Phalanges et la milice de Camille Chamoun pénètrent dans les lieux et ouvrent le feu de façon systématique sur les civils. Plusieurs centaines de Palestiniens sont tués, le camp est entièrement rasé au bulldozer et rayé de la carte. L'armée syrienne veillait aux alentours. Salah Halaf (Abou Iyad), numéro deux de l'OLP à l'époque, avait constaté, amer : « le vrai scandale avait été l'indifférence du monde arabe, ou aucun pays, ami ou hostile, n'avait protesté pour exercer quelques pressions, sinon sur les milices (chrétiennes),  au moins sur la Syrie qui les a cautionnées. »

6. Le 14 septembre 1982, le Président du Liban et chef des Forces Libanaises, Bachir Gemayel, est assassiné par une bombe posée par un membre du Parti Syrien National et Social. Le 16 septembre, les Phalanges, dirigées par Eli Hobeika et Samir Geagea, entrent dans les camps de Sabra et Chatila et massacrent plusieurs centaines de civils. Les leaders palestiniens accusent publiquement Israel. Cependant, six mois plus tard, le Centre de Recherche de l'OLP, dirigé par Sabri Jiris, présente à Arafat un rapport contenant le résultat de son enquête. Ce rapport accuse clairement et directement les Phalanges d'avoir commis le crime. Quant aux Israéliens, ce rapport note qu'ils auraient du empêcher le massacre s'ils avaient été mis au courant, mais qu'il s'avère que les soldats de Tsahal ne savaient pas ce qui se passait à l'intérieur des camps. Ces conclusions ont été publiées dans le mensuel du Centre, Shu'un Filastiniyeh (Affaires Palestiniennes), datant de mai 1983.

7. Arafat, qui a été chassé de Beyrouth  en septembre 1982 par l'armée israélienne, retourne au Liban et s'installe à Tripoli, dans le nord du pays. Le 9 mai 1983, les Syriens déclenchent une rébellion armée au sein de l'OLP par le biais de leur allié Abou Moussa. Celui ci, fort du soutien actif de l'armée syrienne, mène une offensive contre les unités loyalistes d'Arafat jusqu'en septembre 1983, leur faisant subir de lourdes pertes. Assailli par les rebelles et les Syriens, Arafat est contraint de quitter le Liban définitivement le 19 décembre 1983 par le port de Tripoli.

Aucun dirigeant palestinien, libanais ou syrien impliqué directement dans ces évènements meurtriers n'a été inquiété par la justice, par les instances internationales ou par les associations de défense des droits de l'homme. Le pape Jean-Paul II lui-même qui intervient en personne dans toutes les affaires impliquant des catholiques n’a jamais prononcé une parole pouvant indiquer qu’il était au courant de ces massacres et savait qui les avait perpétrés. Le Monde du 28 Novembre 2001 indique pourtant avec clarté ce qui est reproché par la Justice Belge à l’ancien Ministre Israélien de la Défense et mentionne les milices chrétiennes dont on aimerait - ayant elles-mêmes perpétré les assassinats en question - qu’elles figurent au côté d’Ariel Sharon dans les actes qui lui sont reprochés : « Une loi de 1993 donnerait à la justice belge une compétence universelle pour juger les auteurs  de crimes de guerre, de crimes contre l'humanité et de génocide. Ils estiment qu'Ariel Sharon, qui dirigeait l'invasion par Israël du Liban en 1982, a commandité l'entrée des milices chrétiennes à Sabra et Chatila en toute connaissance de cause, ce qui a provoqué la mort de 700 à 3.500 Palestiniens. »

Avant de poursuivre, il me paraît indispensable de considérer l’Histoire vue du côté libanais  (libanais-maronite devrais-je dire) afin que les choses soient claires et que chacun puisse être mis face à ses responsabilités. Je ne veux donc pas reproduire l’exposé fait à Paris le 28 Mars 2000 par Elie Mazloum mais confronter les dates qu’ils donnent avec celles du document précédent. En bref, il a  retracé le Liban dans son histoire, sa culture, son patrimoine, montrant également la complexité de ses 15 années de guerre, d'un début de paix et d'une reconstruction difficile mais qui s'inscrit dans la durée. Voici les dates citées par Elie Mazloum :

Le 24 janvier 1975 : le Chef des Phalanges Chrétienne, Pierre Gemayel, adressait un mémorandum au Président de la République Libanaise accusant les Palestiniens de bafouer la souveraineté de l’Etat et demandant que la question de leur présence au Liban soit traitée dans les termes où elle avait été formulée et résolue dans les autres pays arabes. Le 20 février il réclama un référendum sur cette question.

Le 18 avril 1975 : premier acte de guerre au Liban. Des coups de feu sont tirés contre des personnalités maronites sur le parvis d’une église de la banlieue sud de Beyrouth. Peu après, un car transportant des Palestiniens est mitraillé par les Phalanges en vengeance, ce qui entraîne le début de la guerre qui durera 15 ans.

Début de la guerre (13 avril 1975) opposant les milices chrétiennes à des « islamo-progressistes » et aux Palestiniens. La guerre déborde rapidement les limites de la capitale pour s’étendre à tout le pays.

Des comportement barbares ont lieu. A titre d’exemple, au mois de janvier 1976 les Palestiniens massacrent toute la ville Chrétienne de Damour, à 20 Km au Sud de Beyrouth.

Le 24 janvier 1976, un cessez-le-feu imposé par les Syriens intervient, matérialisé par la signature d’un accord .

Le 18 mars 1976 la gauche libanaise et les Palestiniens, reprennent les combats sur tous les fronts .

Le 6 juin 1982 : Invasion Israélienne. Beyrouth Ouest  est assiégée par l’armée israélienne. Ce siège entraîne l’évacuation des Fedayin le 19 août 1982.

Le 23 août et 14 septembre 1982 : élection et assassinat de Béchir Gemayel, trois semaines après son élection.

L'armée israélienne se retire du Liban le 10 juin 1985 à l'exception de la partie Sud « la zone de sécurité. »

La suite de l’exposé se réfère à la guerre libano-libanaise et à la main-mise de la Syrie sur le territoire sous couvert d’y maintenir la paix. Comme je l'ai précisé au début, je ne suis pas habilitée - qui serais-je pour le faire ? - à contester le bien-fondé des propositions de la Justice belge, encore que je pense le Tribunal International de La Haye mieux fondé pour juger de l’opportunité de poursuites contre des gens pouvant avoir exercé des crimes contre l’humanité mais je voudrais simplement souligner cette chose étrange: dans le long exposé fait par le juriste franco-libanais, le massacre des camps de Sabra et Chatila n’est pas une seule fois mentionné en 1982. C’est étrange tout de même pour un maronite qui se réclame de la chrétienté.

Toutes les guerres sont atroces et dans toutes les adversaires commettent chacun de leur côté des actions innommables. Il n’en demeure pas moins qu’il y a toujours deux poids et deux mesures et que certains des plus grands criminels de guerre n’ont pas été et semblent ne devoir jamais être poursuivis. Combien de morts au Tibet par la faute des Chinois et n’avons-nous pas assisté là à une purification ethnique visant à supprimer une communauté de la terre ? « Au cours du Troisième Forum de Travail sur le Tibet qui s'est tenu à Pékin ont été prises des mesures visant à la destruction définitive et dans sa totalité de la civilisation qui, pendant des millénaires, a fleuri sur le Plateau tibétain. Un rapport sur ce Forum a été établi et publié par le Département de l'Information et des Relations Internationales de l'Administration centrale du Tibet à Dharamsala. » Le Tribunal de La Haye a-t-il pris une décision à l’encontre du gouvernement chinois? Aux dernières nouvelles, Pékin a été choisie pour organiser des Jeux Olympiques. Hier même, on nous a annoncé que le Président Bush entreprend cette semaine un périple en Extrême-Orient et qu’il s’arrêterait en Corée du Sud et en Chine où il aurait des entretiens intéressants avec les gouvernants chinois et le Président, Monsieur Chen Shui-bian.[26] Monsieur Bush n’a d’ailleurs pas attendu ce voyage pour demander l’entrée de la Chine à l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) pour lui accorder le statut de partenaire commercial permanent et de son côté, Monsieur Chen a déclaré qu’il soutiendrait la politique et les frappes militaires américaines contre le terrorisme (on croit rêver !). En somme, on peut bien poursuivre des criminels de guerre mais à la condition qu’ils ne représentent pas un potentiel de fric universellement reconnu et accepté.

Qu’on veuille bien me pardonner de croire que l’égalité n’existera jamais dans les décisions prises à l’égard de tel ou tel homme ou membre d’une communauté. Même si un blocus est exercé contre l’Iraq dont seule la misérable population subit les effets, le Tribunal de La Haye a-t-il parlé de poursuites à l’égard de Sadam Hussein pour avoir gazé le 16 mars 1988 cinq mille personnes en quelques heures dans la ville de Halabja située à l’extrémité sud du Kurdistan iraqien, à quelques kilomètres de la frontière iraqienne, cinq mille personnes dont trois mille cinq cents furent jetés dans une fosse commune ? Pinochet est-il en prison ? On nous parle chaque jour avec raison des méfaits du colonialisme mais poursuit-on pour autant les fauteurs des crimes perpétrés chaque jour en Algérie et qui ont fait jusqu’à présent des dizaines de milliers de morts ? Qui a parlé de poursuivre Poutine ou ses prédécesseurs pour l’élimination progressive de la Tchétchénie et l’assassinat de centaines de milliers d’individus ? Qui a parlé de juger Pol Pot pour le génocide perpétré au Cambodge ? Il est mort le 15 avril 1998 à l’âge de 73 ans sans avoir été inquiété alors qu’il fut le dirigeant des Khmers Rouges de 1962 à 1979 et l’un des tyrans les plus sauvages du vingtième siècle. Le Tribunal de La Haye existait en 1998, que je sache.

Je pourrais aller également en Afrique, parler du génocide du Rwanda et demander des comptes aux Belges eux-mêmes. Se souviennent-ils du discours prononcé par leur Premier Ministre, à l’occasion de la commémoration du sixième anniversaire du début du génocide ? : « Pendant deux ans, je me suis investi dans ce drame. La conclusion à laquelle je suis arrivé, m'a bouleversé. Elle est terrifiante. Je mesure mes mots, parce que j'en connais le poids. Je l'affirme. La communauté internationale toute entière porte une immense et lourde responsabilité. Un dramatique cortège de négligences, d'insouciance, d'incompétences, d'hésitations et d'erreurs a créé les conditions d'une tragédie sans nom. J'assume ici devant vous la responsabilité de mon pays, des autorités politiques et militaires belges. La Belgique était au coeur de l'opération onusienne. C'est sous nos yeux que le génocide commença. La Belgique et la communauté internationale doivent reconnaître les erreurs commises. Je ne sais pas, et je ne saurai jamais, si ces événements terribles de 1994 pouvaient être évités. Mais je suis convaincu que nous aurions dû faire plus, que nous aurions dû faire mieux. » La Justice belge va-t-elle demander l’ouverture de poursuites contre son propre pays et la communauté internationale ? Suffit-il de s’excuser pour être pardonné ?

Je m’arrête, je suis effrayée, je réalise que depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, des dizaines, des centaines peut-être de millions d’êtres humains sont morts et que cela va continuer jusqu’à la nuit des temps. Je me demande parfois : « N’ai-je pas moi-même du sang sur les mains ? » Et ma peur ne peut être qu’intensifiée après la lecture d’un livre qui nous promet de nouvelles victimes pour les années à venir. Je vous en donne en guise de fin l’introduction :

Quarante quatre pays disposent des capacités techniques pour développer un armement atomique (dont l’Inde, le Pakistan, l'Iran, l'Irak, l'Egypte, Israël.) A l'heure des menaces de guerre biologique, chimique, bactériologique, le plus grand des risques demeure toujours celui de la guerre nucléaire.

A la question : « Combien de pays détiennent-ils aujourd’hui la bombe atomique ? » les citoyens du monde croient pouvoir obtenir une réponse précise. Ils se trompent. Cinq pays appartiennent au club des puissances nucléaires reconnues. Il s'agit des Etats-unis, de la Russie, de la Chine, de la grande Bretagne et de la France, par ailleurs seuls membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU. Deux autres Etats, l'Inde et le Pakistan ont démontré qu'ils détenaient le savoir-faire de l'arme atomique. L'Inde a pratiqué un essai nucléaire en 1974, puis une véritable campagne de tests en 1998.Le Pakistan lui a emboîté le pas cette année-là en effectuant lui-même une série de tirs. Pour autant, New Delhi et Islamabad n'appartiennent pas au club des puissances nucléaires. Les cinq grands ont en effet décrété que « malgré leurs essais nucléaires, l'Inde et le Pakistan n'avaient pas le statut d'Etats dotés d'armes nucléaires... » Ces deux pays sont affublés de l'identité hybride "d'Etats qui possèdent la bombe atomique mais ne sont pas des puissances nucléaires". Israël est dans une position comparable. Bien qu'il n'ait jamais effectué d'essais sur son propre sol, l'existence de son potentiel atomique est un fait admis. Néanmoins, il n'appartient pas au club des puissances nucléaires. À ces cinq puissances nucléaires officielles et trois puissances atomiques officieuses viennent s'ajouter les pays dits « du seuil. » Cette appellation désigne « les pays soupçonnés de pouvoir déployer des armes nucléaires opérationnelles... sans avoir pratiqué d'essais au vu et au su du monde entier. » Parmi ceux-ci on trouve, par exemple, l'Algérie, la Syrie, la Libye, l'Iran, le Brésil ou l'Argentine. La zone grise de la dénucléarisation de la planète se trouve là. PLusieurs dizaines d'états disposent de la capacité technique de développer un armement atomique. » Mais ces pays ayant eu la discrétion de ne pas pratiquer de tests nucléaires sur leur propre territoire, ils ne sont pas officiellement détenteurs de la bombe. »

(Dominique Lorentz, introduction de son livre, Affaires atomiques, paru en février 2001)

Mes lecteurs potentiels savent que je fais une chronique sur un site littéraire: Ecrits-vains? A la suite de la parution de ce qu'on appelle mes Mots...dits, Jacques, le président du site, a reçu le message suivant qu'il me parait intéressant de faire connaître car son correspondant abonde véritablement dans mon sens:

 

« Le papier de Lise Willar, très bien documenté, rappelle à juste titre que la justice internationale n'est pas équitable. Comment s'en étonner puisque ce sont finalement des Etats qui en jugent d'autres ou plus exactement qui sont seuls à même de fournir les instruments de contrainte nécessaires pour conduire les prévenus devant leurs juges. On ne saurait parler de justice lorsqu'une petite minorité des coupables est seule jetée en pâture à l'opinion publique internationale devant une cour dont les débats évoquent davantage une tribune politique qu'un prétoire. Surtout lorsque ceux qui sont jugés sont, comme toujours, les plus faibles. Au jeu de la recherche des criminels à traduire devant un tribunal équitable, on s'apercevrait vite qu'il faudrait poursuivre tous les adversaires au cours d'un conflit, surtout lorsqu'il s'agit d'une guerre civile. Pour la Yougoslavie, par exemple, comment oublier que, si les Serbes et leur leader sont coupables pour avoir mené une politique dite de « purification ethnique », terme qui est d'ailleurs impropre puisque les adversaires étaient de même origine, leurs adversaires, en particulier le Croate Tudjman, portent aussi une lourde responsabilité dans le déroulement du conflit qui ensanglanta les Balkans. Si purification il y a eu les Serbes, chassés de la Krajina et du Kosovo en sont bien aussi des victimes. Mais il est vrai, qu'aux yeux de certains, l'invasion de la Krajina par l'armée croate abondamment pourvue de chars allemands passe pour une libération !

Nos pays, si prompts à montrer du doigt les autres feraient bien eux-mêmes de se regarder dans les yeux. Rappelons-nous que les Etats-Unis ont écrasé le Vietnam du Nord sous les bombes en prenant prétexte un incident dans le Golfe du Tonkin qui n'a jamais eu lieu comme les papiers du Pentagone, publiés ultérieurement, et c'est à l'honneur des journalistes américains, nous l'ont montré. Et je ne parle pas des massacres perpétrés dans les villages. Ne nous étonnons pas de l'impunité de Pinochet. Son jugement révèlerait certainement la complicité de Washington dans les crimes qui lui sont reprochés et cette perspective est évidemment insupportable. L'attaché militaire des USA à Santiago n'a-t-il pas révélé que le général Schneider, chef d'état-major de l'armée chilienne hostile au coup d'Etat contre Allende, a été assassiné avec des armes transportées dans la valise diplomatique ? Quant à la France, il y a eu, bien sûr, la guerre d'Algérie et son cortège de tortures et d'exécutions sommaires que l'on peut d'ailleurs reprocher aux deux camps. Mais il est aussi des conflits dont on ne parle que très peu et où notre part de responsabilité est loin d'être négligeable. Qui se souvient encore de la tragédie du Biafra où les morts se sont comptés par millions? Qui sait que cette guerre fut pendant longtemps entretenue par notre pays qui livrait des armes aux rebelles sous le couvert parfois d'une aide humanitaire dévoyée. Cela faisait alors partie de la politique africaine de la France qui s'efforçait d'empiéter sur les zones d'influence anglo-saxonne dans une région riche en hydrocarbures !

Si nos Etats s'estimaient d'ailleurs aussi purs que leurs paroles le laissent parfois supposer pourquoi les Etats-Unis se sont-ils toujours montrés hostile au principe d'une justice internationale ? Pourquoi ont-ils d'ores et déjà affirmé qu'ils n'accepteraient jamais qu'un de leurs ressortissants soit traduit devant le tribunal de la Haye sans leur accord? Pourquoi la France, tout en acceptant le principe du tribunal chargé de juger les crimes de guerre, a-t-elle pris la précaution de demander qu'aucun Français ne soit traduit devant lui pendant un délai de sept ans ? Quant à l'extension de compétence internationale que se sont octroyés les tribunaux belges, il s'agit tout simplement d'une plaisanterie que je ne me retiens pas de qualifier d'histoire belge ! Comment nos voisins du nord seraient-ils en mesure d'instruire toutes les plaintes susceptibles d'affluer devant leurs tribunaux, avec quelles forces pourraient-ils contraindre les prévenus à se rendre devant les juges, où les peines enfin rendues seraient-elles purgées ?

 

Le Dimanche 3 Mars - dix neuf heures

 

On parle beaucoup à l’heure actuelle du renouveau de l’antisémitisme en France. Il se produit d’ailleurs une chose étrange : au moment précis où se diffusent des images insoutenables qui tendent à montrer combien les victimes que nous fûmes sont parfois devenues des tortionnaires - un  membre du fatah a parlé ce matin de génocide des Palestiniens par les Israéliens[27]  - nous sommes submergés de films et d’émissions qui parlent de la Shoah. Je suis entrain d’écouter l’émission « Riposte » qui a pour thème les incidents regrettables dont mes coreligionnaires font l’objet dans les banlieues des grandes villes et réunit plusieurs invités dont les points de vue concorderaient si Jacques Attali ne venait pas apporter ses tendances que je situe mal  alors que je comprends parfaitement le discours d’hommes tels que Comte-Sponville ou Alain Finkielkraut. Vous allez peut-être trouver ma démarche étrange parce qu’aucun d’entre vous ne prendrait, je crois, Jean d’Ormesson pour un antisémite convaincu mais aujourd’hui où j’étais allée voir Amen de Costa-Gavras et d’où je ne suis revenue que pour me plonger dans l’émission d’Arte m’est revenue en mémoire une lettre que j’avais envoyée à notre Académicien national à la sortie de son livre Histoire du Juif Errant.[28]  Je me permets de la transcrire ici car elle explicitera ma pensée d’hier, d’aujourd’hui et comme l’histoire, telle celle du Juif Errant, tend à se perpétuer, de toujours. Je reviendrai au film et même aux films après.

 

 Lettre à Jean d’Ormesson

 

 Monsieur l’Académicien, je sais que vous n’avez pas inventé de toutes pièces l’histoire du Juif Errant, légende qui remonte à des récits post-évangéliques. On peut en effet penser que l’apparition du mythe se fit au XIIIème siècle[29]: il était alors décrit comme un homme éternellement triste, converti et pieux qui, attendant en Arménie le retour du Christ, témoignait de la passion aux pèlerins en sa qualité d’ancien portier de Ponce Pilate. Cette version a été plus tard remplacée par celle que vous privilégiez, celle d’un cordonnier juif condamné à l’errance perpétuelle pour avoir refusé un verre d’eau au Christ portant la croix. Il parcourt donc le monde, son corps se renouvelle à chaque siècle, pareil aux cinq sous qu’il peut dépenser à la fois et qu’il retrouve toujours au fond de sa poche ou de sa besace. Cette légende où le Juif Errant incarne le « peuple déicide » a constitué un argument de l’antisémitisme théologique. Elle a été imprimée pour la première fois en Allemagne en 1602 mais elle a surtout été exploitée à partir du XVIIème siècle. On connaît le roman d’Eugène Sue qui fut publié en 1845 et marque, avec les Mystères de Paris, l’avènement du roman-feuilleton. Son héros est Ahasvérus, nom que vous reprenez dans votre propre ouvrage, mais il est le défenseur de la classe ouvrière contre les Jésuites. Après s’être réfugié chez Nietzsche qui l’assimile à Paul, le Juif, l’éternel Juif errant par excellence, il s’adapte dans Le Passant de Prague d’Apollinaire à l’errance comme à l’éternité. Un des derniers ouvrages dédié au Juif errant avant la publication de votre livre a été L’Amant sans domicile  fixe de C. Fruttero et F. Lucentini, ouvrage dans lequel une princesse romaine, négociante en oeuvres d'art, fait à Venise, la ville par excellence des amoureux, la rencontre d'un être mystérieux et extraordinaire, Mr. Silvera. On peut encore citer Jean Brun, philosophe et penseur agenais qui a écrit: “C’est la nostalgie d’un là-bas, toujours plus loin, qui fait du voyage un symbole privilégié de la culture et du Juif erranr une figure universelle. Nietzsche a traduit admirablement notre condition en écrivant que nous avons tous’le mal du pays sans avoir de pays’.”

Ainsi donc et pour tout de même en revenir à vous, le savetier Ahasvérus a refusé un verre d’eau à Jésus qui « d’une voix presque inaudible » lui dit : Je marche parce que je dois mourir. Toi, jusqu’à mon retour, tu marcheras sans mourir. Vous admettez donc implicitement une deuxième faute irréparable - la première étant la trahison de Judas - commise par un Juif à l’égard de Jésus. Si encore les raisons du savetier étaient valables, mais non: il veut punir par le truchement de Jésus les rebuffades de Marie-Madeleine, sa jalousie le poussant à croire qu’elle est physiquement amoureuse de ce nouveau prophète. Fiction, mythe, invention  me direz-vous... A votre aise, mais je ne retiens de cette phrase terrible prononcée par Jésus que la condamnation d’un homme à une peine plus dure que l’enfer par un messie dont vous exaltez depuis deux mille ans la bonté, la compassion, l’amour universel et la miséricorde.

La diaspora de mes aïeux - le symbole du Juif errant incarna en effet en un deuxième temps l’errance des Juifs avant d’être considérer comme le représentant universel de la destinée humaine, le voyageur en chemin vers la rédemption[30]- ne procède plus de l’occupation romaine, de l’Inquisition, des pogroms, du racisme qui les poussent toujours plus avant vers les confins de l’Europe et de l’Asie sans parler de leur marche récente vers les camps de la mort et les fours crématoires, elle n’est que la conséquence néfaste d’un geste malheureux provoqué par la jalousie. Jusqu’à votre livre, je croyais que la haine c’était les autres. A partir de votre livre, je comprends que pour vous la haine c’est le Juif Errant qui n’est plus la victime éternelle d’une malédiction mais l’instigateur des crimes les plus odieux : Cartaphilus[31], et non pas les chrétiens accusés de cette entreprise par Néron, est responsable de l’incendie de Rome, Démétrios[32], l’organisateur du massacre systématique des Hérules. En fait le Juif Errant est responsable de tous les crimes de l’humanité même quand ils sont perpétrés dans une intention louable comme à Massada où votre description de l’égorgement de la mère et de ses trois enfants ou l’enfoncement du couteau dans le sein gauche d’une jeune femme sont insoutenables, bien plus que les efforts titanesques des Romains pour venir à bout de la ville martyre.

Selon moi, votre Juif Errant incarne une race mauvaise et condamnable plutôt que l’humanité maudite dont il est question dans le résumé de votre livre. Seule exception à la règle mais qui la confirme peut-être : l’amitié qui lia Giovanni Buttadeo (Isaac) et Saint François d’Assise, indéfectible et touchante. Toutefois la tendresse qui émane à coup sûr de ce lien privilégié ne saurait racheter une éternité de méfaits. Bien sûr il y a les anecdotes: Christophe Colomb qui cache ses origines juives comme le faisaient les Juifs honteux des années trente dans notre bel hexagone, Chateaubriand, Nathalie de Noailles et les autres...

Je suis déçue. J’espérais vous lire au premier degré en m’amusant et sans me poser trop de questions. Malheureusement votre livre ne raconte pas l’aventure ubuesque de l’humanité mais les crimes commis par votre malheureux héros. Vous vous targuez d’un style qui vous serait propre pour la raison (peut-être) que le récit de Simon de Cyrène, de la page 59 à 62, ne comporte pas de ponctuation mais je vous rappelle, sans vouloir vous offenser, que Valéry a fait mieux dans le genre. Allons, ne m’en veuillez pas de tous ces griefs, Monsieur l’Académicien: ces Juifs ont la susceptibilité à fleur de peau et on ne peut rien leur dire sans qu’ils prennent la mouche alors, qu’ils aillent au diable où, tel Jésus, vous les avez d’ailleurs envoyés.

Je dois tout de même ajouter que, si je n’approuve pas vos idées ou la manière dont vous avez utilisé le mythe, je suis admirative devant la compilation préalable à l’écriture du livre. Vous avez bien appris le Bouddhisme, l’Islam sinon le Judaïsme. Votre Juif Errant se veut évidemment un lien entre les différentes fois et les différentes philosophies même s’il ne dépasse pas quelquefois le niveau d’une historiette et même si sa lecture ne remplace pas - vous le savez fort bien - la lecture de la Bible, de la Bhagavad-gita, de la Kabbale, du Coran ou des Evangiles. Il effleure sans aller jamais très profondément l’histoire de l’humanité. Je l’ai terminé au bord d’une piscine et je regrette parfois de ne pas m’être ennuyée en le lisant (même si je peste contre lui) car le plaisir représente une forme de propagande parfois plus insidieuse qu’un pamphlet extrémiste. Ah ! se dit-on (si l’on se dit quelque chose), il n’a tout de même pas tort, Jean d’Ormesson : les Juifs, dans leur errance, ont contaminé pratiquement toute la terre. Et voilà ! les dés ont été une fois de plus jetés par un auteur qui ne le voulait peut-être pas.

 

C’est vrai, les Juifs ont la sensibilité à fleur de peau et si j’ai voulu faire mention de cette lettre, c’est que justement je suis l’une d’entre eux. Je suis bien persuadée que peu de lecteurs ont vu dans cette « Histoire du Juif errant » tout ce que j’y ai moi-même avec horreur entrevu. Mon état d’esprit est chaque fois le même quand je m’embarque dans une aventure où je pourrais « laisser » des plumes. C’est la raison pour laquelle je reviens tout de même après cette longue digression au film Amen de Costa-Gavras qui a fait couler beaucoup d’encre depuis une sortie qui ne date pourtant que de trois jours. Je n’ai d’ailleurs rien voulu lire ou écouter avant de me rendre compte par moi-même et savoir ce que je ressentirais personnellement. Comme je viens de le laisser pressentir, j’ai toujours beaucoup de difficultés après soixante ans à voir des images de la Shoah et je me demandais si je supporterais celles de Costa-Gavras. Je me souviens avoir assisté en 1963 à une représentation du Vicaire (Der Stellertreter) de Rolf Kochhuth au théâtre. Il est évident qu’une pièce de théâtre, même si celle-ci était l’entreprise courageuse d’un auteur allemand, n’a pas la charge émotive de documentaires ou même d’un film réaliste. Et bien, contrairement à ce que je redoutais, je suis ressortie d’Amen, ayant supporté les images et l’histoire avec une sorte d’aisance qui m’a surprise. Je n’ai même pas vu cette affiche dessinée par Olivero Toscani, le photographe et ancien directeur de publicité de Benetton qui remplit naguère les rues de toutes les villes de France d’affiches provocantes, utilisant la misère des hommes à des fins mercantiles. Les murs du cinéma étaient en effet vierges de l’affiche « provocante »...[33]  Je suis bien sûre pourtant que toute la polémique au sujet de ce film vient de là, de cette apparente assimilation entre la croix du Christ et de l’emblème du nazisme que fut la swastika.

Pour ce qui est du film, j’y ai vu surtout l’apologie de deux hommes : un officier SS, Kurt Gerstein, fabricant du fameux zyklon, cet acide cyanhydrique employé par les nazis dans les chambres à gaz pour leur oeuvre d’extermination et que l’inventeur croyait destiné à la désinfection de l’eau polluée que buvaient les soldats en campagne: l’homme, horrifié par l’usage qu’on fait de ses travaux, va employer toute son énergie pour faire connaître à l’ambassadeur suédois d’abord puis aux Alliés ensuite l’atroce vérité sur la solution finale. L’autre héros du film est un jeune Jésuite, admirablement joué par Matthieu Kassowitz. Dès qu’il est informé des projets qui se trament chez les SS, il donne des informations précises à son père, un proche de Pie II, et à tout le Vatican sur les projets nazis, les place devant des responsabilités qu’ils refusent en bloc, ne voulant pas, disent-ils, mettre en péril la population chrétienne d’Europe (comme si la Résistance n’avait pu exister puisque ses actions pouvaient déclencher l’arrestation et l’exécution d’otages éventuels). Le plan où le jeune prêtre, devant l’incompréhension de l’Eglise, met l’étoile jaune sur sa soutane avant de se joindre aux premiers Juifs italiens embarqués pour les camps de la mort, est aussi attendue que dramatique. Je m’arrête ici car je ne veux pas raconter la fin au cas où vous n’auriez pas encore vu le film. Vaut-il la peine de s’y précipiter ? Je ne saurais le dire.[34] 

 

Le Dimanche 10 Mars - dix neuf heures

 

N’ayant pas trouvé dans Amen cette substantifique moelle que le film aurait dû contenir, je suis allée ce matin voir « Monsieur Batignole » (décidément ces séances du matin conviennent à mes yeux fatigués et puis les queues sont moins longues.) Il ne me serait pas venu jusqu’à présent à l’idée de comparer Costa-Gavras et Gérard Jugnot. Ils ne jouaient pas dans la même cour d’école et ne pratiquaient pas le même art... Je fais aujourd’hui mon mea culpa. Le film de Gérard Jugnot est émouvant, les acteurs ont été choisis avec un discernement admirable, les jeunes comme les adultes. Nous n’assistons pas dans ce film à la confrontation au plus haut niveau d’êtres exceptionnels mais à celles de gens de la rue, de gens comme vous et moi qui travaillent, pensent, jugent, aiment, haïssent, profitent, dénoncent, sauvent, vivent comme ils le peuvent et du mieux qu’ils le peuvent à une époque où tout n’est pas simple. « Monsieur Batignole » n’est pas le capitaine SS ou l’abbé italien, c’est un homme simple qui ne savait pas, qui ne voyait pas mais qui peu à peu, à son rythme et à celui imposé par les évènements, a tout simplement appris qu’on ne pouvait pas seulement fermer les yeux, gagner sa vie, faire du marché noir... mais qu’il y avait des choses ailleurs et plus fortes auxquelles, au risque de sa vie, on ne pouvait échapper. “Monsieur Batignole”, du franchouillard qu’il était est devenu un de ces hommes qui peut faire croire aux autres hommes à l’espérance même quand elle semble se voiler. Je ne regrette pas d’avoir assisté à cette évolution remarquable pour la bonne raison que certains d’entre nous ne seront jamais touchés par la grâce (divine ?), un bienfait accordé à quelques uns de mes contemporains qu’on appelle des « Justes » dans des circonstances inimaginables avant qu’elles ne deviennent une réalité tangible et quotidienne.

 

                     Le 14 Mars

 

Ce jour est-il à marquer d'une croix blanche autant que celui où fut détruit le mur de Berlin ? Voici ce qui vient d'arriver : le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté mardi soir une résolution rédigée de façon impromptue par les Etats-Unis et professant l'idée d'un Etat palestinien qui vivrait aux côtés d'Israël dans des frontières sûres et reconnues. C'est la première résolution sur le Proche-Orient adoptée par le Conseil de sécurité depuis octobre 2000. Par le passé, les Etats-Unis, proche allié d'Israël, avaient utilisé leur droit de veto pour bloquer dans ce dossier les résolutions rédigées par les pays arabes. Washington estime qu'une solution doit être trouvée avec l'accord des deux parties. La résolution a été approuvée par 14 voix contre aucune, la Syrie s'étant abstenue. Le vote intervient 18 mois après le début de la seconde intifada, en septembre 2000. Le texte affirme que le Conseil professe l'idée d'une région où deux Etats, Israël et la Palestine, vivraient côte à côte dans des frontières sûres et reconnues.[35]

Les premières réactions posent elles-mêmes la question à mille dollars: cette résolution est-elle chargée d'un sens politique qui engage l'avenir du Moyen Orient où a-t-elle été concoctée par les Etats-Unis pour faciliter le voyage entrepris par le vice-Président Dick Cheney dans les Emirats, en Israël et dans les territoires palestiniens ? Les hommes de bonne volonté dont je parle si souvent aimeraient croire que la résolution des Nations Unies non seulement est plus qu'un geste politique mais que les deux parties concernées se départiront quelque peu de leur violence pour revenir à des normes acceptables. Inch'Allah.

 

Le 28 Mars

 

Il ne semble pas que les choses se soient déroulées comme nous l'espérions puisqu'il n'est pas probable qu' on écoute l'ONU pas plus d'ailleurs qu'on entérine une proposition saoudienne qui aurait pu faire l'unanimité à la réunion prévue à Beyrouth des « alliés » arabes dont plusieurs ne sont pas venus, le Président égyptien en particulier, si un attentat à la bombe n'avait été commis mercredi 26 en fin de journée dans un hôtel de Netanya, près de Tel-Aviv, faisant  19 morts au moins, et une centaine de blessés. L'attentat a été revendiqué par le Hamas et bien sûr le peu d'espoir qu'on avait dans la conférence de Beyrouth s'est éteint avec cette perpétuation de la violence.

Voici d'ailleurs ce qu'a fait la violence dans notre propre pays : un déséquilibré psychique,  Richard Durn, qui a tué huit personnes et fait 19 blessés au conseil municipal de Nanterre dans la nuit de mardi à mercredi, s'est suicidé en se jetant, pendant sa garde à vue, du quatrième étage de la brigade criminelle à Paris, jeudi 28 mars, vers 10 heures. Interrogé sur les motivations de ce multiple meurtre, il avait déjà déclaré aux enquêteurs qu'il voulait mettre fin à ses jours mais pas dans l'anonymat. Il n'est pas nécessaire d'être une grand esprit pour se demander comment un homme en garde-à-vue et qu'on soupçonnait de disfonctionnement psychique n'a pas été surveillé d'assez près et a pu accéder à la fenêtre d'un local de police où la règle veut sans doute qu'un prisonnier ne soit pas menotté pendant son interrogation. Mais où est la règle dans un cas pareil ?

Tiens, pourquoi ne pas nous distraire un instant, après ces terribles nouvelles, enfin nous distraire ? Ceux qui me liront peut-être en jugeront. Je vais simplement transcrire ici le dialogue que j'ai eu avec un certain Monsieu G. Briffoteaux qui m'a contacté par mail après avoir lu mes Mots...dits sur Ecrits-vains : Le Vicaire de Rolf Hochhuth :

 

De Gérard Briffoteaux:

 

Puis-je reprendre, avec votre autorisation, votre texte sur Le Vicaire de Rolph Hochhuth dans ma page hebdo suivi de vos coordonnées très précises ?

Quelque soit votre réponse, recevez mes cordiales et admiratives salutations.

 

De Lise Willar :

 

Merci de votre appréciation. Je suis allée sur « bousculade » et je me suis aperçue que vous n'étiez sans doute pas du même bord politique que moi. Vous comprendrez sans doute alors la raison pour laquelle je ne peux accepter d'être publiée sur une page qui fait la part belle à Madame Alliot-Marie et à Monsieur Chirac.

Avec tous mes regrets, je vous prie d'accepter mes meilleurs sentiments. Lise Willar.

 

De G. Briffoteaux:

 

Je respecte votre décision. Par contre je ne vois pas bien le rapport entre la littérature et monsieur Jacques Chirac ou Madame Michèle Alliot Marie, qui sont des gens fort respectables et au moins autant que ce Jospin le Trotskiste ou Arlette, des gens qui sont issus d'un mouvement qui compte plus de 100 millions de morts à son actif, et dont les racines sont les mêmes que le National Socialisme. Chirac et les Gaullistes n'ont, il est vrai, pas les mêmes trophées à leur tableau de chasse !

Je ne pensais pas que la haine des socialo-marxistes pouvait aller si loin ! C'est assez effrayant, lorsqu'on pense à autant d'intolèrance ! Salutations respectueuses néanmoins.

Gérard Briffoteaux. (Gaulliste, et très fier de l'être)

 

De Lise Willar : Monsieur

 

Ce qui me conforte dans ma décision, c'est que je n'ai pas eu une seule parole outrée à l'égard de vos amis alors que votre langage s'est immédiatement fait agressif devant ma décision. J'ai 79 ans. Je suis une ancienne évadée de France et j'ai rejoint le Général de Gaulle en Angleterre alors que j'avais dix neuf ans. J'ai la médaille des évadés et une citation à l'ordre de l'armée, pas plus car je n'ai jamais recherché les honneurs. Je suis docteur es lettres, auteur, traductrice de poètes américains dont le poète lauréat des Etas-Unis 2001-2002 et l'une des responsables du site littéraire Ecrits-vains. Je ne suis inscrite à aucun parti, je n'ai pas de sang sur les mains, je ne vote pas Arlette Laguillier, je suis violemment anti stalinienne et anti communiste comme je serais anti tsariste si la Russie nous avait ramené un souverain de derrière les fagots.

Je vous prie d'accepter, Monsieur, mes bons sentiments.  Lise Willar.

 

De Gérad Briffoteaux: Bonjour madame,

 

D'abord je tiens à vous présenter, outre mon respect pour vos cheveux blancs, toute mon admiration pour vos engagements qui visiblement font état d'un esprit de décision, voire de désobéissance envers un Etat lâche et criminel et, ne l'oublions pas mis en place par les députés du Front Populaire. Il est tout à votre honneur de ne pas rechercher les honneurs, preuve de véracité des sentiments et de vos choix. Dois-je vous dire que ma mère était enceinte de celui qui répond à votre message, lorsque son mari a été fusillé le long d'un mur par les nazis ? Devrais-je ajouter que le dénonciateur du petit groupe de résistants d'un village ardennais dont faisait partie mon père, a ensuite longtemps milité à la SFIO et au PS. Je ne sais pas pourquoi, chère Madame, je ne sais pourquoi, mais j'ai encore aujourd'hui plus de respect pour Charles de Gaulle que François Mitterrand. Je me sens plus Gaulliste que Socialiste !

 

J’ignore ce que vous pouvez reprocher aux Gaullistes d’aujourd'hui ou à Michèle Alliot-Marie que je trouve admirable, battante, et courageuse. C’est une Gaulliste dans l'âme. J’aimerais connaître les raisons pour lesquelles une femme comme vous peut-elle avoir de l'admiration pour le Socialisme, et son train de malheur et de conflits. Le leader du PS qui n'a jamais rompu avec le trotskisme est un faux cul notoire, opportuniste qui n'aime ni la France, ni les Français. C'est un démagogue idéologue, qui exploite la misère matérielle autant que mentale à des fins électoralistes. En cinq ans de gouvernement il a mis la France au bord du gouffre. Six millions de pauvres, plus autant qui en sont à la limite, munis qu'ils sont d'emplois précaires et endettés jusqu'au cou, le tout au nom de la relance de la consommation. Gouverner comme ça, vous savez le faire et moi aussi ! Tous les voyants sont au rouge, Madame ! Il faut être de mauvaise foi ou socialiste (pléonasme) pour ne pas le reconnaître.

Si J.Chirac est un gaffeur, un fonceur, un instinctif, on ne peut lui reprocher sa sincérité. Il n'est pas le super menteur présenté par les guignols. Par contre il a le courage de changer d'avis si les circonstances économiques ou politiques l'imposent. Il faut-être idiot pour respecter sa parole pour dire « moi, je respecte la parole donnée.» C'est flatter son ego, mais pas gouverner ![36] Jacques Chirac n'est certes pas parfait, mais qui l'est en politique, comme en tout domaine ? En tout cas, il aime la France, ils aiment les Français, c'est un homme de coeur et de belle envergure. Je suis convaincu que sans cette maudite « Dissolution », notre pays ne se retrouverait pas en 12e position sur 15, mais bien dans le groupe de tête. Ne me dites pas que vous faites votre opinion des choses et faits en écoutant les médias français qui sont un nid de trotskistes issus de mai 68.

Permettez-moi de vous appeler Lise, de vous renouveler et mon respect et mon admiration. Si vous voulez me donner réponse, cela me fera plaisir de vous lire. Je vous souhaite plein de bonnes choses. Respectueusement.

Gérard Briffoteaux. (Paris)

 

De Lise Willar:

 

Encore une fois, Monsieur, je ne puis être d'accord avec vous et je vais vous donner mes raisons, preuve que j'accepte de discuter si toutefois on ne traîne pas dans la boue l'adversaire comme vous semblez le faire. Je descends d'une famille juive alsacienne. Je considère tout d'abord que c'est à la Révolution Française que je dois d'être française à part entière. Mes arrières-grands-parents ont quitté l'Alsace en 1871 pour ne pas devenir allemands. Bisontins d'adoption, mes deux grands-pères étaient horlogers. Mon père a fait trois ans de service militaire au cinquième d'artillerie de Besançon, quatre ans de guerre (Verdun et le Chemin des Dames compris.) Il n'a été démobilisé qu'en Juillet 1919 parce qu'il a dû faire l'instruction des jeunes classes. Mon grand-oncle a perdu ses deux fils et son gendre dans les trois premiers mois de la guerre. Mes oncles ont tous deux fait partie du corps de Franchet d'Espérey. Mon père auquel je pense chaque jour depuis sa mort en 1975 admirait Herriot comme son père avait admiré Jaurès et comme mon frère et moi-même avons admiré Mendès-France. Après mon évasion de France, quatorze membres de ma famille bien française (Paris, Besançon, Lons-le Saunier) dont mon oncle et ma tante, citoyenne suisse qui a voulu rejoindre son mari à Drancy, ont été déportés et ne sont pas revenus. Alors accordez-moi, s'il vous plaît, l'honneur de ne pas brûler ce que j'ai toute ma vie respecté et de considérer que je viens de vous livrer définitivement ma pensée.    Bien à vous   Lise Willar

Je suppose que notre dialogue de sourd n'aura pas de suite...

 

Le 4 Avril

 

Depuis plusieurs semaines, je me suis réfugiée dans la lecture de divers livres et films  dont j’ai fait le compte-rendu pour mes Mots... dits du site Ecrits-vains avec une bonne raison : il est plus facile de lire et de raconter que d’entrer dans des polémiques qui, vraisemblablement, me dépassent ou du moins dont je suppose qu’elles me dépassent. J’ai eu du mal pourtant à assimiler cette dépêche de l’A.F.P. du 1er Avril : « Un groupe de pacifistes occidentaux, avec au premier rang José Bové, le militant français anti-mondialisation, brandissant un drap blanc, a défié les blindés israéliens  et malgré quelques tirs d’avertissement est entré dans les bureaux d’Arafat. Un groupe d’une quarantaine de pacifistes a ensuite annoncé son intention de rester avec le dirigeant palestinien. Un militant pacifiste a affirmé que José Bové et 12 autres personnes qui avaient quitté le QG ont été arrêtés par l’armée israélienne, après la rencontre. »

Je me suis d’abord dit: - bien sûr le célèbre José, si heureux qu’on parle une fois de plus de lui dans les médias (il était en direct sur la 2 il y a une semaine je crois chez Marc-Olivier Faugiel) est allé faire son petit tour en Palestine mais, contrairement à quelques uns de ses compagnons, en est repartit aussitôt pour se faire arrêter par les Israéliens. Quoi de plus médiatique qu’une petite semaine dans les prisons de l’Etat Hébreu dont un bon avocat international sera susceptible de le tirer bien vite ?[37] 

Et puis, je me suis posé la question: - quel est le rapport entre la lutte contre la mondialisation et un bref séjour chez Arafat ?[38]  Je ne sache pas que le leader Palestinien ait à voir avec ATAC même si le professeur Benjamin Barber a parlé de djihad dans son livre... J’ai alors téléphoné à celui qui sait si bien m’expliquer, m’orienter dans un sens que je n’accepte pas toujours, et de loin, du premier coup, à Yves. Se référant à José Bové, il m’a donné acte que les passages de l’anti mondialiste étaient souvent de courte durée, ajoutant que dans ce cas, sa prise de position aux côtés d’Arafat s’inscrivait dans son total anti américanisme et cela, je pouvais bien le comprendre. Yves a ajouté - tout de même après une heure de conversation - que je devrais repenser à tout ce qui avait conduit à la situation actuelle et voir ou en tout cas essayer de voir les choses sous des angles différents de ceux que j’avais envisagés depuis la résolution de l’ONU du 29 Novembre 1947 en faisant le plus possible la différence entre l’Etat hébreu dont je ne suis pas mais avec lequel je me suis toujours sentie des liens de religion sinon de citoyenneté[39] et la nation française dans laquelle mes pères et moi-même, nous nous sommes reconnus depuis la Révolution française en tout cas.

Je devrais essayer de faire également la différence[40] entre les évènements israélo-palestiniens et les deux dernières destructions de synagogues de Lyon et de Marseille qui, elles, provoquent ma colère car je n’ai pas souvenir que les mosquées aient subi de telles attaques qu’on doive exercer des représailles sur nos lieux de prières. Ces destructions ne peuvent être que les actes de personnes influencées négativement par des antisémites comme notre pays en a toujours connus. J’ajoute que je ne mets pas à cent pour cent la responsabilités de telles entreprises sur de jeunes musulmans comme il est si facile de le faire, me rappelant la profanation des tombes du cimetière de Carpentras dont les auteurs étaient des fascistes bien de chez nous. S’ils ne semblent pas oser perpétrer de tels crimes contre les mosquées - car je ne suppose pas qu’ils soient plus tendres pour l’Islam que pour le judaïsme - c’est qu’ils redoutent des représailles peut-être pas contre leurs églises (je doute qu’ils en fréquentent) mais contre leurs personnes.

Avant de poursuivre et pour bien montrer que je ne suis pas dupe, je me permets de placer dans une « mouvance » antisémite des gens tels que Dieudonné dont on a cru un moment qu’il poursuivait à Dreux un combat anti FN mais qui, tout-à-coup, a tenu le même langage que les extrémistes de droite et les mêmes propos racistes. Je suppose qu’il s’est fait des illusions quand il croyait à son avenir politique sur les intentions de vote de nos concitoyens de tous bords. Je voudrais encore dire avant de poursuivre que nos synagogues n’ont pas cessé pratiquement d’avoir besoin d’une protection policière depuis les guerres israélo-arabes, ce qui est à proprement parler inacceptable car, encore une fois, c’est nous assimiler aux Israéliens que nous ne sommes pas. Un exemple, ma mère avait environ quatre-vingts ans, mon âge d’aujourd’hui à un an près. C’était en 1973, pendant la Guerre du Kippour: vers cinq heures de l’après-midi, au moment de la prière du Yskor qui rappelle chaque année ce jour-là même le souvenir de nos morts, on a dû évacuer le temple de la rue Notre-Dame de Nazareth où nous nous trouvions, un coup de téléphone venant d’annoncer qu’une bombe avait été déposée dans les parages. J’ai quitté la synagogue avec Maman et je lui ai dit que Dieu lui pardonnerait si elle faisait dorénavant ses prières à la maison. A-t-on jamais parlé d’une protection nécessaire pour les mosquées ? A-t-on jamais raconté qu’un enfant juif avait arraché un foulard de la tête d’une femme musulmane alors que des petits garçons portant la kippa dans nos banlieues ont dû supporter qu’elle soit enlevée brutalement par de jeunes beurs ? Les personnes qui me connaissent comprendront que j’aie d’autant plus de peine que j’ai toujours aimé l’Islam, que j’ai séjourné à de nombreuses reprises au Moyen Orient, que l’Anatolie Orientale fit partie de ma vie durant plusieurs années et que j’ai fréquenté des musulmans de tous les milieux, riches bourgeois et ouvriers avec la même amitié fraternelle.

Il est temps de me plonger maintenant dans un passé que je ne dirai pas vieux de cinquante cinq ans mais de plus d’un siècle[41] car j’ai toujours pensé que les Anglais nous avaient fourré dans un drôle de pétrin en proclamant presque simultanément la Déclaration Balfour[42] le 2 Novembre 1917 par laquelle le Cabinet Britannique, après consultation avec des leaders sionistes, admettait officiellement l’idée d’établir un home juif en Palestine (Eretz Israel) et en envoyant le très cultivé agent de L’Intelligence Service T.E. Lawrence, auprès d’Hussein ibn Ali, Chérif de La Mecque et chef de la grande famille des Hachémites, pour l’aider à soulever les tribus arabes contre les Ottomans, entreprise dans laquelle il fut aidé par les trois fils du Chérif, Ali, Abdallah et surtout Fayçal, le futur roi d’Iraq. Comme toujours, l’Angleterre jouait sur deux tableaux et divisait pour mieux régner même si aucun membre du Cabinet ne pouvait se rendre compte quand la seconde décision fut prise que Lawrence irait bien au-delà des espérances de sa patrie d’origine.

Il est certain que la décision d’accepter la notion d’un home juif était de la part des Anglais toute politique car au départ le sionisme n’avait pas de connotation essentiellement religieuse mais que bien sûr le choix de la Palestine, cette terre où les conduisit Abraham à la sortie d’Egypte et où les Juifs souhaitent retourner depuis le début de la diaspora, plutôt qu’un territoire en Afrique Centrale (par exemple), ne pouvait qu’avoir tôt ou tard  - vu la faiblesse des hommes - des conséquences religieuses dont nous verrons plus tard les raisons.

Les premiers colons juifs étaient venus s’installer en Palestine avant même la Déclaration Balfour et sous l’occupation ottomane. Dans les deux dernières décennies du XIXème siècle[43] en effet des Juifs russes lassés des pogroms avaient décidé de partir y  travailler la terre et de montrer par l'exemple comment fonder de nouvelles colonies de paysans juifs. L'enthousiasme des premiers colons fut immense, mais le résultat s'avéra bien mince, comparé à leur vaste programme national. Avec beaucoup de difficultés, près de trente colonies furent fondées en vingt ans (Richon le Sion, Hedera, Roch Pina, Zichron-Jacob, Rehovot et autres) comptant plusieurs milliers d'habitants. On les installa grâce à l'aide des Hovevé-Zion (Amis de Sion) qui se trouvaient en Russie et du baron Edmond de Rothschild, de Paris. Le gouvernement turc entravait considérablement l'immigration en Palestine, mais rien n'arrêtait les ardents « Amis de Sion » tant leur était chère l'idée de ressusciter la patrie historique juive. Le nombre des habitants juifs augmenta dans les villes aussi : Jérusalem, Jaffa, Haïfa, Tibériade, Safed. Aux pieux vieillards, qui y venaient pour passer leurs dernières années en Terre Sainte, pour prier et pleurer sur les ruines du Temple, s’étaient joints des hommes dont le but était de relever les ruines, de ranimer le pays.

On peut dire que ces premiers colons étaient en but aux violences de l’occupant autant que les arabes palestiniens et qu’ils n’ont pas eu de grands problèmes avec ces derniers si ce n’est entre  1928 et 1939 quand des troubles graves éclatèrent entre les communautés sionistes et arabes. Il faut dire qu’une fois de plus les Anglais divisaient pour régner:  En 1920 déjà le gouvernement anglais avait nommé au poste de haut commissaire Herbert Samuel, un des artisans de la déclaration Balfour et un pilier du mouvement sioniste. Lui et ses collègues n'avait qu'une idée: inciter les Arabes palestiniens à quitter la Palestine et encourager les Juifs à acheter des terrains.[44]  Diverses législations furent adoptées en vue de favoriser l'établissement d'un Foyer national juif. Le gouvernement de Londres approuva toutes ces actions, comme s'il n'avait aucune obligation envers la communauté arabe. En 1933, plusieurs milliers d’Arabes palestiniens manifestèrent à Jérusalem contre les Anglais qui permettaient l'entrée des Juifs venant d'Allemagne où Hitler, déjà au pouvoir, les maltraitaient.

De nombreux Juifs de Palestine s’engagèrent pour combattre au côté des Anglais durant la Seconde Guerre Mondiale, ce qui n’a pas empêché ces derniers de refouler vers leurs ports d’embarquements les rescapés de la Shoah jusqu’à la création le 14 Mai 1948 de l’Etat d’Israël suivi du départ des Britanniques. Mais comme je l’ai promis à Yves, je m’arrête sur la résolution de l’ONU du 29 Novembre 1947 prévoyant un plan de partage de la Palestine, la partie que nous connaissons sous le nom de Cisjordanie étant attribuée aux Palestiniens afin qu’ils puissent constituer leur nouvel Etat. Cette résolution fut rejetée par les nations arabes limitrophes mais surtout par le roi Abdullah qui, plutôt que d’attribuer aux Palestiniens un territoire qu’il considérait comme sien,  réunit en 1949 le royaume hachémite de Jordanie et la Cisjordanie, créant le royaume de Jordanie et se faisant assassiner en 1951 par un Palestinien pour cette seule raison. Nous savons que l’interdiction faite aux Israéliens d’aller à Jérusalem Est, territoire jordanien, pour prier au Mur des Lamentations a provoqué la première Guerre israélo-Arabe.

Je n’ai pas l’intention de poursuivre trop loin le rappel de ces pages historiques. Je veux simplement dire que depuis 1949, depuis cinquante trois ans, je n’ai pas arrêté de défendre la thèse selon laquelle les responsables de tous les maux qui ont suivi, de toutes les guerres qui ont suivi étaient les Jordaniens. Je n’en démordais pas. J’étais butée, je l’ai été pendant plus d’un demi-siècle sans me rendre compte que même si la responsabilité d’Abdullah ne pouvait être mise en doute, ne peut encore être mise en doute, il est plus que temps pour moi de passer à autre chose et de considérer l’Histoire maintenant, comme elle se déroule maintenant.[45]

Je me permets de faire un saut jusqu’à 1982 parce que tout le monde est au fait des guerres qui ont mis aux prises les Israéliens et les nations arabes, celle de 1956 ou deuxième Guerre Israélo-Arabe survenue à la suite de la nationalisation du canal de Suez par l’Egypte, celle de 1967 ou Guerre des Six Jours, celle de 1973 ou Guerre du Kippour. En 1975, mon plus jeune fils était dans un kibboutz à Kfar-Giladi dans le Golan. Je pus alors observer, en allant le voir, les excellents rapports qui existaient entre les Israéliens et les Chrétiens libanais. Les ouvriers agricoles de ce pays venaient chaque jour travailler en Israël, traversant le matin ce que l’on avait coutume d’appeler « la bonne frontière » et retournant le soir dans leur pays, leur sac à provisions bien garnis. C’est le 14 Septembre 1982 qu’eurent lieu les massacres des camps de Sabra et Shatila.  

Depuis cette époque, j’ai toujours entendu les Palestiniens affirmer que les Israéliens étaient les seuls responsables des meurtres perpétrés dans les deux camps. Même si une commission d’enquête israélienne[46]  a étudié la responsabilité de Sharon dans la permissivité qu’il a montrée vis-à-vis des Phalanges, le fait n’est même pas discutable: ce sont les Phalanges Chrétiennes, dirigées par Eli Hobeika et Samir Geagea, qui sont entrées dans les camps et ont massacré plusieurs centaines de personnes. Les leaders palestiniens ayant accusé publiquement Israël, le centre de l’OLP, dirigé par Sabri Jiris, a présenté à Arafat un rapport accusant directement les Phalanges d’avoir commis le crime. Les Phalanges n’en étaient pas d’ailleurs à leur premier coup de main puisqu’en Janvier 1976 celles-ci et la milice de Camille Chamoun avaient exterminé plusieurs centaines de Palestiniens dans le grand camp de Tell Al Zaatar, à Beyrouth Est. Même aujourd’hui et même s’il faut, comme je l’ai dit, voir les choses maintenant et tenter de trouver maintenant une solution, je ne reviendrai pas sur mon amertume qui n’est pas tellement due au fait que des massacres aient été perpétrés (les actes des hommes ne m’étonnent plus depuis longtemps), à celui que les Libanais n’aient jamais assumé leurs responsabilités (la « capacité d’oubli » chez certains hommes ne m’étonnera jamais) mais à celui que jamais au grand jamais le Vatican si prompt à reconnaître les erreurs de la Serbie et à oublier celles des Croates (par exemple) n’a élevé la voix pour stigmatiser la responsabilité de Chrétiens dans une affaire imputée aux seuls Israéliens.

Passons maintenant - et c’est là bien sûr où le bât me blesse - à l’histoire récente que je situe au jour où Ariel Sharon a été nommé Premier Ministre de l’Etat d’Israël. Il est évident et maintenant, je ne vais plus m’appuyer sur des faits avérés mais sur les élans de mon coeur. Victime moi-même ainsi que les miens, je n’ai jamais voulu penser à une quelconque revanche mais simplement reprendre ma place après la Seconde Guerre mondiale au milieu de mes concitoyens. J’ai instinctivement, viscéralement, toujours été du côté des victimes, des Vietnamiens qui se battaient pour s’arracher à la colonisation française et à la main-mise des Américains sur leur territoire, des Algériens pour la même raison, des Sud Africains pour que vienne la fin de l’apartheid... Eussé-je été plus jeune, j’aurais rejoint ma chère ville de Sarajevo comme je l’avais fait durant la Seconde Guerre Mondiale quand j’ai rejoint les Forces Françaises Libres et j’ai toujours voué une admiration sans borne aux gens qui s’étaient physiquement impliqués dans la défense des communautés mises en cause pour des raisons toutes indéfendables, surtout quand elles étaient ethniques. Alors, comme je l’ai fait pour tous ceux que je viens de nommer, je dois accepter sans condition l’existence de l’Etat Palestinien et oeuvrer par les mots puisque de plus en plus les années m’empêchent de le faire physiquement pour que les armes, la violence, les meurtres laissent place à une voie négociée. Je me dois de me positionner au côté des pacifistes israéliens, palestiniens et du monde (des vrais, pas des politiciens) qui rejettent les extrémistes de tous bords. Je dois me souvenir que mon passage au King David de Jérusalem, à ce super palace religieux et kasher qui ne m’a pas une minute comblée mais plutôt causé une sorte de malaise. Je ne dois jamais oublier André Chouraqui et son Testament: Le feu de l’Alliance dans lequel il affirme une fois de plus son espoir en la création d’une fédération Israélo-Palestinienne dans un premier temps, de tous les pays de ce Moyen-Orient-là dans une deuxième temps, je dois infiniment et de toute ma volonté croire en cette utopie obligatoire. Je dois rendre grâce aux Palestiniens et aux Israéliens qui essaient de conserver le contact en dépit de toutes les difficultés qu’ils rencontrent, à ces institutrices qui essaient avec les plus grandes difficultés de maintenir des classes mixtes, à ces médecins dont parle Yves dans le mail que je vous donne maintenant : « En tant que destinataire de ce message[47], je souhaite manifester ma profonde gratitude à ces femmes et ces hommes, palestinien(ne)s et israélien(ne)s, qui ont la lucidité et le sang-froid de favoriser, où faire se peut, la cohabitation des villageoises et villageois de ces deux peuples, la création et le partage d'écoles communes. Dans le même esprit, je tiens à saluer, entre autres, l'action politique et humanitaire de ces médecins israéliens qui, en ce moment même et en dépit du blocus des territoires palestiniens, se rendent sur place pour prodiguer des soins. Il me semble, en effet, qu'encourager de telles initiatives et les faire connaître du plus grand nombre contribue plus efficacement à l'oeuvre de paix que la propagation sur le Net de dénonciations, si animées qu'elles veuillent se montrer de ces bonnes intentions dont nos enfers sont pavés. »

C’est sur ces mots de mon ami que je m’arrête en espérant faire désormais partie des hommes et des femmes de bonne volonté même si je ne puis affirmer tout en le souhaitant bien sûr que je verrai la réalisation de nos plus chers désirs dans les quelques années qui me restent à vivre.[48] 

 

Le 8 Avril

 

Comme il faut continuer à vivre le plus normalement possible en dépit de tous les évènements qui viennent compliquer singulièrement notre vie, je ne peux passer sous silence la signature du recueil de poèmes Eros en Poésie qui fut suivie samedi d'un dîner au petit restaurant à côté de la Librairie-Galerie-Racine que dirige mon amie Elodia. Nous étions près de cinquante, issus de la LGR ou de notre site Ecrits...vains puisque le recueil émane d'une collaboration entre l'édition écrite et le net et la soirée fut en tous points une réussite, à commencer par la lecture du premier chapitre des Chansons de Bilitis de Pierre Louys par notre amie Isabelle Jousseaume et deux de ses compagnes en poésie. J'étais à la table de Martine Morillon-Careau, prof de français poétesse, et de son mari, Yves, prof d'histoire. Mon Yves et sa Julie étaient assis tout près et la cerise sur le gâteau fut l'arrivée de mon poète, Blake Dawson avec lequel j'ai traduit les quatre vingt dix sept rubaiyat dont j'ai certainement parlé plus haut (si je radote... l'âge en est la cause !) et que nous avons fini de relire avec une interruption d'une heure pour déguster les cailles au foie gras sur canapé que je lui avais mitonnées.

Hier dimanche douze de mes amis sont venus déjeuner dont mon amie Mireille Seasseau qui dirige sur Ecrits-vains la section poésie. Mes enfants étaient là, Elodia, Saralev, une poétesse hébraïsante, Marie-France, une amie de Mireille, Marine Morillon-Carreau et son mari Yves et, surtout, mon admirable Jean Barbé, poète chanteur qui s'accompagne à la guitare de telle façon que durant deux heures nous avons eu la joie de l'écouter. Je me permets de donner ici le mail que je lui ai envoyé le soir-même et la réponse qu'il m'a faite. Des mots comme ceux-là font chaud au coeur:

 

Mon Jean

 

Quelle merveille, j'en ai quatre maintenant si tu acceptes d'entrer dans mon « androcée » : par ordre non d'amitié mais d'arrivée dans ma vie (encore que virtuellement tu le fus avant Blake) : mon Yves, mon Jordy, mon Blake et, si tu acceptes, mon Jean ! Je voudrais te dire le plaisir, le bonheur que tu m'as donné hier, que tu nous as donné à tous. Je ne comprends pas comment les autres peuvent se produire et que tu ne soies pas le leader, le meilleur parmi eux. Tu as tout, Jean, les mots, le sens des mots, leur humour, leur tristesse, leur amitié, leur déchirement parfois, tu as la chaleur amicale, les yeux qui pétillent, tu as la musique, l'air, la voix qui ne sont à personne. Je n'échangerais mon après-midi contre aucune autre et quand Saralev m'a dit en me quittant : « j'aurais aimé dire quelques poèmes », j'ai voulu répondre au lieu de « la prochaine fois » : « je n'aurais pas voulu que ce fût autrement » (mais je n'ai bien sûr pas osé.) Voilà ce que je voulais te dire, mon Jean, avec en plus des remerciements pour ce que vous avez été en présence de mon fils, un groupe qui me voulait du bien. Amitiés en cookies à Suze, pour toi pleins de bisous que tu partageras tout de même avec elle. A oui, j'oublie: dans la chanson où tu parles du café du matin j'ai repensé à la bassine où la tante de Suze faisait bouillir en Bretagne « l'eau au café » dans laquelle la petite fille ou la jeune fille trempait allègrement ses tartines de beurre... Je me suis dit, je sais déjà plein de choses de vous d'avant. Encore plein d'amitié. Lise

 

 

                     Très chère Lise,

 

Va pour ce chapeau dont on ne m'avait encore jamais coiffé... me voici donc « étamine » de ton « fleuron » privé, ton bouquet. Oui, beau et bon dimanche que celui où tu nous recevais, beau et bon parce qu'on était « bien »... et si tu savais comme il me faut être « bien » pour que je prenne ma guitare sur le ventre et mes chansonnettes aux mots, tu comprendrais encore mieux comme j'appuie sur ces épithètes « beau » et « bon » que j'écris là. Suze vient de décider qu'il fallait absolument que tu lui montres comment faire ces cookies dont elle a la bouche pleine... elle me charge de t'embrasser. Je t'embrasse donc... Quant à moi, la bouche pleine de brownies  (le chocolat me perdra !) et les joues un peu roses à relire ce dithyrambe alors que « jusqu'au bout de lui-même le chanteur a fait ce qu'il a pu »... avec plaisir et même plus. Ton Jean.

 

                     Le 14 Avril

 

Je sors de la séance de onze heures au cinéma de Boulogne où j’ai vu  Hable con Ella (Parle avec Elle.) Si je réagis aussi vite c’est que jusqu’à présent, entre Pedro Almodovar et moi, il n’y avait pas d’affaire de coeur même dans son avant-dernier film qui faisait, je crois, référence à sa mère. Mon amie Elodia m’a dit hier quand je la conduisais à la Gare du Nord qu’elle l’avait vu six fois et qu’en une fois je n’avais pas pu absorber le film. Alors pourquoi est-ce différent avec celui de ce matin ? D’abord je suis restée jusqu’à la dernière minute pour ne pas perdre une seconde de la musique. Si ce Iglesias-là est le fils ou un parent de Julio, alors je vous le dis, le fils dépasse le père ou l’élève dépasse le maître. Il était 13 heures quand j’ai quitté le cinéma et j’avais une petite faim. Impossible d’entrer dans l’un des trois restaurants qui jouxtent la salle. Il fallait que je sois seule, que je monte dans ma voiture. Heureusement au geste instinctif d’ouvrir la radio après avoir mis le contact a succédé non un flot de nouvelles dont je n’avais que faire mais de la musique qui s’égrenait de « Radio Classique. » Je ne pouvais absorber aucun mot, je voulais penser aux images que je venais de voir, rester seule et me précipiter dans mon bureau pour écrire.

Hable con Ella, c’est une émotion pure du début jusqu’à la fin. Ce sont des personnages plus touchants les uns que les autres, de Pina Bausch à la petite infirmière qui aide Benigno auprès d’Alicia. Pina Bausch: je ne savais pas encore pourquoi elle était dans le film ou si elle faisait partie du film, je la regardais simplement, mince, non maigre, décharnée, tragique, trébuchant sur les chaises, se cognant la tête contre les murs et tombant par terre, inanimée, morte peut-être. Je ne savais pas non plus pourquoi cet homme pleurait en la regardant, je voyais seulement ses larmes couler le long de ses joues mal rasées. Et puis cet autre homme à côté de lui, que faisait-il dans la salle ? Il n’avait pas l’air malheureux. Je l’ai tout de suite revu d’ailleurs, le deuxième, il était à la clinique, un infirmier avec une blouse bleu-ciel qui faisait la manucure à une jolie jeune fille qui dormait. Après, avec la petite infirmière, il l’a lavée complètement la jeune fille, de la tête au pied. Elle devait être bien endormie car elle ne bougeait pas même quand on la retournait, même quand on l’a nettoyée parce qu’elle avait ses règles, même quand l’homme a noué les cordons de sa robe et tendu au-dessus d’elle un drap léger. J’ai lentement commencé à comprendre qu’elle ne dormait pas la jeune fille, elle était dans le coma, et son infirmier avait l’air de l’aimer beaucoup, il lui parlait, il lui racontait Pina Bausch, il lui avait même apporté une photo de l’artiste pour l’accrocher au-dessus de son lit.

Quand il a fini son service, il est retourné chez lui où il a vécu avec sa mère dont il s’est occupé jusqu’à sa fin, il a regardé par la fenêtre le studio de danse d’en face qui est dirigé par une ballerine, Géraldine Chaplin, vieillie mais toujours aussi superbe et fine. Je comprends alors que la rencontre Benigno-Alicia n’est pas fortuite. Il l’avait vue danser et s’était fait connaître du père psychiatre sous un faux prétexte pour revoir la jeune fille qu’il avait surprise à la sortie de sa douche et à laquelle il avait volé son peigne d’écaille. Enfin, j’abrège mais c’est difficile si je veux vous faire comprendre les choses, si je veux que vous sachiez combien il l’aimait Benigno, son Alicia, que vous sachiez qu’il n’est pas pédé comme le croit le père psychiatre (la raison pour laquelle il l’a choisi comme infirmier quand sa fille a été renversée par cette voiture), qu’il est vierge complètement, qu’il est l’homme d’un seul grand amour. Je veux aussi vous dire que Géraldine Chaplin, je ne me souviens plus de son nom dans le film, elle est comme Benigno, elle parle à Alicia, elle lui raconte tout, le studio, ses projets, sa prochaine tournée... elle la caresse et l’embrasse, elle croit en elle et en sa guérison. 

Tout-à-coup, le décor a changé. Une grosse femme faisait l’interview à la télé d’une dame matador. Elle voulait lui tirer les vers du nez, lui parler de Nino, des amours qu’elle avait eues avec Nino et la jeune femme, pas véritablement belle mais majestueuse, s’est mise en colère et s’est sauvée. Devant la télé, il y avait le monsieur qui avait pleuré en regardant Pina Bausch. Il s’est levé, s’est précipité sur sa voiture et est arrivé assez vite aux studios de télévision pour rattraper la jeune femme matador et lui demander s’il pourrait faire un article sur elle parce qu’il était journaliste. Elle a accepté qu’il la raccompagne chez elle mais l’a prévenu qu’elle ne dirait rien si on la forçait à parler de Nino, le torero qui avait profité d’elle, de son aura, puis était parti en quête de gloire personnelle. Le journaliste n’a pas insisté. Il l’a déposée devant sa maison d’où elle est immédiatement ressortie après avoir poussé un grand cri. Il y avait une couleuvre dans sa cuisine et elle avait peur des couleuvres mais il ne fallait le dire à personne. Le journaliste a tué la couleuvre. Bien sûr, après cela, Lydia, la matador, et Marco (c’est le nom du journaliste) ont filé le parfait amour, enfin qui aurait été parfait si Marco n’avait pas encore sa femme en tête qui le tracassait. Ils font tout de même de superbes balades qui nous permettent d’écouter des chansons que nous connaissons tous mais qui sont si belles.

Images superbes de la corrida : Lydia toujours majestueuse dans son habit de lumière qui fait avec sa muleta des passes plus difficiles et plus dangereuses les unes que les autres, Lydia qui nargue le danger et la mort jusqu’à ce que la mort se fâche et la punisse de son orgueil, enfin pas la mort tout de suite mais un coma profond qui la conduit dans la même clinique que la petite Alicia endormie. Et voilà que Mario se retrouve dans la chambre de Lydia tout d’abord puis dans celle d’Alicia où il fait connaissance de Benigno, l’infirmier qui s’occupe de la jeune fille depuis quatre ans comme il s’était occupé de sa mère, Benigno qui essaie de lui apprendre les gestes d’amour, mais c’est difficile parce que Mario ne comprend pas, n’accepte pas, ne croit pas à la résurrection du corps et de l’esprit, parce qu’il ne supporte pas la vue de Lydia endormie à côté d’Alicia. Quand Nino revient près de Lydia, renonce à ses contrats pour demeurer près d’elle, amoureux comme au premier jour, Mario s’en va. Il décide de partir très loin pour peut-être oublier... C’est loin qu’il apprendra la mort de Lydia.

Mais voici qu’Alicia n’a plus ses règles depuis deux mois et Benigno n’a rien dit, Benigno qui a consommé son grand amour n’a rien dit. Il se retrouve en prison à Ségovie. Il ne serait pas malheureux s’il savait que son Alicia est toujours endormie mais que le bébé est venu, garçon ou fille. Seulement on ne lui dit rien, on ne lui dit pas que si l’enfant est mort-né, l’accouchement a rendu la vie physique et cérébrale à la petite Alicia. On dit au sauveur du corps et de l’âme d’Alicia, le père psychiatre et l’avocat y compris, qu’il est un psychopathe. Marco apprend la nouvelle en Jordanie. Il rentre précipitamment, rend visite à Benigno, s’installe dans son appartement. Il regarde le studio de danse et il voit Alicia assise au fond, éveillée, assise sur une chaise, ses béquilles auprès d’elle. Il voit Géraldine Chaplin la faire travailler. Il se précipite chez l’avocat mais doit promettre qu’il ne dira rien à son ami. Celui-ci n’est pas malheureux. Il a tout décidé dans sa tête. Un jour, quand Mario arrive à la prison, le directeur lui remet une lettre de Benigno : l’infirmier amoureux a décidé d’entrer dans un coma profond. Il a les médicaments pour et c’est la meilleure façon pour lui de rejoindre son grand amour. Il lègue son appartement à Mario et tout ce qu’il y a dedans. Seulement Benigno rate son coma et meurt. Mario le fait enterrer avec le peigne d’écaille de sa belle et les photos de sa mère et d’Alicia.

Dernier tableau: ce n’est plus Pina Bausch qui danse mais Géraldine Chaplin. Dans la salle il y a devant Alicia, sur le fauteuil derrière Mario. La boucle est bouclée  : ceux qui devaient mourir sont morts, ceux qui sont vivants vont s’aimer, et c’est très bien comme cela. Je crois que je vais avoir une affaire de coeur avec Pedro Almodovar.

 

Le 18 Avril

 

Je suis comme Yves (ça ne change pas beaucoup, n'est-ce pas mon Yves ?) : j'ai beaucoup aimé le texte de Pascal avec ceci en moins, je suis comme Jordy (ça ne change pas beaucoup, n'est-ce pas mon Jordy ?)[49] : je n’ai pas d'état d'âme pour Dimanche. Je préfère un homme terne et intelligent à un super-menteur. J'ai regardé hier soir « hamburger-quiz » sur Canal et, bien sûr, tous ces acteurs qui venaient soutenir Pierre Lescure, c'était sympathique mais j'ai toujours un sentiment bizarre quand je vois ces gens « réunis pour une bonne cause » s'aimer si fort et qui nous aiment si fort, nous leur public chéri... ça sent le préfabriqué. Quand je vais au cinéma ou au théâtre, je ne me suis jamais demandée s'il y avait des affinités entre les acteurs et moi-même - comment serait-ce possible puisqu'ils ne me connaissent pas ? - j'ai toujours pensé que j'aimerais si l'acteur jouait bien et juste. Point barre ! comme ils disent maintenant. C'est un peu pareil en politique : qu'ai-je à faire de ces 333.445 poignées de main qu'a données Chirac pendant sa campagne ? Qu'il se contente d'être vrai et juste, ce serait déjà un bien gros progrès.

 

Le 19 Avril

 

M’étant arrêtée de longues heures le 4 Avril sur les évènements du Proche-Orient, je ne peux m’empêcher cette semaine de faire chorus avec Bernard-Henry Lévy qui, rentrant d’un séjour d’un mois en Afghanistan, a suggéré au cours d’un programme télé dont j’ai oublié le nom qu’on pourrait peut-être se pencher sur les autres guerres et sur les autres victimes de par le monde. Ainsi je remets à plus tard le compte-rendu d’un livre fort intéressant dont je parcours quelques pages le soir, avant de m’endormir, et qui a trait une fois de plus à des évènements de la Seconde Guerre Mondiale. 

Pour commencer, je me permets de reprendre (entre autres) le feuilleton sur la Tchétchénie que j’ai interrompu le 11 Décembre 2001 et qui se terminait par ces phrases : Moscou a regagné les bonnes grâces de l'Occident. Le rapprochement spectaculaire entre la Russie et l'Occident amorcé après le choc du 11 septembre, le montre à nouveau: rien de mieux qu'un ennemi commun, en l'occurrence le terrorisme international, pour forger une amitié. Oubliés ou presque, la Tchétchénie ou les bombes de l'Alliance sur Belgrade. Passés au second plan, le conflit sur le bouclier anti-missile et l'élargissement de l'Otan aux pays baltes. Ce revirement est dû au soutien sans précédent offert par Moscou aux Etats-Unis après les attentats à New York et Washington. Une décision que le président russe avait prise seul. Selon un libéral russe, Boris Nemtsov, sur une vingtaine de dirigeants des principaux partis, deux seulement ont soutenu le geste de Vladimir Poutine. Celui-ci a ouvert aux avions de la coalition anti-terroriste l'espace aérien russe et d'anciennes bases aériennes soviétiques en Asie centrale, en Ouzbékistan et au Tadjikistan. Moscou a pris un risque. Les Américains peuvent s'installer pour longtemps dans ces pays qui, tout bien ancrés qu'ils soient dans la zone d'influence russe, ont grand besoin d'aide internationale pour faire bouger leurs économies. Mais c'est aussi un avantage potentiel. La présence américaine peut contribuer à réduire le danger islamiste et le trafic de drogue dans la région.

Par ailleurs, la Russie a changé d'image. Sans qu'on s'en aperçoive, l'une des tapes dans le dos échangées avec le président américain dans son ranch texan a dû faire tomber l'étiquette d'ancien agent du KGB, collée à M. Poutine à son arrivée au Kremlin. Et le monde entier a vu les chopes de bière dégustées avec le chancelier allemand Gerhard Schroeder et les sourires radieux faits au maître du Kremlin par le Premier ministre britannique Tony Blair. Ce dernier a proposé qu'un nouvel organe réunisse la Russie et l'Otan, remplaçant le conseil permanent conjoint créé en 1997. Ce dernier avait déçu Moscou, lui offrant peu de prise sur les décisions. Le 7 décembre, les 19 membres de l'Otan et la Russie ont décidé à Bruxelles de créer d'ici au mois de mai un nouveau conseil où les décisions se prendront « à 20 et non plus à 19+1. » La formule reste pour le moment une coquille vide qu'il faudra remplir. La Russie n'aura pas de droit de veto et l'on ignore quels seront les domaines de compétence de cette nouvelle enceinte. Mais Moscou pourrait renforcer, ne serait-ce qu'un peu, son influence sur l'Otan.

J’ajoutais en guise de conclusion : « Je m’arrête une fois encore mais pour combien de temps ? » Ma nouvelle question est ainsi : « Que s’est-il donc passé en Tchétchénie depuis quatre mois ? » J’ai selon mon habitude fait des recherches partout où je le pouvais, consulté les dépêches des agences internationales, lu les articles de journaux et je crois n’avoir pas trouvé une raison de penser que Monsieur Poutine n’aurait pas toute latitude pour continuer à mener son combat - que dis-je, son combat ? - son extermination du peuple tchétchène.

On a pu lire dans un article du Monde du 31 Décembre 2001 intitulé L'arbre afghan ne doit pas masquer la forêt d'exactions en Tchétchénie : « Un violent coup de gueule, un véritable brûlot, que la prise de position sur le conflit tchétchène de l'ancien dissident russe Sergueï Kovalev, aujourd'hui président d'honneur de l'organisation de défense des droits humains Memorial. Les propos de Kovalev ne sont pas taillés dans la langue de bois. Appelé à commenter la chape de silence qui s'est abattue sur la situation en Tchétchénie, suite au ralliement de la Russie à la coalition antiterroriste dans la foulée des attentats du 11 septembre, il fustige les Occidentaux pour leur subite cécité quant aux exactions commises par les soldats russes. ‘Vous ne voulez rien voir’, clame-t-il. ‘A l'origine, le Conseil de l'Europe (qui avait nommé un émissaire) devait veiller au respect des droits de l'homme en Tchétchénie. Au bout du compte, il s'est vendu.

L'attitude bienveillante des Occidentaux à l'égard de Vladimir Poutine attise le courroux de Sergueï Kovalev. ‘Vous, Occidentaux imbéciles, vous regardez et vous ne comprenez pas que, dans tout cela, il y a la main du KGB. Le Président est issu du KGB, il a appelé ses collègues au pouvoir. Que faites-vous ? Vous cirez les chaussures de ce minable. Que diriez-vous si, en Allemagne par exemple, un ancien membre de la Gestapo gagnait les élections et devenait chancelier ? Quelle serait la réaction internationale ? Or vos dirigeants se pressent aujourd'hui pour serrer la main de Vladimir Poutine. Sont-ils si imbéciles pour le croire lorsque celui-ci affirme que ce qui se passe en Afghanistan et en Tchétchénie relève du même phénomène ? »

Comment d’ailleurs les Russes pourraient-ils avoir une quelconque considération pour la communauté tchétchène puisqu’ils doivent déjà régler leurs propres comptes, comme en témoigne ce qui suit : « Le procès de trois officiers russes poursuivis pour la mort de 22 soldats en Tchétchénie s'est ouvert, lundi 14 janvier, à Moscou. Il doit établir leurs responsabilités dans les événements du 2 mars 2000, au cours desquels des soldats du ministère de l'intérieur se sont trouvés sous le feu de leurs camarades. C'est la première fois que de hauts responsables sont mis en cause devant la justice pour la conduite de la guerre dans la république rebelle. » (Le Monde, 14 Janvier 2002)

Voici ce que dit une dépêche de l’Agence FP du 24 Janvier 2002 :

« Confortées par leur adhésion à la coalition antiterroriste formée au lendemain des attentats de New York et Washington, les autorités russes n'autorisent plus aucun Etat à se mêler de leurs affaires tchétchènes. Le ministère russe des Affaires étrangères vient en effet de convoquer l'ambassadeur de Grande-Bretagne en poste à Moscou pour ‘protester contre l'accueil au Foreign Office, à Londres, d'un représentant indépendantiste tchétchène’. ‘Cette rencontre avec un représentant d'Aslan Maskhadov (dernier président élu en Tchétchénie) est un acte dirigé contre la coopération antiterroriste russo-britannique’, affirment les autorités russes. ‘On ne peut pas mener une politique du deux poids, deux mesures dans la lutte contre ce mal, le terrorisme, qui menace la stabilité mondiale’. Depuis le début du conflit dans la république caucasienne, Moscou parle d'une ‘opération antiterroriste’ et non d'une guerre. »

Le matin du 25 janvier, un dirigeant tchétchène, Monsieur Ahmed Zakaev, a été reçu au Ministère de l’Education nationale. Il a été reçu l’après-midi à la Direction de l’Europe Continentale du Ministère des Affaires Etrangères (Actualités de France Diplomatie). Je n’ai trouvé aucune information sur ce qui a été dit au cours de ces entretiens, encore moins sur les décisions qui ont pu être prises... (comme si la France avait une quelconque possibilité d’entreprendre seule une action en faveur d’un peuple opprimé.)

Médecins sans Frontières a évoqué le 4 Février la situation actuelle en Tchétchénie: « Alors que le Conseil de l'Europe n'a pas sanctionné la Russie sur sa conduite de la guerre en Tchétchénie, les conditions de vie des civils continuent à se détériorer. Le Conseil de l'Europe n'a pas sanctionné la Russie sur sa conduite de la guerre en Tchétchénie, le 24 janvier dernier. Malgré le tableau particulièrement sombre de la situation dans ce pays en matière de violations graves et continues des droits de l'Homme, l'Assemblée parlementaire s'est contentée d' inciter les autorités russes à continuer à coopérer avec toutes les instances du Conseil de l'Europe. En ne sanctionnant pas la Russie sur sa conduite de la guerre en Tchétchénie, le Conseil de l'Europe, pourtant censée faire respecter les droits de l'Homme sur le territoire de ses 43 Etats membres, se range ainsi aux côtés d'un Etat qui a pour politique de bafouer les droits les plus élémentaires des civils dans la guerre. »

Une dépêche Reuters du 22 Février reprend les mêmes arguments : « Lorsque les troupes dont il est le commandant suprême utilisent des armes prohibées par les conventions internationales, procèdent à des massacres, à des exactions contre les civils, dès lors qu'ils vivent sur un territoire où s'expriment des revendications indépendantistes, la responsabilité d'un chef d'Etat - et celle de ses généraux - ne saurait être exonérée de ces crimes. Ainsi, ‘Vladimir Poutine pourrait un jour avoir à rendre des comptes pour la guerre qu'il mène en Tchétchénie’, avançait en 2001 un politologue russe atypique, inspiré par le sort de l'ancien dictateur de Belgrade, sous les verrous à La Haye... »

Je pourrais continuer ainsi des heures et des heures et malheureusement je ne trouverais rien qui pourrait donner un semblant d’espoir à quiconque et surtout pas aux victimes dans ce conflit odieux, inhumain, perpétré contre une communauté dont la seule revendication (comme celle de nombreux peuples de la terre) était d’être libre dans son propre pays. Il est temps ainsi de passer à d’autres points de la terre où les droits de l’homme sont mis à mal. Je voudrais ne pas avoir de mal pour trier et choisir. Bien au contraire, je ne sais par où commencer. Alors, avant de le faire, si je parlais des enfants tués au cours de guerres inacceptables. Voici une constatation de l’UNICEF intitulée Une Vision Pour le XXIème Siècle :

« Au cours de la dernière décennie, plus de 2 millions d’enfants sont morts du fait des guerres qui ont aussi handicapé à vie plus de 6 millions d’autres enfants, et traumatisé bien d’avantage encore. Pour le seul continent africain, une trentaine de conflits meurtriers ont surgi depuis 1970, aggravés par les différends territoriaux et la recherche des richesse minérales. Toutes les guerres sont des guerres contre les enfants qui en sont les premières victimes, d’autant qu’elles utilisent des armes aveugles, comme les mines antipersonnel (que les Américains entre autres se refusent à interdire et conservent dans leur arsenal militaire)[50] qui continuent à mutiler et à tuer. En outre, dans un nombre croissant de conflits, des enfants sont recrutés comme soldats. »

Je trouve que l’UNICEF dans ce qui suit ce commentaire prononce les mots que chacun, que chaque gouvernement, que chaque homme de bonne volonté devrait prononcer: « il faut faire la guerre à la guerre », ajoutant : « alors même que de nombreux pays du monde acceptent de consacrer des sommes colossales à leur effort de guerre, leurs dirigeants sont extrêmement réticents à s’engager dans les efforts de démobilisation, de démilitarisation pourtant indispensables. Investir dans l’effort militaire ne pose pas souvent de problèmes, alors qu’affronter le coût de la paix et de la reconstruction paraît inabordable. Où est la priorité ? »

Les guerres sont cruelles, elles détruisent tout sur leur passage, les hommes, leurs toits, leurs villes, leur sol, leurs cultures, leurs animaux, tout ce qui constitue « leur vie. » En 2000-2001, les guerres civiles ont fait 100.000 morts en un an, 60% d’entre elles en Afrique sub-saharienne, selon l’Institut international d’études stratégiques de Londres. Les guerres civiles ont continué en Afrique, en Asie du sud-est (on sait les tensions constantes entre l’Inde et le Pakistan), en Indonésie, en Amérique Latine et bien sûr au Proche-Orient. Pour mémoire, je voudrais rappeler que la guerre civile en République Démocratique du Congo (ex-Zaïre) a causé, directement ou indirectement, depuis août 1998, 2,5 millions de morts (chiffre fourni par l’International Rescue Committee, l’Organisation Humanitaire Américaine.)

Il faut lire pour se pénétrer de l’horreur des guerres des récits tels que L’Instauration de la Paix : Histoire d’un Soldat par Djibril Diallo.[51] Celui-ci raconte le parcours de Domingues Manuel Sampaio, ancien combattant angolais à 23 ans après dix années (il débuté sa guerre à 13 ans !) vécues comme soldat dans la brousse, la perte d’un bras dans la lutte qui opposait l’ancien gouvernement marxiste au mouvement rebelle de l’UNITA. Ce bras, il l’a perdu quand un projectile de mortier est tombé près de lui et a déclenché une mine terrestre enfouie. Quand tout s’est terminé, il n’avait plus de bras droit, chanceux dans son malheur car les autres soldats n’avaient pas pu sauter de leur véhicule transformé en brasier et sont tous morts brûlés.

Il faut lire pour se pénétrer de l’horreur des guerres les cinq récits de Bernard-Henry Lévy : Les Diamants Noirs de l’Angola dont je ne citerai que le début qui indique à brûle-pourpoint l’implication des gouvernements étrangers dans des guerres qui ne devraient pas les concerner et auxquelles ils ne devraient pas prêter main forte : « Le vieux Holden Roberto n'en démord pas. Cette nuit, dans Luanda, il a vu, de ses yeux vu, un camion bourré de Cubains et de Soviétiques passer sous ses fenêtres. J'ai beau m'étonner. M'exclamer. J'ai beau lui expliquer que les Cubains ont quitté l'Angola depuis dix ans et que les rares à être restés sont devenus dentistes sur la Marginal. Il insiste... », La Longue Marche des Tigres : « Kamikases et enfants-soldats d'un côté, bombardements et tortures de l'autre, la guerre opposant les indépendantistes tamouls -  les Tigres  - aux forces armées du Sri Lanka est d'une férocité sans égale, un massacre quotidien d'innocents devenus, pire que les otages, les enjeux de cette guerre insensée », Fin de l’Histoire de Bujumbura ? : « Les individus se suicident bien, pourquoi pas les pays ? Le Burundi, dévasté, pillé, vidé par l'affrontement sans merci opposant l'armée gouvernementale tutsie aux rebelles hutus n'est-il pas saisi de cette rage d’autodestruction qui confine à la folie ?,  Les Mots de Tête de Carlos Castano : « En Colombie, les FARC, les forces révolutionnaires, exploitent la drogue au nom du marxisme et gèrent un quasi-Etat, tandis que les milices fascistes, dites les ‘paramilitaires’, organisées comme une armée, leur livrent une guerre sans merci. Dans le dos d'une armée absente, et au détriment des simples gens, pris entre les deux feux », Le Pharaon et les Nubas : « Au Soudan se déroule la plus longue guerre du monde : vingt ans et deux millions de morts, quatre millions et demi de déplacés. Pour islamiser de force le Sud animiste et chrétien ? Ou pour ‘nettoyer le terrain’ au profit des compagnies pétrolières ? Ou encore pour dompter les indomptables, ces Nubas venus du fond des âges ? »[52]   

Bernard-Henry Lévy n’a pas composé ces récits sans être d’abord allé voir sur place, selon son habitude, ce qui s’y passait. Il le dit lui-même : « Je suis allé y voir. Pendant quelques mois, avec la complicité, ici d’une ONG française, là d’un évêque burundais épouvanté par l’éclipse de Dieu sur son pays, là encore, chez les Nubas, avec l’assentiment de leur chef exilé, à l’agonie dans une clinique londonienne, j’ai voulu faire un pas de l’autre côté, sur l’autre rive, celles des guerres intouchables qu’occultent les autres guerres, les guerres nobles, les grandes guerres brahmaniques dans la trace desquelles persiste à flotter un parfum d’historico mondial. »[53]

Je ne terminerai pas - considérant comme un devoir de le faire, comme un signe aux millions d’Algériens et de Français d’origine algérienne installés en France - sans me référer à la situation algérienne actuelle dont il me semble qu’ils devraient se préoccuper autant sinon plus que de la Guerre du Proche-Orient :

« La tragédie que vit l’Algérie depuis bientôt deux siècles s’est brutalement illustrée cette dernière décennie par une guerre civile féroce, interminable et meurtrière de plus de cent mille victimes. Les émeutes désespérées qui ont agité les régions kabyles en juin 2001 n’en est que le nième épisode. L’Algérie d’aujourd’hui se retrouve très sensiblement dans la même situation que dans la période coloniale au cours de laquelle le peuple algérien avait connu la discrimination du code de l’indigénat. A côté du droit formel et écrit existe un ordre officieux non écrit mais effectif et puissant. C’est ainsi qu’il y a un peuple avec deux ordres juridiques : un ordre juridique écrit qui prohibe la torture dans un sens minimal favorable aux tortionnaires, et un ordre implicite non écrit qui la prescrit comme moyen de gouvernement. Exercée par de nombreux fonctionnaires et assimilés, la torture est tolérée, cautionnée et couverte par les pouvoirs réel et apparent algériens. Une analyse de la torture basée sur la variété d’origine de ses auteurs a été publiée en novembre 1999. La police torture bien sûr, mais aussi la gendarmerie, les services de sécurité militaire, l'armée et encore les milices paramilitaires et des agents parapublics qui peuvent être des maires, des fonctionnaires assimilés, des militants de l’idéologie « éradication », y compris des militants actifs de partis politiques et des membres d’associations civiles manipulées. » [54]

Le Soir de Bruxelles (centre-gauche), a publié le 16 Mai 2001 une « carte blanche » sous le titre L'Europe doit agir face aux événements d'Algérie.

Signée par une trentaine d'intellectuels européens dont Pierre Bourdieu, Pierre Vidal-Naquet, et en Belgique par Luc Carton, Baudouin Dupat, Bernard Duterme, la missive est rédigée dans un style qui ne laisse aucune ambiguïté quant à l'intention de ses auteurs. « Citoyens européens, nous jugeons inacceptables le silence ou les atermoiements de nos gouvernements et de l'Union européenne face aux événements d'Algérie. » Plus loin, il y est noté : « Depuis plusieurs années, de nombreux témoignages ne laissent plus de place au doute : ce sont bien les quelques généraux à la tête de l'armée qui constituent le pouvoir réel en Algérie… Ce sont eux qui ont décidé, froidement, de mettre en œuvre une guerre d'éradication de toute opposition, ne reculant devant aucune des exactions constitutives de la qualification de crimes contre l'humanité… Ce sont eux qui paraissent avoir opté, à nouveau, comme ce fut le cas des émeutes d'Octobre 1988 et en d'autres occasions, pour la politique du pire… » Par rapport aux récents événements de Kabylie, les pétitionnaires estiment : « Ils n'ont pas hésité, ces dernières semaines, à multiplier les provocations de la gendarmerie en Kabylie. Et de réprimer, ensuite, sauvagement, au prix de dizaines de morts, les émeutes d'une jeunesse révoltée… »

Il faut lire pour se pénétrer de l’horreur des gouvernements et des hommes, le livre  Maintenant, ils peuvent venir d’Arezki Mellal dont Catherine Bédanda parle dans le Monde du 12 Mars 2002 en ces termes : « Arezki Mellal a d'abord cherché à toucher le cœur des Algériens, saturés de violence. ‘Les journaux et la télévision ne parlaient que du terrorisme, montraient des images horribles. Pourtant, je ressentais autour de moi une indifférence qui me révoltait. En Espagne, quand l'ETA commet un attentat, le lendemain des milliers d'Espagnols descendent dans la rue pour protester. En Algérie, c'est le mutisme.’ Si la toile de fond est bien celle de l'Algérie des terreurs, le roman d'Arezki Mellal n'est pas une chronique des années de sang. La citation de Boris Vian qu'il a choisie en exergue à l'édition française annonce le parti pris de la fiction : ‘L’histoire est entièrement vraie, puisque je l’ai imaginée d’un bout à l’autre. »

Il est évident qu’on ne peut parler de violences en Algérie sans évoquer le rôle qu’y jouent les Islamistes comme ils le jouent dans tous les pays du monde. Je me souviens d’une interview de Rachid Boudjedra lors de la publication en 1994 de son livre :  Le FIS[55] de la Haine. Je venais d’éprouver une immense tristesse que j’ai retracée dans mon récit : « Une Amitié Perdue » et qui a mis le FIS en travers de ma route. J’ai d’autant mieux compris l’émotion de ce grand romancier dont le mot d’ordre était « Rester en vie pour ne pas  donner raison aux égorgeurs. »

 Rachid Boudjedra, jusqu’à son départ (pour combien de temps ?) d’Algérie a vécu traqué. Condamné à mort par une fatwa intégriste, il s’est caché, déguisé, armé. Et pourtant  son livre La Vie à l’endroit (1997) fut un livre d’espoir. Roman de la peur, de la mort, de la résistance, ce fut également un roman de la vie où l'auteur se livrait à l'exercice périlleux d'être à la fois l'acteur et le spectateur de sa propre histoire. Et l'on comprend assez vite que le personnage principal du roman, Rac, ait été lui-même et son double, habité par la peur de la mort et la narguant tout à la fois.

 Parlerai-je de toutes les femmes et des jeunes filles dont on a tué dans les villages les maris et les frères, que des hommes « religieux », possédés par une idée satanique de la charia, détournant le Saint Livre de la vocation que lui donna Mohammed,  emmenèrent de force dans des granges éloignées, violèrent et pendirent, les laissant mortes et sans sépulture pour vaquer à d’autres affaires criminelles ? Je crois que si l’on y met un peu de bonne volonté on aura compris mon propos. Alors avec les récits dont je viens de parler, avec mes propres souvenirs, je vais boucler l’une des boucles de l’insoutenable légèreté des hommes. Je pourrais aussi paraphraser Giscard D’Estaing : « Aucun peuple n’a le monopole de l’horreur » et en finir mais je dois ajouter qu’au-delà du massacre des hommes par les machines à tuer, il y a les maladies des hommes par les virus à tuer et de celles-là et de ceux-là non plus, nous ne sommes pas prêts d’être quittes. Alors aurons-nous au moins l’assurance que la mort est le chemin le plus sûr pour atteindre les paradis de Jeovah, de Jésus ou d’Allah, pour atteindre tous les nirvânas de la terre ? Là au moins, j’en suis sûre, je n’ai pas de réponse.

Je m’aperçois que j’ai oublié dans mon « énumération » un beau et grand pays où se dérouleront les Jeux Olympiques de 2008, la République Populaire de Chine. En tout cas, vous n’aurez pas grande chance de m’y rencontrer car si je suis encore de ce monde, j’aurai quatre vingt cinq ans. Alors, Beijing comme on dit maintenant, il y a peu de chances que je fasse le déplacement ! Remarquez, j’y suis allée à Pékin (on disait Pékin de mon temps) il y a trente huit ans. De Gaulle venait de reconnaître la Chine Populaire ou peut-être faut-il dire la République Démocratique de Chine maintenant qu’elle est entrée dans le concert économique des nations riches. Enfin, pour en revenir à 1964, nous avons fait le même périple que Nixon, logé dans les mêmes hôtels, pris nos repas dans les mêmes restaurants (délicieux, je n’en disconviens pas), fait les mêmes excursions, visité les mêmes villes, entendu les mêmes discours, parcouru à pied la même Grande Muraille... C’est bien simple, organisé par David Eisenhower pour l’ancien Président des Etats-Unis ou pour des touristes français par la Luksingshe, l’ Office National du Tourisme Chinois, le voyage était le même. Attention, je ne dis pas que ce n’était pas formidable et que descendre dans le tombeau des Ming ne constitue pas une expérience mémorable ou séjourner à Hangzhou sur l’île « Lune d’Automne sur le Lac Calme » construite il y a des millénaires par un gouverneur poète un souvenir émouvant. A Shanghai, nous avions même pu visiter grâce au Dr Wang le Centre anti-cancéreux le plus important de Chine (sur la demande de mon mari médecin.) A Moscou, on nous avait dit qu’on pourrait peut-être obtenir l’autorisation de visiter une usine de confitures, c’est vous dire! De toutes façons, nous n’y sommes pas restés assez longtemps pour que ça se fasse et puis les confitures, je les fais encore moi-même alors une usine soviétique, vous pensez ! Comme dit l’autre, je n’en avais rien à cirer.

Mais me direz-vous, pourquoi parler tout à coup des Jeux Olympiques ? Simplement parce qu’il me fallait une entrée en matière à mon troisième volet sur les guerres, civiles ou autres et les violations du droit des gens dans leur pays ou hors de leurs frontières. Et pourquoi ce troisième volet ? Parce que j’avais oublié sur ma liste la semaine dernière notre chère amie des futurs Jeux Olympiques de Beijing et que je répare cet oubli de taille, vous avouerez. Avant de m’y mettre toutefois, je vous donne une image, elle n’est pas très réjouissante mais que voulez-vous, je fais avec ce que j’ai sous la main : Un jeune homme vit en marge de la société, cloîtré dans son appartement de Hefei (province de l’Anhui). Il se déplace sur un fauteuil roulant depuis 1989 et les évènements de Tiananmen. Son destin a basculé le 4 Juin de cette année-là, au petit matin, quand un char a foncé sur un groupe d’étudiants. Fang Zheng (c’est le nom de mon étudiant) n’a pas eu le temps de fuir. Il a eu les deux jambes écrasées et a subi par la suite une double amputation. Gentils, les médecins chinois, ils sont immédiatement intervenus. De toutes façons, s’ils sont tous comme notre cancérologue de Shanghai, ça ne m’étonne pas. Fang Zheng, lui, il a repris le dessus, il était un sportif, un champion, il s’est entraîné dès qu’il a pu pour les Jeux d’Extrême-Orient et du Pacifique pour les handicapés de 1992. Au lancer du disque et du javelot, il a gagné deux médailles d’or. Seulement, il a fait un peu de politique en même temps, il a signé des pétitions de dissidents, il a été placé sous étroite surveillance policière. Et puis, surtout, on s’est aperçu en haut lieu que son handicap procédait de la répression de Tienanmen. Alors il vient d’apprendre qu’il ne sera pas sélectionné pour les jeux Paralympiques. Il a mal mais que voulez-vous qu’il fasse ? Il sait de toutes façons que son avenir sportif est foutu. Si je pouvais m’adresser à lui, je lui dirais : « Mon jeune ami, vous ne pouvez faire le poids de toutes façons avec vos deux médailles : votre pays détient le record des médailles d’or pour la violation des droits de l’homme ! »

Allons, le décor est planté, le hors d’oeuvre devrais-je dire, je vais passer aux réjouissances, aux plats bien consistants, ceux qui parfois pèsent trop sur notre estomac et laissent des traces indélébiles. Ah ! oui, j’allais oublier mais c’est bien pour commencer: la Chine attendait sans doute avec un peu d’anxiété l’annonce du choix de la prochaine ville des Jeux prévue pour le 13 Juillet 2001. Alors pour calmer son angoisse, elle a procédé en Avril à l’exécution de 480 personnes. Evidemment dans un pays qui compte plus d’un milliard trois cents millions d’habitants ça fait à peine 0,0000004%, alors il n’y a vraiment pas de raison d’en faire tout un fromage ! (Je deviens vulgaire, excusez-moi.) Mais passons aux choses sérieuses : La Chine Populaire, c’est un drôle de pays. Elle a une réputation incroyable en ce qui concerne l’opposition au racisme dans ses formes internationales. Elle a par exemple été toujours opposée à l’apartheid en Afrique du Sud bien avant que tous les autres gouvernements ne s’y mettent. Par contre elle n’a jamais accepté qu’un débat soit organisé publiquement dans le pays. On a même pu entendre des choses aberrantes: l’ancien Président du Parti Communiste Zhao Ziyang a dit en 1988 : « Dans certains pays occidentaux développés, des phénomènes comme la xénophobie, l’intolérance et la discrimination contre des travailleurs immigrés ont apparu... Ici, les peuples chinois de tous groupes ethniques vivent en harmonie » (!)  Et comment les gens auraient pu faire entendre qu’ils n’étaient pas complètement heureux, qu’ils gagnaient pauvrement de quoi manger, que la vie dans les campagnes était aussi difficile que dans les villes puisqu’il fallait abandonner à la commune, à la province, au pays, les trois quarts des récoltes ou des animaux d’élevage, que les logements étaient étroits, le travail dans les usines très dur... puisqu’ils n’avaient pas le droit de l’ouvrir (je ne demande plus qu’on m’excuse d’être vulgaire, c’est plus fort que moi!) J’en ai visité des maisons, à la campagne et dans les villes, je suis allée dans les usines... tout le monde avait l’air content, c’est vrai, mais comme nous avions toujours avec nous, en dehors de notre jeune guide francophone, Monsieur Tchen, un représentant officieux de la police, ni les gens ni nous-mêmes ne pouvions avoir de véritables échanges. Et puis, le coup des ouvriers immigrés... ils n’en ont jamais eu besoin en Chine, ils sont bien trop nombreux alors de quoi il parle l’ancien président du Parti Communiste ?

On me répondra que tout a changé depuis cette lointaine époque où j’étais à Pékin, Shanghai, Nankin... que depuis l’ouverture et la réforme de la Chine, Beijing a pris un nouvel aspect en enregistrant des progrès remarquables dans tous les domaines, la protection environnementale, les transports, les télécommunications, la construction urbaine de base (c’est beau ça !), le développement économique et quoi encore ? Je parle êtres humains, exécutions sommaires qui continuent en 2002, travail forcé dans les camps où se fabriquaient il y a encore deux ou trois ans et peut-être même aujourd’hui pratiquement tous les objets chinois qui se vendent en Occident (même chez IKEA où ayant fait l’acquisition d’un superbe thermos norvégien, je me suis aperçue en rentrant à la maison qu’il avait été fabriqué en République populaire de Chine. J’avais envie de le bazarder mais il est tellement beau et incassable avec ça que je l’ai lâchement gardé !)

Ajouterai-je que la Chine s’est servie des évènements du 11 Septembre pour justifier ses mesures de répression politiques et religieuses dans ses régions occidentales, plus particulièrement à Xinjiang (Turkestan Oriental) : les autorités chinoises ont procédé à l’arrestation arbitraire de milliers de personnes, fermé des centres religieux, des écoles et des mosquées, les condamnations publiques sont devenues la norme, même quand la peine de mort était appliquée. Au 10 Mai 2001, de source officielle, les autorités avaient porté 3701 causes en justice et fait disparaître (?) 185 « bandes. » Ajouterai-je qu’elle n’a pas encore respecté les engagements pris lors de sa signature de différentes Conventions, notamment le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturel, la Convention relative aux droits de l’enfant, la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, le Pacte relatif aux droits civils et politiques (signé en 1999)...? Ajouterai-je que malgré des rapports persistants de torture dans les prisons, la demande du rapporteur de l’ONU chargé d’examiner la question de la torture, de se rendre en Chine a avorté en raison des constatations officielles de son mandat ? Ajouterai-je que les ouvriers syndicalistes continuent à subir le déni de leurs droits à la liberté syndicale et qu’ils sont arrêtés, condamnés à de nombreuses années de détention ? L’avocat syndicaliste Xu Jian de Baotou en Mongolie Centrale a été arrêté en décembre 1999 et accusé de tentative de renversement du gouvernement et du système socialiste. Sous couvert de sa « stratégie de développement occidental », Beijing a lancé une campagne visant à réprimer toute dissidence politique dans ses régions occidentales, notamment à Qinghai, Gansu, Sichuan,Yunnan, Shannxi, Uigur, Hui et... au Tibet

Allons, je me calme, si l’on peut dire, et puisque je viens d’en parler, je passe au Tibet. Non, je ne me calme pas, la chaleur va plutôt monter sur le thermomètre ou le baromètre de ma colère. Remarquez que les Chinois Populaires n’ont pas été les premiers à vouloir cette « belle province. » Les Mongols, du 13ème au 18ème siècle, les Empereurs Chinois Qing du 18ème au 20ème siècle ont occupé le pays qui a essayé de s’en débarrasser avec l’aide des Anglais. Lord Curzon, à la tête d’une expédition britannique, a même occupé Lhassa en 1903. Heureusement les Chinois, occupés par leur première révolution de 1911, n’ont pu se maintenir au Tibet qui, coupé du monde, a été « presque » indépendant durant quatre décennies environ. Indépendant, pas tout à fait puisque les Chinois ont continué à se mêler plus ou moins des affaires du pays, nommant le dalaï-lama et le Panchen-lama[56] membres de la Conférence consultative de la Chine populaire après la révolution et son accession à l’indépendance car bien sûr dès 1950 (la création de la Chine Populaire date du 1er Octobre 1949), quatre cent mille hommes ont occupé le Tibet et ont réprimé en 1959 la révolte de la population qui a permis au Dalaï-lama de s’enfuir pour chercher refuge en Inde. C’est en 1982 seulement que les Chinois ont tenté de s’appuyer sur le Panchen-lama qu’ils avaient emprisonné mais il est mort en 1989. Les ressortissants chinois se sont peu à peu établis au Tibet, un peu comme les Soviétiques dans les Pays Baltes de telle façon que Lhassa semble aujourd’hui aux deux tiers chinoise. La répression de la Chine Populaire aurait fait jusqu’aux années 1990 plus d’un million de morts et il semble qu’elle n’ait plus à faire face aujourd’hui, malgré tous les efforts du Dalaï-lama, prix Nobel de la paix 1989, pour obtenir un statut fédéral pour son pays, qu’à des émeutes sporadiques.

Au cours de mes recherches, j’ai découvert des choses étonnantes et que je ne soupçonnais pas. Je ne pouvais par exemple concevoir que certains Américains, un en tout cas et de taille, penchaient du côté des occupants et reconnaissaient que le Tibet constituait une province chinoise. Dans des archives de l’Ambassade populaire de Chine en France, voici ce que j’ai pu lire : « Le Dr Tom Grunfeld, tibétologue distingué et professeur à l’Université d’Etat de New York, a dit à Beijing que ce que prône le Dalaï-lama dans les pays occidentaux est un ‘Tibet Virtuel’ qui est totalement différent de la réalité. La Dalaï-Lama décrit le Tibet comme une ‘oasis de paix’, si bien que l’admiration des gens en Occident pour ce ‘Tibet Virtuel’ est devenue une Mode qui ne durera pas. »[57]

En dépit de la personnalité presque mondialement reconnue du Dalaï-lama, les Chinois disent de lui que, sous couvert de la religion, il mène des activités visant à diviser « la patrie » et ils ajoutent qu’il est tout à fait normal que le gouvernement central d’un pays exerce le droit juridictionnel sur son territoire. Le Tibet est ainsi en danger de sinisation pour de multiples raisons, l’une d’entre  elles étant que l’annexion chinoise n’a pas eu que des effets négatifs : des écoles ont été construites de même que des hôpitaux. A l’exception des monastères qui dispensaient un enseignement d’abord religieux, il n’y avait à toutes fins pratiques pas d’écoles au Tibet. On y pratiquait des médecines traditionnelles mais il n’y avait pas d’hôpitaux véritables. Des infrastructures urbaines ont été mises en place (je les ai vues dans un reportage, elles ont été construites en dehors de la cité de Lhassa proprement dite où l’on a détruit des centaines de maisons traditionnelles) pour améliorer les conditions de vie et favoriser le développement. Mais comme ce sont les Chinois d’origine qui profitent le plus largement de ces nouvelles conditions de vie, les Tibétains affirment que l’assimilation qui les menace représente un prix trop élevé à payer en contrepartie.

J’ai parlé plus haut de répressions religieuses exercées par le Gouvernement chinois dans le Turkestan Oriental. Je ne peux passer sous silence une de ses actions les plus viles au Tibet: Voici ce que j’en ai lu dans une pétition adressée au Président du Parlement Européen afin que la jeune religieuse dont il est question soit libérée de prison et obtienne le prix Sakharov des droits de l’homme : « ... Nous sommes plus particulièrement inquiets quant au sort réservé à une jeune religieuse, Ngawang Sangdrol, âgée aujourd'hui de 23 ans, et condamnée par les autorités chinoises à une peine de 21 ans de prison pour le seul fait d'avoir pacifiquement manifesté le souhait de voir son pays, le Tibet, redevenir indépendant... Elle ne sera pas libérée avant 2013. Depuis le début de son incarcération, elle subit tortures, brimades et se retrouve régulièrement en cellule d'isolement. Pourtant, elle ne manque jamais une occasion de tenir tête à ses geôliers et de revendiquer la liberté pour son pays. »

Je suppose qu’il est temps de m’arrêter même si je sens que je n’ai pas tout dit, même si je sais que d’autres viols de la liberté des hommes s’exercent en ce moment même dans des pays que je n’ai pas nommés, je suis sûre par exemple que le Pakistan et l’Inde ont bien des choses vilaines à se dire et des actes vils à entreprendre (elles ne peuvent pas se blairer ces deux-là), mais que puis-je contre l’inanité des gouvernements et des pseudo gouvernements, des lois et des caricatures de lois, des déclarations rigoureuses et des mensonges éhontés, qui suis-je pour essayer de voler plus haut que là où, sans ailes, je ne puis aller ? Je n’ai que ma voix pour dire : « attention, les mecs, ne poussez pas le bouchon trop loin, vous allez détruire notre terre et tous ceux qui l’habitent ! » Ah oui, j’allais oublier (décidément que ferais-je si je n’avais pas ce verbe à portée de la main mais, que voulez-vous, il y a tellement de choses à dire sur toutes ces choses-là ?) : « Quand allez-vous ratifier, Messieurs les Américains, le protocole de Kyoto ? Mais nous pourrons en parler une autre fois, don’t you think ?

 

                    Le 20 Avril

 

Le problème de Sabra et de Shatila me tient suffisamment à coeur pour que j'aie eu envie de faire part de mes conviction à un journal belge. Madame Catherine Anciaux, juriste, à laquelle j’avais envoyé le message ci-après, ne sachant à qui le faire parvenir, m’a conseillé de m’adresser à l’un des journaux faisant partie de la rubrique « Les Titres » sur Internet. Je l’ai donc fait parvenir au Courrier des Lecteurs du journal « Le Soir » sans en rien changer :

 

Madame, Monsieur,

 

Si je me permets de vous envoyer ce message, c'est que vous faites non seulement partie d'une équipe qui, je le suppose, est très soudée, mais que d'autre part vous êtes juriste. Je suis une personne âgée, soixante dix neuf ans à l'été, mais je continue à m'intéresser à tous les évènements de notre monde, autant que je le puis tout au moins. Je suis une des responsables d'un site littéraire où j'ai une chronique hebdomadaire, je suis passionnée d'écriture bien que j'y sois venue assez tard en raison de tout ce que j'ai voulu entreprendre et achever, je l'espère, avant de m'asseoir devant un bureau, j'ai achevé quelques livres dont l'un est parti chez les éditeurs il y a quelques semaines, je suis traductrice de poètes américains dont le poète lauréat des Etats-Unis pour l'année 2001-2002 et je suis titulaire d'un doctorat de lettres.

M’étant présentée, je l'espère, assez succinctement, je vous dis maintenant, Madame, la raison de mon appel à votre clairvoyance. Je suis infiniment triste des attaques menées par la Belgique contre Ariel Sharon, non pas - je vous  en fais immédiatement l'aveu - que je sois en faveur des méthodes du Premier Ministre Israélien - mais parce qu'un aspect de la tuerie des camps palestiniens est complètement occulté par les Arabes en particulier, le monde musulman et le monde entier plus généralement. Et cela, en toute conscience, je ne puis l'accepter. Il est évident qu'Ariel Sharon était à la tête des troupes israéliennes qui occupaient à l'époque le Liban, il est évident qu'il a une part dans ce qui fut alors accompli mais il est inacceptable qu'il soit seul à porter le blâme. Le massacre des occupants de Sabra et Shatila fut perpétré par les phalanges Chrétiennes dont on semble singulièrement oublier aujourd’hui l'existence et la présence sur les lieux.

Voici ce que j’ai écrit dans l'une de mes dernière chroniques:

« C’est le 14 Septembre 1982 qu’eurent lieu les massacres des camps de Sabra et Shatila. Depuis cette époque, j’ai toujours entendu les Palestiniens affirmer que les Israéliens étaient les seuls responsables des meurtres perpétrés dans les deux camps. Même si une commission d’enquête israélienne a étudié la responsabilité de Sharon dans la permissivité qu’il a montrée vis-à-vis des Phalanges, le fait n’est même pas discutable : ce sont les Phalanges Chrétiennes, dirigées par Eli Hobeika et Samir Geagea, qui sont entrées dans les camps et ont massacré plusieurs centaines de personnes. Les leaders palestiniens ayant accusé publiquement Israël, le centre de l’OLP, dirigé par Sabri Jiris, a présenté à Arafat un rapport accusant directement les Phalanges d’avoir commis le crime. Les Phalanges n’en étaient pas d’ailleurs à leur premier coup de main puisqu’en Janvier 1976 celles-ci et la milice de Camille Chamoun avaient exterminé plusieurs centaines de Palestiniens dans le grand camp de Tell Al Zaatar, à Beyrouth Est. Même aujourd’hui et même s’il faut, comme je l’ai dit, voir les choses maintenant et tenter de trouver maintenant une solution, je ne reviendrai pas sur mon amertume qui n’est pas tellement due au fait que des massacres aient été perpétrés (les actes des hommes ne m’étonnent plus depuis longtemps), à celui que les Libanais n’aient jamais assumé leurs responsabilités (la « capacité d’oubli » chez certains hommes ne m’étonnera jamais) mais à celui que jamais au grand jamais le Vatican si prompt à reconnaître les erreurs de la Serbie et à oublier celles des Croates (par exemple) n’a élevé la voix pour stigmatiser la responsabilité de Chrétiens dans une affaire imputée aux seuls Israéliens. »

Voici, Madame, ce que je voulais vous dire et je souhaite que vous ne m'en veuillez pas de ma sincérité. Je suppose que les journaux belges ne trouveront pas utiles de remuer les cendres mais je crois tout de même qu'en ces temps où les hommes ne trouvent plus leurs marques et portent injustement le blâme sur leur prochain sans se soucier le moins du monde des conséquences de leurs actes, contents parfois d'exprimer haut et fort leur haine par des paroles méchantes et des actes vils, il fallait que ces mots-là fussent prononcés. Je vous prie d'accepter, Madame, mes meilleurs sentiments.

 

Le 22 Avril

        

Il est évident que je ne suis pas encore revenue du choc subi par la position de Monsieur Le Pen au premier tour des élections présidentielles. Aux larmes d'hier soir a succédé une nuit pas très reposante puis une matinée durant laquelle j'ai confronté mes vues avec des amis du même bord que moi. Nous avons tous conclu que le grand nombre de candidats, l’éparpillement des voix et bien sûr l'importance de l'abstention  étaient parmi les causes principales du mauvais résultat de Monsieur Jospin. Il n'en demeure pas moins que la France a joué son rôle de franchouillarde conservatrice dans laquelle je refuse de me reconnaître. Pour la première fois de ma vie, je vais être obligée de voter à droite pour Monsieur Chirac, un super menteur et un homme que je n'apprécie pas depuis le temps où il était Maire de Paris, ne le mettant pas plus haut que Monsieur Tibéri dans l'ordre de mes « non préférences. » Seulement tout plutôt que l’horrible Le Pen à la tête de notre pays. Nous essaierons bien sûr de faire en sorte que les Législatives viennent tempérer la soif de pouvoir de l'exécutif mais savoir que nous devrons nous battre parce que certains socialistes ont cru bien faire en ne votant pas utile au premier tour ou se sont abstenus pour aller à la pêche est parfois dur à comprendre et à supporter.

 

Le 25 Avril

 

Comment ne pas évoquer une fois de plus ce qui nous a tous surpris, ému, abattu, secoué, questionné… : le résultat du premier tour des élections présidentielles. Comme tout le monde,  j’ai ouvert la télé à 19 heures 55, j’ai écouté les premiers bla-bla-bla et puis le choc, comparable à l’annonce d’une mauvaise nouvelle attendue : la tête de Le Pen  en seconde position derrière celle de Chirac. Pourquoi dis-je : l’annonce d’une mauvaise nouvelle attendue ? Ne m’étais-je pas posée les mêmes questions que mes concitoyens ? N’avais-je pas écouté les sondages, regardé les médias ? Non, pas une minute, pas une seconde. Je ne suis pas particulièrement clairvoyante mais cette fois-ci, je savais que si les voix s’éparpillaient, si les Français partaient à la pêche, nous allions avoir une mauvaise surprise, et de taille ! Depuis deux mois, le discours du chef de file du FN était si patelin, si réconfortant, si franchouillard, si prometteur, si poujadiste remis au goût du troisième millénaire, si raciste avec cette pointe de paternalisme qu’on aime à l’extrême droite où la notion de chef est plus ancrée que chez nous, si « tout » enfin que je le sentais extrêmement dangereux. Alors je me suis dit dans ma petite tête : « pas de tergiversations » : c’est Jospin ou Chirac sans états d’âme, sans questionnements, sans haine et sans crainte. Je n’ai même pas ouvert la lourde enveloppe où tous les candidats donnaient les bonnes ou mauvaises, sinistres ou comiques raisons  susceptibles d’influencer mon choix. On m’a dit dans la salle de vote de prendre deux bulletins au moins, j’ai ostensiblement cueilli Jospin et Chirac, sans me gêner, en ne jetant pas un coup d’œil sur les autres et je suis allée dans l’isoloir.

Après avoir accompli mon acte civique, je suis allée au Musée du vin où j’étais invitée par un négociant auquel j’achète de temps en temps quelques bouteilles. Le musée est rue des Eaux dans le XVIème. Les caves sont superbes, je me croyais à Beaune avec bien sûr une touche du Musée Grévin en plus : chaque région vinicole de France représentée par des personnages de cire entrain de vendanger ou de remplir les barriques, des Alsaciennes, des Chartreux, des Champenois, des Bourguignons… tous dans un décor évocateur. Avec cela, des tables recouvertes de nappes blanches, des plats de saucissons, de gruyère et de pain blanc, des verres de toutes les formes et de toutes les contenances et des bouteilles, des bouteilles, des bouteilles… plus mon représentant habituel pour m’accueillir et remplir les verres. Je me suis laissée tentée par un Pomerol  trop cher mais si doux à mon palais que je n’ai pu résister, tempérant cet achat par une Côte de Blaye plus abordable. Seulement quand mon représentant m’a demandé : « combien de caisses ? », j’ai répondu « six bouteilles de chaque ». Il devait être un peu dépité mais il n’en a rien montré (il m’avait dit qu’il en avait vendu deux cents depuis la veille mais qu’heureusement il en restait quatre cents (pas des caisses, des bouteilles !) Qu’est-ce qu’il croyait ? Rockfeller et moi ou plutôt Bill Gates et moi (ça fait plus moderne et même s’il a eu de petits ennuis, il doit lui rester pas mal de fric tout de même), nous n’avons pas les mêmes valeurs !

Ah, j’oublie de vous dire : un « gentil » CRS m’avait indiqué le chemin à l’aller. Je lui ai dit que j’essaierais au retour de lui glisser une bouteille de vin sous l’uniforme. Le patron de la boîte qui invitait m’en a gentiment et illégalement offert une (les bouteilles sur place ne sont que pour la dégustation et pas pour la vente). J’ai donc pu faire pour la première fois de ma vie un cadeau à un CRS. Tout arrive. Ca m’a rappelé le jour où mon père a crevé sur l’autoroute. Des CRS motards sont venus à sa hauteur. « Quelque chose ne va pas, Monsieur ? » ont-ils demandé après avoir fait le salut réglementaire et Maman de répliquer : « un pneu vient de crever, Messieurs, et mon mari est cardiaque. » Les CRS SS ont changé la roue, mis la crevée dans la malle, conseillé à mon père de la faire réparer au plus vite et, pour la première fois de sa vie aussi, mon géniteur a fait très vite un don aux œuvres de la police !

Mais revenons au jour des élections présidentielles. Il semble bien que j’aie été dans un état plutôt euphorique pour recevoir la bonne nouvelle en pleine poire (Williams ?). Dessaoulée d’un seul coup, votre copine Lise. Elle s’est mise à pleurer et elle a immédiatement appelé Caderle. Jacques ne pleurait pas mais Marie pareille que moi (je reviens à la première personne pour plus de commodité), nous nous sommes jetées dans les bras l’une de l’autre, c’était un peu dur au téléphone, mais nous y sommes arrivées tout de même. Ca a duré un bon moment et puis nous avons dit, comme tous les nôtres en même temps que nous, « on va voter pour le supermenteur (j’édulcore), c’est toujours mieux qu’un extrémiste populiste de droite et puis on se rattrapera aux législatives. »

Nous y voilà : les législatives. Nous n’y pensions pas beaucoup et elles deviennent primordiales. Est-ce une bonne chose ? : cinq ans à nouveau avec un Président de droite et, si nous gagnons, une assemblée de gauche. Il est vrai qu’aux Etats-Unis le Président était souvent Démocrate et le Congrès Républicain sans que le monde ne s’interroge. Seulement, ici, tout n’est pas aussi simple. Il semble que ça fasse plus net quand l’exécutif et le législatif vont de pair. Enfin nous verrons bien. Pour le moment, la gauche manifeste. Il aurait mieux valu qu’elle le fît avant. Le Pen parle à Bruxelles - il est député européen n’est-ce pas ? - même s’il a dit que, lui Président, la France quitterait immédiatement la communauté européenne… et Chirac refuse le débat pour des raisons de dignité. Dignité mon… aurait dit Zazie :  en dépit  de la soi-disant connerie de Le Pen, il n’empêche qu’il est bon débatteur et que le Super Menteur n’est pas au mieux de sa forme devant les caméras de télévision et puis il sait que le déballage de ce concurrent tout de même redoutable ne serait pas bon pour son image de marque. Alors…

Alors quoi, je ne sais pas mieux que vous, je ne suis pas plus mage que vous, je ne lis pas mieux dans les tarots ou dans les étoiles que vous. Je sais que pour la première fois de ma vie mon âme de gauche commettra le sacrilège : elle donnera son vote à un homme qu’elle ne respecte pas, qu’elle n’a jamais respecté, comme Maire de Paris, comme Président de la République, ou comme digne représentant de la probité, de l’intégrité, du désintéressement. Mon âme est ainsi faite qu’elle voyait moins de velléités malhonnêtes chez Jospin que chez Chirac même si elle est consciente qu’en tout politicien, de tous les bords, le goût du pouvoir est grand. Seulement la  « politique » c’est une belle chose, c’est une grande chose, nous le savons depuis Socrate, depuis Platon. Le hic, c’est que personne ne sait ou ne veut la pratiquer pour le plus grand bien des hommes, des femmes et des enfants de cette terre, que dis-je, pour le plus grand bien des animaux et des plantes de cette terre.  Je ne crois pas, en mon âme et conscience, qu’il est dans le monde ou dans notre pays un homme providentiel qui nous sauvera tous en se sauvant lui-même. Alors, que faire ? Bricoler comme toujours en essayant de faire pour le mieux afin que le chômage régresse, les inégalités se comblent, les gens s’aiment un peu, la science n’aille ni trop vite dans un sens, ni trop lentement dans l’autre, que les bonnes bouteilles fleurissent encore sur nos tables et que nous buvions un jour à la santé de tous nos concitoyens, sans exception.

 

P.S. J’oublie un détail : Quand je suis allée à la Gare du Nord lundi soir pour cueillir mon amie Elodia à l’arrivée de l’Eurostar, j’ai tout de même eu un choc. Comme elle était parmi les derniers arrivés (sa valise coincée sous les bagages des autres), j’ai vu déferler un nombre incroyable de voyageurs et je me suis dit : ou bien tous les Anglais viennent passer la semaine à Paris ou bien tous les abstentionnistes étaient partis à la pêche au whisky outre-manche pour un long week-end ! De mémoire d’homme, je n’avais vu un train aussi bondé !

 

Le 17 Mai

 

Ne disposant aux Célestins de Vichy où je suis arrivée Lundi 6 Mai dans l’après-midi que du Figaro et de la Télévision, j’ai décidé de puiser dans ce quotidien que je n’achèterais sous aucun prétexte les articles qui me semblent le moins aptes à me hérisser le poil puisque je ne puis me rallier à ses vues politiques. Bien sûr je pourrais parler de Jean-Pierre Raffarin et de son nouveau gouvernement mais qui a véritablement envie de porter son regard sur Madame Alliot-Marie dont l’air suffisant m’est insupportable, sur Monsieur Sarkozy dont on pensait que la carrière politique était sérieusement compromise et qui pleure de ne pouvoir cumuler ses fonctions ministérielles et sa mairie de Neuilly, sur Madame Roselyne Bachelot  trop sûre d’elle-même pour être sympathique ?  De Monsieur Raffarin, je ne dirai qu’une chose : il a déclaré une ou deux semaines avant d’être nommé Premier Ministre qu’il n’était pas fait pour ce poste, que cette fonction était de la parade, du « faire valoir »… Comme quoi tout gâteau est bon à prendre quand il est présenté sur un plateau d’argent. Cette équipe « chiraco-chiraquienne » élue à court-terme, je vais l’oublier très vite pour me tourner vers des sujets plus en symbiose avec « mes » valeurs ou des évènements plus brûlants de l’actualité.

Avant d’en arriver au meurtre de Pim Fortuyn, quelques mots sur Satyajit Ray. Le Figaro (tout ne peut y être mauvais) m’apprend que le cinéma « Reflet Médicis » rend hommage à l’un de mes deux metteurs en scène préférés (vous vous souvenez ? l’autre est Yilmaz Gunay) dans une rétrospective de onze de ses chefs d’œuvre, de son premier film Pather Panchali, tiré du roman de B. Bannerjee qui m’avait tout révélé sur la vie d’un jeune paysan du Bengale, Apu, à son dernier, Aganpuk, (Le Visiteur). J’aime à me souvenir que Salman Rushdie a dit de Ray : « Il est par excellence le poète à l’échelle humaine », Akira Kirosawa : « Un arbre immense dans la forêt indienne », Martin Scorcese : « La magie de Ray, la simple poésie de ses images et leur impact émotionnel resteront toujours en moi », Michelangelo Antonioni : «  Par lui, j’ai appris l’Inde d’un regard profond ». Je me souviens aussi du Salon de Musique (1957) dont Satyajit Ray lui-même a dit : « Il (le personnage principal) est le dernier des féodaux, nourri de passé comme je l’ai été moi-même. Il va disparaître comme ont disparu les dinosaures. Une nouvelle ère commence qui le balaiera comme Pierre Fresnay dans La Grande Illusion. J’ai foi en l’avenir. L’affrontement entre l’ancien et le nouveau est l’un de mes thèmes majeurs. » Je me souviens aussi avec émotion des Joueurs d’échecs que le Figaro ne mentionne pas mais qui m’a révélé (si je ne le savais déjà) combien la conquête britannique avait progressé dans tous les sens, militairement certes mais également par des alliances entre des jeunes filles anglaises et des maharadjahs célibataires, sans pour autant apporter aux très pauvres une seule raison de vivre (ils sont passés de deux cents millions en 1747 à six cents millions en 1947 alors qu’on a longtemps voulu nous faire croire qu’il n’y avait pas de commune mesure entre la colonisation britannique si « politiquement correcte » et les autres qu’on ne pourrait évoquer sans frémir de honte.) Il semble qu’aujourd’hui Satyajit Ray soit bien l’un de ces personnages nécessaires au cinéma indien qui semble mal lui survivre puisque depuis 1992 il ne prospère plus. Je me souviens du temps où la production cinématographique indienne (comme l’édition) était l’une des plus importantes du monde.

Passons  au meurtre du leader extrémiste des Pays-bas. Je suis désarçonnée (et pourtant je ne monte plus…) par les déclarations que j’ai pu lire, celle par exemple d’un ressortissant néerlandais : « Pim ne pouvait être raciste puisque il était homosexuel ? » Bien que je sois ouverte à toutes les tendances physiques ou affectives des êtres humains (comme des animaux d’ailleurs) , je ne vois pas la raison pour laquelle un gay n’aurait pas les mêmes amours ou les mêmes aversions que « nous autres ». De toutes façons, le discours de Pim Fortuyn était le même que celui de Le Pen, Jorg Heider ou Berlusconi. Comment aurait-il pu ne pas être raciste ? L’Europe a tellement parlé de la France pour la stigmatiser avec raison après le premier tour des élections présidentielles que nous en arrivions à penser que nous étions les plus mauvais élèves de la Communauté. J’avoue aujourd’hui sans honte que je préfère les discours des jeunes Français immigrés ou de souche (être chauvine une fois n’est pas coutume ! durant les deux semaines qui ont précédé le second tour que celui-ci, émis par une jolie blonde hollandaise de dix huit ans aux yeux embués de larmes : « Il ne se passe pas un jour sans que je sois harcelée ou rackettée… Mais ici, si on dit la vérité, on est immédiatement traité de raciste ou d’intolérant. Lui, il a osé parler, on l’a tué ! » En Hollande, Mademoiselle ? Je ne peux y croire. Vous nous apparaissiez comme appartenant au pays de la tolérance, à la démocratie par excellence. Nous savions que le dernier meurtre politique commis aux Pays-Bas remontait à 1672. Mademoiselle, je crois que nous sommes fautifs, nous vous avons porté la guigne avec nos idées de gauche…

Et puis les Hollandais qui pour leur majorité ne sont tout de même pas d’extrême droite doivent se faire du mauvais sang pour le scrutin du 15 Mai qui n’a pas été reporté. Les partisans de Pim Fortuyn par la faute desquels « les Pays-Bas font le deuil de leur innocence politique » vont constituer la clef véritable de ce scrutin. Il est maintenant question plus que jamais d’insécurité et d’immigration dans un pays qui s’en souciait peu jusqu’à présent ou ne semblait pas aussi concerné que nous-mêmes. Les gens sont d’autant plus choqués que le mouvement extrémiste est de création récente et a pris de l’ampleur en quelques mois. Dans le Figaro du 9 Mai sont mentionnées les paroles d’un homme de gauche, Willem Breedveld, éditorialiste du quotidien Trouw : « Fortuyn n’était pas aussi extrémiste que Jean-Marie Le Pen ». Où va-t-il pêcher une telle affirmation puisque le politicien extrémiste avait des formules à l’emporte-pièce comme « Les Pays-Bas sont pleins. Seize millions d’habitants, ça suffit » ou « L’Islam est une culture rétrograde » De telles paroles sont une preuve que tous les extrémistes ont un discours commun même si en se donnant du mal, en coupant les cheveux en quatre, on y trouve des nuances. De toutes façons je supporte mal qu’on parle d’une telle façon de l’Islam que ces Messieurs confondent avec AlQaida ou je ne sais quel groupuscule contemporain de musulmans excités. L’Islam, je ne devrais pas avoir besoin de le redire car on connaît trop mes raisons de l’admirer, est une culture immense, aussi importante que l’Egyptienne, l’Hellène, la Chinoise, la Judéo-Chrétienne ou toute autre qui a permis au monde d’apprendre, d’évoluer, de survivre au barbarisme. J’irai plus loin, le barbarisme, l’inculture, la violence… c’est AlQaida, Jean Marie Le Pen et ses semblables, Pim Fortuyn, Jeorg Haider, Berlusconi… et leurs supporters fanatiques.

Des méchants cadeaux, j’en ai plein ma hotte  (n’est-ce pas la suite logique de ce que j’ai dit plus haut ?)  Voici deux autres évènements tragiques à mettre sur le compte de ceux qui ne veulent pas vivre ensemble : l’attentat, un 8 Mai, anniversaire de la victoire des alliés de 1945, contre un autocar d’ingénieurs maritimes français en poste à Karachi. Le Figaro du 9 Mai affiche à la une : AlQaida vise la France. Le Président pakistanais a bien essayé de suggérer une responsabilité indienne en raison des graves différends qui opposent les deux pays mais qui est prêt à croire que l’Inde s’attaquerait à la France par le biais de ses coopérants ? Les habitants de Cherbourg sont en deuil. S’il pouvait y avoir des études comparatives de la souffrance, je me permettrais de dire que sur l’échelle de ma compassion les Cherbourgeois sont plus hauts que les Hollandais auxquels ont vient d’arracher leur gourou.

Et puis, comme il fallait s’y attendre, AlQaida a sévi, en l’absence d’Ariel Sharon, dans une salle de billard de Richon le Zion où les supporters d’une équipe de football fêtaient sa victoire Impossible pour les amoureux de Ben Laden d’accepter le commencement du commencement d’une discussion sur la possibilité d’une trêve. Résultat : seize morts, une cinquantaine de blessés, une explosion qui a résonné dans tout le quartier.

J’ai trouvé au milieu de toutes ces horreurs deux articles intéressants dans le Figaro Littéraire. Roberto Calasso dans son ouvrage La Littérature et les Dieux «  reprend à son compte la justification esthétique de la culture proclamée par Frédéric Nietzsche ». Selon l’auteur, «  ces dieux qui avaient disparu de la scène après la victoire de Jésus Christ ont assumé une nouvelle existence à partir de la Renaissance dans la poésie, la littérature et la musique. Homère et Pindare s’adressaient à des dieux vivants. Avec la Renaissance, ils sont devenus des mythes, des allégories ». L’idée me plaît infiniment et j’aimerais lire cet écrivain dont le Figaro Littéraire dit : « Roberto Calasso sait tout. Il exige de son lecteur beaucoup de mémoire et d’agilité d’esprit ». En ai-je encore suffisamment ? 

Le second article ne pouvait qu’attirer mon attention. Intitulé Les Cévennes, Montagnes Rebelles il est venu me rappeler que, le tournoi terminé, nous filerions à Caderle, Elodia et moi. Les Cévennes sont devenues depuis l’année dernière « mes montagnes ». Je les parcours avec joie même quand les routes sont en épingles à cheveux comme entre Florac et Saint Jean du Gard : rouler à trente ou quarante à l’heure permet au moins de regarder le décor, les vallées, les différents tons de vert qui se superposent sans se confondre, les châtaigniers… Je me dis que je vais tout de même plus vite que Stevenson et Modestine soit par la Corniche soit par le val d’en bas dont je ne me rappelle pas le nom.

Je constate malheureusement que la hotte n’était pas vide. Le Figaro du 10 Mai m’apprend que les hommes ont remis ça avec leur folie meurtrière. Choisissent-il au hasard, jettent-ils leurs dés au gré de leur haine du moment, n’importe où dans le monde ? Trente quatre morts et cent cinquante blessés dans un attentat à la bombe à Kaspiyok, dans la République russe du Daguestan, voisine de la Tchéchénie (mon feuilleton reprendrait-il ?) « L’explosion a eu lieu alors que se mettait en place à travers toute la Russie la traditionnelle célébration de la victoire de 1945.» Raisons de l’attentat ? Comment le savoir précisément ? Trente mille communistes opposés au pouvoir ont défilé à Moscou, stigmatisant leur Président par ces paroles « Poutine a vendu son âme à Bush » (Communiste ou pas, il y a bien du vrai là-dedans !). Pareille opposition existe au Daguestan où la population désapprouve la politique pro Poutine du président du Conseil d’Etat, Magomeladi Magomedov. Tout est bien compliqué dans ces nouveaux Etats et leur mal de vivre se traduit comme toujours en attentats et en victimes. J’ai l’impression que les morts d’Israël et de Palestine ne sont pas plus nombreux qu’ailleurs mais que les problèmes du Moyen Orient paraissent (à tort sans doute) plus importants que ceux des Républiques russes si peuplées que cent hommes de plus ou de moins, peu nous chaut ! De toutes façons, les organismes caritatifs exceptés, qui s’intéresse aux victimes de pays dont certains d’entre nous n’ont jamais entendu parler ? Il ne faudrait tout de même pas oublier que « la poudrière du sud » - Tchétchénie, Daguestan – jouxte l’Iran et n’est pas si lointaine de ce Moyen Orient où se portent tous les regards…

Page 8 du Figaro du 10 Mai : « L’Afrique et l’Asie en plein essor dans l’Eglise ». Chic, le Vatican va pouvoir reconstituer son corps de missionnaires. Toutes les âmes, même et surtout condamnées par le Sida sont bonnes à prendre. Et puis, on peut les soigner par des mots et ça revient moins cher que de leur apporter des médicaments !

Puisque je suis dans la religion, je ne peux résister à transcrire quelques questions posées (et leurs réponses) par Armand Abecassis (Professeur des Universités, écrivain et philosophe, auteur de « En Vérité Je vous le dis. Une lecture juive des évangiles » : « Pourquoi aucun Juif français solidaire d’Israël ne met-il le feu à une mosquée ? Parce que le judaïsme l’interdit. Pourquoi aucun Israélien ne se fait-il exploser dans un lieu public palestinien ? Parce que le judaïsme l’interdit. Pourquoi ne trouve-t-on pas d’enfants aux premières lignes d’une lutte ? Parce que le judaïsme l’interdit. Pourquoi les Israéliens, du fond de leur âme, cherchent-ils la paix ? Parce que le judaïsme enseigne que Chalom est un nom divin. Pourquoi des avis contradictoires s’expriment-ils en Israël et s’y expriment-ils librement ? Parce que le judaïsme est dialogue et démocratie…

Des Figaro du 11 et du 12 Mai, je ne retiendrai qu’une chose, la mort d’Yves Robert. J’ai apprécié cet homme qui était vrai, qui ne se mettait jamais en scène face au public. Et puis, il nous a donné La Guerre des Boutons. J’y ai retrouvé mon père, un sale gosse de Besançon qui faisait partie de la bande du Pont Battant et a blessé avec une pierre la petite fille dont il ne savait pas encore qu’elle allait devenir sa femme, un gentil gosse qui a rapporté le sac de pommes de terre et les cinq francs or qu’il avait gagnés à sa mère quand il est revenu de Bougeailles où il avait gardé les vaches durant les deux mois de ses premières et dernières vacances pour bien longtemps, après le certif. Il voulait qu’elle s’offre la broche en or qu’elle admirait depuis longtemps à la vitrine du bijoutier…

Le 12 Mai au soir, à peine mon tournoi terminé, je suis allée à la gare attendre Elodia. Il pleuvait quand elle est arrivée mais dix minutes après il commençait à faire beau et le soleil ne nous a plus quittées jusqu’à notre retour à Paris. Tous les moments passés avec elle et plus tard avec Mireille, Jacques et Marie, furent des bulles de joie à l’intérieur desquelles étaient inscrits ces mots « quel bonheur d’être ensemble ! » Nous avons ri de tout, même de la soupe au homard noir du dernier dîner aux Célestins parce que ce n’était pas de la soupe et que nous n’y avons trouvé aucun morceau de homard… J’avais eu le temps de montrer Vichy à Elodia, de jouer avec elle aux machines à sous qui ont très vite englouti nos vingt euros, de lui faire admirer la vue sur l’Allier, le golf et les montagnes au lointain depuis la terrasse supérieure de l’hôtel. Nous sommes parties le 13 au matin et sur la Corniche dont j’ai parlé plus haut, je me suis trompée de chemin. Sur les fameuses routes en épingles à cheveux, j’ai tourné à gauche à Chanac au lieu de continuer tout droit. Quarante cinq minutes pour refaire le chemin en sens contraire. Jacques a fait le poireau deux heures à Saint Jean et il avait une faim du diable quand nous sommes arrivées à Caderle. Marie était rentrée du lycée et avait eu le temps de préparer le déjeuner avec Mireille dont les jumeaux prenaient le soleil dans le jardin. Inutile de dire que les langues sont allées bon train durant des heures mais Mireille devait repartir car elle travaillait le lendemain et les jumeaux devaient retourner en classe. Nous avons visité la maison et je suis entrée dans la chambre du pirate qui m’était attribuée. Mon Jordy dort dans la même quand il vient à Caderle.

Les deux journées suivantes furent trop courtes, trop de choses à se dire, trop de bonheur à partager, trop de bonnes choses à manger, trop de ces montagnes qui m’enchantent, trop de tout qui passe à toute allure et que l’on voudrait retenir. Nous avons même joué au scrabble et je crois que Jacques et Elodia y ont pris beaucoup de plaisir et ont l’intention de continuer. Mercredi, nous avons quitté Jacques et Marie vers trois heures et pris le chemin du retour, Elodia et moi.  Nous avions décidé de dormir à Clermont-Ferrand. Le destin ne l’a pas voulu car tous les hôtels étaient bourrés à des lieues à la ronde. Nous avons atterri à Chatel-Guyon à l’Hôtel des Bains qui a bien voulu de nous. Jeudi, nous sommes rentrées lentement vers Paris. Je ne faisais même plus du cent trente sur l’autoroute. Je voulais prolonger la joie, les chansons. Mes amis, nous n’avons pas une seule fois ouvert la radio de la voiture. Nous avons chanté tout notre répertoire et nous avons encore des chansons en réserve. Notre dernier repas (du voyage), nous l’avons dégusté dans le jardin d’un restaurant d’Olivet, près d’Orléans, au bort du Loiret. Il faisait si beau. Nous étions si bien. Nous n’avons même pas pris l’autoroute pour la dernière partie de notre périple.

Arrivée Porte d’Orléans pour y déposer Elodia, j’avais tout de même le cœur serré. Elle, toujours philosophe, m’a rassurée : « ce n’est rien, Lise, nous recommencerons bientôt. Maintenant est terminé mais c’est demain qui compte. » Samedi matin, elle est repartie à Montpellier. Hier, je suis allée l’attendre Gare de Lyon. C’est toujours moi qui vais à la gare pour l’accueillir et c’est toujours un moment joyeux quand je l’aperçois, d’autant plus drôle hier qu’elle me téléphonait sur son portable et moi sur le mien sans nous rendre compte que nous étions à un mètre l’une de l’autre. Nous avons déjeuné près de la librairie et je l’ai à nouveau quittée. Pas pour très longtemps, je suppose.

 

                     Le 27 Mai

 

Depuis que je suis rentrée de Caderle, je ne vis pas dans le temps présent, je ne vis d’ailleurs pas plus dans le passé, je ne vis pas du tout, je survis avec difficulté. Quand je me lève le matin, je me dis : « aujourd’hui, je dois aller à la FNAC parce que le livre de Gérard Haddad « Les Récits Talmudiques » est arrivé, je dois acheter pour ma petite fille de San Francisco les cahiers de révision du CP au CM1, Yves m’a dit de me procurer la version Windows XP qui est bien plus performante que celle dont je dispose : Windows 98… Je dois, je dois, je dois…et je ne fais rien. Je me lève, je fais de la compote pour Thierry qui viendra dîner Lundi soir comme chaque semaine et je m’occupe de « technique » Il faut dire que le changement d’ordinateur m’a beaucoup perturbée. J’étais habituée à mon iMac, nous étions devenus copains. Il ne me faisait pas souvent des frasques. Depuis que j’ai l’ancien PC de mon fils, rien ne va plus. J’ai du tout réapprendre et je ne sais pas jusqu’à quel point j’en suis capable. Où j’ai eu le plus de mal, c’est de faire passer mes dossiers d’un ordinateur à l’autre à l’aide de cassettes. Le PC a bien voulu enregistrer les textes mais pour ce qui est des notes de bas de pages, il a tout bien fait (dans mon Horizon 2002 par exemple) jusqu’au report 122. A partir de 123, il a écrit 34 et il n’a plus rien inscrit du tout là où je l’attendais. Alors maintenant, je peux apprendre à compter : 35, 36, 37… mais rien au-delà. J’ai donc remis tous les textes qui me tiennent à cœur sur le Mac et je leur ai dit d’être sages jusqu’à ce que je trouve une solution !

C’est formidable le « technique » mais malheureusement  ça ne vous empêche pas d’avoir la tête pleine de tout le reste auquel vous essayez d’échapper. Je ne parle pas de la blessure de Zidane. Je dois avouer que je suis comme beaucoup de gens – il en existe encore – qui en ont marre du foot et de tous ces joueurs qui sont devenus des super stars. J’avais regardé quelques matchs il y a quatre ans, je suppose que je suis peu intéressée cette fois-ci puisque je n’ai même pas assisté à la défaite de l’équipe de France « Championne du Monde » devant celle du Sénégal dont tous les joueurs apparemment sont membres de nos clubs. Les Français sont tellement accrochés à ce sport international que les tribunes de Roland Garros étaient vides pendant la retransmission du match sus-dit. Je devrais pourtant m’incliner devant cet éclectisme qui prouve qu’on peut s’intéresser à deux choses à la fois.          

Je crois dans le fond que cette tristesse dont je n’arrive pas à me défaire m’a prise au moment même où Monsieur Bush faisait son tour d’Europe. Je ne dis pas qu’il l’a provoquée, ce serait faire trop d’honneur au Président des Etats-Unis, il a coïncidé avec elle. J’ai trouvé insupportable la manière dont il a fait ami ami avec Monsieur Poutine. La seule idée qui m’est venue dans la tête, c’est : « Eh bien, qu’est-ce qu’ils vont encore prendre mes « terroristes » tchétchènes. Pour sûr, mon feuilleton va pouvoir continuer. J’ai à mon habitude consulté les dernières dépêches que je trouve habituellement sur Yahoo : rien sur mes protégés. On n’en parle plus, on se demande même s’ils existent encore. Ce que je sais moi, c’est que la Russie est sur le point de devenir un membre à part entière du monde « libre » et je dois dire que ça me fait tout de même froid dans le dos. A part la Russie où Monsieur Bush a mis le paquet, il n’est pas resté bien longtemps chez les autres Européens, sans doute pas très importants à ses yeux. Chez nous, il a  roulé en voiture blindée venue spécialement à cet effet des Etats-Unis. Il a passé trois heures avec Monsieur Chirac. Il a même dîné avec lui, dédaignant nos vins à ce que j’ai entendu dire. Le lendemain, « Memorial Day » oblige, il est allé à Caen rendre hommage aux GI’s morts pour la liberté. A propos, les Etats-Unis n’ont pas signé le Protocole de Kyoto en même temps que les nouveaux adhérents dont le nombre permettra sa mise en oeuvre. Cette information, je l’ai trouvée dans une dépêche de l’AFP toute récente puisqu’elle date du 31 Mai : « NEW YORK (Nations unies) (AFP) - Les 15 pays de l'Union européenne ont ratifié vendredi à l'ONU le protocole de Kyoto, isolant un peu plus les Etats-Unis qui ont rejeté cet accord international de réduction des émissions de gaz à effet de serre. »

Un mot sur le Vatican : Puis-je me permettre une question ? Quel est le véritable sens de voyages qui n’en finissent pas et qui doivent fatiguer terriblement cet homme très âgé  ? Veut-il décompter les Chrétiens, béatifier le plus grand nombre de Catholiques possibles avant de mourir ? Je crois qu’il est le champion de la béatification. Il y en a pour tout le monde, les bons et, puis-je me permettre sans encourir un blâme, les mauvais. Enfin, me direz-vous, c’est une histoire dont je n’ai pas à m’occuper puisque je ne fais pas partie du clan !

Passons si vous le voulez à l’Extrême-Orient : Tous les ressortissants étrangers sont appelés par leurs gouvernements respectifs à quitter Islamabad. Il paraît qu’en cas de guerre atomique, on décompterait douze millions de morts de chaque côté (Inde et Pakistan). Je n’ai pas envie d’en parler, encore moins d’y penser. Je trouve même que si l’ONU n’est pas capable de faire entendre raison aux deux pays, il a peu de raisons d’être. J’ai souvent mentionné ces derniers temps la méchanceté des hommes : comment la nommer dans ce cas parce que c’est bien pire je crois : de la monstruosité, du satanisme, de la bestialité, je ne trouve pas de mots assez durs pour en parler. Alors, je m’arrête en me rappelant toutefois que l’Inde de Gandhi était pour mon père un modèle – et là je me permets de plagier André Chouraqui – de « démocratie réalisable. » Puisque j’en suis à l’Extrême-Orient, pourquoi ne pas dire que la Chine refuse d’aborder un problème crucial ? Elle élude le problème du Sida et refuse aux médecins itinérants les moyens de venir en aide aux personnes atteintes, huit cent mille selon le gouvernement chinois, un nombre bien supérieur selon le pronostic d’organismes internationaux. Une raison de plus de ne pas aller aux Jeux de 2008… comme s’il n’y en avait déjà pas assez !

Vous allez dire que je ne parle pas beaucoup de nos affaires françaises. Avouerai-je que je ne sais pas très bien ce qui se passe autour de moi, je crois qu’une des seules informations qui a fait tilt est la démission de Madame Nicole Notat, secrétaire générale de la CFDT. Pour ce qui est du reste, je crois que je ne vais pas beaucoup m’en occuper jusqu’aux Législatives. Après, comme dit l’autre, on verra.

Avant de continuer, je dois (entre autres) terminer « Jour sans retour » (Until that Day), le seul « roman » qu’ait jamais écrit Kathrine Kressmann Taylor, l’auteur d’ « Address Unknown » (Inconnu à cette Adresse). Un roman, pas tout à fait, puisque son fils, Charles Douglas, écrit dans son « enquête » que ce livre est en réalité un récit fait à l’auteur par un pasteur luthérien qui a échappé au nazisme et s’est réfugié aux Etats-Unis où il a exercé son sacerdoce sous un nom d’emprunt. Il m’a semblé drôle de ne pouvoir trouver ce livre en « version originale », les Américains ne semblant pas avoir jugé bon de le rééditer comme ils l’avaient fait pour « Address Unknown ». Et puis c’est tout de même étrange que la maison d’éditions française (Autrement Littérature) ait occulté à nouveau, comme l’avait fait la maison d’éditions américaine pour la première publication d’ »Address Unknown », le prénom de l’auteur. Est-ce pour faire croire comme autrefois qu’une femme ne peut pas se « mettre dans la peau d’un homme » ? J’aurai peut-être une réponse à la fin puisqu’il n’y a pas seulement l’enquête du fils mais une postface de Brigitte Krulic.  Pour le moment je m’arrête parce que je voudrais voir sans me laisser influencer par la critique le dernier film de Claude Lelouch : And now, Ladies and Gentlemen. Marc-Olivier Faugiel a, selon son habitude, asticoté le metteur en scène dans sa dernière émission de France3 et Lelouch n’avait pas l’air très content d’être son interlocuteur. Enfin, je vous donnerai mon avis quand je rentrerai. A tout à l’heure, mes amis.

Je reviens du cinéma de Boulogne et, comme cela, à chaud (une de mes expressions favorites !), je ne sais pas vraiment et je laisse à Catherine le soin d’en dire beaucoup plus. Je suis sûre que le thème est inédit, la rencontre des deux personnages, le gentleman cambrioleur (pardon, Arsène Lupin !) et la chanteuse de cabaret atteints tous deux de la même affection quasi fatale, émouvante, leur chemin tortueux vers la guérison, original, le parallèle religion-médecine dans un cadre inattendu, séduisant, la route de la mer, étonnante et comme toujours pleine de risques et d’aventures. Je dirai peut-être que j’ai été déconcertée non par les retours en arrière mais par les plongées en avant à travers le sommeil, l’amnésie, les rêves et le coma. Ce n’est pas un film qu’on peut voir une seule fois et en tirer des conclusions définitives. Ce n’est pas un film qu’on peut juger sèchement comme l’ont fait Les Cahiers du Cinéma ou Télérama. Claude Lelouch, Jeremy Irons, Patricia Kaas qui s’est donné beaucoup de mal pour réussir dans ce premier rôle cinématographique, Claudia Cardinale, Thierry Lhermitte et les autre valent mieux qu’un simple rejet. Comme toujours, l’avenir et surtout le public jugeront.

Tard dans la soirée, j’ai regardé « Double Je », l’émission mensuelle de Bernard Pivot. Il est allé à New York pour interviewer des gens qui, un jour ou l’autre, se sont intéressés au français pour le parler, l’écrire, le traduire ou simplement pour passer quelques mois en France. J’attendais surtout le dialogue avec Paul Auster qui vit dans un bel appartement de Brooklyn. Il n’a pas parlé de ses livres mais de ses rapports avec les grands écrivains et poètes français qu’il a traduits, Mallarmé, Blanchot, Sartre… non seulement parce qu’il les admirait mais pour gagner sa vie durant les trois ans et demi qu’il a passés à Paris. C’était à la fin de la Guerre du Vietnam et il ne pouvait plus supporter l’effervescence peu créative de ces années américaines. Tous les autres interlocuteurs furent intéressants, surtout le directeur des salles françaises du Metropolitan  Museum of Art que j’ai si souvent admirées lors de mes nombreux séjours à New York. Il a évoqué les Impressionnistes avec une connaissance et une compétence que lui envieraient nombreux de nos compatriotes. Il a également parlé des ventes aux enchères facilitées par le fait que le musée a un double statut public et privé. C’est ainsi qu’en se séparant d’un « petit » Renoir le directeur a pu acquérir un Géricault qui manquait à la collection des Romantiques et que la petite danseuse au tutu a quitté la salle des Degas pour un autre musée ou un collectionneur fortuné. J’ai aimé aussi ce professeur de l’Université de Columbia, née à Paris de parents polonais qui ont survécu aux camps de la mort. Elle enseigne le cinéma et admire passionnément  Truffaut qu’elle place apparemment au-dessus de tous les autres metteurs en scène.

Je dois pourtant reconnaître que ces promenades à travers New York m’ont en définitive perturbée pour la bonne raison que mon regard, comme celui des New-Yorkais dans les premiers mois qui ont suivi la catastrophe, cherchait les tours. Elles allaient apparaître comme autrefois dans le paysage, il n’y avait pas de doute. Là, elles étaient là, juste à cet endroit qui était vide, complètement vide, il fallait m’en faire une raison. J’ai ressenti d’autant plus ce vide quand depuis la statue de la Liberté j’ai regardé le « sky line » de « big apple » : il n’était plus très différent de celui de Miami ou de tout autre grande ville qu’on peut observer depuis sa baie. En dépit de tout ce que j’ai pu dire plus haut sur Monsieur Bush, j’ai eu mal et je me suis souvenue qu’un jour New York fut « ma » ville et que mon plus grand bonheur était de marcher des heures dans ces rues si familières que je les connaissais aussi bien que celles de Paris.

Parallèlement à mes autres écrits, j’essaie de mettre à jour sur ordinateur la première partie de mon « Horizon 2002 » qui fut rédigée sur une machine à traitement de texte de 1982 à 1999 environ. Ce n’est pas un mince travail mais je tombe parfois sur une séquence qui me paraît assez proche de celle que je pourrais écrire aujourd’hui, celle par exemple que j’ai rédigée le Lundi 15 Mars 1993, quelques jours avant les Législatives de cette année-là et dont je me permets de transcrire ici une petite partie: « Michel Piccoli, Merci. Merci d’avoir exprimé tout haut dans l’Evènement du Jeudi ce que je pensais tout bas parce que je n’ai pas d’auditoire à qui le dire et qu’aucune entreprise de sondage ne m’a demandé mon opinion. Merci de me montrer qu’on peut encore dire non aux centristes, aux écologistes, aux apolitiques, aux extrémistes… Merci de me dire qu’être socialiste et voter socialiste, ce n’est pas donner un blanc-seing aux hommes qui nous ont gouverné depuis 1991 mais un comportement irréversible. »

C’est drôle, n’est-ce pas, que je tombe aujourd’hui sur des mots que j’ai eu à cœur de prononcer la veille de mes soixante dix ans. Je me trouve aujourd’hui à peu près dans les mêmes dispositions d’esprit. Evidemment je suis ou têtue ou inébranlable dans mes convictions même quand je me pose des questions et ne sommes-nous pas à une époque où les questions sont bien nombreuses sans que pour autant elles aient des réponses valables ? Tenez, le problème du Cachemire par exemple, car c’est bien là que le bât blesse l’Inde et le Pakistan. J’ai entendu dire ce matin même que si ni l’un ni l’autre Etat n’était prêt à reconnaître l’indépendance de cette province, c’est parce qu’elle possède quelque chose de sacro-saint, l’eau qui ruisselle sur les pentes de ses hautes montagnes et manque terriblement aux deux antagonistes. « Mon Royaume pour de l’eau » (j’ai déjà paraphrasé Chouraqui, pourquoi pas Shakespeare ?)

Pendant que j’y suis, je dois mentionner l’explosion d’une voiture piégée près d’un autobus qui faisait la liaison régulière entre Tel-Aviv et Tibériade dans le nord-est du pays. Résultat : dix sept victimes. Je ne me permets pas de commentaires, ils seraient vains  puisque les parties concernées ne trouvent pas un seul terrain d’entente. J’ai honte de ne pas pouvoir en dire plus mais est-ce ma faute ?

Je m’aperçois que je parle, je parle et que je n’ai pas terminé le livre de Kressman Taylor. Il est vrai que j’arrive mal à m’intéresser à cette lutte de l’Eglise luthérienne allemande contre la montée du nazisme, entre 1931 et 1939. Jusqu’à ce qu’une Américaine me la raconte, je n’en avais pratiquement jamais entendu parler. J’ai même cherché à savoir si d’autres livres existaient qui traitent du même sujet. Je n’en ai pas trouvés. Ce qui est drôle, c’est que cette femme qui a vécu jusqu’en 1997 n’a écrit que deux livres, l’un « Inconnu à cette adresse » en 1938, et l’autre en 1942. Qu’a-t-elle fait durant les cinquante cinq ans qui ont suivi ? Bonne question à laquelle je ne puis encore répondre. Ce sera peut-être pour la prochaine fois !  

                     Le 14 Juin

 

J’étais invitée mercredi soir 12 Juin à visionner le film « Music from under a bridge » (Le Philosophe de l’Ombre) aux « Frigos », Rue Neuve de Tolbiac, tout près de la Grande Bibliothèque. Bien que je ne sorte pas souvent seule le soir, je me suis dit qu’au mois de Juin et  à vingt heures quand il fait encore grand jour, je ne risquais pas grand chose. J’ai donc pris le risque et je me suis lancée dans l’inconnu. Tant que je fus sur les quais de Bercy, le terrain m’était familier mais une fois que j’eus tourné à droite sur le pont de Tolbiac, le choc : un immense chantier de construction avec en plein milieu une sorte d’ancienne usine dont les murs étaient couverts de graffitis. Je me suis dit que j’étais sans doute arrivée, j’ai garé ma voiture dans une rue adjacente et comme j’avais très faim je suis allée tout d’abord me restaurer dans une brasserie qui s’appelait à la fois « The Frog » (La Grenouille) et « The British Library » (la Bibliothèque Britannique). Intriguée, je me dis que je pouvais tout de même tenter l’expérience : ou bien je mangerais des grenouilles, ou bien je me ferais traiter de « froggy », ou bien je trouverais là de la bière et des livres. J’eus un peu de tout en fait (à part les livres et les grenouilles) et surtout la surprise de constater que durant ces « happy hours » j’étais la seule Française au milieu de nombreux Anglo-Saxons, une chope à la main, qui discutaient devant un immense écran de télévision où l’on retransmettait un match entre l’Angleterre et je ne me souviens plus quel pays. Le garçon, très gentil, m’a dit, après m’avoir servi des tortillas (mexicaines) qu’il était écossais afin que je ne commette aucune erreur d’appréciation. Après mon verre d’ « ale » à la pression, j’étais bien et prête à me rendre aux « Voûtes », une des salle des « Frigos . »

Ayant suivi les flèches qui me firent contourner les murs tagués, je me suis retrouvée devant une salle où se trouvaient déjà des groupes parmi lesquels j’ai reconnu  mon poète, Blake Dawson, avec lequel j’ai passé de longues heures à traduire ses rubaiyat. Auprès de lui était John Way dont j’ai fait la connaissance à la Cité Universitaire quand nous sommes allés voir « Gorgias », la pièce dans laquelle Géraldine Ros, la femme de Blake, interprétait ses oeuvres. Une jeune femme (Pascale Bernard je suppose) m’a donné une invitation pour un vernissage du lendemain mais je m’étais déjà lancée dans cette aventure-ci, je ne pensais pas recommencer de sitôt ! Bon, voici pour les préliminaires, si nous passions au solide, au film qui attendait dans le noir que nous entrions.

La petite salle était pleine. John a fait les présentations, rappelant que si cette projection pouvait avoir lieu, c’était avec le soutien de la C.W.S.B. (The Creative Support Bande) qui, nous a-t-il expliqué, est un groupe de soutien créatif, fondé en 1998 par Gary Cowan, John Way, Ken Samuels et Pascale Bernard, pour répondre à un besoin de solidarité dans le processus créatif. Blake Dawson et Bruce McEwen ont rejoint le groupe en 1999. Le CWSB se réunit une fois par semaine pendant quelques heures, plaçant l’attention collective sur les projets. Après qu’il nous ait précisé que, compositeur depuis ses jeunes années, il était l’auteur de cette musique sous le pont, présenté ses collaborateurs et amis (Blake ne joue pas, il a pris part à la mise en scène), les techniciens et le projectionniste, le film a commencé dont je vous conte succinctement l’histoire :

Un philosophe a décidé de vivre assez longtemps avec deux SDF qui vivent sous un pont afin de connaître leurs motivations, leurs pensées, leurs soucis, leur quotidien, tout quoi ! L’idée n’est pas neuve car des films ont été tournés sur le même sujet sinon au même endroit de Paris. L’originalité vient à mon avis du fait que les acteurs sont américains mais que leur pays d’origine n’a aucune incidence sur le sujet.  John a tourné le film avec ses amis, il se trouve qu’ils sont des Américains de Paris, mais il n’a pas voulu montrer qu’ils appartenaient à une nation particulière, seulement qu’il étaient des hommes sans logis et sans espoir qui vivaient sous un pont de Paris. Les pauvres qui arrivent à l’ultime étape de leur vie sont de tous les pays du monde. L’originalité tient également au fait que ce « philosophe de l’impossible », horriblement fatigué par un régime qui ne lui est pas habituel, devenu par la force des choses aussi SDF que ses nouveaux amis, voit s’installer jour après jour une atmosphère d’incompréhension entre eux et lui-même. Eux, qui sont-ils ?  le premier, un râleur, un qui coupe les cheveux en quatre, un qui pose des questions mais ne veut répondre à aucune, un soupçonneux qui se demande ce que le « nouveau » écrit sur le carnet qu’il transporte toujours avec lui, un qui n’éprouve envers ce monde que de la haine et le hurle sans avoir conscience de sa propre responsabilité, un qui ne supporte même pas son compagnon de misère mais ne peut survivre sans lui… l’autre, dans un état de déchéance physique et moral complet, avec des pustules sur le visage, qui vénère Paco Rabane et attend que le ciel lui tombe sur la tête ou que la terre explose comme son dieu l’a promis. Il est si effrayé par le monde au-delà du pont, éprouve un si grand mal de vivre qu’il n’ose pas se lever, s’éloigner de sa couverture, faire un tour avec le « philosophe » de plus en plus incompris. Le dénouement est tragique, comme il fallait bien s’y attendre. Le soupçonneux qui a évidemment de l’emprise sur le pauvre innocent qu’est devenu son copain l’entraîne dans un grand jeu : Ils vont terrasser le « philosophe » et le tuer. La dernière image nous le montre, étendu par terre avec du sang qui émerge de la tête.  

L’histoire peut paraître intéressante ou choquante, elle montre un certain aspect de la philosophie qui ne nous est pas toujours familier et qui s’apparente peut-être à la « philosophie première », celle d’Aristote « qui étudie l’Etre en tant qu’être » plus qu’à cette philosophia (amour de la sagesse) dont nous parle Descartes. Je crois que notre philosophe a lu Hegel pour lequel « toute philosophie a pour tâche de saisir son temps dans la pensée, de nous aider à comprendre ce qui est. Aussi, d’une certaine façon, vient-elle ‘toujours trop tard’, une fois l’événement révolu, quand la pièce est déjà terminée. » Oui, c’est ce que j’ai ressenti : notre philosophe est venu trop tard, il n’y avait plus rien à observer, à découvrir chez ces hommes qui n’appartenaient déjà plus à la réalité, qui étaient « des souvenirs d’hommes » plus que des êtres réels. Sa mort est due au fait qu’il a entrepris une chose qui était consommée, inobservable, interdite. Il n’avait pas le droit de percevoir quelque chose là où il n’y avait déjà plus rien.

Il reste pourtant des choses à dire : de bons acteurs qui croient en leur texte et le disent avec ferveur, de belles images au bord du fleuve sur lequel passent des bateaux mouches où les gens crient des choses qu’on ne comprend pas et qui vous sont peut-être adressées, des plans sur l’inaccessible monde d’en haut concrétisé par la Samaritaine et un café où se rend le philosophe pour y boire son  expresso et reprendre le courage de retourner en bas, une connaissance de Paris que pourraient envier à John et à ses amis nombreux d’entre nous, Parisiens de longue date, une musique attachante, très  « collée » au film. J’étais émue à la fin de la projection et, pour une fois, ce n’était pas à propos d’une actualité précise mais de celle qui atteint tous les jours des millions d’hommes qui ont fini d’espérer. Etaient-ils si différents, ces hommes sous un pont de Paris, des pauvres de Delhi que j’ai vu près de la gare, couchés sur le sol, sans espoir et sans avenir ? J’ai embrassé Blake, John, les autres et j’ai quitté « Les Voûtes ». Il faisait encore jour et j’ai pris un peu de temps pour faire le tour des « Frigos et regarder les tags. De retour à la maison, je savais que je ferais selon mon habitude : j’irais fouiner pour en savoir plus sur ces ateliers d’artistes, découvrir leur passé, leur avenir et quand le bulldozer viendrait les abattre pour élargir le chantier de constructions… 

Voici ce que j’ai trouvé sous la plume de deux collaborateurs de l’Humanité, Sébastien Homer et Vincent Lamigeon » qui commentaient un livre « L’Etranger dans la Ville » du sociologue Alain Milon : « XIIIème arrondissement : au milieu d’une forêt de verre et d’acier,  les Frigos dénotent, détonnent, étonnent, îlot culturel dans ce quartier faisant l’objet de la plus grande opération d’urbanisme depuis Hausmann. Les Frigos : les anciens ateliers frigorifiques de la SNCF, reconvertis en squat. Chaque chambre froide abrite une association, un collectif d’artistes. Le Paradis pour les adeptes de la bombe aérosol, graffeurs et tagueurs. » C’est drôle, après avoir lu ces quelques lignes je me suis souvenue que dès mon arrivée aux Frigos, j’ai pensé au « bateau-lavoir », à cette vieille bâtisse de la Place Ravignan (aujourd’hui place Emile Goudeau) où furent aménagés en 1899 une dizaine d’ateliers d’artistes. Picasso y fit un long séjour de 1904 à 1909 et y conserva un atelier jusqu’à 1912 . C’est là qu’il fit découvrir à ses intimes « Les Demoiselles d’Avignon » en 1907. Les ateliers du sous-sol furent habités par Mac Orlan, André Salmon, Max Jacob, Van Dongen, Juan Gris… sans compter les artistes et les poètes qui venaient voir et leurs amis (et boire avec eux) : le Douanier Rousseau, Marie Laurencin, Guillaume Apollinaire, Modigliani… Détruit en Mai 1970 par un incendie, le Bateau-lavoir fut reconstruit par l’architecte Claude Charpentier. Il est occupé aujourd’hui par des artistes étrangers. Que puis-je donc souhaiter à John et à ses amis américains sinon de poursuivre leurs efforts et de connaître un jour la célébrité de leurs anciens ? Si notre capitale pouvait assumer son rôle séculaire d’aider les jeunes artistes à devenir des grands ou seulement à concrétiser leurs projets et leurs idées, je serais fière d’elle comme je le suis de ceux qui l’ont volontairement choisie pour y vivre.

 

Le 19 Juin

 

Je sais que je n’ai pas parlé d’un sujet qui devrait être primordial : les deux tours des élections législatives du 9 et du 16 Juin. Je n’y arrive pas, j’ai comme quelque chose qui se bloque dans ma tête et dans mon cœur, comme quelque chose qui ne passe pas. Je comprends mal ces abstentions du second tour qui auraient dû permettre un rééquilibrage des forces devant l’échec du premier tour. Je ne suis pas systématique et je ne me permettrais pas de dire que les Français ne pensent pas ou ne pensent plus. Je m’interroge : ont-ils refusé à priori une nouvelle cohabitation parce qu’ils pensaient que c’était une manière de gouverner préjudiciable au pays ? Ont-ils voté pour les hommes de terrain qui leur semblaient devoir représenter au mieux leurs intérêts ? Mais alors pourquoi automatiquement des hommes et des femmes de droite ? Ces personnes connues ou inconnues pour plusieurs d’entre elles sont-elles respectables parce qu’elles ont l’oreille du Président Chirac ?

Je suis perplexe et je ne comprends pas très bien comment la gauche, les jeunes de gauche qui se sont rassemblés courageusement durant les deux semaines qui ont suivi le premier tour des présidentielles, qui ont fait front contre Le Pen, qui ont élu Chirac… ont baissé les bras une fois le résultat obtenu. Peut-être ces jeunes vivent-ils au niveau national, se préoccupent-ils seulement de grande politique ? Mais non, ils émanent de tous les milieux et vivent leur quotidien dans des conditions qui ne sont pas toujours optimales. Alors, alors… je n’ai pas de réponse mais je supporte mal de voir ressurgir mes anciens « démons » au premier plan. Le visage de Sarkozy, Ministre de l’Intérieur, cache mal celui de sa marionnette de Canal+ qui n’était pas la meilleure image qu’on puisse se faire d’une personnalité politique. Et puis, Monsieur Raffarin, je ne connais pas. On a beau me dire que son père avait l’oreille de Mendès-France, je ne me souviens pas. Je sais seulement que droite et reconnaissance des droits à la vie des plus déshérités, ça cloche quelque part. Je ne vais plus m’intéresser aux affaires d’une France qui, pour cinq ans n’est plus mienne. Et dans cinq ans, qui sais si j’aurai survécu pour voir surgir autre chose ?

 

Le 15 Septembre

 

Je n’ai rien écrit sur ces pages depuis trois mois. Il faut dire qu’ils furent remplis plus qu’ils ne l’ont été depuis plusieurs années. Au mois de Juillet, avant de participer aux 31èmes Championnats du Monde de Scrabble Francophone, j’ai passé huit jours chez mon amie Lise La Rouche dont j’ai fait la connaissance en 1992 lors d’un championnat du monde dont elle avait été l’une des organisatrices dans la capitale de la Belle Province. Atteinte d’une épicondylite aiguë quand je suis arrivée, son bras droit la faisait terriblement souffrir et j’ai pu heureusement la promener dans la voiture que j’avais louée pour faire le trajet entre l’aéroport de Dorval et Québec. Nous sommes même allées à Ste Anne de Beaupré où, en bonne agnostique qu’elle a toujours été, elle a brûlé un cierge pour demander au Christ, à la Vierge, à Ste Anne ou au Pape qui séjournait à Toronto… sa guérison. Les souffrances ne l’ont pas empêchée de savourer les magnifiques homards que j’ai achetés aux Halles proches de sa maison et qui m’ont rappelé ceux de Shédiac en Acadie et ceux du Captain Homard en Gaspésie.

Nous sommes revenues en voiture à Montréal où nous étions toutes deux invitées chez son frère médecin. Passons vite sur le championnat où j’ai brillé une journée seulement. Ayant débuté à la soixante quatrième place, je suis remontée après trois parties à la vingt deuxième. C’était la première fois que j’occupais une telle place au deuxième rang dans un tournoi de cette importance (plus de six cents joueurs en comptant l’Elite et l’Open) et j’ai demandé à Jacques, le Président de la Fédération Internationale, de me photographier car l’événement serait sans doute unique dans mon existence de scrabbleuse ! Bien m’en a pris car, victime d’un « exprime » mal placé et d’un « diptères » en double appui, je suis redescendue à la quarantième place et ne connais même pas mon résultat final car le palmarès était prévu pour 19 heures vendredi 26 Juillet et nous n’eûmes pas le courage, ni Lise ni moi-même, de retourner au complexe Desjardins pour l’écouter : nous nous serions trouvées dans la foule des Francofolies dont une grande partie se déroulait sur la rue Sainte Catherine qui borde le complexe.     

Je ne suis pas repartie en France tout de suite car j’espérais que mon fils cadet qui vit à San Francisco viendrait me rejoindre pour quatre jours. J’étais heureuse car je ne l’ai pas vu depuis deux ans. Il n’est pas venu en définitive car il devait assumer dès Lundi la direction de son département d’informatique et le prix du billet d’avion pour un seul week-end était hors de prix, plus cher qu’un aller-retour pour Paris où il viendra (peut-être) à l’automne. C’est ainsi que je me suis retrouvée aux Jardins d’Antoine, Rue Saint Denis, où seule une suite était encore disponible. Tant pis pour ma bourse mais j’ai pu acheter le Tremblay, le lire et me renseigner complètement sur son œuvre, sa biographie et sa bibliographie en allant au Cybercafé qui se trouvait pratiquement face à mon hôtel. En une seconde, j’ai retrouvé mon Google préféré. C’était la première fois que je pratiquais l’ordinateur et surfait sur le Net autrement que chez moi ou chez des amis. Ce fut vraiment un grand plaisir, à tel point que la visite que j’ai rendue à la Bibliothèque Nationale également toute proche ne m’a pas apporté des éléments plus précis et surtout plus récents puisque le dernier ouvrage mentionné de Tremblay remontait à 1998 et que l’ordinateur consulté ne m’a même pas indiqué l’existence d’une biographie de l’auteur.

De retour en France, j’ai tout juste eu le temps d’écrire mes Mots…dits sur Michel Tremblay et ses Bonbons Assortis et je suis repartie dans les Cévennes chez mes amis Jacques et Marie de Caderle. J’ai retrouvé « mes » montagnes avec toujours le même plaisir, ces tons de vert sur fond bleu qui me font pâmer, les petits plats que Marie me prépare avec une profonde tendresse, ma chambre des pirates, les parties de scrabble de l’après-midi qui ravissent mon Jacques, les visites à Simone (la maman de Jacques) qui habite la maison voisine encadrée de roses, les chats de Marie, Flamme, le setter irlandais soigné avec tendresse pour une foule de maux dus à son grand âge, les conversations de la veillée où nous nous livrons nos secrets… Ces quelques jours ont passé trop vite et je suis repartie pour faire la France en diagonale, de Caderle à Locmiquel en Bretagne, m’arrêtant soit pour admirer, photographier ou acheter le vin et le foie gras qui feront nos délices cet hiver. Locmiquel, c’est près de Cancale et c’est là que passent une bonne partie de l’année mes trois amis, Jean, Suze et leur jeune chienne Olga, le meilleur chien d’arrêt de la province et l’enfant chéri de Suze. Mon poète préféré m’a ravie chaque jour à la fois par ses chansons et les crabes qu’il me rapportait de ses trous favoris, connus de lui seul et pour mon plus grand plaisir. Nous nous sommes baladés bien sûr, nous sommes allés à Saint Cado admirer la chapelle et la mer et…nous avons joué au scrabble ! Décidément, je fais des adeptes partout en France où je m’arrête. Cocoonée par Suze comme je l’avais été par Marie, je suis tout de même repartie en m’arrêtant à Saint Anne d’Auray et à Rochefort en Terre, ce joli bourg médiéval qui m’avait accueillie aux marches de Bretagne bien des années plus tôt.

J’ai tout de même rejoint la capitale et j’ai écrit mes Mots…dits sur Les contes Talmudiques et Le Jour où Lacan m’a adopté de Gérard Haddad. Comme toujours, j’ai retrouvé avec joie mon amie Elodia de la LGR, elle-même de retour de Tunisie où elle passe en général ses vacances. Nous nous sommes tout raconté de nos vacances et elle m’a dit son grand secret : Grâce à Google ( !), elle a retrouvé son premier amour, un Américain qu’elle a connu à Tunis quand elle avait dix sept ans et qui a eu le « coup de foudre. » Trop jeune, elle n’a pas cru devoir s’engager pour la vie et quarante six ans se sont ainsi écoulés, les deux amoureux menant chacun leur vie à des milliers de kilomètres de distance. Au mail qu’elle lui a envoyé, il a immédiatement répondu en disant qu’il ne l’avait jamais oubliée et qu’il était prêt à divorcer pour se remarier avec elle ! Elodia est dans le même état d’esprit et Bill est à Paris cette semaine… Je n’aurai des nouvelles que Mardi quand il sera reparti. Un coup de téléphone m’a tout de même appris que tout était encore plus merveilleux qu’Elodia ne se l’était imaginé dans ses plus beaux rêves…

Il est bien évident que le souvenir du onze septembre n’est pas resté absent de ma vie, comment aurait-il pu en être autrement avec les milliers de rappels dont nous sommes submergés dans tous les médias ? L’anniversaire de ce jour douloureux a-t-il excité la haine de Bush envers tous les peuples qui ne respectent pas « sa » vérité ? En tous cas, il nous pousse tous les jours un peu plus vers son sinistre projet d’envahir l’Iraq et d’en découdre avec Sadam Hussein. Seuls les Anglais et Monsieur Blair (ou devrais-je dire Monsieur Blair et les Anglais ?) le suivent pas à pas, nous prouvant comme ils l’ont fait tant de fois qu’ils ne sont pas européens mais resteront à jamais les anglo saxons que nous avons toujours connus.[58] Mes Mots…dits de cette semaine ont rendu hommage aux victimes et à leur famille même si j’en ai profité pour dire que les « intellectuels de gauche » américains dont Susan Sontag n’ont pas été épargnés par les conservateurs de leur pays dès qu’ils ont affirmé une position « politiquement incorrecte. »

J’ai pour ma part été sévèrement choquée par les inondations du sud ouest et surtout du Gard puisque mes amis Jacques et Marie sont à Caderle, au-dessus de Saint Jean du Gard. Heureusement la maison qui vient tout juste d’être reconstruite après son incendie a été épargnée parce qu’elle est dans la montagne, loin du Gardon. Je l’ai su à dix heures du soir quand j’ai enfin pu avoir Jacques au téléphone. Par contre si le collège de Saint Jean où enseigne Jacques n’a eu que des dégâts réparables, le lycée d’Alès où Marie est professeur de français a été sévèrement endommagé, surtout la partie technique qui se trouve au bord de la rivière. J’ai vu les ateliers à la télévision, c’était une catastrophe : plus une seule machine, plus un seul ordinateur capable d’être remis en route. Pauvres gens, je les plains de tout mon cœur. L’eau est aussi méchante que le feu quand elle s’y met, plus peut-être car elle emporte tout sur son passage.

Avec tout cela qui nous tombe sur la tête, j’oublie de dire que « Soufisme et Hassidisme » a été accepté par L’Harmattan. Je suis heureuse de paraître enfin sur du « papier » avant de mourir. Il reste maintenant les détails techniques à assumer. Ce sont toujours pour moi les plus compliqués car, si Elodia ne me l’avait expliqué, je ne saurais même pas ce qu’est un « prêt à clicher. » Elle me le fera quand elle se sera fait opérer de la cataracte après le départ de Bill.

 

Le 16 Septembre

 

C’est le jour de Yom Kippour, le jour de notre Grand Pardon. Je ne devrais pas être  devant mon ordinateur car j’avais décidé de jeûner le plus longtemps possible et de dire mes prières bien sagement mais je viens de recevoir un coup de téléphone d’Elodia : elle reconduit Bill à l’aéroport et doit entrer à Bichat aujourd’hui-même car son pied s’est infecté. Elle a été tant de fois opérée, a supporté tant de prothèses que j’admire la grâce avec laquelle elle accepte tous les accrocs de sa vie. Je lui ai dit qu’elle me téléphone dès son retour de Roissy et que j’irais immédiatement la chercher pour la conduire à l’hôpital. Aider mon Elodia équivaut à toutes les prières du monde. De toutes façons, à mon âge, Dieu ne m’en voudra pas si je transgresse ses règles, je le fais tous les jours tant de fois que je serai à nouveau pardonnée pour aujourd’hui.

 

 

Le 4 Octobre

 

Je voudrais bien tenir ces réflexions à jour mais qu’aurais-je à raconter sinon les guerres qui se succèdent, toujours les mêmes et toujours dangereuses pour les victimes des hommes qui, décidément, ne s’amélioreront jamais. Nous en sommes maintenant aux joutes criminelles de Côte d’Ivoire. C’est drôle, j’ai entendu hier quelqu’un faire l’apologie du « Vieux », de Monsieur Hauphouët-Boigny en l’occurrence, et d’émettre une vérité que je n’ai jamais acceptée : la Côte d’Ivoire indépendante fut, à partir du moment où cet ancien homme d’Etat français reprit en mains le pays, la nation de pointe de l’Afrique. J’ai toujours été contre la politique du grand homme, contre sa propension à aimer pour son confort personnel les choses les plus luxueuses, au détriment de ses « sujets ». Je n’ai jamais compris la construction dans son village d’une basilique plus grande que St Pierre de Rome et son explication que j’ai réentendue hier sur l’obligation d’un parti unique dans un Etat jeune et qui n’avait encore aucune habitude parlementaire. Mais une fois de plus, qui suis-je pour juger ou préjuger des actes des grands de ce monde ?

En témoignage de ma modestie, je vais me contenter de citer un texte que j’ai lu dans Le Monde Diplomatique du 2 octobre sous la plume de Philippe Laymarie et qui me paraît une analyse saine de la situation en Afrique (même si je n’adhère pas complètement à ce qui est dit parce que pour ma part Monsieur Léopold Sedar Senghor et le Sénégal ont toujours représenté l’homme et le pays les plus exemplaires de l’ancienne Afrique Occidentale Française) : « C'est le sixième putsch - ou tentative de putsch - en Côte-d'Ivoire en l'espace de deux ans et demi. Avec à nouveau des centaines de morts : 300 officiellement reconnus (pour Abidjan seulement) le 24 septembre 2002 ; une centaine à Bouaké, après une première série de combats, le 25 septembre. A nouveau des menaces pèsent sur l'unité nationale : le Nord, à partir de Bouaké, est en quasi-sécession. A nouveau monte la tension régionale : frontières fermées, accusations contre des Etats voisins (Libéria, Burkina Faso), peur parmi les communautés immigrées (Burkinabés, Maliens, Sénégalais). Et à nouveau se ternit l'image de l'ancienne « vitrine », l'ex-« modèle » ou « miracle » de l'Afrique de l'ouest francophone.

Mais que pèse la question de « l'image » face à la dimension des questions internes, au point de déstructuration où en est parvenue la société ivoirienne dans son ensemble : une armée éclatée, une classe politique déboussolée, une population apeurée, une guerre civile larvée, des immigrés montrés du doigt, et « les Blancs qui partent » ? La Côte-d'Ivoire, un des pôles économiques ouest-africains, rejoint le peloton des pays chroniquement instables au moment même où - après les incertitudes provoquées par le coup d'Etat de décembre 1999, et les désordres qui ont accompagné les élections d'octobre 2001 remportées à l'arraché par le parti de M. Laurent Gbagbo - un minimum de confiance revenait dans le secteur cacaoyer (dont la Côte-d'Ivoire reste le premier producteur mondial) et chez les bailleurs de fonds (Fonds monétaire international - FMI -, Union européenne) ou les touristes...

S'est-il agi d'un affrontement Nord-Sud, d'une action appuyée par des mercenaires étrangers ou encore d'un règlement de comptes interne au régime ? Au moment où se déclenchaient les événements dans la nuit du 18 au 19 septembre, personne n'a su, à coup sûr, qui était qui, qui faisait quoi, et qui briguait le pouvoir - ou si même on a vraiment voulu le renverser... La multiplicité des conjurations semble avoir brouillé la lisibilité d'événements qui conservent encore une part de leur mystère : il est probable, par exemple, que l'ex-président Robert Gueï, qui était certes très hostile au régime, ait été éliminé à la faveur d'un complot dont il n'a manifestement pas été l'organisateur. La confusion a régné parmi les gouvernants, dans la classe politique, et dans l'opinion, d'autant plus effrayée que le gouvernement a paru dépassé par les problèmes de sécurité, et qu'il a peu communiqué officiellement, laissant en revanche les journaux se réclamant de lui distiller accusations et rumeurs, comme la presse abidjanaise en est coutumière. Cette incertitude a été renforcée par le silence forcé des radios internationales, dont les émissions ont été coupées deux jours après le déclenchement des hostilités - pour des raisons accidentelles selon les autorités ; de manière délibérée, a assuré l'association Reporters sans frontières. Le 26 septembre, pour la première fois, un adjudant se présentant comme chef des insurgés à Bouaké est apparu publiquement, affirmant que son mouvement n'avait aucun chef politique, pas plus le général Robert Gueï qu'un autre, et ne jouissait d'aucun appui étranger.

La crise s'est déclenchée dans la nuit du mercredi 18 au jeudi 19 septembre, avec la prise de casernes par des « mutins » à Abidjan, et l'assassinat notamment de l'ex-président Robert Gueï (à l'origine chef d'état-major de l'armée, auteur du « coup d'Etat de Noël », le 24 décembre 1999) ainsi que du ministre de l'intérieur Boga Doudou (un des proches de l'actuel président Laurent Gbagbo). La résidence de M. Alassane Ouattara, chef du parti d'opposition Rassemblement des républicains (RDR), a également été attaquée, mais l'ancien premier ministre a pu trouver refuge auprès de l'ambassade d'Allemagne, puis de l'ambassade de France (tout comme la famille du ministre de la défense, M. Moïse Lyda Kouassi). Les forces loyalistes ont pu rétablir un semblant d'ordre dans la capitale économique du pays - en liquidant plusieurs dizaines « d'assaillants » ou de « terroristes », et en procédant au « nettoyage » de plusieurs bidonvilles. L'ensemble des villes du Nord, dont Korhogo et Bouaké - seconde ville du pays - sont passées sous le contrôle des insurgés. L'imminence de combats entre mutins et loyalistes a provoqué une intervention de forces armées françaises, puis américaines, pour organiser l'évacuation de 2 000 de leurs ressortissants à Bouaké, à partir du 25 septembre, puis de quelques centaines le 29 septembre, dans la région de Korhogo, plus au nord.

L'armée ivoirienne - 9 000 hommes en l'an 2000 - est en déshérence : l'ex-président Félix Houphouët-Boigny se méfiait des uniformes ; les niveaux d' investissement et d'entraînement sont médiocres, avec - selon un rapport remis au Parlement - un « armement disparate et dépassé », un « surencadrement en sous-officiers non qualifiés », une disponibilité du matériel roulant, des avions et bateaux de l'ordre de 20 % à 30 %. Une première mutinerie a éclaté en 1990 : des conscrits exigeaient d'être engagés. Une deuxième a éclaté en 1992 au sein de la garde présidentielle. Une troisième, en décembre 1999 - provoquée par le non-paiement des primes promises aux soldats de retour d'une opération de paix en Centrafrique - devait déboucher sur le fameux « putsch de Noël ».

Depuis l'indépendance, l'état-major et une partie de la troupe sont constamment « rééquilibrés » au profit de l'ethnie dominante : les Akan sous Houphouët-Boigny et son successeur Henri Konan Bedié, les Bété avec M. Laurent Gbagbo - au détriment le plus souvent des communautés du Nord (Sénoufos et Dioulas). L'actuel président, M. Laurent Gbagbo, ne peut compter que sur la gendarmerie - 6 000 gendarmes, plus unis et mieux équipés que l'armée de terre - qui a été impliquée dans le massacre de Yopougon, en octobre 2001, ainsi que dans les ratissages et éliminations qui ont accompagné la tentative de putsch de septembre 2002. Une des origines du soulèvement de soldats tient au fait que le président Gbagbo comptait démobiliser en décembre, officiellement pour des raisons budgétaires, cinq cents ex-miliciens engagés par le général Robert Gueï, qui n'avaient pas été intégrés à la fonction publique : ces « zinzins » ou « bahéfouès » ne gagnaient que 50 000 francs CFA par mois (76 euros). Les mutins sont apparus, à Bouaké, plutôt bien armés, disposant d'argent, et déterminés : ils se sont efforcés, par exemple, d'empêcher la population indigène de quitter la ville dans le sillage des Français. Cependant, la simultanéité des actions des premiers jours du putsch, ainsi que la conduite des opérations ont fait penser à une probable organisation à un échelon supérieur...

Même s'il n'est pas prouvé que M. Charles Taylor, actuel président du Libéria, ait joué un rôle dans la crise ivoirienne, ni qu'il y ait véritablement intérêt, il est probable qu'à titre personnel, d'ex-miliciens libériens se soient joints aux mutins ivoiriens. Dès les premiers jours, le président Gbagbo, a mis en cause « la main de l'étranger », accusé à mots couverts le Burkina Faso, voire le Libéria, et demandé l'application de l'accord de défense franco-ivoirien, qui prévoit une assistance militaire française en cas d'agression extérieure de la Côte-d'Ivoire. Dans un premier temps, cette clause n'a pas été appliquée côté français, Paris ayant fait valoir qu'il s'agissait à ses yeux d'un conflit interne. A l'approche de combats entre gouvernementaux et mutins dans le nord, la situation de milliers de ressortissants français, américains, libanais est devenue dangereuse, provoquant une demande d'intervention humanitaire des Français (800 soldats), puis des Américains (200) et des Britanniques. Le Nigeria, principal pays-membre de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cedeao) et « parrain  » naturel de la région, a expédié à Abidjan une petite escadrille de chasseurs, se déclarant prêt à conduire une force ouest-africaine de paix sur le modèle de l'Ecomog (déjà intervenue en Sierra Leone en 1992 et au Libéria en 1995). Un sommet de la Cedeao, convoqué le 29 septembre à Accra (Ghana) à l'initiative de son président en exercice, le sénégalais Abdoulaye Wade, a décidé du principe de l'envoi d'une force d'interposition, au cas où la médiation tentée par un « groupe de contact » entre la rébellion et le régime du président Gbagbo devait échouer. Le sommet n'a pas donné lieu à la « franche explication » ou aux incidents redoutés entre Ivoiriens et Burkinabés. Les pays voisins craignent un embrasement régional, d'autant plus redouté que - même affaiblie par ces mutineries et putsch à répétition - la Côte-d'Ivoire reste un des poids lourds d'une zone qui se remet à peine des guerres civiles au Libéria et en Sierra Leone.

Alors que le président Houphouët, tout en jouant lui-même habilement sur les préjugés ethniques ou religieux, avait maintenu d'une main ferme l'unité entre les grandes régions et ethnies du pays, la crise économique et la crainte de la classe dirigeante sudiste d'un accaparement du pouvoir politique par les habitants du Nord a conduit à populariser le thème de « l'ivoirité », repris par la plupart des leaders politiques : une loi sur le foncier rural, en 1998, a permis l'expulsion de milliers de paysans d'origine burkinabé ; la constitution « ségrégationniste » adoptée en 2000 visait à empêcher la candidature de Alassane Ouattara à la présidence ; une politique dite « d'identification nationale » a ensuite consisté à déterminer la citoyenneté sur la base de l'appartenance à un village « authentiquement ivoirien »...

L'intervention des Marsouins français montre que la frontière est très ténue entre une intervention dite « humanitaire », pour se porter au secours des ressortissants français et étrangers, et un engagement de nature à conforter sur le terrain l'une ou l'autre des parties en présence. Jusque dans les années 1990, les interventions militaires d'urgence, dans l'ancien pré-carré francophone, avaient le plus souvent débouché sur des actions en faveur de régimes alliés à l’ex-métropole française. Cette fois encore, dix jours après le déclenchement du conflit, et sur demande insistante du gouvernement ivoirien, Paris s'est finalement résolu à faire jouer partiellement l'accord de défense franco-ivoirien, acceptant de fournir à l'armée ivoirienne un soutien en matière de transmissions, transport, et ravitaillement, au risque de s'impliquer plus avant dans le conflit. « La France ne nous lâche pas », a aussitôt commenté le ministre ivoirien de la défense. L'intervention, pour la première fois dans cette région, de GI's américains a été interprétée comme le signe que Paris perdait sa prééminence dans une zone qui était son ancien « pré-carré », mais où on ne lui fait plus confiance à 100 %...

Sur le plan politique, alors que son régime a paru aux abois, c'est la question même de la légitimité politique de M. Laurent Gbagbo qui risque d'être posée : beaucoup n'ont pas oublié qu'il a été imposé par la rue abidjanaise, à la suite d'une élection contestée dont son principal rival, M. Ouattara, avait été écarté. L'inquiétude vient du fait que, plus de quarante ans après l'accession du pays à l'indépendance, les partis ont plus que jamais une assise régionaliste : les Bété pour le Front populaire ivoirien (FPI) du président Gbagbo, les Dioulas et les descendants d'immigrés sahéliens pour le RDR de M. Ouattara, les Akan pour le Parti démocratique de Côte-d'Ivoire (PDCI) de M. Henri Konan Bedié. Après cette nouvelle crise, le Forum de réconciliation nationale laborieusement mis en place par le président Gbagbo a volé en éclats.

Ce nouveau putsch, s'il débouchait sur une exigence de démocratisation et d'unité nationale, pourrait faire apparaître ces mutins comme de possibles «  combattants de la liberté », et déboucher sur un processus semblable à ceux dans lesquels se sont illustrés le capitaine Jerry Rawlings au Ghana, ou le général Amadou Toumani Touré au Mali. Mais il se pourrait au contraire que, dans ce chaudron ivoirien, les mutins se muent - faute de dessein politique, ou de moyen de l'exprimer - en inquiétants desperados, versant dans les horreurs dont s'étaient rendus coupables, dans la région, les miliciens du Libéria ou de la Sierra Leone.

Par ailleurs, l'armée française - qui effectue son premier grand retour interventionniste dans son ex « pré-carré » depuis la catastrophe du Rwanda - risque, en s'installant, et en faisant jouer de plus en plus l'accord de défense avec le gouvernement « légal », de prêter le flanc aux accusations d'ingérence, de « geler » les fronts, et de consacrer une possible partition de fait du pays... ce qui ne manquerait pas d'avoir des conséquences en cascade sur toute la région ouest-africaine. »

Peut-être n’aurais-je pas dû citer un aussi long passage mais comment comprendre ce qui se passe autrement que sous la plume d’un initié? Si j’ai fait quelques réserves quant au contenu, je ne peux qu’adhérer à la réflexion selon laquelle le retour de l’armée française est « interventionniste ». J’ai aimé la réflexion d’une personne dont j’ai oublié le nom mais qui disait avec juste raison : « Que penserait-on de l’intervention de l’armée ivoirienne si des évènements similaires à ceux d’Afrique survenaient un jour en France ? » De toutes façons, je crois que les soldats recevraient une volée de balles avant même qu’ils ne touchent terre !

 

Le 7 Octobre

 

Jean Paul II a donné hier un nouveau saint à l’Eglise, le 465ème de son pontificat. Il s’agit de l’Espagnol Josémaria Escriva (1902-1975) dont la canonisation a provoqué ce week-end le déferlement à Rome du peuple de l’Opus Dei. Il y a dix ans, en mai 1992, sa béatification avait suscité des grincements de dents et déclenché de nombreuses polémiques. Il est évident que pour la communauté dont je suis cette organisation traditionaliste laïque fondée en octobre 1928 à Madrid a toujours été entourée d’une réputation sulfureuse en raison de sa connivence avec la dictature franquiste.

J’ai trouvé dans un article du Monde Diplomatique de 1995 ce troublant passage qui montre combien l’organisation espagnole a de tentacules même dans notre pays : « Si l’intégrisme musulman fait la ‘une’ des journaux, les activités de la droite chrétienne s’effectuent souvent dans l’ombre, comme en témoigne la troublante ascension de l’Opus Dei. Milice religieuse au comportement de secte, héritière d’un anticommunisme militant, puissance à la fois économique et politique, l’œuvre exerce une influence multiforme sur l’Eglise mais aussi sur les pouvoirs temporels qu’elle cherche à infiltrer. On retrouve ses proches jusque dans le gouvernement de Monsieur Alain Juppé. Mais cette garde blanche du Vatican, très liée au pape Jean-Paul II dont elle a permis l’élection, suscite aussi des résistances. Au nom de leur foi, bien des chrétiens rejettent ‘la dictature spirituelle’ de l’œuvre et craignent que cette ‘arme du pape’ ne soit à double tranchant et ne se retourne un jour contre lui. »

Il semble évidemment que tout aille pour le mieux puisque le Pape, grâce à la mangue salvatrice, a vaincu ses troubles physiques et a pu mener à bien son entreprise qui est de doter l’Eglise d’un nombre impressionnant de bienheureux et de saints choisis bien sûr dans les éléments les plus conservateurs de notre société. L’opposition socialiste espagnole a bien essayé de fustiger la décision de la deuxième chaîne (TV2) de retransmettre en direct la cérémonie et un dirigeant socialiste a même dit :  « Le gouvernement semble considérer que nous devons tous voter pour le parti populaire d’Aznar, aller à la messe et nous inscrire à l’Opus Dei » mais le directeur général de la Radio Télévision Espagnole, José Antonio Sanchez, estime quant à lui que « la canonisation d’Escriva de Balaguer intéresse une majorité d’Espagnols. » Que demander de plus ?

Ce week-end est véritablement à marquer d’une croix blanche tant il est chargé d’évènements graves : Je tiens à mentionner la tentative d’assassinat perpétrée contre le Maire de Paris, Bertrand Delanoë :  je suppose que le responsable, Azzedine Berkane, aurait été une bonne recrue pour l’Opus Dei dont il partageait les idées réactionnaires puisqu’il a déclaré après son arrestation qu’il n’aimait ni les hommes politiques, ni la République ni les homosexuels (encore qu’en cette occurrence je suppose que les prêtres décents préfèrent appartenir à cette catégorie plutôt qu’à celle des pédophiles). Je crois seulement que si jamais il a entendu parler de l’Oeuvre, il devra remettre à beaucoup plus tard son adhésion :  il va en effet passer quelques années en prison ou en asile psychiatrique si son avocat fait valoir l’argument selon lequel il n’était pas tout à fait stable psychiquement. Le problème se pose en tout cas de savoir jusqu’à quel point les hommes politiques occupant des postes à risque doivent accepter une protection rapprochée surtout quand ils ouvrent des lieux qui attirent des milliers de curieux qu’il n’est pas possible de contrôler un à un.

En fait, la bonne nouvelle est l’éviction de madame Mégret de la mairie de Vitrolles suite à la victoire du socialiste Guy Obino. Voici qui ne doit pas déplaire à un certain Le Pen dont Mégret était l’adversaire le plus direct. Il doit se dire que les électeurs de son ennemi direct vont le rejoindre en dépit de ce qu’a pu affirmer le champion de l’extrémisme de droite. J’ai éprouvé un certain plaisir quand j’ai vu que les candidats de la droite dite libérale avaient recommandé à leurs électeurs de voter pour le candidat socialiste. Même s’il est minime, c’est un juste retour des choses car depuis son élection Monsieur Chirac n’a pas formulé nettement son appréciation de « nous » avoir vu voter pour lui au deuxième tour des présidentielles.

 

Le 12 Octobre

 

J’ai beaucoup aimé les Etats-Unis, les villes qui furent les plus chères à mon cœur sont New York et Istanbul, les deux hommes que j’ai aimés le plus profondément, ceux que j’appelle mes « Tentations » dans la première autobiographie que j’ai écrite, sont un Américain et un Turc. Je ne renie pas mon passé mais je dois dire qu’être allée voir « Bowling for Columbine » a jeté un drôle de coup à mes souvenirs et à mes amours. Heureusement ils ne sont plus et celui que j’appelais « mon prince venu de l’Ouest » n’a pas assisté aux évènements du 11 septembre. Je ne peux ainsi savoir comment il aurait réagi mais je veux seulement espérer qu’il aurait face à ce que l’Amérique est devenue les mêmes sentiments que Michael Moore.[59]

J’avais écouté des interviews de Michael Moore après qu’il ait reçu son prix au  festival de Cannes. Elles étaient savoureuses et ses propos trop passionnants pour qu’on puisse les oublier. Au cours de l’un d’entre eux que j’ai entendu sur une chaîne américaine mais dont j’avais manqué le début, je ne savais pas qui parlait. Je fus séduite seulement par le bon-sens de l’homme qui s’exprimait et qui paraissait connaître aussi bien les imbroglios de la politique française que ceux de son propre pays. Il a dit le plus clairement du monde que l’homme qui présidait aux destinées des Etats-Unis n’était à ce poste suprême que par la suite de magouilles effectuées par son frère, gouverneur du Texas, et son père, ancien Président des Etats-Unis, qui a manipulé la Cour Suprême de Floride.[60] J’ai alors pensé à tous les intellectuels américains que j’avais nommés dans un de mes Mots…dits et je me suis dit - quand j’ai su qui parlait - que Michael Moore n’était pas le plus mauvais exemple de l’humanisme américain.

Voici ce qu’il a écrit le 27 mai 2002 après avoir été primé à Cannes :

 

Chers Amis

Vous vous êtes éveillés avec la nouvelle que la nuit dernière, à Cannes, mon nouveau film « Bowling for Columbine » avait reçu le Prix Spécial du 55ème Festival de Cannes par décision unanime du jury. L’équipe du film et moi-même n’avions jamais fait une telle expérience.

Maintenant vous vous demandez sans doute ce qui est arrivé à ce type qui a écrit « Stupid White Men[61] ? » Je sais, on aurait pu penser que j’ai disparu pendant les mois d’Avril et de Mai. Contrairement aux rumeurs sauvages que cette nouvelle a sans doute suscité, je n’ai pas été enlevé par les amis d’Ashcroft pour avoir violé le nouveau « Patriotic Act » (loi patriotique) [62]

En vérité, le périple organisé pour présenter mon livre a perdu toute mesure et avant que je ne m’en rende compte j’étais apparu 64 fois dans quarante sept villes différentes quand, le matin de mon anniversaire, j’ai été réveillé par un appel téléphonique de France me demandant si j’autorisais mon film à être montré au Festival de Cannes. Que répondez-vous à un tel appel ? « Hé ! C’est mon anniversaire, que diable ! J’essaie de dormir ! »

Je suis tout de même retourné précipitamment à New York pour m’envoler trois heures après vers la France. Je suis à Cannes depuis lors et le directeur du Festival a dit que la « standing ovation » après l’annonce de ma récompense avait duré 13 minutes. En quelques heures, des douzaines de pays avaient acheté les droits de distribution du film à la compagnie canadienne qui le « possède » (oui, les producteurs reçoivent tout le fric et nous… rien de plus qu’un billet d’avion !)

… « Bowling for Columbine » est mon regard personnel de l’Amérique à l’aube de ce nouveau siècle. Il n’est pas spécifiquement sur Columbine et certainement pas sur le bowling. Ce que j’ai le plus aimé dans mon speech de remerciement au Festival est : « Ce film est la garantie que George W. Bush ne sera pas réélu. » Après tout, on peut toujours rêver et puis ce n’est qu’un film mais je remercie tout le monde du plus profond de mon cœur.

 

Si j’ai voulu traduire quelques passages de cette lettre, c’est pour montrer que si Michael Moore a des convictions profondes quant au devenir de son pays, il ne manque jamais d’humour. Ceci dit, il faut peut-être revenir à cette « Columbine » qui n’a malheureusement aucun rapport avec la soubrette à l’esprit vif de la « commedia dell’arte. » « Columbine » est une école américaine sise à Littleton dans le Colorado où  deux élèves ont tué en 1999 douze de leurs camarades et un professeur avant de se donner la mort. Pourquoi « Bowling » ? Parce que Eric Harris et Dylan Klebold avant de commettre leur forfait ont joué dans la « bowling alley » proche de l’école, allée fatidique qui sera trois ans plus tard la scène d’un vol et d’un triple homicide.[63] J’ai pour ma part trouvé le documentaire un peu long et répétitif et je voudrais essayer d’en extraire ce que je considère comme les moments les plus exceptionnels de cette expérience :

Le début du film pose le problème des armes d’une façon imprévue et typiquement américaine en ce sens qu’il n’est pas possible qu’une telle chose puisse arriver dans un autre pays. Michael Moore arrive à Littleton, se rend à la banque, annonce à la préposée qu’il est membre de La NRA (National Rifle Association : Association des Possesseurs d’Armes à Feu.) A ce titre il demande si le fait d’ouvrir un compte lui permettra de se voir remettre un fusil. La dame lui répond le plus simplement du monde par l’affirmative et lui révèle sans la moindre difficulté que le coffre-fort de la banque comporte cinq cents armes prêtes à être remises aux personnes désireuses d’ouvrir un compte. Elle ne saisit même pas l’humour noir de Michael Moore se permettant de souligner qu’il est tout de même rare de voir une banque tout à la fois organisme public de dépôt d’argent et dépôt d’armes ! 

Charlton Heston est également un personnage essentiel de cette tragédie. Par deux fois, suite aux catastrophes de Littleton et plus tard de Flint, il est venu sans vergogne et malgré la peine que pouvaient ressentir les familles des victimes faire devant les membres de l’Association l’apologie des armes ou mieux de la possession d’armes qui permet aux « Blancs » américains de se défendre contre les « Blacks ». Je crois que j’avais déjà entendu mentionner quelque part l’appartenance de Charlton Heston à l’extrême-droite bien pensante des Etats-Unis mais je ne le savais pas tellement impliqué.

Le troisième moment fort du documentaire est la visite que font le cinéaste et deux garçons blessés lors des évènements de Columbine au siège social du supermarché qui a vendu les balles aux adolescents. Reçus une première fois par une employée qui ne peut prendre aucune initiative, ils vont acheter toutes les balles au « Q. Mart » qui les a vendues et reviennent les bras chargés de leurs emplettes au siège social. Ils sont prêts à y demeurer jusqu’à ce qu’un responsable les reçoivent. Ils sont récompensés (nous le sommes également) quand la responsable fait la promesse solennelle que d’ici quatre vingt dix jours toutes les balles seront définitivement retirées de la vente.

Je pourrais également parler de l’entrevue de Michael Moore et du chanteur Marilyn Manson[64] qui a la réputation d’entretenir l’esprit de violence des adolescents, de sa rencontre avec tous les responsables des fabriques d’armes qui, tel le PDG de Nike, se donnent bonne conscience en exploitant les employés sans travail, de sa visite à Charlton Heston lui-même qui, bien à l’abri dans sa résidence de Beverly Hills, protégé par des fusils qui ne lui sont d’aucune utilité, le renvoie après quelques instants d’audience quand il s’aperçoit que Michael Moore, sous couvert de son appartenance à la NRA, est venu au contraire stigmatisé son combat pour les « valeurs » américaines.

Je pourrais parler de tout cela mais je ne résoudrais pas plus que le cinéaste lui-même le problème de la violence aux Etats-Unis. Je ne saurais dire pourquoi plus de onze mille personnes sont tuées chaque année aux Etats-Unis alors que le Canada voisin où huit millions de ressortissants sur une population totale de trente possèdent des armes (parce qu’ils sont chasseurs) ne voit tomber qu’une soixantaine de victimes dans le même laps de temps. Je ne saurais dire la raison pour laquelle Charlton Heston prétend que les Etats-Unis ont toujours été obligés de tuer pour assurer leur survie alors que l’Allemagne qui a tué plus que la plupart des Etats de la planète n’a pas plus de deux cents victimes à son palmarès (toujours annuellement.)

D’ou provient la violence ? Les réponses sont trop nombreuses pour qu’on puisse choisir l’une d’entre elles plutôt qu’une autre car il ne semble pas que la pratique des armes à feu ait une seule cause dans les évènements de Littleton, de Flint ou de toutes les autres villes où des tentatives meurtrières ont eu lieu. Michael Moore accuse en particulier la présence oppressante des usines d’armements à proximité des petites villes. D’autres observateurs disent que les enfants ou les adolescents n’agissent pas toujours de leur propre volonté. Ils sont amenés à la violence par d’autres facteurs que l’habitude de manier les armes à feu qu’ils ont pu observer chez les adultes. Dans le cas de la tuerie de « Columbine », on a parlé ouvertement d’une drogue nouvelle qu’auraient absorbée les deux garçons avant de commettre leur méfait et, comme on va le voir, de musique violente. En examinant l’ordinateur de Michael Carneal, 14 ans, l’assassin de trois fillettes, Jessica James, Kayce Steger, Marie Hadley[65] et d’un professeur, (blessant cinq autres personnes) à Paducah dans le Kentucky, la police a découvert qu’il aimait les films obscènes et violents et les jeux. Parmi les films favoris qu’il regardait sur Internet figuraient « Basket Ball Diaries » (Chroniques du Basket Ball) et « Tueurs Nés », film qui a influencé également les tueurs de Columbine. Dans « Tueurs Nés », la mère est brûlée vive dans son lit après que le père ait été poignardé et noyé. Les enfants qui ont perpétré ces forfaits sont célébrés partout dans le monde. Dans « Basket Ball Diaries », sur fond de heavy metal rock[66], un jeune garçon pénètre dans une salle de classe et tue plusieurs élèves et un professeur. Michael Carneal était également un passionné de Doom[67], le jeu extrêmement en vogue aux Etats-Unis qui consiste pour l’essentiel à passer rapidement d’une cible à l’autre et à tirer sur ses « ennemis » en visant surtout la tête. Le jeune Carneal, qui n’avait jamais utilisé d’armes auparavant , a réussi à toucher huit personnes, cinq à la tête, trois à la poitrine, avec seulement huit balles !

Comment puis-je conclure alors sinon dire que Michael Moore est un bon observateur, qu’il a des idées saines à l’égard des princes qui nous gouvernent et de ceux qui les suivent aveuglément, que nous avons raison d’avoir peur quand nous connaissons les intentions belliqueuses de Bush à l’égard de l’Iraq et des autres pays qu’il a l’intention de mettre à l’épreuve des « valeurs » américaines. Oui mais… a-t-il trouvé un remède à la violence des hommes ? A-t-il même trouvé la cause de la violence des hommes ? Je ne le crois pas et si je me range à ses côtés, c’est parce que ses mots sont les plus justes et les plus courageux que j’aie entendus dans la bouche d’un « ami » américain.

 

Le 13 Octobre

 

Au moment où je terminais ces quelques pages sur la violence vient de tomber la nouvelle effrayante de l’attentat de Bali, cette île enchanteresse qui évoque toutes les danseuses que nous avons pu admirer sur les écrans ou au théâtre, attentat qui a fait parmi les touristes des centaines de victimes. Il n’a pas encore été revendiqué mais peut-être Michael Moore pourra-t-il un jour nous offrir un documentaire sur la violence causée par une lecture erronée du Coran, lecture que n’aurait jamais voulu faire le Prophète dont les Islamistes se réclament. Voici encore une des raisons pour lesquelles, si nous sommes à même de décrire la violence, ses causes sont tellement nombreuses et diverses qu’il est bien difficile de les déterminer et par conséquent d’y porter remède.

 

Le 26 Octobre

 

Je me suis trop souvent émue de la situation en Tchétchénie pour me poser cette question au lendemain de la prise d’otages dans un théâtre de Moscou par des « autonomistes » tchétchènes : « La fin justifie-t-elle les moyens ? » Il y a cependant une chose dont je suis persuadée et que j’ai répétée à maintes reprises : la Russie, en refusant de respecter l’indépendance de communautés musulmanes pour des raisons diverses dont la plus importante est en relation directe avec la production et le transport de l’or noir, a radicalisé la tradition religieuse de ces communautés : on a pu constater les effets désastreux de cette attitude en Afghanistan. Il semble qu’elle ait eu pratiquement les mêmes conséquences en Tchétchénie.

J’aimerais à cet égard évoquer deux articles, l’un  du Nouvel Observateur rapporté par Laurent Jauffrin en 2002 à propos de la Tchétchénie, l’autre « Les jihadistes et la guerre de Tchétchénie » (paru dans la Revue Militaire Canadienne – Vol.1 – N°3) rédigé par Patrick Armstrong qui est un spécialiste canadien de la Russie dont l’analyse me paraît extrêmement pointue. J’ai choisi dans chaque article deux passages qui me paraissent essentiels pour faire comprendre l’évolution inéluctable prise par les évènements dès que les Russe ont décidé de reprendre la guerre en Tchtéchénie après une période où cette république du Caucase a été relativement indépendante. Je connais trop cette mystique d’amour et de paix qu’est le soufisme pour me dire que les Russes en général et Poutine en particulier sont bien trop agressifs pour comprendre les motivations de communautés qu’ils ont décidé de prendre sous leur coupe en rappelant que les tsars ne faisaient pas autrement. Devant les exactions, les crimes, les destructions systématiques, les partisans de AlQaïda et de Bin Laden ont eu beau jeu d’entrer en scène. Voici les deux passages :

 

Quand les Tchétchènes ont pu voter librement, ils se sont prononcés à 90% en faveur de l’indépendance. Ils demandent l’ouverture de négociations, que le gouvernement russe refuse. Celui-ci agite le danger islamiste. Or les Tchétchènes sont, pour l’essentiel, adeptes du soufisme, cette variante mystique et pacifique de l’islam. Des milices islamistes sont présentes en Tchétchénie, les « wahhabites ». Tout en acceptant leur présence, qui le sert sur le plan militaire, le président Maskhadov s’en tient à distance et décline les offres de soutien militaire faites par les pays musulmans.

 

 Lors de la première guerre[68], nous combattions sous la bannière de « la liberté ou la mort ». Nous menons cette deuxième guerre[69] sous la bannière de l’islam. Tous les Tchétchènes, tant leurs dirigeants que chaque membre des mujahiddin, combattent pour faire régner sur ce pays la Loi divine d’Allah le très Haut. » Selon Shamil Bassayev, commandant le plus important des jihadistes tchétchènes, « Le Jihad durera jusqu’à ce que les musulmans libèrent leur pays et rétablissent le Khilafa, un califat étatique islamique. » Ou encore, selon les mots de Khattab, le chef arabe des forces mujahiddin, « Cette guerre est effectivement une guerre des chrétiens en croisade contre l’islam et son peuple. » Ces gens recherchent bien plus que l’indépendance envers la Russie. Pour eux, la Russie n’est qu’un ennemi et la Tchétchénie un front parmi d’autres d’un djihad mondial. »

 

A la lecture de ces lignes si explicites, comment ne pas essayer de comprendre sinon de l’approuver la prise d’otages par Arbi Baraïev[70] et son commando ? Mais évidemment on se demande comment une opération d’une telle envergure a pu être menée à bien sans une aide efficace à l’intérieur même du théâtre ? Et puis, je voudrais être sûre que jamais, au grand jamais, des forces d’intervention occidentales n’auraient pris le risque, quand le but était d’éliminer les « terroristes », de tuer autant d’otages - 117 à l’heure où j’écris n’ont pu être ranimés - je voudrais être sûre que si les « sauveteurs » avaient eu l’ordre d’employer un soporifique[71], ils auraient eu l’antidote afin de pouvoir l’administrer aussitôt les victimes  sorties du théâtre.[72]

 

Le 9 Novembre

 

Les catastrophes succèdent aux catastrophes, un tueur fait feu aux Etats-Unis sur tout ce qui bouge, les compartiments de voyageurs prennent feu en pleine nuit, les autos se catapultent sur les autoroutes, les avions se crashent, Sarkozy fait chasser les SDF et les immigrés clandestins dans la rue alors qu’il pleut à torrents et que nous sommes au seuil de l’hiver, les membres de ce gouvernement qui prétendent s’intéresser à la France d’en bas n’en finissent pas de la brimer, de proclamer des interdits comme si la suppression des films X à la télévision pouvait avoir une quelconque influence sur le comportement des jeunes qui peuvent s’abreuver d’images autant qu’ils le veulent sur Internet, comme si l’interdiction de racoler dans la rue pouvait mettre fin au plus vieux métier du monde[73]… En fait la seule bonne nouvelle de ces derniers jours vient d’une famille dont le fils qui est un fan de la série américaine « Les Simpson » a sauvé sa mère de l’asphyxie en lui pressant à plusieurs reprises au bas de l’estomac comme il l’a vu faire par un des membres de cette famille qu’on dit pourtant la plus dépravée des Etats-Unis ! Je trouve merveilleux qu’en ces temps difficiles il se trouve encore des gens pour aller au théâtre, au musée ou au concert, pour écouter France Culture et France Musique. Heureusement ces choses-là ne sont pas encore interdites mais… pour combien de temps ?

 

Le 12 Novembre

 

Je passe sous silence la commémoration de la victoire de 1918 parce que - je l’ai déjà dit - nous n’avons pas dans ma famille la fibre « anciens combattants » même si mon père a fait toute la Première Guerre Mondiale, cette terrible boucherie pour marchands de canons qui a vu mourir tant de nos enfants et tant d’enfants outre Rhin, et si mon frère et moi-même avons participé à la Seconde après notre évasion de France Occupée. Je passe donc à toute autre chose :

J’ai entendu ce matin même (Lundi 12 novembre) aux nouvelles de France Inter que jamais Poutine n’accepterait de rendre son indépendance à Kaliningrad, l’ancienne Königsberg, malgré les demandes réitérées de l’Union Européenne. Quand je persiste à dire : Russie des Tsars, Union Soviétique, Russie de Poutine, même combat, je ne crois pas avoir tort. L’histoire de Kaliningrad est exemplaire de cette volonté d’expansion qui a toujours poussé la Russie plus avant vers l’Est et vers l’Ouest. Cette région de Kaliningrad était au XIIème siècle peuplée des tribus prussiennes, lituaniennes et Coures (peuples proto-balte d’origine indo-européenne, cousins de lituaniens et des lettons, les Coures ont donné leur nom à la région appelée « la Courlande). Les Chevaliers teutoniques y arrivèrent en 1230. Depuis cette époque la Lituanie a connu son apogée au XVème siècle, a disparu au XVIIIème pour vivre sous le joug de la Russie de 1795 jusqu’à la première guerre mondiale. L’Allemagne a occupé la Lituanie de 1915 à 1919, l’a perdue entre les deux guerres mondiales, a repris les territoires perdus par le Kaiser en 1939. En 1945, l’Armée rouge envahit la Prusse Orientale. Königsberg est investie : Staline donne 24 heures à la population allemande pour évacuer la ville et installe à leur place des citoyens soviétiques originaires de tout l’empire, le russe est la langue obligatoire, la russification et la soviétisation sont totales. La ville est rebaptisée Kaliningrad. En 1991, avec la fin de l’Union soviétique, la Lituanie est redevenue indépendante mais pas la ville de Kaliningrad : la ville prussienne a été entièrement démolie par les Soviétiques et sont apparus les mêmes bâtiments qui ont été l’apanage de toute l’Union durant le régime stalinien.

Seul port sur la mer baltique qui ne soit pas pris par les glaces en hiver, situé sur un territoire enclavé, le transit des convois militaires représente le point névralgique des négociations pour la Russie avec ses voisins directement concernés. Ce transit est vital pour sa sécurité et celle de ses échanges commerciaux.  Dès l’intégration de la Pologne et de la Lituanie au sein de l’UE, le territoire de Kaliningrad deviendra une  enclave russe dans l’Union européenne. Et bien sûr l’Europe et la Russie ne parviendront pas à s’entendre au sujet de cette situation paradoxale car il n’est pas une seconde envisageable que Poutine accorde à la ville son indépendance. Les personnes âgées, toutes d’origine russe, ne peuvent qu’accepter le statu quo mais les jeunes ne sont pas heureux, la ville étant gérée entièrement par les militaires. Ils entrevoient un monde où ils auraient du travail, ils cherchent à sortir du carcan où ils sont maintenus et, bien sûr, Poutine ne les laissera pas faire. A quand la prochaine guerre pour le maintien de Kaliningrad sous la férule de la Russie ? A noter que le nouveau KGB, le Fsb, est solidement installé dans la ville.

 

Le 14 Novembre

 

NEW YORK (AFP) - L'Irak a accepté mercredi sans réserve la résolution 1441 du Conseil de sécurité durcissant le régime des inspections en désarmement sur son sol et lui donnant une dernière chance d'éviter une guerre :

« Nous sommes préparés à recevoir les inspecteurs afin qu'ils puissent remplir leur devoir et s'assurer que l'Irak n'a pas développé d'armes de destruction massive depuis leur départ en 1998 », a écrit le ministre irakien des Affaires étrangères Naji Sabri dans une longue lettre adressée à l'ONU. « Le travail des inspecteurs confirmera que depuis » ce départ, « l'Irak n'a jamais produit et n'a pas non plus été en possession d'armes de destruction massive, nucléaires, chimiques ou biologiques », a-t-il ajouté.

Le Président Bush est sceptique mais il ne pourra faire autrement que d’attendre les prochaines étapes et nous avec lui.

 

Le 16 Novembre

 

Pour une fois, je ne voudrais pas évoquer la politique internationale mais seulement la toute petite histoire qu’a constituée mon après-midi d’hier : pour compléter mes derniers Mots…dits, la chronique que je tiens sur le forum ecrits-vains, je voulais voir « Dragon Rouge » afin de le comparer au « Cinquième Sens ». J’avais vu celui-ci à San Francisco il y a une dizaine d’années : tous deux sont inspirés du même livre de Thomas Harris et ont pour héros le fameux Dr Lecter.

J’ai l’habitude de me rendre le dimanche matin dans un cinéma de Boulogne-sur-Seine qui donne les films anglo-saxons en version originale. Les séances ont lieu vers 11 heures du matin ce jour-là et mes yeux ne sont pas encore trop fatigués. Comme hier cependant j’avais mon après-midi libre, j’ai décidé de changer mes habitudes. Arrivée à Boulogne, j’ai tout d’abord cherché une place pour ranger ma voiture, ce qui n’est pas chose aisée je vous le jure. J’en ai trouvé une au bout d’une petite demi-heure. Partie de chez moi vers une heure moins le quart, il était déjà plus d’une heure et quart, la séance était à deux heures dix et je n’avais pas déjeuné.

 L’horodateur commença tout d’abord par refuser mes pièces. Je tentais alors d’introduire dans l’horodateur à carte celle que j’avais achetée à Paris. Refusée également. Comme je savais qu’elle n’était pas périmée, voulant aussi éviter une contravention, je préparais un mot pour le ou la contractuelle, précisant que j’allais acheter une carte de Boulogne et reviendrais aussitôt. Un quart d’heure pour trouver un bureau de tabac qui ne délivrait pas de carte comme il est d’usage à Paris. Le monsieur me dit d’aller à la poste chercher une carte « moneo » sans laquelle il n’y a pas de vie possible dans la commune ! On me délivra la carte à la dite poste après que j’eus attendu quelques minutes dans la file d’attente et montré ma carte bleue qui pouvait ne pas être compatible avec les exigences requises. Je payais six euros et la préposée eut la gentillesse de venir avec moi à la borne où, à l’aide de ma carte bleue, je pourrais valider la carte en question acceptable par l’horodateur. Manque de chance, une jeune femme se battait avec la dite borne qui refusait de lui valider sa carte. Elle me céda la place pour voir si j’aurais plus de chance qu’elle : malheureusement, il me fut répondu que mon compte bancaire n’était pas approvisionné et que par conséquent on ne pouvait donner suite à ma demande ! Regards soupçonneux de la préposée qui accepta, devant mes protestations d’innocence et après avoir demandé la permission à son chef de me rembourser mes six euros.

Il était plus de deux heures et je ne pouvais aller au cinéma puisque j’avais laissé ma voiture sans le papillon nécessaire à son maintien dans la rue pendant les deux heures dont j’avais besoin pour voir mon film. Et puis j’étais affamée. Je revenais donc à ma voiture après m’être précipitée pour acheter un sandwich hors de prix chez « Linas », constatais avec plaisir que les contractuels n’avaient pas rodé par là en mon absence et me dis que tout n’était pas perdu puisque le film passait le soir même à l’Atrium de Chaville où je réside. Ayant achevé les dernières miettes de mon sandwich - à ce prix-là je ne voulais pas en laisser une seule aux oiseaux ! – je reprenais donc le volant, me trompais de chemin comme chaque fois que je reviens du cinéma de Boulogne, me disant que je m’arrêterais en route pour voir si je pouvais acheter mon billet de cinéma pour la séance de dix huit heures. J’eus la bonne surprise d’apprendre, en arrivant à l’Atrium que non seulement je ne pouvais obtenir mon billet avant la séance mais que « Dragon Rouge » ne se donnait pas à Chaville en version originale !!!

Il était quatre heures et demie quand je rentrais bredouille à la maison après avoir fait une ou deux courses sans intérêt

 

Le 21 Novembre

 

Nous sommes tellement tournés vers l'Est ou à l'Ouest vers les seuls Etats-Unis que je voudrais rappeler l'enlèvement d'Ingrid Bettancourt qui devrait toucher la France puisqu'elle a essayé de véhiculer en Colombie « nos » valeurs. On parle d'elle ce matin sur France Inter mais les seuls renseignements que j'ai pu trouver sont ceux que je rapporte ci-après et qui remontent déjà à plusieurs mois. Cette femme risque sa vie trois fois: elle peut être exécutée par ses ravisseurs, tuée par les troupes colombienne qui mitraillent les guérilleros ou mourir de la malaria qui sévit dans ces forêts chaudes et humides.

« La chaîne de télévision colombienne Noticias Uno a diffusé mardi une vidéo montrant Ingrid Bettancourt, ancienne candidate des Verts à la présidence du pays enlevée par les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) le 23 février 2002 et dont on était sans nouvelle depuis. Cette vidéo de vingt-deux minutes enregistrée dans la jungle colombienne le 15 mai montre une femme visiblement amaigrie, qui réclame au procureur général de la République d'enquêter sur les circonstances de son enlèvement par les guérilleros des FARC. Ingrid Bettencourt a été enlevée alors qu'elle tentait de se rendre dans l'ancien fief des FARC après la rupture du processus de paix par le gouvernement colombien. »

Doit-on se joindre aux efforts qui sont faits pour qu'Ingrid Bettancourt soit libérée? Je le suppose tout en n’étant pas très au fait de la guérilla colombienne. La seule réaction que je puisse avoir me vient du cœur quand je vois un être humain pris en otage par un autre, quelle que soit leur pensée politique respective.

 

Le 28 Novembre

 

Je tiens à faire connaître ici le fil que j’ai ouvert il y a deux jours sur mon forum littéraire http://www.ecrits-vains.com (suite à un mail d’André Chouraqui), le croyant suffisamment explicite pour qu’un grand nombre d’entre nous en profite :

 

Si je me permets de faire passer sur le forum le message ci-dessous, c'est que j'ai clamé haut et fort mon désir de voir s'établir des relations meilleures entre Israël et la Palestine, c'est que je classe Ariel Sharon parmi les extrémistes de tous bords, c'est que si l'on a arraché la kippa de petits Juifs des banlieues qui eussent à mon avis mieux fait de ne pas la porter en public, jamais un Juif des banlieues n'a répondu en arrachant le foulard à une Musulmane (je n'ose penser à quelles représailles il se serait exposé dans ce cas !), c'est que si les synagogues et les écoles juives des banlieues ont été en partie détruites, jamais une riposte ne s'est exercée sur une mosquée de banlieue, c'est que toute l'oeuvre d'André Chouraqui montre qu'il est un oecuméniste convaincu, traducteur des 26 livres de la Bible (ancien et nouveau testament) avec l'imprimatur du Vatican et traducteur du Coran avec l'autorisation de l'Institut Coranique du Caire, auteur en particulier de « Mon Testament, le Feu de l'Alliance », c'est que j'aurais pu avoir la lâcheté de ne pas faire passer l'article pour ne pas m'exposer à vos réactions qui, pour certaines d'entre elles vont être très fortes, et que je n'ai plus toujours le courage de m'exposer. Voici ce que je voulais vous dire comme  prologue :

 

Le CRIF et toutes les Associations du Judaïsme français demandent à toutes et tous de protester poliment mais fermement. Les livres pour la jeunesse sont soumis à une loi 16 Juillet 49. Voici que l’éditeur Flammarion se lance dans le délire anti-juif avec incitation à la haine et au meurtre : il faut absolument dénoncer cette soi-disant « littérature pour la jeunesse » sinon, nous verrons bientôt des kamikazes dans nos banlieues ! C’est la rentrée littéraire et les éditions Flammarion publient cette semaine un roman destiné à la jeunesse, plus particulièrement aux adolescents intitulé « Rêver la Palestine ». Il s’agit d'une première œuvre, un premier roman, traduit de l’italien. L’auteur est, parait-il, une jeune fille de quinze ans. Elle s’appelle Randa Ghazi. Elle est d’origine égyptienne et vit avec ses parents en Italie : une œuvre donc écrite par une adolescente pour les adolescents. Les héros de ce roman sont eux aussi de jeunes palestiniens de la bande de Gaza. Flammarion a décidé de promouvoir ce livre en France et le présente comme un roman héroïque dune grande qualité littéraire. Quinze ans, c’est l’âge pour découvrir le monde, c’est l’âge où l’on se cherche une grande cause à défendre. « Rêver la Palestine » est le type même d’ouvrage qui se propose de répondre à cette attente. Dès les premières pages, le roman s’avère être un torrent d’immondices. Les jeunes palestiniens, héros de cette fiction, luttent contre des soldats israéliens qui assassinent froidement les enfants, les vieillards, qui violent les femmes, profanent les mosquées et brisent les os des nourrissons. Ces jeunes ados palestiniens finissent par se rendre à l’évidence « Les juifs sont un peuple maudit, il faut tuer tous les Israéliens », voilà le type de dialogue qui jalonne les deux cent pages du roman.

 

Extraits de « Rêver la Palestine », éditions Flammarion, Collection Grands formats pour grands adolescents 206 pages. 109 euros Auteur : Randa Ghazi.

Personnages : 

Le héros, Ibrahim, 30 ans. Le seul livre qu’il lise volontiers, c’est le Coran. Cette passion lui a été transmise par son père, muezzin dans la mosquée de la ville, un homme très religieux, tué par la guerre - Gamal, vingt ans, jeune naïf. Il n’a même pas le brevet. La seule chose qu’il sache faire, c’est crier «Sharon, Salaud, Assassin, sans même savoir, en réalité, quelle tête il avait, ce qu’il avait fait dans la vie. Il savait seulement que c’était un salaud et un assassin. Gamal avait accepté une haine qui n’était pas la sienne, qui était celle d’un peuple. »

Page 24 :

Gamal commet un attentat suicide : « ...Voilà, Gamal, il a grandi comme ça, sans la possibilité de choisir (...) et puis tout le monde savait que ça arriverait, tout le monde le savait, c’était comme ça (...) il s’approcha d’une base de soldats israéliens, il se fit fouiller, et puis à un moment donné la bombe explosa, son torse se fragmenta en grumeaux, morceaux, fragments de chair, son corps explosa, il fit sauter à lui tout seul toute une zone de contrôle israélienne, cinq soldats moururent, en même temps que lui, cinq, et vu les centaines qu’il y avait partout on se demandait pourquoi, au fond, pourquoi foutre sa propre vie pour n’en tuer que cinq, des ennemis, c’est un nombre insignifiant...» (...) Tu nous manqueras, tu es courageux, vraiment je parle sérieusement, je ne sais pas si j’arriverais à la faire, nous nous souviendrons tous de toi, nous vaincrons, nous vaincrons aussi, grâce à toi, que D-ieu soit avec toi, et ils l’avaient laissé partir... »

Pages 31-34 :

Ibrahim se souvient de son père, Fath’i : « Ibrahim se sentait plein d’orgueil chaque fois qu’il entendait la voix forte de son père, amplifiée par les micros, qui appelait les musulmans à la prière (...) Son père ne manifestait de passion que pour une chose en dehors de la religion : la guerre. La guerre qui faisait rage sous ses yeux, la guerre qui avait tué ses camarades, ses amis, ses parents, la guerre qui se nourrissait de sang et de larmes et qui frappait âpre, forte à la porte de peuple palestinien (...) son père disait, ceci est notre terre, Et le Djihad est légitime. Légitime. Souvenez vous, Allah nous a dit défendez votre terre (...) et ce sera une guerre sainte, le Djihad. » Son père s’avança et s’arrêta devant lui et récita : Tu ne dois pas considérer comme morts ceux qui ont été tués sur le sentier d’Allah. Ils sont vivants au contraire et bien pourvus par leur Seigneur, heureux de ce qu’Allah, par sa grâce octroie. »

Page 35 :

Le père est abattu de sang froid par les soldats israélien : « Il vit son père étendu à terre et tous regardaient, et le sang souillait la place, le Coran taché et jeté à terre, ouvert, avec sa couverture brisée. Son père à terre, tout ce sang. Il était arrivé en paix, avec le Coran, il avait commencé à réciter des versets, condamnant les soldats, condamnant leur violence et leur brutalité (...) Les soldats de plus en plus inquiets, puis épouvantés, Fahti avait agité le bras vers eux, les accusant de crimes de sang, de crimes de foi (...) c’était au fond un vieillard, il ne faisait que réciter des versets mais ils étaient intervenus et finalement ils avaient tiré sur lui »

Page 44 :

Les soldats israéliens pénètrent dans une mosquée :  « Ils étaient carrément entrés avec leurs godillots laissant sur la moquette de prière immaculée boue et poussière (...) La tension était à son comble et elle exploserait, elle exploserait de manière terrible (...) Et Ibrahim vit alors ce qu’il savait redouter, et ce fut quelque chose dans les yeux de l’un des soldats, le plus crâneur, le plus arrogant (...) Les gens commençaient à crier, à dire allez-vous en, laissez-nous dans notre pays, dans notre patrie, allez-vous en, et laissez-nous seuls, n’entrez pas dans nos mosquées et ne bousillez pas nos vies (...) Un garçon, il pouvait avoir vingt ans, un jeune avec un jean déchiré et le keffieh enroulé autour du cou, se jeta en avant espérant sans doute être un héros, faire quelque chose de tangible, de concret pour son pays (...) le soldat le plus arrogant, en un éclair, d’un geste presque mécanique, du geste de qui est habitué à sortir son fusil, à tirer, à tuer, d’un geste presque mécanique, mécanique, fit feu...

Page 49 :                    

Un autre jeune qui lance une pierre est à son tour abattu : «  une femme sortit, à découvert et s’élança vers son fils, vers le corps désarmé étendu à terre, pleurant, hurlant, sanglotant : ebni, ebni ! mon fils, mon fils !, et au moment où les soldats la virent se jeter en avant, ils firent feu, tous les quatre, et la femme s’écroula à terre et le sang se mit à jaillir... »

Page 57 :

L’histoire de Gihad et Riham, deux adolescents palestiniens : « La famille de Gihad et de Riham, les parents et les petits jumeaux de quatre mois, avait été exterminée lorsqu’ils étaient encore enfants. Ce jour-là, les chars entrèrent dans le village et les soldats tirèrent sur toutes les personnes qu’ils trouvèrent, femmes, vieillards, enfants, ils entrèrent dans toutes les maisons, à quelques-unes ils mirent le feu alors que les familles étaient à l’intérieur, dans d’autres ils violèrent les femmes, volèrent l’argent et détruisirent tout, ils frappèrent les vieux et brisèrent les os des enfants, sans toutefois les tuer, pour que les gens puissent vivre longtemps avec des enfants, des garçons qui grandissaient invalides et qui étaient un poids pour les familles, pour que les gens en viennent à haïr ces petits enfants, ces garçons, qui un jour ne pourraient même pas défendre leur famille dans une Intifad. »

Page 64 :

Riham s’exclame :  « Cette guerre est notre plaie (...) Bon sang, il n’y a pas moyens d’arrêter les pécheurs, les juifs ? Ils nous tuent tous, pourquoi ? »

Page 76 :

Ramy, le médecin chrétien de l’hôpital :  « Je sais Mohamad. Des scènes comme ça, j’en vois tous les jours : à l’hôpital, et puis quand je rentre chez moi, parce que mes nuits sont peuplées de cauchemars.. Ces israéliens sont des brutes, des brutes, il faudrait les tuer tous. » Mohamad, un adulte réplique : « Je m’en fous de la paix, la paix elle est irréalisable maintenant ! Ils veulent nous exterminer tous, la voilà la vérité, alors ça me déplait pour Arafat, mais je dois faire quelque chose. Les juifs sont tranquilles dans leurs maisons et nous au contraire on a des hôpitaux pleins de gens qui meurent, et des villages détruits, des vieux frappés et des femmes violées. On ne peut pas permettre que ça continue comme ça ! Ecoute Ramy, J’ai pris une décision. Je dois faire quelque chose ! »

Page 77 :

Mohamad poursuit :  « Pourquoi nous font-ils ça ? C’est un peuple maudit, je te le dis Ramy, c’est un peuple maudit, ils ont tellement souffert mais maintenant ils veulent nous faire payer ce qui leur est arrivé (...) Pourquoi continuent-ils à se mettre du sang sur les mains ? »

 

Page 85 :

Ibrahim :  « Si la violence est le seul moyen qui reste pour parvenir à la paix, il faut l’accepter et chercher à avoir le dessus. » 

Page 86 :

Nedal : « Eux, ils ne se demandent pas si leur Dieu accepte la violence (...) ils nous infligent les tortures qu’on leur a infligées (...) Ils viennent occuper nos terres et font feu sans même regarder leurs victimes en face. Si je me trouvais devant un juif, je lui demanderais : mais tu n’as pas peur du Seigneur ? Et je voudrais bien savoir ce qu’il me répondrait, va savoir... »

Page 86 :

Ibrahim :  « Nous l’avons essayée cent fois la voie du dialogue, et cent fois, ils n’ont pas respecté les accords, ils ont fait ce qu’ils voulaient, en s’opposant au monde entier (...) Chercher la voie du dialogue maintenant ça reviendrait à se rendre à leurs brimades et à se soumettre à leur volonté. » L’action se poursuit, les adolescents grandissent.

Page 126 : 

« Ils grandissaient tous comme ça, submergés par la douleur et par la colère et il était hypocrite et injuste de les critiquer quand ils lançaient des pierres ou se tuaient pour devenir Shuhada, (martyrs ), c’était si injuste. Comment aurait-il pu, un jour, lui, Ibrahim, reprocher à Ahmed la violence dont il ferait certainement preuve dans l’avenir envers les israéliens ? Il est trop facile de critiquer ceux qui utilisent la violence. »

Pages 127 :

A propos d’Ibrahim : Parfois, quand sa haine envers l’ennemi devenait aiguë, presque violente, il prenait le Coran entre ses mains et prêchait à ses amis : « Ô fils d’Israël, rappelez-vous les faveurs dont je vous ai comblés et de quelle façon je vous ai préférés aux autres peuples du monde.» (Sourate II, Al-Baqara). Il le les a libérés et sauvés et c’est comme ça qu’ils le remercient ? En tuant ses fils ? Mais ce sont des pécheurs ! »

Pages 165-166 :

Ibrahim assiste à une manifestation de gamins portant des banderoles à la gloire du Djihad : - Ces enfants étaient condamnés à une vie de violence, et leur mort était déjà écrite, leur fin déjà décidée, ils étaient prisonniers d’une chaîne qui ne se briserait jamais, ils étaient prisonniers de la violence (...) Ibrahim n’avait pas le coeur de condamner les parents de ces enfants, Ibrahim ne pouvait condamner ces gens, car à leur heure, les parents de ces enfants avaient grandi, bouleversés par la douleur, happés par la haine, comment pouvait-on les juger ? Comment pouvait-on les condamner ? Un enfant dont on tue les parents sous ses yeux sera toujours tourmenté par la soif de vengeance, il sera tourmenté par la haine (...) il en sera tourmenté et ne pourra que se convertir à une vie de haine (...) le germe du mal s’était désormais insinué parmi eux (...) Ibrahim, cela lui faisait mal de penser qu’au fond lui aussi était comme ces enfants, et ses amis l’étaient, et tout son peuple l’était, ils étaient comme ces enfants, détruits par la haine, détruits par le mal (...) désormais même l’air qu’il respirait en était imprégné. La haine. Désormais même le sol qu’il foulait en était contaminé. La terre de la haine. »

Page 180 :

l’épisode de Mohamed Al Dura :  « Je pense au 3 septembre de l’année passée, quand ce gosse Mohamed Aldorra a été tué, et quand on l’a interviewé, le soldat qui a tué le petit a dit qu’il avait gardé le père en vie pour le faire souffrir, c’est ce qu’il a dit, j’ai gardé le père en vie pour le faire souffrir. »

Page 194 :

Ibrahim participe à une émeute. Il lance des pierres contre les soldats : « Ramasse, lance, ramasse, lance, lance, lance (...) tue avant qu’on te tue (...) Ibrahim s’aperçoit qu’il en a étendu quatre ou cinq, pas mal, pas mal... »

Page 199 :

Fin du roman. A propos d’Ibrahim : « il hait, il hait (...) il hait les soldats, il hait chaque israélien qui vit à la surface de la terre, c’est une haine inconditionnelle, irrationnelle qu’on ne peut expliquer, justifier, mais non plus critiquer. » 

Y aura-t-il en France une affaire Randa Ghazi ?

Chronique de Clément Weill-Raynal diffusée sur RCJ le vendredi 8 novembre 2002:
Randa Ghazi, je vous en parlais sur cette antenne, lundi dernier, est cette jeune adolescente de 15 ans, dont Flammarion publie cette semaine le premier roman, intitulé « Rêver la Palestine. » Ce roman destiné aux adolescents « à partir de 13 ans » (précise l’éditeur) est un tissu de monstruosités constitué d’appels aux meurtres des juifs décrits comme « un peuple maudit », de glorification des attentats suicides commis au nom d’Allah, et d’apologie de la haine et de la violence ethnique. Depuis que nous avons révélé le contenu de cet ouvrage, l’émotion est considérable dans la communauté juive. Mais dans la communauté juive seulement.

Dimanche dernier, Emmanuel Davidenkoff, le critique littéraire de France Info, une radio du service public, n’a pas tari d’éloges sur l’ouvrage de Randa Ghazi. Voilà ce qu’a dit Emmanuel Davidenkoff : « L’écriture est d’une étonnante maturité pour une jeune fille de 15 ans, une prose poétique, haletante, toute de changement de rythmes et de coupures. C’est un roman qui se nourrit de ce dont se nourrissent tous les grands textes : la souffrance et l’espoir. »

Cette publicité pour le roman « Rêver la Palestine» a été diffusée en boucle toute la journée de dimanche sur l’antenne de France Info. L’agence gouvernementale France Presse a, elle aussi, consacré une dépêche au livre de Randa Ghazi. La journaliste de l’AFP qui l’a lu l’a trouvé : « d’une grande qualité littéraire et d’une maturité époustouflante. »
Avec cette bénédiction des critiques littéraires de la presse officielle, comme auriez-vous pu imaginer que Flammarion reconnaisse son erreur et retire le livre de la vente ? Bien au contraire. La direction de Flammarion, interpellée par plusieurs personnalités juives, a pris l’affaire de très haut. Charles-Henri Flammarion lui-même considère que le livre écrit par l’adolescente égyptienne est une œuvre de paix. Charles-Henri, sincèrement, ne comprend pas cette levée de bouclier, cette colère des juifs. « Mais vous savez, les Français aiment ce genre de texte », se sont entendu répondre certains protestataires. Des protestataires qui sont, eux aussi, français. Mais Mr. Flammarion s’est probablement mal exprimé, ou je n’ai pas bien compris.

 

Le 8 Décembre

 

Je trouve que nous avons donné trop d’importance au livre de Lindenberg « Les nouveaux Réactionnaires », lui permettant ainsi qu'à son éditeur de se faire encore plus de fric car de discussion en discussion, certains d'entre nous ont ou vont acheter un livre qui ne présente pas un très grand intérêt et ne nous donne pas de recette nouvelle sur ce qu'est en définitive « un réactionnaire. » C'est la raison pour laquelle je me permets de parler d'une chose tangible, qui nous touche de près parce qu'il y a les pêcheurs sans travail, la mer polluée une fois de plus, les côtes de Galice ravagées, la faune et la flore marines en danger, notre superbe front de mer si rocheux, si découpé, menacé, la libre circulation de bateaux poubelles remise en question... Hier les premières nappes de fuel n'étaient qu'à vingt cinq kilomètres des côtes françaises. Voici ce qu'en disent ceux qui nous gouvernent.

BORDEAUX (Reuters) - Le préfet des Pyrénées-Atlantiques, Pierre Dartout, a déclenché samedi après-midi le plan Polmar terre à titre de précaution, pour anticiper une éventuelle arrivée sur les côtes françaises de nappes de fioul repérées au large de Saint-Sébastien, au Pays-Basque espagnol, et provenant du pétrolier Prestige, qui a sombré le 19 novembre au large de la Galice. Le plan Polmar terre permet au préfet de mobiliser et de coordonner tous les moyens de lutte contre la pollution sur les côtes, de même que le plan Polmar mer, déclenché mardi par le préfet maritime de la zone Atlantique à Brest, a permis de mobiliser les moyens d'intervention en mer. Pierre Dartout a installé une cellule de crise à la préfecture de Pau. Y sont représentés les pompiers, la protection civile, la gendarmerie, la Direction départementale de l'équipement (DDE) et la Direction régionale de l'industrie, de la recherche et de l'environnement (DRIRE). Les différents services de l'Etat, ainsi que les services municipaux de la zone côtière, ont été mis en alerte. La cellule, qui a travaillé jusqu'en début de soirée, reprendra ses travaux dimanche à partir de 8h30, selon la préfecture.

La préfecture dispose de trois moyens de lutte :

- la surveillance aérienne par hélicoptère et maritime par des bateaux hauturiers des nappes qui, en début de soirée, se dirigeaient plein Sud vers la côte espagnole.

- des chalutiers réquisitionnés et déjà en mer pour ramasser le pétrole en surface grâce à des filets spéciaux traînés entre deux bateaux.

- des barrages flottants, jusque-là stockés au Verdon, à l'embouchure de la Gironde, et qui vont rapidement être fournis par la Zone de défense sud-ouest. Lors d'une réunion organisée par le préfet Pierre Dartout jeudi, à la sous-préfecture de Bayonne, avec les maires des communes littorales du département, des précisions avaient été données sur les sites sensibles où les barrages pourraient être établis. La baie de Chingoudy à Hendaye, la baie de Saint-Jean-de-Luz, le vieux port de Biarritz, le port du Brise-Lames à Anglet devraient ainsi être protégés. Les zones rocheuses entre Socoa et Hendaye et aux alentours de Biarritz devraient être nettoyées par des pompiers et des gendarmes, les plages de sable étant plutôt confiées à des bénévoles encadrés et équipés, qui recevront une information sur le plan sanitaire. Reste le lieu de stockage du fioul récupéré, qui n'a pas été révélé et fera l'objet d'une réquisition préfectorale.

La ministre de l'Ecologie et du Développement durable, Roselyne Bachelot, se rendra sur place dimanche matin en compagnie de la ministre de Défense Michèle Alliot-Marie. Elle visitera les dispositifs de lutte antipollution sur les ports de Saint-Jean-de-Luz et d'Anglet, puis elle survolera les nappes de pétrole en hélicoptère. Elle rendra ensuite compte de sa visite lors d'une réunion interministérielle qui se tiendra en fin de journée à Matignon autour du Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin.

Mon ami Jean a bien sûr repris ce que nous appelons le « thread » ou le fil : Le problème, ma chère Lise, c’est que « ce que disent et préparent ceux qui nous gouvernent » ne rassurera peut-être et n’impressionnera que ceux qui veulent être rassurés à Paris, Clermont-Ferrand ou du côté du Ballon d’Alsace… Ceux qui vivent près de la mer savent pertinemment que de ce que disent ceux qui nous gouvernent, la mer s’en fout comme de ses premières marées du quaternaire ! La mer s’en fout … et si ses haut-le-cœur sont tels que lui vient l’envie de dégueuler sur nos côtes, elle le fera ! Elle nous rendra notre merde et ses oiseaux morts en jetant l’une et les autres à nos bottes.

Monsieur Raffarin et son préfet peuvent agiter leurs petits bras et faire des déclarations, Madame Bachelot peut bien remuer son gros cul, ces gesticulations et déclarations d’intention n’abuseront que le profane… quiconque s’est frotté à la « marée noire » est à même de savoir que rien ou quasi rien n’est possible une fois que le pétrole est à la jaille. Les moyens et les intentions sont toujours dérisoires : ici, des observateurs, deux bateaux pompeurs et 8 chalutiers reconvertis en pêcheurs de nappes seront aussi efficaces que des fourches pour décharger un camion de lentilles… personne n’est vraiment dupe et chacun sait que si la mer et ses vents le décident il faudra encore une fois ressortir la pelle et le seau et que nous n’aurons, comme nos voisins galiciens (ah ! La Galice… ce petit bout méridional magnifique de la celtitude) que notre nez pour renifler la pestilence, nos yeux pour pleurer, nos mains pour ramasser ce qui restera de ces oiseaux de Bassan que nous avons l’outrecuidance d’appeler « fous » !

Ce que disent et préparent ceux qui nous gouvernent ne servira (j’en prends le pari) qu’à les « dédouaner » si la côte (chez nous) devient noire et qu’ils pourront dire : « voyez, nous avons pourtant tout mis en œuvre, tout essayé ».. alors qu’en fait eux-mêmes et ceux qui les précédèrent n’auront jamais rien fait… rien fait que nous apprendre à subir les catastrophes planifiées, acceptées en dégâts collatéraux d’une politique de transport maritime à hauts risques où l’emporte avant tout la considération économique. Cette logique du profit dans laquelle s’inscrivent les pavillons de complaisance, les armateurs véreux, les affréteurs pourris, les compagnies pétrolières et, dans une sorte de consensus… ceux qui nous gouvernent !

En la matière rien ne se fait et ne se fera jamais qui prétend faire en « aval » du naufrage ! Accorder un moratoire de 15 ans aux navires poubelles (comme le firent aussi bien J. Chirac et ses homologues espagnol et portugais que les autres dirigeants européens, alors que le danger est permanent de Lisbonne à Ouessant) c’est accepter le risque, le prendre, d’une marée noire tous les 3 ans… d’ailleurs c’est à peu près le rythme observé.

Ici il faut aussi souligner le pragmatisme fantastique des « ploutocrates » espagnols qui se sont échinés à remorquer la carcasse moribonde du Prestige plus loin, plein sud, le plus vite possible… et si la mer n’y avait pas mis bon ordre en l’avalant quand même près de chez eux, gageons qu’ils l’auraient touée jusqu’au large de l’Afrique ! En la matière ce que disent et préparent ceux qui nous gouvernent c’est ajouter le cynisme à l’incurie… Il y a juste 3 ans Erika foutait en deuil toute la côte à côté de chez moi et voilà que le « Prestige » (on ne doute rien à l’heure du baptême !), trois fois plus lourd de la même merde, s’en prend lui à toute la façade atlantique (car si les dieux des éléments, vagues et vents, ne nous sont pas favorables il faut bien admettre que la pollution pourrait prendre cette dimension) et voilà que Jacques Chirac encore une fois se déclare horrifié (sic) et déterminé à… j’ai bien dit « cynisme » ! Je n’ai pas d’autre mot !

 

Le 9 Décembre

 

Je crois qu'on connaît assez ma position en ce qui concerne la guerre que prépare Georges Bush contre l'Iraq (des militaires entraînent dans des camps des journalistes afin de leur enseigner comment se tenir sur le terrain !) pour que je n'aie pas à rougir de ce que vais dire : j’ai été offusquée au plus haut point, atterrée, médusée à l'annonce que Sadam Hussein avait fait vider toutes les prisons d'Iraq. Un ancien prisonnier, condamné pour attaque à main armée à 20 ans de prison, n'en a fait que cinq et il a eu le culot de dire : « je vénère mon Président, c'est mon saint, c'est mon prophète ! » Je rappelle à ce naïf que Sadam Hussein est Baas c'est-à-dire appartient à une communauté d'inspiration socialiste et agnostique. Son islamisme ne remonte qu'à la Guerre du Golfe.

                     Le 10 Décembre

 

Je tire encore les lignes qui suivent de conversations et d’interventions qui ont eu lieu sur notre forum littéraire, cette fois-ci suite à l’expulsion de « Roms », une pratique qui va certainement coller à la peau de notre cher gouvernement dont la priorité semble être notre sécurité à tout prix, même au prix de la vie d’hommes non pas venus d’ailleurs car nombreux parmi eux sont français mais qui n’ont pas l’heur de plaire au dit gouvernement parce qu’ils font partie des « gens du voyage. » Je commencerai donc par le rappel des activités qu’exercent sur notre et leur sol les Roms et leurs homologues gitans, tziganes ou d’autres communautés originaires des pays de l’Est de l’Europe et de Russie :

L'image de certaines activités et de certains métiers reste traditionnellement attachée à celle des Roms. Ainsi, tandis que la divination et la « bonne aventure » sont le domaine des femmes, les hommes passent pour de grands connaisseurs de chevaux et, depuis le quinzième siècle, ont exercé les métiers de maquignon, de maréchal-ferrant et de forgeron, activités actuellement en recul. La tradition du travail du fer et du cuivre par les Roms, les Manouches et les Gitans est très ancienne. L'artisanat comprend également la vannerie, le rempaillage et la fabrication d'objets en bois, mais se trouve désormais largement concurrencé et menacé par l'industrie sur leurs aires de dispersion. Tous les forains et les gens de cirque ne sont pas tsiganes, mais beaucoup le sont, depuis les modestes montreurs d'ours encore familiers dans les Balkans jusqu'aux directeurs de cirque (comme les célèbres frères Bouglione). Enfin, de la musique tsigane à la danse flamenca, les Gitans ont souvent fait leur métier de leur art.

La musique occupe une place de premier plan dans la vie des Tsiganes. De la Roumanie à la Russie, chanteurs et guitaristes ont trouvé des sonorités qui leur sont propres, tandis que les violonistes tsiganes de Hongrie sont renommés pour leurs improvisations et leur virtuosité à jouer la musique populaire hongroise. En Espagne, le célèbre flamenco marie des traditions arabes, andalouses et gitanes; la guitare soutient le cante jondo, « chant profond » qui module la récitation des coplas, tercets et quatrains. Cette musique est indissociable de la danse, le baile flamenco. Les Tsiganes ont leurs virtuoses de la guitare flamenca, tel Manitas de Plata. En France, le Manouche Django Reinhardt occupe une place à part: c'est au jazz qu'il a apporté une contribution originale, avec un phrasé et des sonorités issus de traditions d'Europe centrale. Un mot sur la tradition littéraire : Certes,  elle est en principe chez les tziganes, comme la langue orale, représentée par des contes ou des récits légendaires et merveilleux où l'élément magique intervient fréquemment. Il reste que des poètes commencent de s'exprimer en romani, comme le Yougoslave Rajko DjuriI, tandis que le Kalderach Mateo Maximoff et le Lovara Ményhert Lakatos ont consacré des romans à la vie de leur peuple.

Suite à ces réflexions, un de mes amis du forum, Jean-François, m’a demandé : « Lise, où avez-vous trouvé l'orthographe « Kalderach »? Pour moi, c'est un mot espagnol :  les gitans « caldera » d'Espagne sont ceux qui font les chaudrons, comme les sinti font les paniers et les manouches le commerce des chevaux. Aucun ne fera le métier d'un autre. Les Bouglione sont une famille sinti italienne que ma famille a connu car mon père a été leur médecin dans les années 40-50. A propos de cirque, connaissez-vous l'histoire du cirque Amar ? Une belle réussite de l'immigration-fusion. Les roms sont encore un autre peuple, surtout présent dans les balkans. On les appelait autrefois en France les « Romanichels » Avez-vous une autre étymologie pour « caldera ? »

Ma réponse à Jean-François :

Je me suis immédiatement lancée dans les recherches demandées à propos de « caldera » et de « kalderach. » Je suppose que « caldera » est une expression qu'emploie les Espagnols car je ne l'ai trouvée nulle part. J'ai par contre trouvé des dizaines de référence aux « Kalderash » ou « Kalderach » selon les orthographes. Je vous en livre deux :

La Russie est un immense pays d'une superficie de plus de 35 fois celle de la France. C'est un des plus grands champs missionnaires, jamais atteint, dans lequel, depuis quelques années, nous avons commencé a travailler. Deux à trois millions de Tziganes vivent sur l'ensemble des états de la fédération de Russie et représentent les différents groupes  (Russiyake, « Kalderach », Lovari, Moldovaya, Kotlara, Krimura, Sinti, Xolaraï …) Depuis quatre ans nous avons commencé l'évangélisation des Tziganes par la réalisation la duplication et la diffusion de programmes vidéo en langue romani et les résultats sont surprenants.

Dans plus de 30 villes des Tziganes se convertissent et visitent les églises locales et nous constatons un intérêt et une soif intense pour l'Evangile, ce qui laisse entrevoir les signes d'un réveil naissant. Les distances sont grandes entre les villes et les déplacements sont difficiles surtout l'hiver avec la neige et les froids intenses. Il est fréquent de voyager 12 à 15 heures en train ou en bus pour se rendre d'une ville à une autre. De Moscou à Vladivostok un long voyage d'une semaine, nuit et jour en train, est nécessaire. Depuis la « Perestroïka » et la chute du communisme, la situation s'est aggravée et les écarts sociaux se sont creusés. La drogue fait de plus en plus de ravages et touche aussi les milieux tziganes. Les systèmes maffieux et la corruption dominent l'économie. Le pouvoir d'achat a dangereusement baissé ces dernières années. Depuis les années 90 et la libéralisation du pays du joug de l'idéologie marxiste, un puissant réveil est en marche en Russie et les églises se développent rapidement. Les communautés se sont multipliées par quatre et il est fréquent de visiter des églises de 1000 à 3000 membres. Les Tziganes acceptent le Seigneur, se réunissent dans les maisons et participent aux réunions des églises locales. Panou est un Rom « Lovari » dont la famille a vécu longtemps à Tachkent en Ouzbékistan, puis il vint s'installer à Tula qui est une ville située a 150 km au sud de Moscou. Il y a  quatre ans il découvrait Jésus Christ et était appelé au ministère. Il suivit une formation dans l'église locale et se mit aussitôt a prêcher l'Evangile au milieu de son peuple. Sa vie d' ancien narcotrafiquant transformée, sa foi et son enthousiasme, ont gagné de nombreux Tziganes à Jésus Christ et une église est née.

A Kirov, plus à l'Est, aux pieds de la chaîne de l'Oural, nous étions depuis trois ans en contact avec une sœur sédentaire qui connaissait des Tziganes. Ayant appris des programmes en langue tzigane étaient diffusés, elle demanda de l'aide et des vidéos furent envoyées. Le résultat fut surprenant, tous les Tziganes étaient étonnés de voir des Roms de France, des Etats-Unis et de bien d'autres pays, louer Dieu et témoigner de leur expérience dans le Seigneur. Des jeunes filles tziganes ont formé une chorale et vont dans les quartiers annoncer l'Evangile et beaucoup sont touchés par le Seigneur. Ils se réunissent dans les maisons mais leur nombre grandissant rapidement, on envisage  la création d'une église tzigane. A Ijevsk, toujours en direction de la Sibérie, des Tziganes « Kaldérach » ont accepté le Seigneur et l'œuvre se fait en collaboration avec le pasteur de l'église locale.

Voici la deuxième référence à laquelle j’ai fait allusion plus haut. Il s’agit de la Conférence 2000 sur les langues tziganes, rom, « kalderashou (kelderari) »… à l’Université de Greenwich. Je cite le réponse du Professeur Thomas Acton, titulaire de la chaire Gypsy Studies à l’Université de Greenwich au Professeur Ian Hancock, Rom et Docteur en Linguistique à l’Université d’Austin  suite à une intervention de celui-ci :

« Ian Hancock nous a fait un exposé dont voici les grandes lignes. Au niveau historique, il a tout d'abord brossé l'historique des diverses tentatives de transcription et d'unification depuis celles régressives et teintées de romantisme de mettre au point un alphabet indianisé de la romani jusqu'à celle de l'alphabet inutilisable de Courthiade, en exposant la problématique et les insuffisances. Au passage, il dénonce aussi cet « espèce d'espéranto » qui a fleuri dans les milieux dirigeants, en particulier sous la plume de Rajko Djuric. A aucun moment, il ne fait mention du travail de Vania de Gila-Kochanowski. Il explique ensuite comment se forment les mots nouveaux par un processus vivant et donne plusieurs exemples comme aux Etats-Unis « tevevo » pour T.V. Il constate et comprend que chaque groupe tienne à garder son dialecte d'une part pour des raisons affectives mais aussi d'autre part pour préserver son identité. En conclusion cependant, il fait le choix du kelderari (kalderash) comme Romani Commune bien qu'il reconnaisse que la critique selon laquelle les mots et les formes issues du roumain y sont trop abondants soit justifiée. Pour lui, c'est le dialecte qui conjuguerait la plus grande extension territoriale (de l'Europe à l'Australie en passant par l'Amérique du Sud) et la plus grande proportion de locuteurs. Cependant, à ma question de savoir quelle langue vont devoir apprendre les Gitans et les Sinti-Manush, il hésite un peu puis déclare qu'ils doivent d'abord apprendre leur dialecte, puis ensuite le « kelderari. » Autrement dit, on en revient à privilégier un dialecte ce qui implique que des Roma aient à apprendre deux dialectes.

On peut s'interroger sur les choix politiques impliqués dans cette démarche : est-ce que la précipitation à opter pour ce dialecte n'est-elle pas aussi une tentative désespérée de sauver une langue menacée de disparition en quelques générations, par la promotion de l'existant coûte que coûte, c'est à dire sans attitude critique. Car en fait, il ne s'agit pas d'une Romani Commune, mais il s'agit d'apprendre le ‘dialecte kelderari’ tel quel dans un vague espoir (si tant est qu'il y en ait un dans son esprit) d'évolution commune et de convergence. »

Jean-François a répondu à mon intervention suite à sa demande d’explication : Pour ce qui est des Kalderach, dont acte, je pense que c'est un jeu de mot des espagnols qui voyaient les gitans faire des chaudrons (caldera) ou une simple coincidence. Une autre info : dans le nord de la France on appelle les gitans des « caraques » et je n'ai jamais su pourquoi avant notre discussion. Je pense maintenant que c'est la déformation de « Kalderach. »

Suit une intervention de la Présidente de notre site littéraire, Anita, qui est née en Roumanie :

Il ne faut pas confondre Roms et Roumains en effet, même si la Roumanie abrite la plus grande communauté Rom (ou Tzigane comme ils les appellent plus volontier) d'Europe. La politique de sédentarisation forcée menée par Ceausecu a souvent disloqué les communautés, coupé les liens avec les activités traditionnelles (souvent saisonnières et itinérantes) et contribué à renforcer une délinquance que la séculaire méfiance (voire haine) entre Roumains et Tziganes n'a pu que nourrir. La question est de ne pas juger de leurs conditions de vie et de leurs activités à l'aune de notre culture sédentaire, mercantile et individualiste.

Le conflit entre populations nomades et sédentaires remonte à la préhistoire et l'incompréhension mutuelle est cimentée par des siècles de méfiance et de rancunes.
Sans angélisme, il faut simplement faire le constat de cultures différentes voire opposées. Là où nous privilégions l'écrit pour la transmission des savoirs, ils ne conçoivent souvent que l'oralité (d'où une littérature peu visible mais une poésie constante dans la grande tradition de l'épopée). Là où nous mettons notre argent dans l'acquisition de bien immobiliers ou mobiliers stables, ils investissent dans leur caravane  qui est leur seule protection contre le monde extérieur, leur seul moyen de transport et le lien avec leur communauté. Là où nous parlons de gang (dans notre conception individualiste de la société) ils parlent d'entreprise familiale...

Bien sûr il y a des brebis galeuses comme dans toute communauté. Et puis surtout il y a confusion avec les mafias organisées, typiquement balkaniques, qui font passer en Europe de l'Ouest (et exploitent par la même occasion) tout ce que l'Est compte de désespérés éblouis par le miroir aux alouettes que nous ne cessons de leur tendre. Ce sont parfois des Tziganes qui vous font les poches dans le métro, ce sont beaucoup plus souvent ces bandes cornaquées par les mafias de l'Est ou du Sud Est (les Albanais sont pas mal non plus) et qui cultivent l'ambiguïté géographique (ils se sont présentés comme Roumains en 1990, comme Yougoslaves en 1991-1992, Bosniaques entre 1992-1996...) Et pourquoi pas ? Si nous ne sommes pas assez futés ou informés pour faire le tri et si cela exploite notre mauvaise conscience collective à bon compte. Bref, pour rejoindre Lise, je crois que le sujet est un peu trop complexe pour être résumé en une formule. Je ne dis pas qu'il n'y a pas d'injustices criantes envers ces populations ballottées que notre société ne sait plus du tout prendre en compte dans son fonctionnement et sa structure de plus en plus fermée (à chaque population sa place dans une évolution communautaire totalement opposée à la culture nomade). Mais je mets en garde contre un misérabilisme qui sonne parfois comme une insulte même envers ces personnes que l'on voudrait défendre.

 

Ce même 10 Décembre

 

J’ai du m'interrompre parce que mon fils venait dîner et je suis ainsi passée d'une nouvelle alarmante à des moules marinières et à des pâtes fraîches que j'ai confectionnées avec l'appareil qu'on m'avait offert il y a des années et dont je n'avais encore jamais osé me servir. Avec l'âge, on apprend tous les jours... A peine notre gin hebdomadaire achevé (le jeu de cartes pas la boisson), j'ai ouvert ma télévision pour voir le pendant à « Faut-il avoir peur de l'Islam ? » de la semaine dernière : « Faut-il avoir peur des Etats-Unis ? » C'eût été effrayant si quelques personnages n'avaient émergé pour dire leur peur du système Bush, peur telle qu'elle les a poussés à créer des associations de défense contre les « valeurs américaines. » Je connais bien le Texas pour avoir séjourné chez un avocat de Livingstone qui était le président des villes texanes et qui, lui ne dealait pas dans le pétrole mais dans les vaches Angus. Un troupeau d'entre elles s'était d'ailleurs évadé du corral et nous avions mis une journée pour les regrouper, ce qui m'avait permis de faire du cheval avec une selle mexicaine comme Lucky Luke, le « lonesome ranger », et traverser les ruisseaux bordés de pacaniers.

L'histoire d'hier est moins jolie : deux dames texanes habitaient une maison au bord d'un lac. Au bout du lac qui, nous ont-elles dit, était traversé par douze oléoducs, on pouvait voir les centaines de puits de pétrole et, les jouxtant, plusieurs usines de produits chimiques dont la fumée obscurcissait l'air. Je vous jure que je croyais me trouver devant les images qu'on nous a montrées après l'effondrement du communisme avec les usines de produits chimiques qui avaient pollué le haut Karabag, la Lettonie, la Lithuanie et l'Esthonie.

Une des dames a dit qu'elle avait continuellement des bronchites et qu'elle ne pourrait demeurer bien longtemps encore dans cet Etat où la pollution était l'une des plus fortes du monde. Un président d'une association nous a ensuite parlé des automobiles en nous affirmant qu'on en fabriquait très peu de compactes et que le prix de l'essence étant environ quatre fois moins cher qu'en Europe, les automobilistes n'avaient pas fini de polluer encore plus l'atmosphère. Ils nous enviaient pour les normes de fabrication que nous avions à respecter!!!

Bush est le champion de tous les pétroliers du Texas et si en Avril le Congrès a pu repousser l'échéance de voir exploiter le pétrole d'Alaska par suite du refus qu'expriment tous les habitants de cet Etat devant la perspective de voir leur faune et leur flore détruite par les émanations de gaz, les deux chambres étant aujourd'hui à majorité républicaine, il est évident qu'on va solutionner ce petit problème au profit des milliardaires auxquels Georges Bush a dit à Midland même, une des villes de sa jeunesse où il a fait campagne, qu'il accepterait en priorité les conseils que lui donneraient les pétroliers dont son père faisait partie et était l'un des plus riches d'entre eux. L'émission a confirmé que Bush junior aurait fait plusieurs fois faillite dans le pétrole sans les sous de son père mais qu'il avait (nous le savions) bien réussi en plaçant ses dollars dans des équipes de baseball.

Une partie de cette émission m'a déplu également et je me dois d'en parler franchement, c'est la collusion qui se produit à l'heure actuelle entre les chrétiens et les Juifs conservateurs. Ils organisent des réunions judéo-chrétiennes où ils dansent, chantent, disent leur haine de l'Islam, le soutien absolu qu'ils donnent à Israël. Un type a même dit que seul le judaïsme et le christianisme étaient les religions de la Bible et que l'Islam était une religion à condamner sans merci. Juive, j'ai été choquée par ces propos belliqueux, moi qui ai toujours considéré l'Islam comme la troisième religion révélée et Mohammed comme un prophète au même titre qu'Abraham ou Moïse. Je le répète: certains Américains sont contre ces pratiques à un tel point qu'un pasteur lutte pour que s'établisse la séparation de l'Eglise et de l'Etat afin qu'on ne voie plus tous les matins les enfants des écoles publiques faire une prière en demandant à Dieu de protéger tout spécialement les Etats-Unis.

Je peux vous jurer qu'après les délicieuses moules marinières, les pâtes fraîches faites maison, la tarte aux pommes et le vin blanc de Sèvres et Maine, cette émission m'a empêchée de dormir. J'ai somnolé de une heure et demie à trois heures et demie du matin et, après avoir fait la vaisselle et une nouvelle tarte pour midi parce que j'attends quelqu'un pour déjeuner (j'ai acheté sur le marché de Nogent un petit foie gras frais dont je connais par avance le goût délicat puisque la gentille marchande m'en a offert une tartine. Ca, Jean, j'avais oublié de te le dire!) je me suis mise à écrire pendant que la tarte cuisait. Je suis entrain de finir. Il est pratiquement six heures et je vais essayer d'aller oublier Sadam Hussein et ses prisons vides, Bush, la pollution, les guerres qu'on nous prépare, dans le lit douillet qui m'attend et me fera le plaisir peut-être de m'aider à me rendormir.

 

Le 13 Décembre

 

J’aime la Turquie depuis de longues années. Je n’aime pas forcément les actions du gouvernement ou de l'armée, je déteste qu'on oublie que le Kurdistan fut une nation autonome à part entière et qu'il continue à être partagé entre des Etats malpropres dont la Turquie. Ceci dit, je trouve que les nations qui vont intégrer la communauté européenne en 2004 ne sont pas plus honorables que la Turquie. D'accord, elles ne sont pas musulmanes mais catholiques romaines ou orthodoxes. Ceci dit, qu'ont-elles de mieux qu'un pays qui n'a pas l'heur de plaire à Monsieur Chirac, le principal opposant à son entrée parmi nous? Que veut-il, notre cher grand Président? En définitive des choses peu différentes de celles de Poutine: il a envie de transformer un pays de l'Islam en un pays de l'Islamisme. Nous avions l'Afghanistan et la Tchétchénie, nous aurons maintenant la Turquie, cette Turquie où les femmes eurent le droit de vote dans les années 20, cette Turquie où l'une de mes amies d’Ankara était l’une des biologistes les plus éminentes du pays et représentait son pays dans les congrès internationaux dans les années 60.


[1] Juifs originaires d’Europe

[2] Juifs originaires des pays méditerranéens

[3] La WIZO est un mouvement apolitique de femmes qui parle au nom de toutes les femmes juives en matière de droits humains. Elle est reconnue par les Nations Unies comme une Organisation Non-Gouvernementale.

[4] Cérémonie qui célèbre la majorité religieuse du jeune Juif

[5] Yad Vashem est le monument dédié aux morts des camps de concentration. Le moment le plus émouvant de la visite à Yad Vashem est la récitation des noms du million d’enfants juifs exécutés par les nazis. Chaque enfant est représenté par une étoile dans le ciel

[6] Construit en 691, il abrite le rocher sur lequel Abraham s'apprêtait à sacrifier son fils et d’où Mohammed est monté au ciel sur son ânesse. C’est le troisième lieu saint de l’Islam.

 

7 Surplombant la mer Morte, Massada (vocable hébraïque signifiant “forteresse” est situé au sommet d'une falaise isolée, à l'extrémité occidentale du désert de Judée. C'est là un site d'une beauté majestueuse et désolée. Selon l’historien Flavius Joseph, c'est Hérode le Grand qui bâtit la forteresse de Massada entre 37 et 31 avant J.-C... Quelque 75 ans après la mort d'Hérode, au début de la guerre des Juifs contre Rome, en l'an 66 de l'ère chrétienne, un groupe de rebelles juifs vainquit la garnison romaine de Massada. Dirigés par Eleazar ben Yaïr, les défenseurs - presque un millier d'hommes, de femmes et d'enfants - décidèrent de brûler la forteresse et de se suicider plutôt que d'être pris vivants. « Et les Romains virent la multitude des cadavres, mais ne purent y prendre plaisir, puisque la mort avait été administrée par leurs ennemis. Ils ne purent qu'admirer le courage de cette résolution, et ce dédain de la mort que leurs ennemis avaient manifesté en si grand nombre », écrit Flavius Josèphe.

 

[8] Se dit d’un aliment conforme aux prescriptions rituelles du judaïsme ainsi que du lieu où il est préparé et servi. Les restaurants ont en général deux salles à manger, une où sont servis les « dairies » (produits laitiers), une autre la viande.

 

 

8 Le mouvement loubavitch ou hassidique a été créé en Ukraine au XVIIIème siècle par Rabbi Israel Baal Shem Tov dont le nom signifie « Possesseur du Bon Nom. »

9 De retour en France où je suis entrain de recopier mon aventure, je suis allée sur son site www.oneofakind.co.il : la première page comporte une très belle infographie qui représente une « hanoukkiyyah », chandelier à huit branches + une qui sert à allumer une bougie chaque soir de la fête de Hanoukkah ou Fête des Lumières. Les pages des légendes sont ornées des très beaux bijoux créés par Baruch Hadaya.

10 Immigration en terre d’Israël.

11 Elle semblait ravie de ma proposition mais elle n’est jamais venue...

12 L’Eglise construite à l’époque byzantine commémore la dormition de la Vierge et le site de la Cène.

13 dit autrefois des Lamentations parce que les Juifs venaient y pleurer sur les malheurs de leur peuple. Vestige du Temple bâti par le roi Salomon vers -950. Lieu saint du Judaïsme, ce Temple fut pillé et incendié par Titus en septembre 70. Les habitants de Jérusalem furent tués ou dispersés, c'était le début de la Diaspora. Le Temple fut finalement détruit par les Romains en 135 et les Juifs chassés de Jérusalem. Seul subsiste du Temple ce mur qui est le lieu saint fondamental et le grand lieu de pèlerinage du Judaïsme.

14 Femme préférée de Jacob, l’une des matriarches d’Israël. Les femmes, en particulier celles qui sont stériles, viennent prier sur la tombe de Rachel dont on rapporte qu’elle fut longtemps stérile avant de donner naissance à son premier enfant. Quand une mendiante donne les fils rouges, on doit les attacher, faire trois noeuds en émettant trois voeux et pour qu’ils s’accomplissent il faut nouer le fil autour du poignet et ne plus le quitter jusqu’à ce qu’il tombe de lui-même.

 

[15] Femme de jacob, l’une des matriarches d’Israël. C’était la plus jeune des filles de l’oncle de Jacob, Laban. Jacob fit sa connaissance auprès d’un puits et décida de l’épouser.

16 Young Men’s Christian Association

17 Soupe à l’agneau, aux lentilles et aux pois chiches d’origine marocaine avec laquelle on brise chaque soir le jeûne du Ramadan.

18 Le Rabbin Ouaknin réside à Jérusalem mais il vient chaque mois donner des conférences à Paris. C’est lors d’un de ces conférences que je l’ai rencontré. Il est un des grands connaisseurs du hassidisme et de la kabbale.

19 C’est Isaac Louria qui a introduit dans la kabbale les notions de « tsimsoum » (contraction) fondamentales pour comprendre l’apparition du monde divin et justifier la venue à l’existence de la réalité.

[20] Extraits d'une dépêche AP de Dimanche 13 à 16h26

[21] Justine Shapiro est née en Afrique du Sud et a vécu à Berkeley en Californie. Après avoir été pendant quinze ans une actrice de théâtre, de cinéma et de télévision, elle a co-écrit la série mondialement connue « Lonely Planet » puis a accepté de co-filmé « Promises » (Israel-Palestine, Paroles d’Enfants).

   Né à Boston, B.Z. Goldberg a passé son enfance près de Jérusalem. Il est retourné aux Etats-Unis pour étudier le cinéma à l’Université de New York puis est revenu en Israël en 1987 durant la première Intifada comme correspondant de Reuters et de la BBC.

    Carlos Bolado est né à Mexico où il a étudié la Sociologie à l’Université Nationale et le cinéma à L’Université du Cinéma de Mexico City.

[22] Ce Dôme et cette mosquée que j’ai aperçus de loin durant mon dernier séjour à Jérusalem, inaccessibles pour moi aujourd’hui, mais que j’ai visités lors de mes précédents voyages.

[23]  Il est typique de constater que cet enfant est le seul à reconnaître que la terre d’Israël doit être divisée entre les Israéliens et les Palestiniens. Je me pose la question : que dirait-il aujourd’hui, deux ans après avoir prononcé ces paroles ? Je ne peux que souhaiter qu’il ne se soit pas radicalisé face aux évènements.

[24] Dans l’école même du camp, l’instituteur répète inlassablement que Jérusalem appartient aux Palestiniens. C’est ainsi que les enfants ne peuvent en aucun cas confronter des thèses différentes et que certains affirment qu’ils tueront le plus possible de Juifs afin que les Palestiniens puissent récupérer leur terre.

[25] J’ai l’impression qu’on ne raconte jamais aux enfants arabes l’Histoire de la Palestine mais seulement leur Histoire qui remonte à l’Hégire et ne semble pas avoir eu d’origine biblique.

[26] Il continue ainsi dans la voie de Richard Nixon, le premier président des Etats-Unis à se rendre  en Chine Populaire en 1972 et de son propre père qui eut à Shanghai dans les années 90 des entretiens avec le président Chinois Jiang Zemin.

[27] Il est certain que nous sommes arrivés à un point où tous les hommes de bonne volonté - même s’ils refusent le terme outrancier de génocide car les Palestiniens ne se gênent pas de leur côté pour rendre à ceux qu’ils accusent la monnaie de leur pièce (ce que n’ont jamais pu faire les Juifs, les tziganes, les handicapés, les Cambodgiens, les Rwandais...) - voudraient qu’une solution acceptable par les deux camps soit trouvée avant qu’il ne soit trop tard. C’est ce qu’a proposé aujourd’hui-même un psychiatre de l’Université de Jérusalem et nous sommes nombreux à espérer que ses paroles sages seront entendues.

 

[28]  Contrairement à André Brink ou Paul Auster, Jean d’Ormesson ne m’a jamais fait l’honneur de me répondre.

 

[29] Il est mentionné dans Flores historiarum de Roger de Wendover et dans Chronica maiora de Matthieu Paris.

[30] Thème exploité par Goethe  (Der ewige Jude, 1774) qui optera pour Faust par la suite. Chez Byron, Ahasvérus est le “pair” de Caïn et de Prométhée. Chez Nicolas Lenau et José de Espronceda, il côtoie Don Juan, Faust et Satan. Dans « Le Moine » de Matthew Gregory Lewis, le héros Raymond est délivré par le Juif Errant portant le stigmate de Caïn alors que dans « La Tragédie de l’Homme » de Imre Madach, l’errance ahasvérienne à travers les époques n’est autre que le châtiment subi par Adam et Eve.  

 

[31] Un des noms pris par le Juif Errant dans le livre de Jean d’Ormesson.

[32] id.

[33] En bonne représentante de la droite réactionnaire, la ville de Versailles a décidé dans un premier temps de ne pas diffuser le film. J’aimerais savoir si cette décision n’a pas été prise sur la demande d’un édile municipal afin de ne pas porter ombrage à la sensibilité des électeurs... De toutes façons, dans le cinéma où je suis allée, l’affiche comportait seulement l’image du capitaine SS et celle de l’Abbé italien, rien d’autre.

[34] Quand je suis allée voir « Amen », je n’avais pas pris connaissance - ce que j’ai fait depuis - de l’article du psychanalyste Jean-Jacques Moscovitz que notre ami Hannibal a posté dans le forum de notre site littéraire Ecrits-vains. Je suis complètement d’accord avec le jugement du psychanalyste.

[35] Les thèses d'André Chouraqui commenceraient-elles à se frayer un nouveau chemin, lui qui n'a cessé de prôner dans tous ses ouvrages la nécessité d'une cohabitation entre les Palestiniens et les Israéliens sous forme d'une confédération du Moyen-Orient, lui qui lors de mon dernier séjour en Israël n'avait pratiquement plus d'auditoire chez les extrémistes de Jérusalem dont j'ai pu recueillir les propos agressifs, si tant est qu'il en ait jamais eu...

[36] Je transcris le texte tel qu’il m’a été envoyé même si je ne comprends pas toujours ce que mon interlocuteur voulait dire !

[37] En fait je n’ai pas une idée claire de ce qui s’est véritablement passé. Il est certain que les Israéliens ont expulsé José Bové ainsi que ses camarades pacifistes et qu’ils sont arrivés à Orly où les attendaient des jeunes du BETAR (Organisation juive de la jeunesse dédiée au sionisme activiste et au service de la communauté) qui dépend, paraît-il, des services spéciaux israéliens. Les pancartes brandies par les « pacifistes » et les mots proférés ont apparemment mis le feu aux poudres et l’armée ou la police a dû intervenir pour séparer les combattants. José Bové est arrivé après ces échauffourées dans un salon de l’aéroport et rien dans ce qu’il a dit, en tout cas dans ce que j’ai entendu (aurait-on fait le tri dans ses paroles ou les aurait-il lui-même édulcorées dans les interviews suivants comme l’a fait Dieudonné après coup?) n’avait un caractère infamant pour l’une ou l’autre des parties. Il a parlé d’une négociation nécessaire entre les Israéliens et les Palestiniens. J’ai éprouvé suffisamment de rancoeur contre lui pour son intervention dans un conflit qui ne peut être considéré comme concernant directement la mondialisation (bien sûr José Bové est d’un avis contraire)  pour donner acte de ce que j’ai personnellement constaté. José Bové a été ce soir 3 Avril l’invité de Carl Zéro sur Canal + et, là aussi, je n’ai pas trouvé que son langage était différent de ce qu’il exprime habituellement contre la mondialisation.

[38] A propos de José Bové, de son engagement auprès d'Arafat et des manifestations dont je viens de parler, j'insiste sur le fait que je n’approuve pas l’activité de jeunes gens entraînés militairement, religieusement et psychologiquement dans de nombreux pays, activité que je qualifierai de subversive et dangereuse. Je me fais d’ailleurs du souci au sujet de la marche organisée par Le Crif (organisation contre le racisme et l’antisémitisme) en raison des destructions de synagogue à laquelle mon fils, ma belle-fille et mon petit-fils doivent se rendre dimanche après-midi entre Nation et Bastille. Même bien encadrée, si cette marche est reprise par le BETAR (comme mon fils vient de me le laisser entendre), je ne présume pas des conséquences graves car les « pacifistes » interviendront et les deux parties en viendront aux actes violents de la même façon qu’elles l’ont fait à Orly. Je me souviens de « Charonne », la première manifestation à laquelle j’avais emmené mes propres enfants... 

 

[39] Contrairement à de nombreux coreligionnaires de la diaspora

 

[40] Mais de cela je ne pouvais pas encore parler avec Yves parce que je n’avais pas écouté les dernières nouvelles et n’étais pas encore au fait de la destruction de la synagogue de Marseille au sujet de laquelle le Grand Mufti de cette ville a offert ses regrets, a dit qu’une prière oecuménique serait prononcée aujourd’hui, Mardi 2 Avril, à la Mosquée de Marseille, modérant ses paroles en soulignant à un moment qui ne me semblait pas à propos sa parfaite compréhension des actes perpétrés par ses coreligionnaires en Israël et sa solidarité complète avec le peuple palestinien. Qu’il le soit n’est pas ce qui me gêne, qu’il le dise à un tel moment est ce qui me blesse et me paraît un amalgame redoutable.

[41] Pour ne pas dire mille quatre cents ans, c’est à dire au début de l’hégire.

[42] du nom de Arthur James, Lord Balfour. La Déclaration fut envoyée sous forme de lettre par Lord Balfour à Lord Rothschild.

[43] Au moment même où Théodor Herzl, écrivain juif hongrois (1860-1904) publiait « l’Etat Juif, Essai d’une Solution Moderne à la Question Juive. » Il fut le fondateur du Sionisme dont le premier Congrès se réunit à Bâle en Août 1897 et qui se donna pour but « la création en Palestine d’un foyer juif, garanti par la loi publique. »

 

[44] Quand j’étais petite fille, il y avait déjà sur le rebord de la cheminée une boîte bleue du Keren Kayemeth Leisraël (Fonds national Juif) dans laquelle nous mettions de l’argent pour le rachat des terres aux Arabes, plus tard, après la Seconde Guerre Mondiale, pour augmenter les plantations d’arbres. Je me souviens que dans de nombreux cas les Arabes étaient très contents de vendre aux sionistes des terres qui leur paraissaient improductives. Je me souviens mal en revanche des échauffourées entre sionistes et Arabes. Je n’avais que cinq ans en 1928, 16 en revanche en 1939

 

[45] Voici un des exemples qu’il me plaisait de noter à tous propos parce qu’il me confortait dans mon jugement « La Palestiniens veulent-ils la paix ? » par Eliahu Ben Elissar, Ambassadeur d’Israël à Paris, publié par le Monde, le 6 Mai 1999: 18.939 morts et 79.239 blessés. C’est la sinistre statistique qui aurait pû être évitée, côté israélien, si seulement les Arabes avaient accepté la Résolution 181 de l’Assemblée générale de l’ONU, datée du 29 Novembre 1947. Six guerres et d’innombrables actes de violence auraient pu peut-être ne pas avoir lieu. Or par un dramatique retournement de l’histoire, comme si rien ne s’était passé, comme si les guerres entre Arabes et Israéliens n’avaient pas eu lieu, comme si les Arabes n’avaient pas rejeté la Résolution 181, ces derniers en demandent maintenant l’application.

[46] Je traduis ici un passage de « International Campaign for Justice for the Victims of Sabra and Shatila » qu’on ne peut soupçonner de mansuétude à l’égard des Israéliens : Le Jeudi 16 Septembre et durant les 40 heures qui suivirent les membres des Phalanges violèrent, tuèrent, blessèrent un grand nombre de civils désarmés, la plupart des enfants, des femmes et des vieillards, à l’intérieur des camps encerclés et bloqués. On estime le nombre des victimes entre 700 (chiffres israéliens) et 3500. Il n’y a jamais eu d’investigation officielle de la tragédie, la Commission Kahan d’Israël n’ayant pas eu un mandat judiciaire et n’étant pas appuyé par une force légale.

Il n’en demeure pas moins qu’il y a eu du côté israélien une commission d’enquête dont je donne ici la traduction des conclusions : Rapport de la Commission d’Enquête sur les évènements dans les camps de réfugiés de Beyrouth du 8 Février 1983 : La Commission a déterminé que le massacre à Sabra et Chatila a été perpétré par une unité des Phalanges, agissant de son propre chef mais que son entrée dans les camps était connue d’Israël. Aucun Israélien n’a été directement responsable des évènements qui sont arrivés dans les camps. Mais la Commission a affirmé qu’Israël était indirectement responsable pour le massacre puisque les forces israéliennes tenaient la région. Monsieur Begin été jugé responsable de n’avoir pas exercé une plus grande influence en la matière et laissé les Phalangistes pénétrer dans les camps aussi bien que de ne pas avoir pris les mesures nécessaires pour éviter cette effusion de sang, Monsieur Shamir pour n’avoir pas alerté Monsieur le Ministre Zippori, Monsieur Eitan, Chef d’Etat Major, pour n’avoir pas donné les ordres nécessaires pour prévenir le massacre. La Commission a recommandé la démission du Ministre de la Défense, du Directeur des Services de Renseignement et d’un certain nombre d’autres officiers supérieurs responsables.

Du côté libanais, en revanche, les faits n’ont à ce jour jamais été reconnus ou revendiqués. Un avocat franco-libanais a fait il n’y a pas longtemps un long discours à Paris où il a retracé « tous » les évènements qui ont marqué la guerre civile de son pays. Les camps de Sabra et Shatila et par conséquent les massacres n’ont pas une seule fois été évoqués.

 

 

[47] Ce message, je ne le citerai pas car je ne peux le cautionner. Il m’apparaît comme un de ces amalgames dont sont friands certaines personnes qui assimilent les faits d’aujourd’hui à ceux de l’Allemagne nazie.

 

[48] Vu les dernières nouvelles, une synagogue a été à nouveau attaquée par des lanceurs de cocktails Molotov cette nuit du 3 au 4 Avril, et les moyens de transport d’une école juive détruits dans la région parisienne, il va m’être difficile, même si je n’ai l’intention de revenir en aucun cas sur mes “résolutions”, de rester sereine. Hier soir, une amie de ma belle-fille était à un office d’anniversaire commémorant la mort d’un membre de sa famille. La synagogue était gardée par des policiers et des chiens. Le petit garçon de cette amie n’osait pas sortir tant les chiens policiers lui faisaient peur. Je me permets de répéter même si cela peut sembler une litanie que nos synagogues ont besoin de protection depuis la Guerre du Kippour, c’est-à-dire depuis trente deux ans, et je répète que nous sommes la seule communauté religieuse pour laquelle de telles précautions doivent être prises, ce qui est proprement intolérable et injurieux. L’Eglise Saint-Nicolas du Chardonnet dans le Vème arrondissement de Paris n’a pas eu besoin d’être protégée quand Monseigneur Lefèvre a refusé de suivre les décisions des conciles Vatican I et Vatican II. L’évêque rebelle a été excommunié et les fidèles intégristes, pour la plupart membres ou sympathisants du Front National, ont continué à dire leurs messes selon ce qu’ils considéraient comme une tradition irremplaçable.

 

Alors tous les films et tous les documentaires qu’on tourne sur la Shoah et nos souffrances de la Seconde Guerre Mondiale commencent à nous sembler vains. Nous avons notre mémoire, cela suffit. Que les autorités françaises se préoccupent maintenant, et pas seulement en période électorale, de nous défendre non seulement par des mesures de protection policière mais par des positions franches, nettes et définitives : « Pas d’amalgame, pas de confusion, les Français juifs sont des Français à part entière et nous ne permettrons pas qu’on porte atteinte à leurs lieux de prières pas plus que nous supporterions qu’on porte atteinte aux mosquées, aux églises catholiques ou aux temples protestants. » Je me permets de signaler que, même si je suis contre les interventions des jeunes du BETAR, même si ma belle-fille a formellement interdit à son fils de s’engager dans cette organisation, je ne peux préjuger de ce qu’ils peuvent entreprendre si les destructions continuent. Il sera alors trop tard pour mettre en garde et j’entends déjà une bonne partie de la population stigmatiser après coup de telles interventions qui pourraient avoir lieu parce que le gouvernement a trop longtemps laissé faire les choses sans lever le petit doigt de la main.

 

J’ajoute malgré tout, pour apporter de l’eau au moulin d’Yves, qu’hier des pacifistes israéliens et palestiniens ont essayé de franchir des barrages pour apporter un camion de vivres à Ramallah. Ils en ont été empêchés par l’armée israélienne.

[49] Yves, Jordy et Pascal sont des responsables et des intervenants de mon site littéraire Ecrits-vains.

[50] La Conférence diplomatique sur l'interdiction totale internationale des mines antipersonnel (Oslo, 1er-18 septembre 1997) a adopté, le 18 septembre 1997, la Convention sur l'interdiction de l'emploi, du stockage, de la production et du transfert des mines antipersonnel et sur leur destruction. Le traité a été ouvert à la signature à Ottawa, les 3 et 4 décembre 1997. Les Etats-Unis ne l’ont pas ratifié. Il faut se souvenir également que les bombardiers américains ont envoyé sur l’Afghanistan environ 600 bombes à fragmentation. Chaque bombe à fragmentation contient 200 petites bombes de 1,5 kilo chacune bourrées de billes. Celles qui n’ont pas explosé en touchant le sol peuvent mutiler et tuer des civils bien des années après la fin des hostilités. Le sol d’Afghanistan est bourré de ces fragments et de mines antipersonnel.

 

 

[51] Afrique Relance, Nations Unies

[52] Le Monde, 30 Mai 2001

[53] Le Monde, 30 Mai 2001

[54] « La Torture dans l’Algérie d’Aujourd’hui » par Brahim Taouti, avocat à la Cour d’Alger, agréé à la Cour suprême et au Conseil d’Etat : La torture est abominable, « Malheur à qui bâtit une ville dans le sang »  (Ancien Testament).

 

[55] Front Islamique du Salut

                         [56] Le Dalaï-lama est le premier leader du bouddhisme tibétain, le panchen-lama le second.

[57] Le Dr Tom Grunfeld aurait tenu ces propos lors du colloque sur la tibétologie de 2001 organisée à Beijing. Les Chinois notent que ses opinions furent largement partagées par les participants chinois (bien sûr) et étrangers (ils ne disent pas lesquels!) au colloque.

[58] J’oublie que l’Arabie Saoudite a dit aujourd’hui-même qu’elle serait aux côtés des Etats-Unis dans cette lutte contre l’Iraq. De qui se moque-t-on ? L’islamisme est né en Arabie Saoudite dans sa toute première forme, le wahabisme. Ce pays est un nid de terroristes… pourquoi nous raconter tant de mensonges alors que tout est une question de pétrole dont l’Iraq est un des plus grands producteurs ? 

[59] Ancien ouvrier de General Motors, Michael Moore est devenu la bête noire des capitalistes américains. Révélé par un prix au Festival de Berlin pour son premier documentaire semi-autobiographique, « Roger et Moi » en 1989, il devient le documentaliste N°1 aux Etats-Unis, le seul capable de tourner en ridicule les grands patrons du monde capitaliste. Dans « The Big Red One » , il mettait à jour la manipulation du PDG de Nike qui jouait la carte de l’homme cool, proche de ses employés américains, tout en infligeant des cadences de fabrication infernales à ses ouvriers asiatiques dans ses chaînes de fabrication délocalisées en Extrême-Orient (c’est le Canada qui a dénoncé le premier cette attitude durant les Jeux Olympiques en stigmatisant à la fois le PDG et le joueur Mike Jordan qui touchait sans vergogne des millions de dollars pour faire la publicité des célèbres baskets pendant que des enfants mouraient de faim même s’ils travaillaient douze ou quinze heures par jour pour les fabriquer). Michael Moore est l’auteur d’un unique film de fiction, « Canadian Bacon ».

 

[60] Je sais qu’on peut dire beaucoup de choses en France au sujet des hommes d’Etat et des hommes d’affaires dont on conteste les actes (les Guignols de l’Info ne s’en sont pas privés en ce qui concerne Jacques Chirac ou Jean-Marie Messier entre autres) mais il y a toujours une bonne chance pour qu’ils soient poursuivis par la Justice suite à une plainte pour diffamation. Aux Etats-Unis, malgré l’existence d’une « libel Law » (loi anti diffamatoire) qui a surtout servi aux stars pour se protéger contre une atteinte flagrante à leur vie privée, l’un des amendements les moins discutés de la Constitution américaine est la liberté de parole. Michael Moore peut être un jour victime d’un attentat perpétré par un membre de la NRA (National Rifle Association) mais je ne crois pas qu’il puisse être poursuivi pour son langage et les attaques qu’il porte contre le Président des Etats-Unis.

                         [61] Livre de Michael Moore qui a été six mois avant la sortie de « Bowling for Columbine » N° 1 des « best-sellers » américains malgré les difficultés qu’il eut à sortir en raison des évènements du 11 Septembre. L’auteur essayait d’y  mettre en lumière pourquoi General Motors,  la principale entreprise de sa région, le Michigan, en avait programmé la ruine. L’Etat du Michigan est aussi le premier bastion de la National Rifle Association (NRA), la ligue de défense des armes à feu, qu’anime avec d’inépuisables ressources de mauvaise foi, de fierté cocardière et de démagogie l’acteur Charlton Heston. Et c’est à Flint, Michigan, ville natale du réalisateur, qu’a été battu le record du plus jeune meurtrier par balle, le jour où un gosse de six ans a flingué à la maternelle une gamine du même âge. (sources : Le Monde du 18 mai 2002.)

          

               [62] Loi que l’avocat général Ashcroft a remise en vigueur pour lutter contre les crimes pouvant être perpétrés par les étrangers sur le sol des Etats-Unis (et plus particulièrement pour ceux qu’on pense être des membres d’Al Q’aïda.) L’Attorney Général est l’homologue de notre Ministre de la Justice ou Garde des Sceaux. Il représente le Gouvernement Fédéral dans toutes les matières légales et donne des avis et des opinions au Président et aux différents ministères quand on le lui demande. L’Attorney Général représente le Gouvernement devant la Cour Suprême de Justice des Etats-Unis dans les cas d’une importance ou d’une gravité exceptionnelle.

 

[63] Il faut tout de même mentionner que si les Etats-Unis sont un modèle en ce qui concerne la violence, d’autres pays européens ne se font pas faute de l’imiter. N’oublions pas la France où la tuerie du Conseil Municipal de Nanterre a fait huit morts le 27 mars, l’Allemagne où un lycéen de 19 ans a abattu 16 personnes le 26 avril et les Pays-Bas où le leader de la droite populiste Pim Fortuyn a été assassiné le 6 mai sans compter la dernière tentative de meurtre dont vient d’être victime le Maire de Parisz, Bertrand Delanoë.

[64] Marilyn Manson est un chanteur de « rock gothique » et de « rock metal ». Admiré par des millions de jeunes, haï par les « bien pensants », il porte sur son dernier album le titre de «  Church of Antichrist Superstar » (Superstar de l’Eglise de l’Antechrist. ) Le nom qu’il a choisi (comme d’autres membres de son groupe) est celui d’un célèbre « serial killer ». Il a pris au contraire comme prénom Marilyn (en souvenir de Marilyn Monroe) parce qu’il considère qu’il représente la partie blanche de son être face au côté sombre qu’évoque son nom, le yin et le yang de sa personnalité en quelque sorte.

[65] Les parents des trois fillettes assassinées ont porté plainte contre les producteurs de ces jeux vidéos et films sataniques, réclamant 130 millions de dollars de dommages et intérêts. Leurs avocats font valoir que le film Basketball Diaries représente une glorification nihiliste de relations sexuelles irresponsables, de violence insensée et gratuite, haine de la religion, mépris pour l’autorité, consommation de drogue et autres comportements autodestructeurs, et qu’il a par conséquent une influence pernicieuse sur des mineurs impressionnables.

 

[66] Le fils d’amis intimes, un infographiste de talent, est en même temps l’auteur avec son orchestre amateur de disques de « heavy metal rock ». Il est, pour autant que je sache, un garçon d’un tempérament paisible même s’il fait pas mal de bruit dans le garage de ses parents le samedi soir !

 

[67] Un des jeunes tueurs de Littleton, Eric Harris, avait passé une centaine d’heures à reprogrammer le jeu vidéo Doom pour que tout corresponde plus ou moins à son école. Des enquêteurs du Centre Simon Wiesenthal, à Los Angeles, ont remarqué qu’il avait incorporé le plan du rez-de-chaussée du lycée Columbine dans son jeu. En outre, il l’avait reprogrammé pour fonctionner « en mode Dieu », où le joueur est invincible. Un autre jeu est en cause dans le recours des jeunes à la violence, c’est le « pokemon » ( « Pokemon »  est l’abrégé de « pocket monster » (monstre de poche). Ces monstres sont dotés de différents « pouvoirs ». Dans le « jeu du stade », il y a un grand écran et une vingtaine d’écrans plus petits où des parents et des enfants jouent comme s’ils étaient hypnotisés. Chaque joueur peut choisir six  « Pokemon » et quatre techniques de combat.

 

 

[68]  Après la déclaration d’indépendance du 1er Novembre 1991, les troupes russes sont intervenues le 11 Décembre 1994, date de la Première Guerre de Tchétchénie.

 

 

[69] Quatre jours, au mois d’août 1999, suffisent pour relancer la deuxième guerre de Tchétchénie. Des commandos dirigés par Bassaïev et Khattab sèment la peur au Daguestan voisin, prennent des otages, pratiquent le kidnapping et instaurent la charia dans les villages qu'ils prennent. Le 7 août, Boris Eltsine envoie son armée. Le 9, il limoge son pâle Premier ministre Stepachine et nomme à sa place Vladimir Poutine, un apparatchik du FSB qui jure bientôt de « buter les terroristes jusque dans les chiottes. » Maskhadov a beau se désolidariser officiellement des commandos tchétchènes au Daguestan, une invasion russe semble inévitable. Et le prétexte arrive bien vite. Entre le 31 août et le 13 septembre, plusieurs attentats spectaculaires sont perpétrés sur le territoire russe. Le Kremlin accuse les Tchétchènes, sans fournir de preuves. Des chasses au Caucasien sont organisées dans les rues de Moscou

 

 

 

                        

 

 

[70] Barayev est le neveu du chef de guerre tchétchène Arbi Barayev qui a joué un rôle clef dans la première guerre de 1994-1996. Il a été tué par les troupes russes en Juin 2001, moins d’un an après la campagne et remplacé par son cousin Movsar, selon un rapport des rebelles tchétchènes. 

[71] Pour Michael Yardley, expert des questions de sécurité installé à Londres, le produit utilisé par les forces spéciales russes est vraisemblablement du BZ, un gaz incapacitant incolore et inodore aux effets hallucinogènes. Les images prises après l'assaut des « spetsnaz » montrent notamment une femme affalée dans son siège, la bouche grande ouverte, un paquet d'explosifs attaché à la taille. « Un mouvement de panique s'est emparé de nous, des gens ont crié 'Du gaz ! Du gaz !' et il y a eu des coups de feu », a déclaré à Reuters le directeur du théâtre, Georgui Vassilev, qui était au nombre des captifs. Mais après, tout le monde s'est écroulé sans transition. Une femme m'a dit ensuite, alors que nous étions à l'hôpital (elle ne s'était pas endormie tout de suite parce qu'elle s'était couvert la bouche et le nez), que c'était un spectacle étrange. « Vous voyez, quand les coups de feu ont commencé, ils (les rebelles) nous ont  dit de nous pencher en avant dans les sièges du théâtre et de nous cacher la tête. Mais ensuite tout le monde s'est endormi. Et eux (les rebelles), ils étaient assis là, la tête renversée en arrière et la bouche grande ouverte. » Le gouvernement a dit avoir libéré plus de 750 otages, mais sans fournir la moindre précision sur le nombre de ceux qui étaient hospitalisés ou ceux qui avaient été victimes du gaz. Un otage non identifié cité par l'agence Interfax a déclaré: « Après les premiers coups de feu tirés sur les otages, le gaz est arrivé, j'ai vu un terroriste qui était assis se remettre debout et tenter de se procurer un masque à oxygène. Je l'ai vu entrer en convulsion en essayant de mettre le masque sur son visage, et puis tomber. »

 

[72] Je suis consternée par la déclaration d’Ariel Sharon qui non seulement a approuvé l’intervention des troupes russes mais a félicité Poutine. J’aimerais savoir si au moment où il le faisait, le Premier Ministre israélien était au courant de l’emploi de gaz soporifique et connaissait le nombre de victimes.

[73] Pourquoi, si l’on doit faire quelque chose dans le bon sens, ne pas revenir aux maisons de passe interdites après la seconde guerre mondiale et qui avaient l’avantage de permettre un suivi des jeunes femmes par le corps médical ? Comme  toujours le gouvernement se trompe de cible et n’a sans doute pas les moyens de s’en prendre aux trafiquants de chair humaine qui mettent sur le trottoir des jeunes filles venues de l’Est dont nous nous serions véritablement bien passés. Décidément, je voudrais connaître une seule bonne chose émanant de ces pays, à croire que la vie était peut-être meilleure pour tout le monde avant la chute du Mur de Berlin…