|
Lise Willar - Ecrits |
|
Accueil
Le temps des voyages Prologue Nouvelles Mon oncle l'anarchiste Short Stories
My uncle the
anarchist Version française Version anglaise
Billy Collins Livres...dits Première partie Mots...dits Première partie Horizon 2003 Prologue
|
2001 Le 11 Janvier Je n’ai plus parlé d’une édition problématique de mes livres par « ma » start up de l’édition depuis le 28 Novembre 2000. J’ai laissé le deuxième millénaire s’écouler, le troisième se mettre en place sans éclat particulier et sans le second bing bang que d’aucuns attendaient pour parler à nouveau de ce système spécial qu’est « l’édition en ligne. » Je me suis donné depuis trois mois un mal de chien pour mettre mes écrits sur disquettes, pour en faire des copies bien propres, bien ordonnées, bien relues... Je les ai apportées à « mon » éditeur qui semble être plus en herbe qu’en ligne et quand j’ai reçu les épreuves, je me suis demandée si je me trouvais devant un travail d’imprimeur ou celui d’un apprenti auquel on aurait oublier d’expliquer l’ABC du travail. Enfin, je ne veux pas en parler trop longuement et je crois qu’il vaut mieux en rire qu’en pleurer. Je retourne à « Publibook » cet après-midi, je vais tenter une dernière fois d’expliquer comment je conçois l’impression et l’édition d’un livre avec ma compréhension peut-être surannée mais qui est la seule dont je dispose et nous verrons bien. Tout le travail que je viens d’accomplir, même s’il ne se concrétise pas comme je l’espérais, m’a permis en tout cas de mettre en ordre des milliers de pages et d’être prête à commencer autre chose, peut-être même un roman, une forme de littérature que je n’ai pas eu le courage d’aborder jusqu’à présent, me considérant plus comme une contemplatrice de notre temps, une diseuse, qu’une créatrice. Mais avec l’âge, on prend de l’assurance et pourquoi ne tenterais-je pas une nouvelle expérience? Je ne parle pas beaucoup de la télévision ou de la radio car je n’ai rien vu ou entendu depuis quelques temps qui vaille la peine d’être commenter. Bien sûr, J’ai suivi le feuilleton « Jean-Christophe Mitterrand » et il m’est à ce sujet arrivé une petite aventure. J’étais avant les fêtes du Nouvel An chez mon coiffeur et une dame qui lisait un hebdomadaire, une parfaite inconnue en ce qui me concernait, s’est tournée vers moi pour me dire : « Je suis contente que Jean-Christophe Mitterrand soit en prison. » J’étais ébahie de ce commentaire et choquée, bien entendu. Elle ne parlait pas de cet homme qui vient de tuer en un jour quatre personnes dont deux gendarmes, elle ne parlait pas de cet autre qui a voici près de vingt ans violé puis enterré dans différents endroits sept ou dix jeunes filles, non, elle mentionnait tout juste une personnalité qui avait l’heur de lui déplaire. Je n’aime pas faire de politique dans un lieu public mais je ne pouvais pas me contenter de tourner la tête alors j’ai répondu « Moi, Madame, je songe à sa mère que j’ai toujours profondément admirée » puis j’ai changé de fauteuil et je me suis replongée dans mes mots croisés. Décidément, je n’arriverai jamais à me rallier aux « anti » de tous bords qui parlent la haine au coeur et au corps. Je serai toujours du côté de Gérard Miller peut-être un peu trop passionné pour un ancien psychiatre mais dont j’aime les sorties éclatantes parce qu’elles sont faites avec une entière bonne foi et un coeur sincère. L’émission de Laurent Ruquier n’est pas très bonne et je persiste à croire qu’étant un homme de radio très compétent il devrait éviter la télévision mais quand en plus il invite des gens tels que Jean Montaldo, je ne peux que m’indigner avec Gérard Miller et ressentir une désapprobation absolue contre Claude Sarraute qui a immédiatement pris la défense de l’écrivain fasciste, ancien journaliste à « Minute. » Je ne peux toujours pas digérer le fait que cette vieille dame couperosée dont la prédilection va aux robes de la même couleur que celles de Barbara Cartland soit la fille de Nathalie Sarraute. Jamais la grande dame si discrète que fut cette dernière n’aurait joué les vedettes comme le fait sa propre fille dans une émission dite de variétés ou un « talk-show . » Le 12 Janvier Voici qu’on découvre tous les jours un nouveau prêtre pédophile. L’Eglise catholique nous aura tout fait, du maintien des peuples du Moyen Age dans l’ignorance culturelle et le dénuement matériel le plus complets alors que ses prêtres avaient les matériaux nécessaires pour les éduquer à tous les niveaux, des Croisades qui avaient pour but non la délivrance du tombeau du Christ mais une confrontation armée avec l’Islam, de l’Inquisition qui fut la cause non seulement de crimes abominables mais de toutes le guerres de religion et de toutes les chasses aux sorcières, de cette arrogance à se proclamer universelle...à cette nouvelle plaie: la pédophilie des prêtres. En interdisant dès le douzième siècle le mariage aux membres du clergé, hommes ou femmes, imposant même à ses dernières de prononcer des voeux de chasteté, l’Eglise n’est-elle pas la première responsable des exactions commises aujourd’hui ? Le célibat fut imposé parce que les prêtres menaient, semble-t-il, une vie dissolue, multipliant à côté de leur épouse légitime le nombre de leurs maîtresses. Il ne semble pas que cette interdiction ait eu beaucoup d’influence sur la conduite des hommes qui ont apparemment, les moines exceptés peut-être, gardé très vives leurs impulsions sexuelles. Je suppose que dans l’ordre, ils eurent des aventures féminines puis s’adonnèrent à l’homosexualité pour enfin s’en prendre aux enfants qu’ils catéchisaient. Et l’on voudrait que nous admirions cette église ? En cette fin de jubilé, je me demande si le pape s’est donné le pouvoir de juger ses propres ouailles pour les condamner, s’il a pensé un instant aux familles crédules qui voient dans leurs prêtres des protecteurs et non des prédateurs. J’ai été offusquée par la prestation de Monseigneur Gaillot qui a évoqué d’un ton patelin lors d’une interview sur une chaîne de télévision la faute de ce prêtre qu’il a pris sous son aile à la demande de l’évêque québécois et en toute connaissance de cause. C’est révoltant et c’est de la part de cet homme qui voudrait donner de lui une image rassurante la pire des aberrations. Ces Messieurs espéraient-ils que le déplacement d’un prêtre de sa Province d’origine à un village français le guérirait ? De qui se moque-t-on ? Alors qu’il relevait à la fois de la prison et d’un psychothérapeute, on lui a donné des garçonnets en pâture. Aujourd’hui je sais que j’avais raison quand, instinctivement, viscéralement, je n’aimais pas Monseigneur Gaillot. Je trouve en effet que les gens qui savent et qui laissent faire sont plus répréhensibles que les personnes directement concernées car celles-ci font avec ce qu’elles ont sous la main et tant pis si ce sont des enfants. Il serait peut-être temps que le pape, à l’exemple du Grand Rabbin de France, passe la main et laisse à des hommes plus jeunes et plus compréhensifs des choses de ce monde occuper le trône de St Pierre qui douta, lui, alors que Jean-Paul II semble n’avoir jamais eu de problèmes quant à sa conscience universelle. Le 14 Janvier Monseigneur Gaillot a cru bon de participer à une nouvelle émission de l’infatigable Marc-Olivier Faugel qui, ayant investi le service public, sévit maintenant sur France 2 et France Inter. Avec le même sourire patelin, comme si l’enjeu n’était pas de taille, l’évêque a défendu son protégé pédophile et n’a eu quelques mots de regrets envers les victimes que poussé dans ses retranchements. Nous avons appris que si la première lettre de son homologue québécois ne demandait qu’une aide envers le prêtre en question, la seconde et la troisième précisaient que l’homme ayant fait vingt deux mois de prison pour pédophilie et subi un an de psychothérapie, il était nécessaire d’être vigilent. La vigilance de Monseigneur Gaillot a été de placer le prêtre pédophile, en toute connaissance de cause, à la tête d’une communauté villageoise. Il a exprimé le fait que ses ouailles ont été satisfaites en tous points du curé dont elles ont regretté le départ après quatre ans de « bons et loyaux » services. Alors, s’il fallait s’en faire pour une ou deux familles dont les enfants ont subi, au risque d’en être marqué toute leur vie, des attouchements répétitifs, où irions-nous ? semblait dire l’évêque. Car, en définitive, l’affaire n’ira pas plus loin. Le responsable direct est en prison mais celui qui a permis l’accomplissement de ses actes continuera sans plus se soucier de lui ou de personne d’ailleurs son petit bonhomme de chemin. Je suis persuadée qu’il n’a reçu un blâme ni de Monseigneur Lustiger qu’on n’a d’ailleurs pas entendu s’exprimer dans cette affaire grave ni de l’Eglise qui a sans doute d’autres chiens à fouetter. Tout se termine en queue de poisson comme si, la police ayant arrêté un petit dealer de base, la justice trouvait bon de s’en tenir là sans même se poser la question de savoir où sont les responsables et s’il y a lieu de les poursuivre à leur tour. De toutes façons, ni la police ni la justice ne sont en cause véritablement dans cette affaire mais l’Eglise catholique car, sans le célibat imposé aux prêtres, ces derniers auraient le loisir d’exprimer objectivement leur sexualité. Si la majorité des prêtres catholiques américains sont homosexuels, ce choix ne procède peut-être pas de leur tempérament, ce qui serait acceptable et compréhensible, mais de l’obligation où ils se trouvent de rechercher ce qui ne met pas leur état de célibataire en question. Le 22 Janvier Je ne souhaite pas être américaine pour de nombreuses raisons et je le souhaite d’autant moins aujourd’hui que George Bush Junior vient d’être élu pour de bien mauvaises raisons et frauduleusement de surcroît à la présidence d’un pays qui se veut le plus puissant du monde. Il semble qu’il ait choisi pour l’accompagner dans son mandat non des hommes et des femmes suffisamment objectifs pour admettre la fragilité de l’élection et la nécessité de comprendre les objectifs des uns et des autres mais au contraire de solides conservateurs. Ainsi durant les quatre années à venir, les condamnés à mort, mineurs ou adultes, n’ont qu’à bien se tenir: aucune faveur ne leur sera accordée, les jeunes femmes qui désirent avorter seront pourfendues par l’un des membres du gouvernement, adversaire têtu et puissant de l’interruption de grossesse, les travailleurs les plus défavorisés ne recevront pas d’augmentation de salaire et la sécurité sociale que le gouvernement Clinton n’a pas réussi à modifier restera en l’état, c’est-à-dire inadéquate. De toutes façons, l’équipe entière n’a pas de connaissances précises en matière de politique internationale, la direction rigide et obsolète du pays suffisant à leur bonheur. En matière de défense, ils ont la protection de leur bouclier antimissile dont ils vont activer la mise en place. Ils pensent ainsi qu’ils ne craignent rien et n’ont envie de s’intéresser à personne, une forme traditionnelle de l’isolationnisme conservateur. Monsieur Bush a tout de même retenu pour l’instant à la Maison Blanche le spécialiste démocrate des Affaires du Moyen Orient mais il n’a pas jugé bon de dire s’il le maintiendrait assez longtemps pour que la transition se fasse avec un conservateur qui aura jugé bon de l’écouter et d’apprendre. Les résultats obtenus par Monsieur Clinton sont assez décevants pour considérer que le nouveau Président n’a pas les cartes en main pour faire mieux. Alors, il faudra bien que les parties en jeu essaient d’arranger leurs affaires entre elles, ce qui là aussi paraît improbable. Il reste aux spectateurs que nous sommes l’attente et l’appréhension de voir la guerre s’installer d’une façon quasi permanente entre des gens qui n’auront plus de garde-fou pour les protéger ou les empêcher d’aller trop loin. En France, les affaires criminelles vont cahin-caha, entre le “serial killer” qui a voulu s’échapper de prison mais a été rattrapé de justesse et cet ancien chauffeur d’autobus, assassin probable de plusieurs jeunes filles « légèrement » handicapées dont je n’ai pas compris encore qui s’était constitué partie civile, leur famille naturelle ou leur famille d’adoption. De toutes façons j’ai été choquée par la déposition de la fille du criminel présumé, non que je mette en doute ses aveux mais l’idée qu’une fillette puisse avoir été le témoin de choses aussi horribles et s’être tue durant plus de vingt ans me paraît inconcevable même si elle a eu peur, comme elle le prétend, que son père ne s’en prenne à sa mère. Et puis il y a toujours « l’affaire Papon » dans laquelle je suis curieusement d’accord avec les uns et avec les autres. Je trouve évidemment que tous les hommes qui l’ont employé, le Général de Gaulle et Monsieur Giscard d’Estaing entre autres, ont fait preuve de beaucoup d’irresponsabilité en lui donnant des fonctions aussi importantes que celles de Ministre de l’Intérieur et de Préfet de Police. Eut-il été arrêté à l’époque, nous n’en serions pas à nous poser des questions quant à l’opportunité de son maintien en prison. Un demi-siècle s’est écoulé avant que la société française ne se décide à poursuivre l’homme et il est en prison à l’âge où il devrait avoir été condamné à mort ou à la prison à vie depuis des lustres. Alors je suis d’accord pour qu’on le remette en liberté. Il a été jugé, trop tard mais il l’a été, condamné, trop tard mais il l’a été, alors peut nous chaut qu’il soit dedans ou dehors. J’en reviens toujours à la même constatation : nombreux sont les gens, politiciens, intellectuels, anciens amis... qui ont fustigé François Mitterrand pour ses rapports avec Bousquet. Ce n’était pas plus grave à mon sens que de faire d’un criminel pro nazi un haut fonctionnaire de la République. Un ancien premier ministre parlait hier à l’émission de Christine Okrent de patriotisme et d’humanisme en évoquant le parti gaulliste et Monsieur Valéry Giscard d’Estaing se verrait bien sur le trône de l’Etat pour les quelques années à venir. De qui se moque-t-on ? Le 30 Janvier Je ne sais plus quoi penser de ce début du troisième millénaire. Il ne se présente pas trop bien et la plupart des problèmes qui se posent à notre société me paraissent insolubles, celui de la vache folle comme celui de la délinquance ou celui du SIDA car on trouve peut-être des palliatifs mais pas de remèdes. A tout ceci vient s’ajouter la colère d’une planète dont le sous-sol ne s’arrête pas de gronder: le tremblement de terre en Inde a fait vingt mille morts décomptés mais il y a, paraît-il, des centaines de milliers de disparus. C’est tragique car là aussi, il n’y a pas de remède. On ne peut espérer que des accalmies dans ce désordre: je tremble moi-même pour mon fils et sa famille qui habitent San Francisco et qui ont eu à subir le dernier tremblement de terre important de cette région du globe. En France, on se préoccupe surtout des prochaines municipales et, curieusement, de la torture en Algérie. Il semble que notre pays soit toujours en retard quand il s’agit de mettre en perspective les évènements passés. Il s’est passé plus d’un demi-siècle avant qu’on ne parle ouvertement de la Shoah et des crimes de guerre, plus de quarante années avant que ne soient évoqués des évènements qu’on devait taire ou ignorer quand ils se sont produits sous peine d’être arrêté pour déclarations mensongères. J’ai l’impression que le moment est mal choisi pour parler de la torture d’autrefois quand nous devrions nous battre contre ce qui se passe aujourd’hui devant nos yeux et que nous acceptons sous le fallacieux prétexte que nous n’avons pas les armes nécessaires pour mettre fin à l’intégrisme. Nous nous retranchons derrière le fait que si le gouvernement algérien ne peut ou ne veut rien faire contre les crimes actuels, qui sommes-nous pour trouver des solutions ? Mieux vaut alors parler d’un autrefois qui ne nous fait pas honneur mais qui a l’avantage de ne pas nous remettre en cause actuellement. Et les Etats-Unis me dira-t-on ? Je crois que je n’ai pas eu tort il y a quelques jours quand j’ai parlé d’isolationnisme. Bush n’est concerné que par son pays ou, au mieux, par le continent américain puisque ses premières visites officielles seront pour le Mexique et le Canada. Je ne sais pas si la réunion de Davos est d’une importance capitale mais le Président américain n’y a envoyé personne, officiel ou officieux. Si j’en crois ce qu’on me dit de lui, il doit même ignorer où se trouve Davos et plus encore le désert du Qatar où se tiendra semble-t-il la prochaine réunion. Il n’a que faire d’ailleurs de connaître ce pays et de savoir qu’il est une des plus grandes réserves pétrolières du monde. Lui, Bush, a l’Alaska et peut lui chaut de détruire une réserve naturelle, il a décidé de prendre le gaz où il se trouve, c’est-à-dire sur le continent américain. Que deviennent là-dedans mes préoccupations personnelles? Je me bats avec les épreuves de mes livres et si la chose ne présente pas beaucoup d’intérêt en soi, elle a tout de même mis le doigt sur un problème actuel, celui des « start-up. » Pas un seul des jeunes qui a contribué à l’ébauche de cette maison d’édition « en ligne » n’a la moindre idée de ce qu’est l’édition, le traitement de texte, la mise en page et même, je dois le dire, la lecture des manuscrits. Alors, devant cette carence, je comprends pourquoi de nombreuses entreprises similaires ne résistent pas à la pression économique actuelle. Les jeunes gens parlent en terme de fric et de stock options mais ils n’ont pas une connaissance profonde de la technique nécessaire pour être un gérant efficace. Je crois qu’on ne peut pas tout savoir à vingt quatre ans et qu’il n’est pas bon, comme disait mon cher papa, de vouloir être général sans avoir jamais fait ses classes. Le 1er Février J’ai pris la décision de rompre avec « ma » start-up. J’ai fini de relire le fatras qu’on m’a remis et j’ai l’impression que je vais laisser mon âme et mes forces dans l’affaire si je continue. Je dois trouver un moyen de partir sans blesser personne car si je disais la vérité, je serais dans l’obligation de parler d’incompétence absolue et je ne veux pas prendre cette responsabilité. J’aime écrire et depuis plus de trois mois je remets ma joie en question par ce travail écrasant de relecture qui n’aboutit à rien. De toutes façons, quand ces jeunes auront appris, s’ils apprennent jamais, je n’y serai plus alors il faut me faire une raison et revenir à ma destinée de dilettante. D’autres sont lus, moi je ne le serai pas. Tant pis et bonne chance à tous les auteurs heureux. Je peux ainsi reprendre le cours de mes réactions vis-vis des évènements sur lesquels je n’ai d’ailleurs pas plus de prise que sur l’évolution de « ma » start up. Je préfère toutefois être un témoin de mon temps car c’est une responsabilité qui ne gêne personne et que personne ne peut me contester. J’ai été très choquée par le vote de l’Assemblée Nationale qui rend la Turquie moderne responsable des faits qui se sont produits avant la naissance de l’Etat moderne créé par Kemal Ataturk. Je ne conteste pas et n’ai jamais contesté les torts multiples du gouvernement turc vis-à vis des Kurdes et j’ai proclamé à maintes reprises mon amitié pour ce peuple spolié de ses droits et de son identité. Je n’apprécie pas non plus qu’on n’abolisse pas dans ce pays qui se veut européen la peine de mort mais alors pour quelle raison ne pas faire voter nos représentants contre les Etats-Unis et tous les pays qui la pratiquent encore ? J’ai l’impression que dans l’affaire du pogrome arménien, des pressions énormes se sont exercées sur le gouvernement et les députés qui semblent avoir obéi à des ordres plutôt qu’avoir voté selon leurs intimes convictions. A quand la condamnation officielle de la Russie pour le meurtre actuel de centaines de milliers de Tchétchènes et pour les millions de morts et de crimes perpétrés par l’ancienne URSS ? Si le gouvernement russe actuel n’est pas responsable des actes commis par ses prédécesseurs, pourquoi le gouvernement turc le serait-il d’actes commis par l’Empire Ottoman ? Et puis la France doit-elle toujours mener des batailles que les autres gouvernements européens ne se croient pas en droit d’entreprendre et sommes-nous si parfaits que nous devions sans cesse juger autrui ? Je voudrais que nous fassions tous preuve d’un peu d’humilité en nous demandant ce que ressentiraient nos concitoyens si un gouvernement européen faisait voter par ses parlementaires un blâme sur la manière forte que nous avons employée pour terminer toutes nos guerres coloniales, Madagascar y compris ou plus encore condamnait la France pour les exactions commises par Vichy. Nous serions aussi furieux que le sont les Turcs à l’heure actuelle où les rapports économiques et culturels entre les deux pays vont en prendre un drôle de coup. Quand j’ai entendu parler à nouveau hier de Jean-Christophe Mitterrand et de ses démêlés avec la justice, je n’ai pu m’empêcher d’avoir une pensée très émue pour sa mère. Elle qui prend naturellement en public la défense de son fils, quelles peuvent être ses réactions profondes vis-à-vis de la possibilité qu’il ait gagné des sommes énormes en participant à un trafic de ventes d’armes à des pays africains ? Comment cette femme qui a donné sa vie à la défense de minorités opprimées peut-elle accepter que son enfant ait adopté des positions radicalement opposées aux siennes ? Décidément, côtoyer le pouvoir n’est pas facile et les tentations qui sont offertes aux êtres faibles que nous sommes sont-elle fortes à ce point qu’on puisse y perdre son âme ? Le 5 Février J’ai pour la première fois regardé la nouvelle émission de la 5ème, « Le Goût du Noir. » Gérard Miller y reçoit deux invités qui, apparemment, doivent se reconnaître au seul son de leur voix et des idées qu’ils expriment. La conception m’a parue intéressante mais sa réalisation trop courte pour qu’on puisse véritablement l’apprécier. J’aurais aimé qu’elle aille tout au long d’un dîner que les deux invités n’ont pas vraiment dégusté, se suffisant de quelques miettes et de quelques gorgées d’eau sans jamais demander qu’on ouvre une des deux bouteilles de vin qui se trouvaient sur la table. Il me paraît évident que Mathieu Kassovitz, en l’occurrence, ait pu immédiatement reconnaître Dieudonné dont le discours est exprimé par une voix connue des spectateurs comme des téléspectateurs et, pour utopiste et plein de bons sentiments qu’il soit, a une forme répétitive très facile à identifier. Dieudonné, il ne s’en cache pas d’ailleurs, a tous les traits d’une personnalité politique et le premier soin, dans une telle perspective, est de laisser des traces. Le message de Mathieu Kassovitz est bien différent, efficace mais assez subtil et doux pour qu’on ne puisse en quelques minutes et dans l’obscurité savoir qui parle. Dieudonné, bien qu’ayant tourné avec lui, n’a pas su l’identifier. Placés dans les mêmes conditions, je suis bien persuadée que nous n’aurions pas fait mieux. Je crois de toutes façons que si l’on oublie parfois la première vocation de Gérard Miller, il prouve dans une telle émission que le psy est toujours là, prêt à saisir la première opportunité pour nous surprendre et nous divertir. Le 23 Février J’ai vu hier « La Vérité si je mens 2. » Je ne dois décidément pas être en forme car tout le monde m’a conseillé de courir me plonger dans cette fontaine de jouvence afin de retrouver joie et bonne humeur. Je n’ai souri qu’une ou deux fois et j’ai éventé immédiatement le mystère de la revanche contre l’infâme profiteur des grandes surfaces, la même situation s’étant présentée dans un film américain dont je ne me rappelle plus le titre. En revanche, je me souviens parfaitement qu’un père avait fait fortune quand, après avoir embrassé sa fillette et jeté un coup d’oeil sur la poupée qu’elle tenait entre ses bras, il décida de fabriquer à la taille du jouet des vêtements semblables à ceux qu’il dessinait dans son atelier de confection. Je connais bien les sefardim, ils ont dans doute les réparties un peu excessives des Méditerranéens mais je crois que Serge en fait trop et que rien n’est crédible en définitive dans tout le film qui tient plus d’une grosse farce que d’une comédie légère. En rentrant chez moi, j’ai ouvert la télévision. Elisabeth Badinter était invitée sur la 5 à parler des problèmes douloureux auxquels sont confrontés aujourd’hui la majorité des femmes des pays « en voie de régression. » J’ai frémi quand elle a décrit le calvaire quotidien des femmes afghanes sous le règne des taliban. Elles n’ont qu’un seul devoir, celui d’être l’esclave de leur mari qui a droit de vie et surtout de mort sur la mère de ses enfants. Ces derniers n’ont plus le droit de jouer en public, les petites filles ont l’interdiction de fréquenter l’école, les femmes adultes de travailler. Elles sortent, enfouies sous le « chadri » (immense voile muni d’un grillage à hauteur des yeux) qui les recouvrent entièrement et peuvent être lapidées en pleine rue si les forces de police considèrent qu’elles ont failli aux règles infernales qui les régissent. Les Iraniennes sont des reines en comparaison puisque la loi islamique ne les empêche pas de poursuivre leurs études et d’exercer des professions diverses. Je sais par des amis qu’à la maison en tout cas elles se comportent comme toutes les femmes du monde et qu’elles n’ont renoncé ni aux réceptions ni aux agréables réunions de familles. Comment être joyeux quand on connaît le nombre d’infortunes auxquelles on ne peut porter aucun remède ? L’ONU lui-même est impuissant face à de telles situations, la seule perspective d’envahir le pays et de combattre les talibans étant impensable au stade où se prennent les décisions internationales et d’autant plus que des contacts ont existé entre les nouveaux maîtres du pays et le Programmes des Nations Unies. Un accord a effectivement été conclu en 1997 entre les deux parties relatif à la destruction de toute nouvelle culture de pavot en échange d’un crédit de 250 millions de dollars sur 10 ans destinés à faciliter la transition vers les cultures de substitution. Pourtant le régime de Kaboul n’a jamais appliqué le programme prévu et cette même année, l’Afghanistan est devenu le premier producteur mondial de pavot. Il semble qu’il ait été plus facile pour l’ONU de s’entretenir avec des hommes dangereux sur un problème de drogue, quitte à ne pas être entendu, que d’intervenir en faveur de femmes martyres. Le commun des mortels n’a que la ressource d’évoquer le problème pour le stigmatiser : c’est en définitive bien peu même s’il est important de ne jamais perdre l’occasion de le faire comme nous l’a prouvé Elisabeth Badinter. Le 26 Février Venant tout juste d’évoquer les Iraniennes, je suis heureuse d’être tombée samedi soir sur l’excellente émission « Histoire Parallèle », toujours sur la 5. Un sociologue iranien était invité à donner son opinion sur la chute du Shah. J’ai parlé voici longtemps dans ces pages mêmes de toute l’incompréhension qui présidait aux relations entre le souverain d’Iran et ce qu’il est convenu d’appeler l’homme de la rue. Celui-ci a en effet toujours suivi les recommandations des imams plutôt que d’un quelconque gouvernement central. C’est une vérité universelle que les gens du peuple ont besoin d’une proximité avec les personnalités dont ils attendent des conseils en toute matière, sociale, économique, politique et surtout religieuse pour ce qui concerne les chiites iraniens et leur obéissance « personnalisée » au sourates coraniques. J’ai suffisamment connu et voyagé dans le pays au temps du Shah et surtout l’année où il décida de célébrer le second millénaire de l’empire perse pour donner raison en tous points au sociologue, un homme d’un certain âge qui semble avoir toujours fait preuve d’une telle objectivité qu’il fut consulté aussi bien durant l’ère Pahlavi que durant celle où l’ayatollah Komeyni exerça le pouvoir. Il a précisé que la Constitution de 1906 qui fut élaborée grâce aux luttes de l’opposition nationaliste, libérale et religieuse sous la dynastie Qadjar n’a jamais été révisée, soit sous le règne de Reza Khan, le fondateur de la dynastie Pahlavi, soit sous celui de son fils Mohammad Reza en faveur duquel il abdiqua durant la Seconde Guerre Mondiale (1941). Cette constitution réclamait la présence de cinq prêtres au sein du Parlement, une clause que Mohammad Reza n’a jamais respectée. C’est ainsi que les chiites religieux, c’est-à-dire la majorité de la population, ne pouvaient en aucun cas suivre les directives « impériales » ou les faire appliquer autour d’eux si tant est qu’elles arrivassent dans des villages qui n’avaient aucun lien officiel avec le pouvoir central ou plutôt centralisé entre les mains des Pahlavi et de leur entourage immédiat. Je peux dire que j’ai ressenti personnellement l’abîme qui existait entre le souverain et la population car j’ai fréquenté d’une part les bourgeois riches et instruits qui papillonnaient autour du trône et envoyaient leurs enfants étudier dans les écoles européennes ou américaines et des familles plus proches du peuple, des commerçants du bazar en particulier, qui m’ont aidée à comprendre les particularités de la situation iranienne. J’ai déjà dit que j’ai constaté de visu en revêtant le tchador pour entrer dans les mosquées la passion excessive peut-être - mais qui suis-je pour juger ? - des chiites pour une religion qui est très différente du sunnisme « libéral » dont nous oublions parfois la réalité tant l’Islam a pris en certaines circonstances un visage intégriste et outrancier mais qui n’a cependant qu’une commune mesure avec le chiisme, la violence. Le 1er Mars Une fois encore, il vient d’être question dans les médias des nouvelles exactions prévues par les taliban. Il est peut-être bon à ce point de définir ce qu’est en premier ressort un « taliban ? » On se le représente en général comme un guerriers intégriste qui suit et applique strictement la « charia » ou loi divine définie par le Coran mais la traduction littérale du terme est « étudiant en religion. » Les taliban, originaires pour la plupart de familles agricoles du sud du pays, ont reçu leur éducation coranique dans des « madrasa » aussi strictes que certaines « yeshivot » du judaïsme orthodoxe où bien sûr les femmes n’ont aucune place, la différence étant que les étudiants juifs se marient tôt ou tard alors que les talibans semblent avoir conçu dans leur esprit et dans leur âme une véritable aversion de la femme pécheresse à laquelle ils font payer aujourd’hui tous ses « crimes. » La femme est pourtant loin d’être la seule cible de ces hommes prêts à commettre un nouveau sacrilège. Le Coran, comme la Bible dont il s’est largement inspiré, interdit la représentation de l’homme, image de Dieu, à tous les niveaux en général et plus particulièrement dans le domaine artistique. Les talibans ont ainsi pris la décision de détruire tous les sites comportant des sculptures à visage humain, sans aucune concession pour des trésors de l’humanité. Je dois reconnaître que n’étant pas allée en Afghanistan car, invitée par un ami de Kaboul, je ne pus m’y rendre en raison de l’arrivée des troupes soviétiques et de toutes les catastrophes qui ont suivi, je ne savais rien de la statuaire du pays. C’est en consultant l’Encyclopaedia Universalis que j’ai pu me documenter sur ces sites prestigieux. J’ai appris par exemple les faits suivants : Des fouilles françaises menées dans les années soixante dix sur le site d’Aï Khanoum (« butte de Dame Lune » au nord de l’Afghanistan) ont illustré d’une manière spectaculaire la vigueur de ce qu’on appelle l’Hellénisme des confins : « une grande ville grecque était implantée sur les bords de l’Oxus » (ancien nom de l’Amou-Daria qui naît dans le Pamir et se jette dans la Mer d’Aral). « Même coupés de leurs arrières méditerranéens, ces foyers isolés qui répandaient en Asie Centrale l’urbanité grecque furent assez vivaces pour provoquer la naissance d’une civilisation hybride, dite greco-bouddhique (art du Gandhara.) » Je ne veux pas citer ici tout l’article mais il faut savoir qu’on y décrit par exemple le palais de la ville basse « dont les portiques ne comptaient pas moins de cent dix huit colonnes corinthiennes en pierres de type gréco-oriental...Un vestibule monumental...était pourvu de dix-huit colonnes plus proche du type grec canonique...une autre cour était dotée de quarante colonnes d’ordre dorique. » Je pourrais parler longtemps des monuments funéraires, des stèles, du gymnase, « l’un des plus vastes du monde grec », de « la fontaine monumentale où l’eau coulait par une série de gargouilles en pierre dont trois ont été retrouvées (têtes de dauphin, de chien et masque d’acteur comique) », des « statuettes d’homme nu, d’éphèbes en tenue militaire, de femme accoudée », d’ « un superbe médaillon en argent doré représentant la déesse de la Nature, Cybèle, montée sur son char attelé de lions et accompagnée de deux de ses prêtres »... Avant de poursuivre, je voudrais toutefois mentionner un article du Monde qui précise : « au saccage annoncé de la statuaire afghane par les talibans s’ajoute, moins spectaculaire mais tout aussi désastreux, le pillage d’oeuvres inestimables menés systématiquement depuis une douzaine d’années. » Des sites, comme Aï Khanoum que je viens de décrire sont criblés de trous, une preuve qu’ils ont été constamment pillés. J’ai lu plus avant que « de fabuleux butins, statues greco-bouddhiques, pièces de monnaie datant des successeurs d’Alexandre Le Grand, bijoux, ivoires indiens, ont ainsi été écoulés à Peshawar, au Pakistan, avant d’être expédiés vers l’Europe, le Japon ou les Etats-Unis, chez des collectionneurs peu scrupuleux quant à la provenance des pièces. » Les autres sites mentionnés par le Monde pour avoir été pillés sont Begram (nord de Kaboul), Hadda (est), le monastère et les stupa bouddhiques de Tepé Shotor à Hadda, près de Jellalabad, fouillé par des archéologues afghans. Les nouvelles d’Afghanistan sont si rares et si difficilement vérifiables qu’on ne peut savoir à l’heure actuelle à quel point en est la destruction systématique des sites. Pour ce qui est du musée de Kaboul construit en 1920 et qui a été déplacé en 1931 sur le site idyllique selon les visiteurs de Darud Aman en 1931, il semble avoir été était l’un des plus riches dépositaires culturels du monde, incluant des antiquités d’Alexandrie, d’Ashokan, d’Akhamansheed et des périodes grecques, bouddhistes, zoroastriennes et islamiques. Après l’invasion de 1992, les guerriers ont pillé les trésors puis ont réduit les murs en cendres. J’ai beaucoup voyagé dans des pays qui ont affronté une révolution à un siècle ou à un autre, la France bien sûr mais plus récemment la Russie, la Chine, l’Iran... J’ai souvent dit combien j’avais été surprise par la clémence des révolutionnaires en constatant l’abondance des trésors demeurés intacts et qu’on a l’orgueil de montrer aux touristes. J’ai pu voir en déplorant le fait que des Britanniques puritains avaient sectionné des parties « impudiques » sur les merveilleuses sculptures érotiques de Khajuraho mais je suppose que la destruction systématique telle qu’elle semble être pratiquée à grande échelle par les talibans est unique en son genre, le risque étant qu’elle pourrait au pire constituer un exemple pour d’autres intégristes de toutes confessions et de toutes nationalités. Gare alors à notre mémoire collective qui a grand besoin de tous les vestiges prestigieux pour demeurer intacte. On détruit d’abord les objets puis on détruit les livres qui en parlent et l’homme se retrouve nu, face à des intégristes qui n’ont que faire de toutes les découvertes anciennes ou à venir, de tout ce qui a fait la joie des yeux et du coeur hormis la chose unique, le « Livre » de la révélation, guide religieux, moral, social... qui englobe tout ce qu’il est utile et suffisant de connaître. Le 2 Mars Il est évident que, troublée par tous ces faits dont je subis à l’heure actuelle le contre-coup, je me suis peu intéressée au duel entre les deux prétendants à la Mairie de Paris. Non que je me désintéresse de mon pays ou de sa capitale mais il est vrai que je m’attache plus à ce qui fait leur grandeur qu’aux luttes intestines des politiciens de tous bords, ce nombre incroyable de petits princes qui voudraient présider ou participer à la gestion d’une grande ville. Certains d’entre eux sont certainement des utopistes ou des rêveurs, d’autres ont des ambitions plus matérielles et concrètes et il est impossible parmi tous ces noms de distinguer celui qui veut non son bien propre mais celui des habitants de sa ville. Alors j’irai voter le 11 Mars parce que c’est un devoir civique mais je le ferai sans plaisir et sans hargne, n’ayant pas constaté dans ma ville proche de Paris de grands progrès après qu’un maire socialiste ait remplacé l’ancien sénateur-maire RPR, si je me souviens suffisamment d’un homme dont j’ai oublié le nom tellement il a peu marqué ma vie. J’avoue que je ne connais pas plus celui de l’homme qui gère notre commune depuis les dernières élections municipales. Je sais seulement que, témoin d’une ou deux choses qui clochaient, j’ai écrit à la mairie, sans aucun succès d’ailleurs. Alors je suppose que celui qui viendra, le même ou un autre, ne laissera pas dans mon esprit ou dans ma façon de vivre une marque indélébile. Comme tout le monde, je me fais des soucis quand on me parle à journée faite des problèmes bovins et depuis peu ovins. Je plains les éleveurs mais également les milliers de pauvres bêtes qui n’ont pas demandé à naître et souffrent certainement quand on les abat même si les gens qui ont la charge de le faire nous promettent que leur mort est aussi douce que possible. Je suis évidemment trop âgée pour avoir peur mais je plains les jeunes qui devront survivre dans un monde pollué par leurs parents. Il est bien vrai que chaque génération paie pour les fautes de celle qui a précédé, un des exemples les plus douloureux étant l’obligation pour les fils et les filles de risquer leur vie dans la Seconde Guerre Mondiale parce que leurs pères avaient mal gérer les séquelles de la Première. Nos enfants et nos petits-enfants ne feront peut-être pas la guerre au sens propre où nous l’entendons mais ils devront se battre contre des phénomènes aussi nouveaux qu’incompréhensibles dont les scientifiques n’ont pas l’explication, encore moins la solution. J’ai bien sûr une dent contre les Anglais souvent orgueilleux et sûrs d’eux-mêmes parce qu’ils sont à l’origine des maux dont souffrent les éleveurs européens qui, même si certains d’entre eux ont eu le tort d’acheter des farines animales, n’auraient pu le faire sans leur fabrication scandaleuse par des usiniers britanniques. Je voudrais terminer cette page sur une note comique. Guy Carlier qui commente les émissions télévisées dans l’émission de la 2 animée par Stéphane Bern « les fous du Roi » prend régulièrement pour cible l’ineffable Julien Lepers. Je savoure chacune de ses paroles (celle de Guy Carlier, pas de l’autre !) Il a cependant oublié une chose et de taille. Voici en effet un animateur qui préside aux destinées d’un jeu culturel et vraisemblablement n’a pas le centième des connaissances de ses invités. Il devrait donc se méfier des mots qu’il prononce et s’en tenir à un vocabulaire restreint peut-être mais correct. Eh bien! non, depuis quelques temps, sa phrase favorite à l’égard d’un joueur défaillant est: Il faut à tout prix vous « désenkyster. » J’ai consulté le Petit Larousse illustré : pas de « désenkyster. » Par contre le verbe « enkyster » existe bien. La définition donnée par le dictionnaire est : « s’envelopper d’une coque de tissu conjonctif. » Comme je suis perfectionniste et scrabbleuse, j’ai ouvert ensuite mon ODS (Officiel Du Scrabble) qui est beaucoup plus détaillé que le Larousse en admettant tous les mots usuels de la francophonie (belges, helvètes, africains, québécois...) ainsi que des anglicismes et des gallicismes. Malgré tout, pas plus de « désenkyster » qu’ailleurs et bien sûr le verbe « enkyster » et sa définition médicale. Que dire de plus ? Les joueurs de « Questions pour un champion » semblent beaucoup aimer Julien Lepers parce qu’ils reçoivent de la chaîne un accueil cordial. D’autre part les « masters » français ou parlant notre langue m’ont toujours surprise par leur culture apparemment infinie. Il demeure toutefois que le style et le vocabulaire de l’animateur sont à revoir. Le 3 mars Comme j’en ai maintenant pris l’habitude, je vais sur Internet quand je tiens à être mise au courant heure par heure ou jour par jour d’évènements qui me paraissent très importants. J’ai donc épluché ce matin les dépêches et les articles concernant la destruction des sites helleno-bouddhiques en Afghanistan. Je voudrais répéter que mon inquiétude en ce qui concerne les trésors détruits ne me fait jamais oublier le problème virulent des femmes martyres de ce pays car dans ce genre de désordre, tout va de pair: les talibans s’attaquent aux femmes, ils détruisent les trésors archéologiques mais ils entretiennent également la famine dans l’ouest du pays, en particulier « dans la région d’Ohérat où malgré l’installation par le Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR) de six camps dans lesquels vivent près de 100000 personnes, plus de 150 personnes dont 130 enfants sont morts de froid cet hiver » (Le Monde, 13 février 2001). Le même quotidien ajoutait que « plus de 200000 personnes venues des provinces de Ghor, Bagghis et Fariab, toutes dans l’Ouest du pays, étaient attendues dans les prochaines semaines. » Il faut se souvenir que ces réfugiés ne sont qu’un petit pourcentage de tous les autres puisque deux millions d’entre eux résident au Pakistan non seulement depuis l’arrivée des talibans mais pour certains d’entre eux depuis l’invasion de leur pays par les forces soviétiques en 1979. Mais revenons-en à la destruction des trésors : depuis deux jours, les médias ne cessent de parler des Bouddhas géants de Bamiyan, dans le centre de l’Afghanistan, dont la tête et les jambes ont été détruits. C’est le ministre de l’information afghane, Quadratullah Jamal, qui a fait lui-même et sans vergogne l’annonce du sacrilège. Il est bien évident que le saccage de la statuaire d’Afghanistan est ressenti par la communauté culturelle internationale puisque les Etats-Unis ont demandé s’ils pouvaient racheter ces trésors voués au néant et que « l’Unesco Islamique » a lancé un appel aux taliban afin que cesse l’entreprise de destruction des Bouddhas. Il semble que les « pays frères » n’ont pas plus d’influence que les autres dans ce cas particulier. Je pose tout de même une question: ces mêmes pays islamiques ont-ils protesté pour que cesse le martyr des femmes, pour mettre fin à l’analphabétisme voulu des fillettes ? Ont-il, le Pakistan excepté, proposé d’accueillir des réfugiés? S’ils l’ont fait je n’en ai pas été informée plus que les autres gens du commun. Que peuvent faire les habitants de Kaboul contre les maîtres actuels du pays ? Voici ce que j’ai lu sur une des dépêches datant de Vendredi : « Avec ou sans bouddhas de pierre, le petit peuple de Kaboul de plus en plus misérable survit au jour le jour et tente de ne pas mourir de faim au prix parfois d’une violence qui peut exploser à tout moment. » Je crois qu’il n’y a rien de plus à dire face à une telle constatation de désespoir. Et puis je sais que les gens affamés n’ont souvent pas la force de se soulever. Je l’ai constaté en Inde et malheureusement je ne vois pas comment à l’heure actuelle, si le monde « civilisé » ne s’en mêle pas, les Afghans pourraient se révolter contre leurs tortionnaires. Le 5 Mars Les nouvelles affreuses vont leur petit bonhomme de chemin sans jamais s’arrêter pour se reprendre et souffler un peu. Hier nous avons appris l’attentat suicide commis par un Palestinien au nord de Netanya au cours duquel il a lui-même trouvé la mort, causé celles d’un homme de 85 ans, de deux femmes et dans lequel des dizaines de personnes ont été grièvement blessées dont un travailleur palestiniens qui, malheureusement, avant d’être transporté à l’hôpital, a été lapidé par la foule en colère. L’attentat n’a pas été revendiqué par le Hamas et le Jihad islamique mais ils y ont applaudi. Mahmoud Zahar, porte-parole du Hamas, a déclaré : « La résistance continuera jusqu’à ce que nous ayons bouté les occupants hors de notre terre. » Si l’attentat avait eu lieu dans les territoires occupés ou dans la partie reconnue comme futur Etat Palestinien, je pourrais comprendre, mais de telles paroles après un crime perpétré en Israël même prouve que les Palestiniens, oubliant qu’ils n’ont jamais eu d’Etat puisque les terres qu’ils habitaient furent tour à tour turques et colonie britannique, souhaitent la mort ou le départ de tous les Israéliens d’un sol qui fut leur durant trois millénaires où ils se sont solennellement jurés de revenir depuis le début de la diaspora. La phrase avec laquelle nous nous sommes toujours congratulés à la fin de chaque célébration de Rosh Ha-Shana (notre Nouvel An) est bien et je l’ai déjà citée dans ces lignes « L’An prochain à Jérusalem. » Quand on essaie de rester objectif, il est difficile d’accepter ou d’apprécier les déclarations outrancières, qu’elles viennent d’un bord ou d’un autre. En même temps que j’apprenais la nouvelle de l’attentat en Israël, je découvrais que dans une autre partie du monde, à Rostov-sur-le Don (Russie), « le premier procès public d’un militaire russe pour violation des droits de l’homme en Tchétchénie a été suspendu vendredi, le prévenu étant malade. » (dépêche de AP) et il doit reprendre Lundi. Il est bon de rappeler que le colonel commandant de chars Iouri Boudanov est accusé d’avoir enlevé puis étranglé (il n’est pas mentionné de viol) une jeune Thétchène de 18 ans, Heda Kungaïeva. Il a d’ailleurs reconnu le meurtre même s’il nie la préméditation. La dépêche ajoutait : « Ce procès à forte charge émotionnelle oppose deux camps: les civils tchétchènes et les défenseurs des droits de l’homme d’un côté, et l’armée russe de l’autre. » Quand on sait que des manifestants nationalistes ont protesté contre ce procès et apporté leur soutien au colonel - le général à la retraite Vladimir Chamanov n’a-t-il pas dit « Boudanov est un véritable officier, la fierté de la Russie » et « ce procès n’est qu’une intervention idéologique occidentale contre la Russie » - on peut se demander si l’hypertension et les troubles de la vision du colonel n’ont pas été purement inventés pour que cesse un procès instruit par la justice russe pour montrer justement qu’elle s’attachait au droit des « victimes » de guerre dans les pays combattus. Le 6 Mars Par la suite, j’ai cherché dans les dépêches de toutes les agences de presse si le procès du colonel russe avait repris comme on l’avait laissé entendre. Je n’ai absolument rien trouvé de positif, pas la moindre mention de cette affaire qui pouvait constituer une référence dans la politique de ce pays en guerre où la mafia triomphe et qui entrera peut-être (j’en frémis à l’avance) dans l’union européenne. J’ai toutefois découvert une dépêche de l’AFP qui remonte au 22 Janvier et dont le titre exprimait les intentions du Président russe, Vladimir Poutine, ancien membre du KGB : « Le FSB (ex KGB) va diriger la guerre en Tchétchénie. » L’ouverture du procès semblait donc indiquer que les services de sécurité russes étaient plus objectifs que les forces armées dorénavant réduites. Sa « non réouverture » Lundi 5 Mars montre bien que l’armée ou le FSB en Russie, c’est « blanc bonnet et bonnet blanc. » Je suis surprise d’ailleurs qu’aucun média (que je sache) n’ait fait mention de ce manque de rigueur légale qui en dit long sur la pensée de Monsieur Poutine et la force des opposants à la liberté des Tchétchènes. Comme je ne cesse de le dire, ce nouveau fait confortera les milieux islamistes qui accentueront leurs efforts pour que les communautés religieuses de ce pays malheureux l’emportent sur les esprits libéraux, ces derniers demeurant plus attachés à la liberté civile qu’à la djihad ou à la charia mais pouvant s’avérer, sous l’empire de la pression, de moins en moins nombreux et en conséquence de plus en plus vulnérables. Le 16 Mars Je suis allée voter pour les élections municipales parce que c’est mon devoir civique mais je l’ai fait sans enthousiasme parce que je n’aime pas beaucoup plus le maire socialiste de ma commune que je n’appréciais l’ancien sénateur-maire RPR. Je l’ai fait sans doute aussi parce que - je l’espère comme nombreux de mes concitoyens - je suis dégoûtée par les positions de la droite en général et de Madame Alliot-Marie en particulier. Elle a en fait donné une consigne de fusion à Paris aux électeurs de Philippe Séguin et de Jean Tibéri et si elle a mesuré ses paroles, leur sens ne faisait aucun doute. Récupéré un homme que je n’apprécie pas d’ailleurs mais qu’on a sali, banni, envoyé aux gémonies... pour conserver la capitale n’est pas plus admissible que les tripatouillages américains dont s’est gaussée la majorité de nos compatriotes de droite comme de gauche. La Présidente du RPR ne s’est pas mieux comportée en ce qui concerne Lyon car elle a pratiquement donné l’ordre de fusion avec un homme qui est devenu conseiller général grâce aux voix du Front National. Je me félicite de n’avoir jamais été attirée par un quelconque pouvoir politique même si certaines de mes connaissances ont eu sans doute raison de faire partie d’une liste pour que soit respectée cette fameuse parité hommes-femmes dont on parle comme de la panacée universelle. J’avais bien pressenti qu’un jour ou l’autre un évènement subviendrait qui nous mettrait face à la nouvelle réalité tchétchène. Le détournement par des « terroristes » d’un avion russe et le désir des pirates de l’air de partir pour l’Afghanistan si l’Arabie Saoudite n’avait pas décidé de mettre fin à leur entreprise sur l’aéroport de Médine montre bien que les Russes sont responsables de l’orientation que prend ce qui est encore la minorité d’un pays malheureux vers un Islam fondamentaliste comme les Soviétiques l’ont été en Afghanistan de la montée du même Islam. Sans les conquêtes tsaristes, soviétiques ou russes, nous n’en serions pas à nous lamenter sur le sort des Bouddhas géants de Bamyian qui, selon les dernières nouvelles, ont été entièrement détruits ou des pauvres gens qui continuent à souffrir de la faim, du froid ou de la sécheresse, que ce soit dans les territoires contrôlés par les talibans ou dans la province de Badakhstan que gouvernent encore l’ancien Président Burhanuddin Rabbani et le commandant Ahmed Shah Massoud. Je viens d’apprendre que le président des Etats-Unis devait se rendre en Chine Populaire en Octobre prochain. Sans vouloir assimiler Monsieur Bush aux dirigeants chinois, il n’empêche qu’ils ont des idées sensiblement analogues sur la peine de mort et je veux bien croire que si la Constitution Américaine ne mettait un frein aux désirs despotiques de certains des dirigeants du pays, le châtiment capital s’exercerait sur certaines minorités en voie de progression que n’aiment pas en général des réactionnaires tels que l’actuel maître des destinées américaines. Le désir de puissance que veut exprimer Monsieur Bush à travers l’implantation de nouvelles forces militaires sophistiquées contre d’éventuels « envahisseurs » ne doit pas évidemment déplaire à des gens dont le but est de transformer la Chine en une superpuissance de portée planétaire qui pourrait sans doute faire contre-poids à la puissance américaine comme naguère l’ancienne Union Soviétique. Le 20 Mars Il est normal sans doute, bien que je ne sois pas très intéressée par les luttes intestines des différentes têtes, partis ou clans politiques, de revenir un instant sur les élections et sur la vague « bleue » qui a vraisemblablement envahi la France. Pourquoi d’ailleurs la droite dite libérale a-t-elle choisi de courir sous la première couleur de notre drapeau national ? Sans doute parce que le rouge est trop criard et suggère des partis extrémistes, le blanc trop apparenté à la défunte royauté (ces « gaullistes » invétérés qui ne laissent pas un instant le Général dormir de son dernier sommeil et se réfèrent constamment à lui devraient pourtant se souvenir que « notre père à tous » appartenait à ce qu’on avait coutume d’appeler dans mon enfance le parti des « camelots du roi »), le « bleu » constituant une couleur tendre du juste milieu comme l’est pour nous le « rose » du parti socialiste. Perfectionniste de nature, j’ai recherché dans mon Encyclopaedia Universalis la signification des trois couleurs et en particulier du « bleu. » Notre droite libérale devrait tout de même se méfier car le jésuite Ménestrier explique ainsi cette couleur : « la livrée des rois de France, branche de Bourbon, est tricolore : blanc, incarnat et bleu, le bleu à cause du fond des armes de France, ancienne couleur des rois. » Je ne crois pas que les décisions du pouvoir révolutionnaire qui créa le 15 juillet 1789 une nouvelle milice parisienne à cocarde bleue et rouge (les couleurs de Paris dès 1358) sont faites pour rassurer notre droite (encore qu’une milice qui « seconderait » la police nationale n’est pas tellement faite pour lui déplaire...) Voici enfin une phrase qui pourrait la conforter dans la justesse de son choix si elle n’avait été prononcée par Mirabeau qu’elle ne porte peut-être pas dans son coeur. Le 19 octobre 1790, il opposait à la tribune de l’Assemblée Nationale « la couleur blanche de la contre-révolution » et « les couleurs de la liberté » (dont la « bleue » bien entendu). Bon, comme disait l’autre et malgré la vulgarité de l’expression « on ne va tout de même pas en faire un fromage ! » Va pour le « bleu » si telle est la volonté des électeurs majoritaires de notre pays, majoritaires je dis bien car nul n’est censé ignorer deux jours après le résultat des élections que la droite est majoritaire en voix même et surtout à Paris qu’elle vient de perdre. Mais pourquoi donc Monsieur Chirac n’a-t-il pas jugé bon de faire changer le mode de scrutin puisqu’il se mêle de tout, de l’exécutif comme du législatif et même des élections municipales où son rôle était de ne pas prendre parti ? Me voulant objective à tous les niveaux, je tiens à dire que, contrairement à ce qu’a suggéré Madame Guigou, la droite s’est en général bien comportée et elle mérite un ban d’honneur pour ce qu’elle a fait à Lyon. C’est sans doute ce qui rend les élections municipales si différentes des législatives ou des présidentielles et si importantes en tout cas. Le retrait de Monsieur Mercier a permis aux Lyonnais, malgré les exhortations de Monsieur Chirac et de Madame Alliot-Marie, de montrer qu’elle ne voulait pas de collusion avec Charles Millon, le chouchou du Front National. Pour cette action méritoire et hautement civique, qu’elle soit ici remerciée par une humble citoyenne de gauche qui n’a pas souvent de mots flatteurs à l’égard des gens de l’autre bord. Une personnalité politique dont j’avais parlé au moment de la réunion à Strasbourg du Parlement des Intellectuels et de l’accueil chaleureux qu’elle avait réservé à Salman Rushdie m’a véritablement fait de la peine pour son mauvais combat. Je veux parler de Catherine Trotman. Elle a quitté le gouvernement pour respecter ce qu’elle croit juste, le non cumul des mandats, c’était bien. Mais que n’a-t-elle attendu sagement la fin du mandat de son remplaçant et mené sa campagne sans faire d’éclat. Toutes les voix qu’avait obtenues cet homme outragé se sont reportées sur la candidate de droite qui a été élue. C’est tant pis pour vous, Madame Trotman. Je croyais pourtant que vous n’étiez pas à classer parmi les politiciens qui ne veulent en aucun cas partager le gâteau. C’était sans doute mal vous connaître. Un dernier mot pour le véritable perdant de ces élections, un homme que je n’ai jamais apprécié, Monsieur Philippe Seguin. Je l’ai entrevu à Epinal lors d’un Festival de Scrabble où il n’a même pas jugé bon de nous faire un petit laïus de bienvenue (ne serait-ce que parce que nous remplissons les hôtels à des époques dites creuses...) mais s’est contenté de rester dix secondes sur l’estrade pour tirer les sept premières lettres du tournoi puis de s’éclipser sans même assister comme le font les personnalités politiques en général au cocktail offert par la Fédération. Ce Monsieur, député-maire d’Epinal, conseiller général de Lorraine, se retrouve à la tête d’un arrondissement de Paris, je ne me souviens d’ailleurs pas lequel. C’est bien fait et l’image grotesque qu’ont donnée de lui les Guignols n’est d’ailleurs pas pour me déplaire même s’il faut mettre à son actif le fait qu’il n’ait pas obéi aveuglément aux injonctions de la Présidente du RPR. Que son fils (je ne sais pas s’il en a d’autres) soit ici excusé. Je l’ai connu il y a quelques années dans un club de bridge parisien. Charmant, mince, discret... tout le contraire de son papa. Ne connaissant pas son nom de famille, je bavardais avec lui et mes autres amis après l’avoir embrassé comme nous avons coutume de le faire. Je lui avais offert un café que j’attendais au bar pour le lui apporter. Un bridgeur me dit alors : « il est gentil, le fils Seguin. » « Le fils qui ? », m’écriai-je et je me précipitais dans la salle de jeu sans attendre la réponse. Arrivé près du jeune homme, je lui dis en souriant : « Tu peux garder le café mais tu dois me rendre tous mes bisous ! » « Pourquoi ? » me dit-il, « parce que je viens d’apprendre de qui tu es le fils !. » Nous avons ri et le garçon a eu cette phrase : « On ne choisit pas son père. » Je ne me suis pas permis de lui demander s’il le disait pour me faire plaisir ou si c’est parce ce qu’il n’avait pas ses idées. J’ai préféré le doute à la connaissance et nous avons continué à être amis comme par le passé. J’ai cru que j’en avais fini avec les élections municipales mais je m’aperçois que j’ai oublié de dire un mot sur l’ineffable Jean Tibéri (j’ai l’impression que cet adjectif revient sous ma plume un peu trop souvent mais, qu’on me pardonne, je n’en trouve pas de plus approprié à ce genre de personnage.) J’ai regardé hier soir sur la 2 la première partie d’ « Argent Public, Argent Privé » parce que Laure Adler était l’invitée (depuis qu’elle Présidente de France Culture, elle n’a plus cette émission sur l’Histoire qui me plaisait naguère, le lundi matin.) Le sujet traité était la bataille du 5ème (arrondissement bien sûr) et son coût pour les deux candidats, Madame Cohen-Solal et... l’autre. En ce qui concerne la première nommée, tout est clair et net, il n’est même pas besoin d’y revenir. Je suppose, pour ce qui est de l’ancien maire, que les responsables de l’émission ne veulent pas être poursuivis par le sieur Tibéri et qu’ils ont vérifié leurs sources. En effet, après que celui-ci ait répété pour la millième fois que ses dépenses de campagne étaient, seraient, avaient été moindres que celles auxquelles il avait droit, on nous a déclaré qu’il avait employé pour sa campagne un appartement privé dont le loyer mensuel de 400 francs, oui on m’a bien entendu, 400 francs par mois! Où, me dira-t-on ? Mais dans le 5ème bien sûr et pas une chambre de bonne mais deux cents mètres carrés environ à un étage de maître. A ce prix-là je cours vivre dans le cinquième mais, bien sûr, qui me proposera jamais une telle « occase ? » Le 27 Mars Je suis allée comme de coutume au festival de scrabble qui se tient à Cannes dans le cadre du Festival des Jeux. Le temps merveilleux dont jouit la côte d’Azur m’a mieux fait comprendre la détresse qu’on pu ressentir les riverains devant les crues de la Saône et du Rhône. Depuis le train, l’eau paraissait avoir tout envahi et les arbres flottaient comme les mâts de bateaux invisibles. Je suis restée dans le midi quatre jours, complètement submergée non sous l’eau mais sous une nombre trop important de parties. Alors que nous étions plus de six cents joueurs et que nous avons rempli durant près d’une semaine la grande salle qui est derrière le Palais des Festivals, je n’ai lu sur « Nice-Matin » aucune mention de notre présence mais de larges comptes-rendus des exploits de Kasparov. Il est vrai que les échecs sont un jeu spectaculaire mais pourquoi oublier les autres participants ? Ils contribuent à remplir les hôtels cannois durant une semaine plutôt « tristounette » jusqu’à la création de ce festival ? Je crois après tout que tel est l’objectif de la municipalité et nul autre. En tout cas, même si la côte continue comme autrefois à vendre cher son soleil, je n’ai pas boudé mon plaisir et me suis offert quatre déjeuners sur la plage la plus proche du Palais. Durant une heure chaque jour, je me suis prélassée au soleil devant une succulente bouillabaisse ou des panachés de poissons dont je rêve encore. Ce fut assez pour me remettre de la méchante bronchite qui m’avait clouée chez moi durant près de deux semaines. Le 28 Mars N’ayant plus, en raison de mon âge, la possibilité autant qu’autrefois de fréquenter le théâtre, les salles de concerts et les musées, je suis bien obligée de vivre quelquefois le monde à travers les médias et le meilleur de ce que nous offre « Arte » ou mon antenne parabolique, les maires de ma commune, dans l’ordre RPR puis Socialiste, n’ayant pas cru bon d’installer le câble pour des administrés qu’ils jugeaient sans doute comblés par les quatre chaînes des services publics et privés. A ce sujet, je dois dire que j’ai obtenu de haute lutte le droit d’installer ma première antenne parabolique il y a plus de dix ans car, à cette époque, le conseil de gérance de l’immeuble pouvait s’opposer à une telle initiative. J’ai sauté sur le fait que ma dernière lettre n’avait pas reçu de réponse durant un mois écoulé pour considérer que celle-ci était implicitement favorable. J’ajoute que notre toit en terrasse permettait l’installation prévue sans risque d’offusquer le moins du monde le regard des résidents ou des gosses qui jouent dans le jardin d’en face. La première partie de la bataille était gagnée mais il fallait maintenant partir à la recherche de ce qu’il est aujourd’hui convenu d’appeler un « bouquet » dans la chaîne codée qui m’exploite en me promettant des « plus » dont je n’ai cure mais qui n’existait pas alors autrement que chez les favorisés du câble. En cherchant bien, je trouvais une parabole qui convenait à l’orientation de mon appartement et une formule anglaise qui pourrait me satisfaire avec une restriction cependant: la firme anglaise n’avait pas le droit de vendre ses images à mon cher pays de France. Le fait que je doive recevoir toutes les émissions et voir tous les films en anglais n’était pas pour me déplaire, la langue de nos amis d’outre-Manche et d’outre-Atlantique m’étant aussi familière que le français. Je décidais donc de repérer une île britannique, pas forcément la plus grande, qui jouirait d’un concessionnaire pouvant accéder à mes désirs. J’eus la main heureuse et découvris que Jersey répondait à mon attente. Après un coup de téléphone, je n’avais plus qu’à partir à St Malo pour prendre le ferry de St Hélier. J’avais décidé de faire le trajet en voiture, me disant que je profiterais de cette escapade pour faire le tour d’une île sans doute accueillante. Tout se passa le mieux du monde, je reçus des mains du commerçant le « pack » nécessaire, les instructions pour installer le décodeur et la façon la plus simple de régler ma cotisation mensuelle. J’ai honte de dire que la virée dans l’île même ne m’a pas laissé un souvenir indélébile car Victor Hugo n’y a pas laissé sa marque comme à Guernesey et le paysage n’est pas très différent de celui de Normandie. Ce dont je me souviens comme si c’était hier c’est du repas délicieux que j’ai fait à mon retour de Jersey à La Duchesse Anne, le meilleur restaurant de St Malo, dont le homard grillé est une pure merveille. Je suppose sans bien m’en souvenir qu’un spécialiste français des paraboles eut l’autorisation d’accrocher la mienne sur notre terrasse. J’ai bien sûr changé d’antenne parabolique et adopté une formule française quand les propositions se sont multipliées mais je n’oublierai pas que, pour une fois, les Anglais se sont trouvés là pour me rendre service. Voici une bien longue digression mais je les aime à tel point que j’en use et en abuse peut-être. Et puis, il fallait bien que mes lecteurs potentiels connaissent toutes les raisons pour lesquelles j’ai tenté de faire venir le monde à moi quand je n’ai pu comme autrefois prendre mon bâton de pèlerin et parcourir les routes. Ceci étant précisé, je suis toute prête maintenant à dire la chance que j’ai eue de voir deux émissions sur « Planète » qui m’ont particulièrement intéressée. Tout d’abord, j’ai reconnu Itzchak Perlman qui jouait sur son « Strad » comme il l’appelle des airs du folklore Yddish de Cracovie, du « klammer » si j’ai bonne mémoire. Mon premier souvenir d’Itzchak Perlman sur scène remonte à bien des années quand, passant par Los Angeles, je pus me procurer une place à trois ou cinq dollars pour assister à un récital qu’il donnait au Bowl, l’immense amphithéâtre en plein air où se produisent les plus grands virtuoses et les plus célèbres orchestres du monde. De ma place en haut des gradins, je voyais le violoniste comme du haut d’une montagne, une image un peu floue assise à quelque cent mètres de mon perchoir mais l’acoustique était si bonne que le son pur de l’instrument s’élevait jusqu’à moi comme par miracle. Chagrinée d’abord de n’avoir pas obtenu de meilleure place, je me dis que j’avais eu en définitive beaucoup de chance: j’étais un séraphin et la musique m’enveloppait de sa douceur et de sa beauté. Mon émotion en regardant Planète fut différente mais aussi profonde. Elle vint non seulement du plaisir que je ressens toujours devant le charme et le génie musical de cet homme qui s’adaptait à l’orchestre après avoir entendu l’air une seule fois mais également du fait que le violoniste et son père avaient entrepris et mené à bien un pèlerinage dans le village proche de Cracovie où ils sont nés (le papa tout au moins) et que nous avons fait connaissance non seulement avec la ville de Cracovie mais également avec la communauté juive de cette ville qui s’élève à 2000 âmes, 2000 personnes qui n’hésitent pas à vivre dans un pays qui a vu et toléré en les approuvant quelquefois toutes les atrocités de la Shoah. Les musiciens Klammer dont je ne suis pas à même de mesurer le talent par rapport à celui d’un des plus grands violonistes contemporains m’ont paru doués d’une virtuosité exceptionnelle aux cours des répétitions que l’on nous a retransmises. Ils ont par la suite organisé un concert sur la place publique de Cracovie, y attirant non seulement les juifs mais les catholiques puisque nous avons pu constater combien l’assistance était nombreuse. Les gens étaient sans doute ce jour-là curieux de voir et d’écouter un grand virtuose mais ils étaient venus pour de la musique yiddish et ce fait constitue en lui seul un évènement. Une autre émission de Planète a également attiré mon attention. Elle avait pour thème l’écrivain d’origine polonaise, Jerzy Kosinski, dont j’ai profondément aimé le premier livre publié aux Etats-Unis, « The Painted Bird » (L’Oiseau Bariolé.) Je croyais connaître à travers ce livre et les suivants la vie de ce garçonnet confié par ses parents à une famille polonaise avant de partir en déportation pour ne jamais revenir et jeté dans la rue par cette même famille après coup, venant ainsi grandir la cohorte d’enfants abandonnés qui parcourait en mendiant les rues de cette Pologne méchante. J’avais cru tout d’abord qu’il avait été retrouvé puis recueilli par un oncle rescapé des camps de la mort, qu’il avait fait ses études puis s’était forgé un faux visa pour partir aux Etats-Unis où il avait passé son doctorat et publié son premier ouvrage. Dans un deuxième temps, la postface de « Passion Play », l’histoire d’un joueur de polo, m’avait appris qu’il avait perdu l’usage de la parole à neuf ans après qu’il ait été pris à parti violemment par une horde de villageois. Il avait par la suite retrouvé sa propre famille, affaiblie par son séjour dans les camps de la mort, son père, professeur de linguistique et sa mère, pianiste, qui l’avaient envoyé dans un collège pour enfants handicapés. Il avait apparemment retrouvé au bout de cinq ans l’usage de sa voix après un accident de ski et avait pu ainsi poursuivre des études normales jusqu’à son départ pour les Etats-Unis. Je savais également qu’il s’était suicidé en 1991 à l’âge de cinquante sept ans. L’émission de Planète m’a fait découvrir une toute autre histoire qui n’enlève d’ailleurs rien au talent de l’écrivain mais tend à montrer qu’il n’a pas été ce garçonnet abandonné dans la rue à lui-même. Une dame du village où il vivait a proclamé que les écrits de Jerzy Kosinski étaient une insulte à la mémoire de la famille d’accueil qui l’avait gardé jusqu’à ce que sa famille le reprenne en charge. L’intérêt de la chose n’est pas tellement dans la découverte d’une vérité différente car, après tout, l’ouvrage était de fiction et l’auteur y mettait peut-être son expérience, peut-être une chose qu’il avait au fond du coeur et ressentait le besoin d’exprimer. Non, c’est que j’ai appris avec d’autres personnes sans doute que Jerzy Kosinski était l’ami d’enfance de Roman Polanski et qu’il a peut-être raconté dans son livre la vie de ce dernier. J’étais intéressée en même temps qu’ébahie par cette nouvelle. Est-elle vraie ou véridique? Je ne sais mais elle vaut tout de même d’être vérifiée car les deux hommes sont aussi intéressants l’un que l’autre, l’écrivain comme le réalisateur et l’acteur. C’est, devrais-je dire, « une affaire à suivre. » Je passe à tout autre chose. Zappant hier soir durant quelques minutes sur la 6, j’ai appris que la France battait le record des ronds-points, ces carrefours circulaires à sens giratoire inventés en 1961 par les Anglais et que les maires français ont adoptés avec un empressement que les usagers n’apprécient pas toujours. Autant je puis comprendre qu’on les ait construits aux abords des villes pour ralentir la vitesse des automobiles, autant je redoute leur prolifération dans les communes. Là-même où j’habite, nous circulions assez tranquillement sur deux voies quand notre maire qui vient d’être d’ailleurs réélu a jugé bon de faire construire à grands frais des ronds-points, de supprimer les deux voies, le tout nous paraissant très dangereux car le passage giratoire est très étroit et il n’est pas rare de voir certaines voitures monter sur le trottoir, mettant ainsi en danger les piétons. Décidément, quand les Anglais arrêteront-il de nous envoyer leurs farines animales, leurs épizooties de fièvre aphteuses et des idées qui ne nous semblent pas aussi bonnes qu’elle en ont l’air? Pour ce qui est de l’euro, ils y regardent à deux fois et n’ont pas l’intention de renoncer de sitôt à leur bonne vieille « pound. » Là, je les comprends un peu car si je n’ai eu aucun mal à passer des anciens francs aux nouveaux, la division par cent ne m’ayant jamais posé aucun problème, je suis définitivement effrayée par le passage à cette nouvelle monnaie européenne que j’eusse aimé ne pas avoir à connaître avant la fin de mon âge. Le 29 Mars Je suis entrain de mettre sur ordinateur les cinq cents premières pages de cet Horizon 2002 que j’avais tapées sur une machine à traitement de textes. C’est un travail parfois fastidieux, parfois intéressant parce qu’il me fait revivre des situations que j’avais pratiquement oubliées. Je ne me souvenais pas en effet que le “programme commun” m’avait choquée à un point tel que je n’avais pas voté au deuxième tour des élections présidentielles de 1974 et de 1981. J’avais eu alors ces phrases on ne peut plus actuelles en ce qui concerne le parti communiste : « aux élections législatives de 1981, les socialistes n’avaient aucun besoin des voix communistes et pourtant ils les ont acceptées. Le Gouvernement lui-même n’a-t-il pas maintenu la participation des ministres communistes dont le parti ne représente pas plus de 10% des électeurs ? » La situation s’est encore dégradée depuis car on est loin aujourd’hui et malgré les déclarations de Monsieur Hue des 10% qui représentaient à l’époque une descente en flèche par rapport au nombre d’après la Seconde Guerre Mondiale. Nous sommes conscients de plus que les Communistes ne tenant plus depuis le 15 mars aucune ville numériquement importante, ils pourraient disparaître de l’échiquier politique de notre pays n’était peut-être la puissance de la CGT qui a toujours été inversement proportionnelle à la quantité numérique des adhérents du Parti. Je ne suis pas contre comme je ne suis pas contre la disparition progressive du Front National malgré un fait avéré: les voix qui lui manquent sont sans doute allées à la droite dite libérale. En revanche je ne crois pas que les anciens électeurs communistes aient voté pour les Socialistes ou pour les Verts qu’ils n’ont jamais tenus en odeur de sainteté. Il existe tout de même une grande différence entre la situation de 1982 et celle d’aujourd’hui: le gouvernement Jospin a justement dans les Verts qui montent une solution de rechange et peut en profiter pour le meilleur je l’espère car je serais tentée de croire qu’aucun parti ne détient le record de la vérité. Je pense toujours à la réflexion de notre Prix Nobel de Physique, Pierre-Gilles de Gennes, selon laquelle la poussière de charbon avait fait plus de victimes depuis des temps immémoriaux que l’uranium enrichi des centrales nucléaires. Le 30 Mars Messieurs Chirac et Monsieur Tibéri peuvent bien être convoqués par le juge Halphen, la priorité dans plusieurs médias est donnée à la convocation de Madame Mitterrand au sujet des ventes d’armes pour lesquelles son fils est poursuivi. Une fois de plus, je ne veux pas me mêler de ce qui ne me regarde qu’en tant que citoyenne de ce pays et je tiens à rester objective devant les faits. Je suis formellement contre de telles ventes, surtout qu’elles servent aux nouveaux rois d’Afrique pour régler des comptes et consolider leur pouvoir malsain, éphémère parfois, sans qu’ils éprouvent d’ailleurs la moindre compassion pour leurs populations affamées, déplacées ou malades, mais je ne comprends pas en quoi Madame Mitterrand peut être concernée. Elle s’est toujours maintenue loin du pouvoir avec une discrétion que pourraient lui envier bien des « premières dames » et je la vois mal entrain d’envoyer des armes aux Kurdes. Sa bataille a toujours été pour la reconnaissance de ce peuple privé de sa terre ancestrale par la volonté des puissances qui l’entourent, certainement pas pour qu’il la reconquiert militairement. J’aimerais que de nombreuses femmes de présidents, de ministres ou de maires de Paris aient la même attitude vis-à-vis du pouvoir. Je continue à penser qu’elle n’approuve pas en son âme et conscience la position de son fils mais comment pourrait-elle le lâcher publiquement ? Elle ne serait plus dans ce cas une mère digne de ce nom. Notre devoir est parfois dur mais, quoi qu’il arrive, nous nous tenons à côté de nos enfants quand quelque chose ne va pas. Nous les avons mis au monde, élevés, soignés, nous avons tâché de leur donner la meilleure éducation possible et quand ils dérapent, nous restons à leur côté. Bien plus peut-être ou du moins tout autant qu’avec nos conjoints, nous leurs devons notre assistance et notre amour, nous leur devons cela pour le meilleur et pour le pire. Le 31 Mars Je viens d’entendre comme tous les samedis matins « Répliques » d’Alain Finkielkraut sur France Culture. L’émission s’intitulait : « Quelle agriculture pour demain ? » et quand Monsieur Finkielkraut a évoqué l’intention qu’ont les Britanniques d’abattre cinq cent mille bovins susceptibles d’avoir la fièvre aphteuse au bord d’une immense fosse construite sur une base militaire, j’ai su avant même qu’il concrétise sa pensée ce qu’il allait dire: l’image qui me vint en tête était bien sûr celle de l’holocauste. Personne ne peut nous faire le reproche de comparer le martyre d’animaux à celui d’hommes et de femmes puisque l’un comme l’autre nous avons eu de la famille parmi les victimes. Non, ce qui était suggestif c’était l’image d’un être vivant tué au bord d’une fosse commune, image parfaitement insoutenable. Je n’irai pas jusqu’à dire comme Lamartine : « Objets inanimés, avez-vous donc une âme qui s’attache à notre âme et nous force d’aimer » mais je sais que les animaux, quels qu’ils soient, même peut-être ceux qu’on dit à sang froid, souffrent quand ils sont blessés ou qu’on les tue. Comme l’ont dit de nombreux éleveurs qui pleuraient leur cheptel disparu et l’anéantissement de toute une vie de travail : « nous avons toujours connu la fièvre aphteuse mais nous n’avons jamais assisté à un tel spectacle de destruction systématique. » A se demander - la majorité d’entre nous le fait d’ailleurs car nous sommes ceux qui ne savent pas et ne peuvent que supputer - si les gouvernements européens ne sont pas entrain de profiter de la maladie pour réduire le cheptel commun dont on a dit qu’il était beaucoup trop important et pouvait constituer une menace économique pour la communauté ? Et puis, une chose nous étonne : pour quelle raison les écologistes dont Monsieur Bougrain-Dubourg (il voudra bien m’excuser si l’orthographe est défectueuse mais son nom n’apparaît pas encore dans le Petit Larousse et malheureusement pas dans les médias du jour) ne s’élève pas sur la destruction des bovins et des ovins comme ils le font pour les animaux dits sauvages. Il est vrai sans doute qu’on peut toujours « refaire » des veaux et qu’il faut protéger les palombes mais tout de même comme dirait l’autre « trop c’est trop » et nous aimerions qu’il n’y ait pas deux poids et deux mesures. Je n’ai jamais été tendre avec les chasseurs même quand ils se posaient en protecteurs des espèces et en amoureux de la nature mais je ne puis approuver le manque absolu de réaction des écologistes et des Verts devant ce qui se trame à l’heure actuelle dans les pays de la communauté européenne. J’ai une autre pensée que j’ose à peine exprimer : le monde de la culture s’est élevé justement contre la destruction des Grands Bouddhas de Bamyian mais est-il si loin des réalités de la vie pour ne pas prendre la parole quand il s’agit d’animaux qui n’ont pas demandé à venir au monde et qu’on élève pour la seule ambition de nourrir les carnivores que nous sommes ou de donner du lait à nos enfants et à nos vieillards diront les âmes charitables. Je suppose qu’ils ne se considèrent ni concernés ni responsables en la matière et laisse les spécialistes juger de l’opportunité du massacre. Je m’arrête vite car j’entends déjà d’ici les personnes qui vont crier au sacrilège ! Monsieur Bush est un tueur d’hommes sans doute et nous ne savons pas quelle pourrait être sa réaction si la fièvre aphteuse atteignait son pays. Il vient d’avoir une attitude réactionnaire face aux accords de Kyoto qu’il a eu l’ignominie de ne pas signer, ignorant que les effets de serre sont pires que la mort pour notre univers, il veut munir son pays d’un bouclier qui le protégera de fusées problématiques... Il a tout faux mais ce n’est pas une raison pour croire que nous sommes meilleurs que lui. Tous les hommes se valent en vérité. Ils ont en tête la nécessité immédiate et ne voient pas plus loin que leurs yeux. Ils sont prêts à critiquer les autres mais ne balaient jamais devant leur porte. Quand on me montre à la télévision ce chirurgien français qui fait venir par centaines des enfants atteints de maladies cardiaques éradiquées depuis plusieurs décennies dans notre pays et dont les parents ne peuvent assumer les dépenses d’une chirurgie lourde, je l’applaudis et je le respecte mais je me dis qu’il n’y a pas de manichéisme évident entre les gens du bien et ceux du mal, le nombre des premiers paraissant infime vis-à-vis de celui des destructeurs. Le 2 Avril Une image me hante : celle d’une femme algérienne dont on ne voit le visage que de biais en raison des conséquences que pourraient avoir ses paroles. Elle raconte comment toute sa famille a été assassinée par les islamistes et elle-même enlevée puis battue et violée avant d’être par miracle libérée. Elle n’a plus de mari pour la protéger, plus d’enfants pour les chérir, plus rien devant elle qui la pousse à survivre. Elle est seule devant une page blanche qu’elle ne pourra remplir. Elle n’a même plus de maison où cacher sa détresse car les islamistes l’ont brûlée après avoir perpétré leurs crimes et avant d’entraîner leur victime dans une cachette infâme. Les tortionnaires de cette femme me font horreur mais j’en éprouve aussi pour les dirigeants du FLN qui, dès l’indépendance de l’Algérie, créèrent le sinistre code de la famille: il portait en gestation tous les crimes futurs. Personne à l’époque n’a véritablement compris l’ignominie de cette mesure et puis le monde avait bien d’autres chiens à fouetter ! Des images me hantent: celle de réfugiés afghans dans un camp pakistanais, une institutrice en particulier qui a fui le nord de son pays avec son mari amputé d’une jambe et ses sept enfants. Elle veut bien partir n’importe où, en Orient ou en Europe, mais ce qui l’attend c’est le pur et simple retour dans son pays où toute sa famille et elle-même seront immédiatement exécutés parce que le Pakistan n’a pas les moyens d’assumer l’existence de ces pauvres gens et que l’aide internationale est minime. Quand elle a fui son pays, ce fut pour ne pas courir le risque de vivre le calvaire quotidien des femmes afghanes sous le règne des talibans, ces femmes dont le seul devoir est d’être l’esclave d’un mari qui a droit de vie et surtout de mort sur la mère de ses enfants. L’image des fillettes afghanes et de leurs mères me hantent : les petites ont comme leurs frères d’ailleurs l’interdiction de jouer dans la rue mais en plus celle de fréquenter l’école, les femmes adultes n’ont plus le droit d’exercer une quelconque profession, manuelle ou intellectuelle. Elles sortent, enfouies sous le « chadri » (immense voile muni d’un grillage à hauteur des yeux) qui les recouvrent entièrement et peuvent être lapidées en pleine rue si les forces de police considèrent qu’elles ont failli aux règles infernales qui les régissent. Les Iraniennes sont des reines en comparaison puisque la loi islamique ne les empêche pas de poursuivre leurs études et d’exercer des professions diverses. Je sais par des amis qu’à la maison en tout cas elles se comportent comme toutes les femmes du monde et qu’elles n’ont renoncé ni aux réceptions ni aux agréables réunions de familles. Mais ces nouvelles images qui me hantent ne peuvent me faire oublier celles de nonnes de Bosnie qui furent violées par des militaires serbes, une horreur d’autant plus insoutenable que ces femmes avaient fait voeu de chasteté. Au-delà de la souffrance physique, il y avait ce déchirement moral insupportable qui les contraignaient à mener à terme un fruit défendu puisque l’avortement leur était interdit pas le Saint-Siège. Je voudrais crier à toutes ces femmes qui ne peuvent m’entendre que si leur histoire est tragique, elle n’avait pas forcément raison d’être. La femme, malgré toute l’emprise infernale que les hommes ont voulu exercer sur elle, a su triompher depuis des millénaires, partout dans le monde et dans tous les domaines. La femme n’est pas à priori une esclave. Une lettre adressée le 23 octobre 1857 par Johann Jacob Bachofen (1815-1887) à A. Gervasio montre que c’est à l’étude de la famille comme institution sociale que l’ont finalement conduit ses recherches sur l’Antiquité classique : « Quoi de plus surprenant » écrit-il à l’archéologue italien, « que de voir la femme des premiers temps de l’histoire humaine occuper le rang et la position qu’un développement plus avancé a irrévocablement assigné aux êtres du sexe masculin. » Avant Bachofen, J.F. Lafitau, dans ses Moeurs des sauvages américains comparées aux moeurs des premiers temps (1724) avait observé qu’à l’origine « c’est dans les femmes que consiste proprement l’ordre des générations et de la conservation des familles. »[1] Il est évident que des sociétés matriarcales ont existé partout sur notre planète en dehors des Amazones de la mythologie grecque ou des Walkyries de la mythologie nord-Germanique. Dans la tradition judéo-chrétienne en tout cas la femme fut créée pour être la compagne de l’homme et non sa servante. Il est peut-être bon de rappeler que selon la loi mosaïque, le judaïsme se transmet par la mère, ne serait que pour une raison simple de filiation pratiquement incontestable (il y avait peu de risque de faire un échange de nouveaux-nés dans les sociétés antiques comme cela s’est peut-être produit dans les hôpitaux de nos jours.) Le nombre de femmes célèbres dont Eve, Sara, Rebecca, Rachel, Lia et plus tard Marie sont dans la même tradition judéo-chrétienne les modèles les plus prestigieux, est tellement immense qu’on ne peut émettre la moindre hypothèse à ce sujet d’autant plus que l’homme s’est toujours efforcé de donner non seulement une fausse idée de la valeur féminine mais également une image erronée de ce que l’on appelle « les us et coutumes. » La première fois que j’ai entendu parler de la ceinture de chasteté par exemple, c’était bien sûr quand on m’a expliqué que les nobles croisés la faisaient porter à leur femme durant leur longue absence afin qu’elle ne pût les tromper. Inutile de dire qu’elle connaissait fort bien la cachette où l’on avait enfermé la clef, comment débloquer la ceinture au moment opportun mais là n’est pas mon propos. La femme restée au château devait tout assumer en l’absence de son mari, l’éducation des enfants, la gestion du patrimoine familiale, l’entretien des terres, leur ensemencement et les moissons, la protection des familles paysannes et les soins à leur prodiguer, le regroupement de ces mêmes familles dans l’enceinte du château quand s’avérait nécessaire la lutte contre des bandes armées qui n’avaient cure du tombeau du Christ en Terre Sainte... Il a pratiquement fallu que je lise « La Chambre des Dames » de Jeanne Bourin, un livre qui ne m’aurait pas autrement frappée si je n’y avais appris la vocation des femmes de la bourgeoisie dans les villes du Moyen-Age, Paris surtout. Elles exerçaient apparemment tous les métiers de boutiquières et les professions d’art, soit en compagnie de leurs maris, soit seules si elles étaient veuves. Quand j’étais enfant, aucun professeur et aucun livre d’Histoire n’ont jamais (en ce qui me concerne tout au moins) mentionné de tels faits. Je crois que le monde sait reconnaître ses poétesses, ses artistes, peintres et sculpteurs, ses grandes interprètes, ses chercheuses... et comme je ne peux les nommer toutes de peur d’en oublier une, je choisis au hasard pour les représenter Marie de France, Louise Labé, La Belle Cordière, dont la voix pure s’élevait en sonnets ardents au début du seizième siècle, Clara Schumann, Berthe Morisot, Suzanne Valadon sans laquelle Utrillo n’aurait pas vu le jour, Camille Claudel, Florence Nightingale, Marie Curie, Sarah Bernhardt, Jessye Norman qui me chanta Satie dans le parc du couvent d’Alziprato, près du désert des Agriates. Je me tiens devant les rayons de ma bibliothèque et elles sont si nombreuses, mes femmes, que je m’y perds. Lesquelles choisir pour les honorer toutes ? Allez, je lance mon épuisette et j’en tire deux parmi des milliers : Sigrid Undset la Norvégienne, prix Nobel de Littérature (1928), Antonine Maillet, l’Acadienne, Pris Goncourt (1979). Je n’en peux plus, je suis épuisée à force de parler d’elles, de parler de nous, de parler de moi et pourtant je dois continuer. Il y a Sainte Geneviève qui sauva Paris, Jeanne d’Arc qui voulut bouter les Anglais hors de France et mourut sur le bûcher, les courageuses qui se sont illustrées dans les révolutions de tous les pays pour que le monde évolue, telles Olympe de Gouges (1748-1793, année de son exécution), auteur d’un texte admirable, la « Déclaration des Droits de la femme et de la citoyenne » dont je veux citer l’article 10 : « Une femme a le droit de monter à l’échafaud, elle doit avoir également le droit de monter à la tribune », les suffragettes qui ont lutté dès 1865 en Angleterre et aux Etats-Unis pour donner à leurs soeurs le droit de vote, les femmes qui sont entrées en politique, Golda Meir en Israël, Indira Gandhi en Inde, Simone Veil en France, Benazir Bhutto au Pakistan, Corazon Aquino aux Philippines...celles qui ont revendiqué puis obtenu le droit d’avorter mais qui continuent leur combat pour l’égalité des chances et des salaires, la parité, le droit à l’homosexualité, à la transsexualité... Y-a-t-il autre chose ? ai-je tout dit, tout pressenti, tout énuméré ? Loin de là : Je veux que les avancées ne soient pas l’apanage des citoyennes de nos pays opulents. Je veux que l’Algérienne qu’on a violée, l’Afghane qu’on lapide et qui se cache derrière son chadri, l’Africaine qui meurt du SIDA parce que son mari refuse les préservatifs et qu’elle n’est pas soignée, l’Indienne qui gît à même le sol dans les rues de Delhi, près de la gare (je l’ai vue, je l’ai vue), la femme du Bangladesh qui n’en peut plus des cyclones et des inondations, la Brésilienne des favelas qui ne célèbre pas le Carnaval, l’Ethiopienne qui crève de la guerre, de la famine et des invasions de chenilles légionnaires... je veux que toutes ses femmes aient enfin une petite chance de survie. Et puis je veux que les hommes cessent de s’entretuer et réalisent que les femmes, leurs femmes, ont tout de même besoin d’autre chose dont jusqu’à présent ils n’ont pas eu conscience. Le 7 Avril Mes préoccupations de cette semaine vont être en grande partie culinaires car notre Pâque juive débute ce soir par le Seder (premier repas de la fête) et je suis en charge des boulettes confectionnées avec de la semoule cachère et de la charlotte aux pommes que j’essaie de réussir comme y parvenait ma chère maman. Nos origines familiales sont alsaciennes donc ashkenazim mais ma belle-fille de même origine que nous a cependant décidé de suivre depuis quelques années les traditions sefardim qui nous sont venues en particulier d’Afrique du Nord. Elles sont assez différentes des nôtres et suivent d’un peu plus près peut-être les anciens rites. En tout cas, c’est une très belle réminiscence de la sortie d’Egypte au cours de laquelle nous évoquons les raisons pour lesquelles Dieu a décidé de sortir notre peuple de l’esclavage, provoquant les plaies qui ont soumis le pharaon à la loi divine et permettant ainsi à Moïse de nous accompagner dans la longue traversée du désert, de recevoir les Tables de la Loi sur le Mont Sinaï et de nous conduire aux portes de Canaan. Parmi les dix plaies d’Egypte figure l’épizootie et tous les convives ont réagi en faisant remarquer la coïncidence entre cette plaie et ce que vient de subir une partie de l’Europe par la « faute » des Anglais. Ils ne voulaient pas dire par là que nos voisins d’outre-Manche jouaient leur petit pharaon mais allez savoir. Le 9 Avril Un mois après mes premières « investigations », voici qu’on reparle de la Tchétchénie à laquelle on ne s’intéresse que sporadiquement. On en reparle parce qu’un caméraman amateur a pu filmer hier les manifestations des derniers habitants de Groznyï, des femmes et des vieillards car pratiquement tous les hommes adultes ont été tués par l’armée ou le FSB, un petit nombre seulement ayant pu s’échapper pour rejoindre les résistants nationalistes. Les enfants n’ont sans doute pas résisté aux rigueurs de l’hiver 2000 passé dans les caves, de la maladie et des privations qu’imposait un blocus systématique de la capitale. A côté des manifestants passaient des chars russes qui n’avaient pas encore entrepris de les séparer durement mais qui le feraient à la première injonction des chefs concernés. J’ai relu l’histoire de la Tchétchénie devant ces faits nouveaux et la ferme intention des Russes de se maintenir dans un pays qui les considèrent comme des occupants. Il apparaît que les Tchéchènes, un peuple caucasien islamisé, avaient une première fois résisté à la progression russe des XVIIIème et XIXème siècles jusqu’à la chute de leur chef Chamil (1859). Groznyï (« la Terrible » en russe) devint ville de garnison russe. Sous le pouvoir bolchévique, la Tchétchénie a été successivement « République autonome des montagnes », « Région autonome », puis portion de la Fédération de Russie, à nouveau « République autonome » mais en association avec les Ingouches (1936) avant d’être comptée parmi les « peuples punis » qui furent déportés en Sibérie. C’est en 1957 que la déportation fut suspendue et la république recréée et en 1991 que les nationalistes thétchènes, dirigés par le Général D. Doudaïev proclamèrent leur indépendance et leur séparation des Ingouches. On connaît la suite et l’intervention dramatique de l’armée russe en 1994. Pourquoi tant d’acharnement de la part des Russes ? Sans doute parce qu’ils ont toujours été, tsars ou dirigeants soviétiques, les champions d’un expansionnisme dévorant mais il y a autre chose. Voici ce que j’ai découvert en poursuivant ma lecture : « la situation de la Tchétchénie fait de cette région une pièce géopolitique capitale pour la Russie. Des oléoducs traversent le pays dont l’un est stratégique pour l’approvisionnement russe : courant de l’Azerbaïdjan à la mer Noire, il atteint Novorosirsk, dernier grand port de la région à être sous le contrôle direct de Moscou. » Je suppose qu’il ne faut pas chercher plus loin l’explication « rationnelle » d’une tuerie qui a fait approximativement cent mille victimes. A combien se compte pour un Russe la vie d’un être humain face à l’existence nécessaire d’un oléoduc ? A rien, à strictement rien.[2] Comme on a découvert le samedi 24 Février à moins d’un kilomètre de la base militaire de Khankala, le quartier général des forces russes en Tchétchénie, une fosse commune contenant les corps de vingt-sept civils tchétchènes dont ceux d’un garçon de quatorze ans et de deux de ses camarades tués de plusieurs balles dans la tête, on peut en déduire que cette fosse n’est pas unique en son genre Il faut tout de même rappeler que Arbi Saïdov, porte-parole du président tchétchène Aslan Maskhadov, avait affirmé que les corps étaient ceux de Tchétchènes « arrêtés lors de nettoyages, puis détenus à Khankala avant d’être portés disparus », oubliant de préciser qu’ils avaient disparu dans des fosses communes creusées par les forces russes. Toute cette histoire est affreuse, injuste, inexprimable en termes humains. Décidément je me perds maintenant dans les fosses imaginées par les hommes pour y cacher leurs victimes, humaines ou animales, comme ils en ont imaginées pour enfouir des produits qui à plus ou moins longue échéance se retourneront contre les êtres humains et les animaux que nous sommes et nous entraîneront dans une mort certaine. Quand on dit que le Commissaire aux Droits de l’Homme du Conseil de l’Europe, Alvaro Gil-Robles, était impuissant à faire cesser les horreurs, quand on constate que le droit d’ingérence a pu fonctionner en Serbie mais n’est pas de mise en Tchétchénie, on en arrive à se demander si tout ceci a tellement d’importance puisque nous sommes de toutes façons voués à une mort certaine. Deviendrais-je cynique ? Je ne le voudrais pas. Je crois bien sûr que nous devons tous mourir mais eux, les hommes, les femmes, les enfants dont je viens de parler, ils ont avant de pousser leur dernier soupir souffert atrocement. C’est peut-être là qu’est le véritable problème: la mort est moins dure à supporter que la souffrance mais le souhait de tous les méchants est de procurer le plus de souffrances possibles avant l’exécution finale. C’est la raison pour laquelle il faut les en empêcher avec toutes les ressources dont nous disposons et ne jamais montrer le moindre scepticisme qui nous obligerait à baisser les bras, même s’il nous arrive parfois de douter. Le 24 Avril J’avais évoqué fin Mars l’horreur que me causait l’expérience anglaise qui consistait à faire marcher des centaines de milliers de vaches pour les exécuter puis les enfouir dans une immense fosse commune. Je ne connaissais pas alors les implications que pourrait avoir cette décision, la relation entre les entreprises du gouvernement britannique et l’holocauste ayant simplement germé dans mon esprit sans que je veuille particulièrement m’attacher aux suites matérielles qui pourraient intervenir. Aujourd’hui, près d’un mois s’est écoulé depuis ma première réflexion et je me sens obligée de revenir sur cette « affaire » qui semble se compliquer singulièrement puisque l’incinération des cadavres dont une photo dramatique prise le 16 Avril par Paul McErlane de l’Agence Reuters a été publiée dans The Independent du Dimanche 22 Avril engendrerait une forte production de produits très toxiques. Je m’arrête un instant sur cette photo avant de poursuivre car on y voit un rapace planer au-dessus de la fumée dense dégagée par le bûcher gigantesque. Elle me rappelle les Tours du Silence de Bombay où les vautours viennent se repaître des cadavres parsis avant que les prêtres n’enfouissent les ossements sous une épaisse couche de chaux. Dans le cas précis qui nous intéresse, l’oiseau en sera pour ses frais car il n’a pas la moindre chance de récolter une seule miette de nourriture. J’avais cru tout d’abord que l’abattage et l’incinération n’avaient eu lieu que sur la base militaire de Cumbria, au nord-ouest de l’Angleterre (où d’ailleurs un employé semble avoir contracté une forme humaine de la maladie) mais il n’en est rien puisque « une grande partie du Devon est devenue inhabitable » a déclaré le directeur de la National farmer’s Union (syndicat national des fermiers). Dans ce comté du sud-ouest proche de la Cornouaille, réputé pour sa belle race de vaches « irlandaises » élevées dans la vallée d’Exeter, gisent quelques 200.000 carcasses à même le sol. On peut comprendre que la population comme les éleveurs soit épouvantée par une telle situation. Mais comment procéder aujourd’hui à une incinération quand on découvre que celle des 500.000 animaux a produit à Cumbria 63 grammes de dioxines mortelles et que, selon l’Organisation mondiale de la Santé, un individu ne doit pas être exposé à plus de 30 milliardièmes de gramme de dioxine par an ? Il y a plus : L’Organisation Vétérinaire sans Frontières (VSF) vient de déclarer que la crise de la « Vache Folle » ne pouvait être une crise européenne dans la mesure où « des produits à risques, identifiés comme facteurs potentiels de la contamination, ont été importés par des pays en voie de développement, soit directement comme farines pour l’alimentation du bétail, soit comme engrais. » VSF ajoute qu’au Népal, en Inde ou au Pakistan « des vaccins antirabiques à usage humain sont produits à partir du tissu cérébral ovin », que l’Australie et la Nouvelle-Zélande sont les seuls pays au monde indemnes de la fameuse « tremblante du mouton. » Nous pouvons imaginer la suite dans des pays où la mort a toujours été le seul apanage des familles les plus pauvres. Et il y a plus, Monsieur Bush ! Je viens d’apprendre, toujours selon VSF, que « des phénomènes de contamination croisée, les recyclages de déchets en farines animales peuvent être à l’origine d’une maladie détectée chez les cervidés du nord des Etats-unis et d’une partie du Canada, la ‘Chronic Wasting Disease’ dont beaucoup de symptômes ressemblent à ceux de l’ESB. » Comme votre pays ne procède pas au dépistage systématique sur les animaux à risque, vous n’êtes pas à même de nous dire ce qui se passe véritablement outre-Atlantique d’autant plus que votre gouvernement n’a pas interdit l’alimentation des bovins par des farines de cheval ou de porc ainsi que des farines de sang ! Je serais tentée à ce point de crier « mais de qui se fout-on ? » Je sais que si d’une part vous êtes très réticent quand il s’agit d’importer les produits européens en général et ceux de France en particulier, vous avez d’autre part la ferme intention de nous envoyer le plus grand nombre des vôtres. Gardez-les, Monsieur Bush ! Je n’irai pas jusqu’à dire, contaminez-vous les uns les autres car un de mes fils vit dans votre beau pays et je l’aime (les mères sont égoïstes, c’est bien connu) mais surveillez votre cheptel comme vous le faites si bien de vos prisons et le monde ira peut-être mieux. Le 25 Avril Comme j’ai décidé une fois pour toutes quand j’ai commencé à rédiger cet Horizon 2002 de dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité, je me dois de raconter ma visite chez le libraire-éditeur Dominique Gauthier car étrangement elle m’a rappelé une phrase d’un de mes amis américains décédé aujourd’hui à propos du golf : « it’s a humiliating game » (C’est un jeu qui vous rend humble). Je pense que la réflexion s’applique totalement aux personnes qui, comme moi, sont à la recherche d’un éditeur, croyaient en avoir trouvé un, l’ont perdu et se sont mises en quête d’un autre. Je suis évidemment bien trop âgée pour les faire tous d’autant plus qu’ une de mes amies plus jeunes m’a dit qu’une telle recherche était cent fois plus épuisante que l’écriture elle-même. Ainsi, surfant sur le web, j’avais lu un article d’Emmanuelle de Boysson, journaliste à Paru.com (un site littéraire), sur « Dominique Gauthier, un éditeur dilettante. » L’article en question débutait ainsi : « Rue du Champ de l’Alouette dans le treizième arrondissement, se niche une librairie pas comme les autres : une pièce envahie de piles de livres d’occasion, et au fond, les bureaux de la maison d’édition. Le Dilettante, c’est lui, Dominique Gauthier, un mètre quatre vingt douze, un fume-cigarette à la bouche, une veste verte sur gilet et cravate jaune ! Pas si dilettante que ça, ce libraire-éditeur est un travailleur et un découvreur de talents ! Holder, Ravalec, Joncour, Coatalem, Nabe, Gavalda et récemment Page sont tous des enfants du Dilettante. » Suivait un ensemble de questions-réponses qui faisaient apparaître Monsieur Gauthier non seulement comme un amoureux des livres mais comme un humaniste. Je me suis dit que j’étais peut-être tombée sur l’homme qui n’exigerait pas pour me publier que je sois connue soit dans les milieux littéraires soit dans tous les autres car, c’est bien connu, si vous avez un nom vous avez deux choix lucratifs: publier votre parcours (en utilisant un nègre, ce qui facilite tout de même les choses) ou faire de la pub à la télévision. J’ai donc pris la liberté d’écrire Rue du Champ de l’Alouette (un nom qui chantait si bien dans ma tête) en expliquant tout d’abord que c’est après avoir lu le compte-rendu d’Emmanuelle de Boysson sur sa personnalité, ses goûts, ses activités de lecteur, de libraire et d’éditeur que je me permettais de contacter le Dilettante. Je donnais ensuite mon curriculum vitae puis, afin qu’il ait une idée de mon écriture, le prologue des toutes mes « œuvres. » Je reçus très vite une lettre en retour dans laquelle je lus avec émotion que le comité de lecture serait heureux de lire tous mes manuscrits. J’attendis quelques jours pour savourer mon plaisir en me disant qu’il serait peut-être mieux de me rendre en personne à la librairie pour délivrer les dits manuscrits en mains propres et me faire connaître. C’est ce que j’ai fait hier après-midi et voici comment s’est déroulée ma visite : ayant trouvé une place juste devant la librairie, je n’eus qu’à traverser la rue et entrer. L’intérieur était bien tel que l’avait décrit Emmanuelle de Boysson et le monsieur à son bureau, fume-cigarette aux lèvres. Après l’avoir salué, je me présentais : il n’avait apparemment jamais entendu parler de moi ou lu une quelconque lettre que je lui aurais envoyée. Sa première réflexion fut qu’il ferait bien de mettre à la porte sans délai l’employée qui avait sans doute répondu à ma lettre en son absence. Il s’est levé ensuite pour aller dans l’arrière boutique fulminer contre la jeune femme responsable de cette erreur. Quand il revint, il me dit qu’il n’était pas question de prendre tous mes manuscrits mais que je devais en choisir un qui corresponde à l’esprit de la maison. A cet instant précis et avant même que je puisse répondre, un monsieur entra, un auteur je suppose, et les deux hommes se mirent à bavarder sans s’occuper de moi puis le téléphone retentit et, le décrochant, Monsieur Gauthier se lança dans une longue conversation avec sa chère Elisabeth au cours de laquelle il lui révéla qu’une dame était entrain de l’importuner avec ses manuscrits dont bien sûr il n’avait pas l’intention de lire un seul. Je remis discrètement dans mon attaché-case les documents que j’en avais sortis et je m’éclipsais sans plus attendre. Le monsieur ne me jeta même pas un regard et ne me répondit pas un mot quand, avant de partir, je le remerciais de sa gentillesse. Voici la réception que m’a faite Monsieur Gauthier, le Dilettante. Plus jeune, j’aurais ressenti de l’humiliation mais je crois que l’âge venu j’ai supporté l’affront sans trop de peine. Je crois même avoir souri à l’idée que le temps des illusions était bien révolu. J’avais été remise à ma juste place sans que mon interlocuteur ne se soit préoccupé un instant de savoir quelle était justement ma place parmi les auteurs qu’il congratulait sans doute à longueur de téléphone et d’entretiens. Tant pis, je ne peux pas perdre ma bonne humeur et, une fois de plus, ma joie d’écrire. Je le ferai pour moi, pour le vent, les oiseaux et les fleurs, pour cette page blanche qui ne doit pas rester vide même si Monsieur Gauthier ne veut pas la lire. Le 30 Avril C’est parce que j’ai vu un téléfilm « Les Voies du Paradis » dont Télérama (l’hebdomadaire qui fut autrefois, quand la pub n’avait pas envahi ses pages, l’apanage des intellectuels de gauche) que je ne peux m’empêcher de revenir aux dernières lignes de mes réflexions du 2 Avril : « Et puis je veux que les hommes réalisent que les femmes, leurs femmes, ont tout de même besoin d’autre chose dont jusqu’à présent ils n’ont pas eu conscience. » L’action du téléfilm se situe en 1961, quand la guerre d’Algérie touche à sa fin et que les pieds-noirs rentrent en métropole avec les quelques biens qu’on leur a permis d’emporter. Camille, une jeune institutrice dont le mari a été assassiné lors d’un attentat de l’OAS[3], arrive à Vierzon où elle vient d’être nommée par l’Education Nationale. Elle est accompagnée de sa petite fille qui va très vite se lier d’amitié avec Jacques, le fils de Robert, un cheminot, et de Paule, une ouvrière en usine. Les années soixante dont le pic est bien sûr 1968 apparaissent dans le téléfilm comme une période de transition entre l’ère coloniale et l’ère économique. Le père de Jacques, mécanicien sur une locomotive à vapeur et ancien résistant du rail comme la plupart de ses compagnons va être amené à conduire une machine électrique et, comme ses compagnons, il supporte mal un changement qui, selon eux, va les transformer en robots sans que leur situation pécuniaire n’en soit améliorée pour autant. L’idée d’une grève générale naît immédiatement dans l’esprit de ces hommes, tous membres de la CGT. C’est dans ce contexte que Robert rencontre Camille et qu’il tombe éperdument amoureux d’elle. Ils deviennent amants quelques jours avant que la grève ne soit déclenchée. Jacques, un garçon de treize ans, qui adore son père et sa mère, sait tout de la situation alors que Paule se perd en conjectures quand elle constate que son mari rentre de plus en plus tard ou ne rentre même pas de la nuit. Le soir même où la grève est déclenchée, l’enfant révèle à sa mère une liaison qu’elle suspectait mais dont elle ne connaissait qu’un des deux protagonistes. Pensant que son mari est chez sa maîtresse, elle veut les surprendre, se précipite sur son vélo et, sous l’orage, pédale vers son destin. Au passage à niveau, elle se prend dans les rails et tombe sans pouvoir se relever. Une locomotive survient, conduite par son mari qui rejoint Châtellerault où il doit attendre les ordres du syndicat: elle est écrasée et meurt à l’hôpital pendant que Robert qui a détourné la machine sur une voie proche de la maison de Camille puis l’a laissée entre les mains de son chauffeur, fait l’amour comme chaque soir. Ce prologue est bien long mais, sans lui, comment expliquer l’angoisse qui m’a étreinte durant une heure et demie ? Voici un homme qui a désobéi aux ordres de son syndicat en détournant sa machine pour rejoindre sa maîtresse, un homme qui a tué sa femme accidentellement peut-être mais qui n’en est pas moins l’auteur du forfait. Il va devoir payer, n’est-ce pas, d’une façon ou d’une autre. C’est ce que je pense, c’est ce que penserait tout être humain normalement constitué... Eh bien non ! Il va être lavé de tout soupçon, relaxé par le juge qui n’a pas un instant l’intention de le déférer au Parquet pour homicide involontaire, épaulé par tous ses compagnons qui connaissent la vérité, pardonné par son fils qui durant des jours ne pouvait plus supporter sa présence ou sa voix et nommé à la tête de sa section de la CGT après la grève et la démission du responsable touché par l’âge de la retraite. J’oublie le principal: il a repris ses rapports avec Camille un ou deux jours après l’enterrement de sa femme. C’est elle qui lui conseille d’interrompre leurs relations pour ne s’occuper (pendant quelques temps du moins) que de son fils. Le pleutre n’en aurait même pas eu le courage. Tout ceci n’est que de la fiction et je ne devrais pas prendre la chose au tragique. Mais voilà, je réagis violemment parce que le lot d’une femme aimante et qui se croyait aimée ne peut être de se voir abandonnée un jour, sans la moindre explication, parce que quinze ans de fidélité c’est déjà bien, parce que son homme a des pulsions qu’elle ne peut comprendre, parce qu’elle n’a plus le charme de la nouveauté, la grâce de la jeunesse...Je réagis violemment parce que les hommes sont ainsi faits, maintenant comme naguère, comme autrefois, comme demain, qu’ils se croient autorisés à partir, à revenir, à partager, à oublier. Je crois que l’époque n’a rien à voir là-dedans, même la nôtre qui n’est plus permissive parce qu’elle a légalisé toutes les tendances. Attention, je ne voudrais pas qu’on me prenne pour une septuagénaire anachronique. Je réalise parfaitement que les expériences extra conjugales ne sont pas les apanages des seuls hommes et que bien des femmes ne sont pas fidèles. Là n’est pas la question: ce qui me choque, c’est le non dit. En mon temps, j’ai pris des décisions qui ont changé ma vie mais j’en ai fait part ouvertement à celui qui partageait mon lit depuis près de trente ans. C’est au moment où, repoussant l’équivoque, j’ai choisi l’option de dire la vérité que j’ai appris l’abondance des aventures de mon mari et l’existence d’une maîtresse qui est par la suite devenue sa femme. Je dois avouer que tous les gens qui savaient depuis toujours ont comblé mes lacunes, plus abondamment peut-être que je ne l’aurais souhaité. J’ai alors ressenti une certaine honte, non pas tant des excès commis par l’homme qui me côtoyait et que j’admirais pour ses connaissances, sa profession, ses recherches, ses découvertes, mais pour ma propre naïveté, mon propre aveuglement. Je n’avais rien vu et surtout j’avais toujours repoussé les avances d’hommes auxquels je plaisais, non pour respecter la morale d’une société bourgeoise aujourd’hui révolue mais parce que je ne ressentais pas le besoin de répondre à ces avances. Quand le temps de la passion est venu un bel été, déjà tard dans ma vie, une passion qui a explosé sans préméditation de ma part parce j’étais seule, parce que mon mari s’était absenté sur un prétexte quelconque, je n’ai rien caché à quiconque, même pas une minute. D’ailleurs, comment l’aurais-je pu ? Je devais crier mon amour au vent, à la mer, au sable de la plage, aux arbres de l’île où nous nous promenions, à mes enfants et bien sûr à leur père quand il est revenu. Je n’ai jamais compris comment on pouvait se taire, se cacher, faire semblant. Même si des catastrophes ont suivi, même si ma vie ne s’est pas déroulée comme je l’aurais souhaité, même si le temps de la passion est révolu depuis de longues années, je n’ai jamais regretté un instant d’y avoir cédé et je suis heureuse de n’avoir ni envisagé, ni toléré de compromis. Si j’accepte le fait que la femme soit l’égale de l’homme à bien des niveaux, je ne pense pas qu’elle doive ou surtout puisse réagir comme lui émotionnellement et affectivement. Nous ne sommes pas des clones, que je sache, et si j’avais aimé mon mari comme cette Paule du téléfilm, j’aurais réagi comme elle et je serais morte comme elle. C’est un hommage que je dois lui rendre même si elle n’est qu’un personnage de fiction car durant une heure et demie je l’ai sentie bien réelle, bien proche de moi et de toutes les femmes abandonnées sans qu’on ait jugé bon de les mettre au courant de leur infortune.
Le 6 Mai Quand je suis arrivée en Juin 1940 à Villemur-sur-Tarn en Haute-Garonne, j’avais bien entendu parler des trouvères qui parlaient la langue d’oil et des troubadours qui utilisaient, eux, la langue d’oc mais je ne faisais pas de différence à l’époque (nous avions d’autres choses en tête) entre patois, dialectes et langues régionales. C’est ainsi qu’en bonne Parisienne (originaire de Besançon, vieille ville espagnole) je fus ébahie de constater que je n’avais pas de langage commun avec la « mamey », la mère de notre ami Jean Mouyssac qui venait de nous accueillir. Elle ne parlait que la langue d’oc mais avait tout de même une supériorité sur moi : elle comprenait mon français. Je me promis donc, au cas où j’en aurais le temps, d’apprendre suffisamment d’occitan pour avoir une conversation directe avec la chère vieille dame. Je m’aperçus bien vite, en parcourant les rues de la petite ville, que la majorité des habitants adultes s’interpellaient en langue d’oc et j’appris très vite des expressions courantes que je n’ose transcrire ici car je ne suis pas assez sûre de leur orthographe. En revanche, si les enfants comprenaient fort bien le langage de leurs parents et de leurs grands-parents, ils ne parlaient que français. Je ne dirai pas que je le saisis aussitôt dans son intégralité car ils usaient d’ expressions colorées qui ne m’étaient pas familières (mais qui me sont revenues quand on a critiqué le vocabulaire de l’ensemble NTM !) Et puis ils avaient l’accent du midi qui me déconcertait autant que le mien qu’ils disaient “pointu” les divertissait. Ces souvenirs d’il y a plus de soixante ans me sont revenus parce que le sujet des langues régionales est à l’ordre du jour. Il semble que nos gouvernants travaillent dans deux sens, celui de l’unification de l’Europe et celui de la diversité des langues, l’un n’apparaissant pas à la novice que je suis comme le corollaire de l’autre. J’ai bien peur que nous n’ayons bientôt plus que deux choses à partager dans cette communauté qui s’étendra de Brest à l’Oural: l’euro et l’anglais. Je ne veux pas dire par là que je n’aime pas les langues de mon pays et des autres pays, bien au contraire, mais trop c’est trop et je ne peux les parler ou les comprendre toutes. Examinons dans un premier temps ce qui se passe en France métropolitaine: il y a donc l’occitan ou langue d’oc, un terme inventé par Dante qui, dans De vulgari eloquentia, classe les langues romanes d’après la façon de dire oui dans chacune d’entre elles (oil, oc, si.) Mais attention, la langue d’oc ne se parle pas qu’à Villemur où je l’ai découverte! Elle se divise en six dialectes, le gascon, le languedocien, le provençal, le vivaro-alpin (ou provençal alpin), l’auvergnat, le limousin et je ne parle pas ici des variantes et des influences italiennes. Il y a les langues d’oil : je croyais pour en avoir discuté longuement avec un prêtre australien qui a soutenu sa thèse sur le sujet que le français venait du bas latin que parlaient les soldats romains installés en Gaulle. Ce n’est sans doute qu’une partie de la vérité: je viens d’apprendre que le français standard est une forme codifiée de la langue d’oil, issue principalement du francien, dialecte de l’Ile de France et de l’Orléanais. Les langues d’oil sont le picard, le wallon, le franc-comtois (la langue de ma province dont je n’avais pas conscience qu’elle existait), le normand, le gallo (en haute Bretagne), le poitevin-saintongeais, le bourguignon, le lorrain, les parlers du Centre et du bassin parisien (champenois, berrichon, angevin, bourbonnais...) Il y a la langue régionale d’Alsace et de Moselle qui n’a rien à voir avec l’alsacien alémanique parlé par mes grands-mères et par une grande partie de la population, le breton, le basque, le corse qu’a pris l’une de mes petites filles comme deuxième langue parce que son père est originaire de l’Ile de Beauté.[4] J’en ai fini, du moins je le crois, avec la France métropolitaine encore que j’aurais dû mentionner (je suis impardonnable) le yiddish, le romani, le berbère, l’arabe maghrébin... mais j’ai bien peur de ne pouvoir arriver à bout des langues parlées dans les départements d’outre-mer. Personne ne va me croire: il y en a environ soixante quinze qui sont parlées en Martinique, Guadeloupe, Guyane, Réunion, Nouvelle Calédonie, dans les territoires de Polynésie française, de Wallis et Futuna et de Mayotte... des langues avec des noms enchanteurs, le nyelâyu, le pwaapwâ, le fangauvea, le tahitien, le marquisien, la langue des Tuamotou, celle des Ruturu, le shimaoré, le shibushi qui est une variante du malgache...Et je le jure, toutes ces langues dont je viens de parler sont reconnues par l’Education Nationale et peuvent être considérées comme langues à part entière dans toutes nos écoles, lycées, collèges et universités. Je n’ose passer à l’Europe et l’on me comprendra car je n’ai pas les connaissances nécessaires pour parler des dialectes allemands, espagnols, portugais, italiens, norvégiens, danois, polonais, russes, islandais, norvégiens, suédois... déjà qu’en Suisse on en compte plusieurs selon qu’on soit de Suisse Romande ou de Suisse alémanique. Mes cousins de Zurich parlaient le switzerdeutsch, une variante de l’allemand comme le ladino en est une du castillan. Et les Balkans, me direz-vous ? Je répondrai que mes amis serbes et croates croyaient parler la même langue mais que c’est aujourd’hui chose impensable. Alors leurs linguistes cherchent des variantes telles qu’un habitant de Belgrade ne puisse plus jamais comprendre un natif de Zagreb. Il faut dire que cette Europe centrale comporte à la base dix nations principales, trois religions, trois alphabets, le cyrillique, le grec et le latin. Je m’arrête, je suis épuisée et je me dis que j’aurais besoin de l’aide éclairée de Claude Agège pour m’en sortir. Cette diversité qui n’en finit pas est-elle due à la « babélisation » d’une langue originelle unique à la suite d’un châtiment divin ? Vérité ou légende, il semble que l’homme fut toujours nostalgique de cette communication universelle : Bacon, Cornelius, Leibniz le furent en tout cas comme plus tard le Polonais L.L. Zamenhof (1859-1917) qui publia son premier essai, Langue internationale, sous le pseudonyme de Dr Esperanto. Moi, en tout cas, à mon humble niveau, je ne suis pas en quête d’une langue mère absolue comme cet ami de Londres qui, lui, n’est plus à sa recherche mais l’a trouvée : « quel besoin avons-nous de l’esperanto » me dit-il « puisque nous avons l’anglais comme langue universelle ? » D’un autre côté, je suis sans doute trop âgée pour croire que la conservation ou la renaissance de tous les dialectes puisse être nécessaire quand on s’attelle simultanément à un processus d’unification. J’appartiens à la vieille école et je me dis que si l’on multiplie les langages, que va devenir mon français que j’aime et que je veux voir se perpétuer ? Ne va-t-il pas se perdre ou au mieux devenir l’égal du corse, du breton, du basque ou de l’alsacien ? J’ai revu un beau téléfilm « Les Alsaciens ou les Deux Mathilde » et j’ai pu comprendre l’angoisse de cette femme qui durant quarante huit ans, de 1870 à 1918, a lutté pour que le français demeure sa langue et celle de tous les siens. Attention, je ne voudrais pas qu’on suppose un instant que je suis attachée à une langue archaïque. J’aime le français mais j’accepte son évolution, sa transformation, l’inclusion de mots qui me semblaient au prime abord déplacés ou vulgaires. Il faut dire que je suis une scrabbleuse acharnée qui joue en duplicate et a des rapports fréquents avec toute la francophonie. Je crois que mes liens avec les Suisses, les Belges, les Roumains qui ont toujours aimé le français et sont venus nous rejoindre après la chute du communisme, nos compatriotes d’outre-mer, les Québécois, les Africains (les Sénégalais sont de grands joueurs et mes amis Arouna Gaye et Ndongo Samba Sylla comptent parmi les quinze meilleurs du monde) tiennent au fait que nous nous efforçons de réagir avec vigueur quand les Anglo-Saxons, les Chinois, les Russes, les Espagnols et les Hispano-américains nous lancent un challenge bien compréhensible. Si les dialectes et les langues régionales prennent un essor tel que semblent le souhaiter certains autonomistes, pourrons-nous de notre côté maintenir la francophonie ? Nous devons déjà nous battre sur le plan international, le ferons-nous contre des Français qui ne parlent pas comme nous mais vivent à côté de nous ? C’est une question que je me pose mais à laquelle il est bien difficile de répondre. Alors, une fois de plus, je me réfugie derrière mon âge. Je suppose que je pourrai supporter certains changements s’ils ne sont pas trop radicaux. Ensuite, mes enfants et mes petits-enfants devront bien se débrouiller car la prolifération des dialectes et des langues régionales n’est qu’un problème parmi tous ceux auxquels les générations futures qui devront peaufiner l’unification de l’Europe seront confrontées. Le 7 Mai Je suppose que je ne puis éviter, comme chacun le fait depuis une semaine environ, de parler de « Loft Story », l’émission de la 6 au cas où un seul Français ne serait pas au courant, et quand je dis Français je me trompe sans doute car TV5 a bien dû transmettre les informations au monde entier qui de toutes façons peut se régaler en consultant Internet contre espèces sonnantes et trébuchantes. Je jure pour ma part que je n’ai jamais regardé « Loft Story » en direct. Je n’en ressens pas et n’en ressentirai jamais le besoin mais comment pourrais-je l’ignorer puisque toutes les chaînes sans exception en ont fait leurs choux gras ? A croire qu’elles sont heureuses non seulement d’augmenter la popularité de l’émission et de la chaîne responsable mais aussi d’avoir quelque chose à se mettre sous la dent. C’est étrange tout de même parce que les nouvelles et les sujets de discussion ne manquent pas, au niveau national comme à l’international. C’est sans doute qu’elles sont en manque de variétés et qu’il est plus facile de faire du voyeurisme que de créer ses propres divertissements. Je ne me donnerai même pas la peine de donner mes impressions personnelles parce que je ne veux pas être la cent millionième personne à parler de ce que j’appellerai un « contre-événement. » Les choses vont si vite d’ailleurs que les Français auront bientôt oublié que les vaches furent folles, les moutons atteints de la fièvre aphteuse et les pauvres gens d’Abbeville envahis par les eaux de la Somme. A fortiori, ils ne se souviendront plus dans quelques mois que quinze jeunes furent enfermés durant soixante jours dans un loft de deux cents vingt cinq mètres carrés où ils firent des choses pas toujours bien honnêtes. Ainsi va notre bouillonnante vie. Je dois dire que depuis hier le sujet d’actualité est le nouveau voyage du pape. Il s’est rendu cette fois-ci en Grèce et en Syrie. Je ne sais pas encore s’il poursuivra son voyage au Moyen-Orient mais ces deux premières étapes font déjà couler beaucoup d’encre et de salive. Nous pressentions que la population orthodoxe largement majoritaire de Grèce ne ferait pas au représentant de l’église catholique romaine un accueil chaleureux en dépit des excuses formulées vis-vis de son homologue orientale. Décidément, l’église doit se sentir bien coupable pour que le pape étale son repentir à chacun de ses voyages. On dirait qu’il ne veut pas mourir sans avoir fait son mea culpa vis-vis des religions qui furent longtemps considérées par Rome comme des soeurs ennemies ou pratiquement ignorées comme l’Islam jusqu’à ce qu’une tentative d’oecuménisme pointe à l’horizon et que le Vatican s’aperçoive qu’il était une des trois religions révélées. Il n’empêche, l’entrée pour la première fois de l’Histoire d’un pape dans une mosquée, fût-elle une des plus prestigieuses, est à marquer d’une croix blanche, plus encore peut-être que sa visite au Mur des Lamentations ou à Yad Vachem. Si la visite en Syrie laisse à nombreux d’entre nous un goût amer, la faute n’en incombe certainement pas au souverain pontife mais au discours prononcé par Monsieur Bachar el-Assad, Président d’un Etat qui, ne l’oublions pas, occupe le Liban et considère le pays comme sien au même titre que l’Iraq de Sadam Hussein considérait comme sien le Koweit. Il a fait un parallèle insoutenable entre les souffrances subies par les Palestiniens du fait des Israéliens et celles de Jésus du fait des Juifs au premier siècle de notre ère. En présence de Jean-Paul II, le successeur de Jean XXIII, c’est déjà impensable mais c’est surtout ou augmenter tragiquement les souffrances des Palestiniens ou diminuer singulièrement celles du Christ. De toutes façons, Bachar el-Assad n’en est pas à sa première tentative puisqu’il y a un mois, il avait qualifié les Israéliens de « racistes pires que les Nazis. » Je suis totalement consciente que si je souffre particulièrement quand j’entends prononcer de telles paroles, c’est parce que je suis juive, ce qui ne veut pas dire que j’approuve tout de la politique israélienne devant laquelle j’essaie toujours de rester objective. Je crois cependant que le monde, lui, n’est jamais objectif en ce qui concerne les Juifs et les Israéliens. Je regardais hier une excellente émission de la 5 « Ripostes » où tous les invités ont commenté la situation actuelle de la chrétienté. J’ai été très étonnée d’entendre plusieurs intervenants dire que si le commentaire d’un intellectuel juif dans n’importe quelle situation est toujours mentionné ou discuté, il n’en est pas de même quand il s’agit d’un intellectuel chrétien. Mais justement, René Rémond était là pour prouver le contraire et je ne pense pas que cet historien que j’admire manque de « fans » et de lecteurs. En fait, ce que je viens de dire éclaire mon propos. Les Juifs sont peut-être acceptés dans tous les domaines. On tient compte de ce qu’ils pensent, de ce qu’ils disent ou de ce qu’ils représentent jusqu’à une certaine ligne à ne pas franchir, celle où ils justifieraient trop ouvertement la nécessité de conserver aux Israéliens leur Etat. Je ne veux pas revenir sur le fait que si les Palestiniens sont à ce point démunis, la faute n’en incombe pas aux Israéliens mais au roi Abdullah, oncle de Hussayn, qui a refusé en 1947 les résolutions de l’ONU d’établir un état palestinien en Cisjordanie, refus qu’il a payé de sa vie puisqu’il fut assassiné par un Palestinien. J’en ai trop souvent parlé pour qu’il soit bon que j’y revienne aujourd’hui. Je crois qu’ayant été depuis le début des guerres néo-coloniales pour l’indépendance de nos anciennes colonies, n’admettant d’aucune façon la torture, qu’elle soit perpétrée par les Nazis, les Khmers Rouges, les Français, les Vietnamiens ou les Américains (les cinquante minutes ajoutées au célèbre film de Francis Ford Coppola « Apocalypse Now ? » viennent à propos pour rappeler les exactions commises par les G.I. qui ne torturaient peut-être pas au sens littéral du mot mais provoquaient des catastrophes non seulement sur les cultures mais parmi les êtres humains en arrosant les campagnes au napalm), j’ai le droit et peut-être le devoir de dire qu’il devrait observer ses propres frères avant de jeter l’opprobre sur Israël. Je déteste les comptes et je n’aime pas dire que la culpabilité est proportionnelle au nombre de crimes qu’on a commis. Le fait de mettre fin à la vie d’un homme innocent est suffisamment grave pour qu’on punisse sévèrement le responsable. Mais voilà, trop c’est trop: je ne puis à cet instant oublier la terrible guerre qui opposa l’Iraq à l’Iran et fit des centaines de milliers de victimes, la guerre du Golfe, la guerre « civile » qui met l’Algérie à feu et à sang depuis le départ des Français et qui a pratiquement commencé avec le massacre des harkis de 1961 pour en venir aujourd’hui à celui des Berbères de Kabylie, la lutte des talibans contre leur propre population... Alors qui blâmer le plus ? Ces frères ennemis qui s’entretuent pour des raisons diverses mais certainement plus mauvaises les unes que les autres car on ne peut excuser ni les mobiles religieux ni ceux déterminés par une raison d’Etat ou d’autres qui se battent pour occuper un territoire qu’ils considèrent comme leur depuis la nuit des temps ? On va me dire que je saute du coq à l’âne mais à l’instant même où j’écris ces lignes me vient en tête et au coeur la critique qu’Emmanuel Bing a faite sur le dernier livre d’Alain Finkielkraut « Une voix vient de l’autre rive. » J’ai eu mal très en la lisant, non parce qu’Emmanuel a dès paroles très dures envers l’écrivain, des paroles de dérision même, tout critique ayant le droit de juger selon ses critères, son coeur et son intelligence, j’ai eu mal parce qu’il fait un sort à notre devoir collectif de mémoire. Je ne veux pas dire par là que nous puissions tout nous permettre parce que notre punition a été telle que nous ayons droit au salut éternel quoique nous fassions. Je ne trouve pas ma légitimité dans la Shoah. Elle n’est pas pour moi une garantie d’ « intouchabilité. » Je ne me sens pas le droit d’être ignoble et parce qu’on a détruit les biens de mes parents, parce qu’on a déporté quatorze personnes de ma famille, le droit de détruire à mon tour. Ma longue vie a rencontré suffisamment d’obstacles pour que je reste humble et n’aie jamais l’intention de renoncer à cette humilité sans laquelle un être humain ne peut se regarder en face. Toutefois, je continue à penser qu’on ne peut reprocher à ceux qui le veulent (je peux le dire puisque je n’en suis pas) de retourner à Jérusalem, ce souhait que les Juifs expriment chaque année depuis le début de la diaspora. Les Israéliens se battent pour maintenir ce droit et leur armée commet sans doute des exactions inexcusables comme toutes les armées du monde. Le Président syrien a-t-il pour autant le droit de les traiter comme il l’a fait et de se bander les yeux devant ses propres méfaits et ceux de ses frères qui tuent partout dans le monde, ne respectant pas une seule des sourates du Coran, ce Livre qui, s’ils le lisaient avec toute l’attention et le respect désirés, leur apprendrait que Mohammed n’aurait jamais voulu cette terrible djihad. Le 8 Mai Comme j’écris sur le même site littéraire qu’Emmanuel Bing[5], j’ai voulu tout de même expliciter ma pensée, n’ayant réservé à sa critique du livre d’Alain Finkielkraut que quelques lignes dans mes réflexions d’hier, et je lui ai envoyé les lignes suivantes : Mon Cher Emmanuel, j'ai retourné ma langue sept fois dans ma bouche avant de vous envoyer ce mail car je préfère en général constater les évènements, lire les livres et donner mon opinion personnelle plutôt que de polémiquer. Je crois en effet que le contact direct entre le lecteur et l'auteur est plus enrichissant que sa connaissance à travers une critique qui peut ne pas me satisfaire. J'ai la même réaction avant d'aller voir un film. Je n'aime pas qu'on me dise s'il est bon ou mauvais, je préfère juger par moi-même. Sur le conseil de Jacques[6], j'ai tout de même lu votre compte-rendu du livre d'Alain Finkielkraut. Je ne suis pas en mesure de contester votre opinion de l'homme car elle est vôtre et qui suis-je pour ne pas admettre que vous y ayez droit autant que moi à la mienne ? Pour ma part, j'écoute son émission le samedi matin sur France Culture et j'ai toujours éprouvé beaucoup de plaisir à l'écouter, lui et ses invités qui, venus de toutes les sphères intellectuelles ou philosophiques, m'ont beaucoup apporté et beaucoup appris. Il va sans dire que l'alinéa auquel j'ai violemment réagi et dont j'ai parlé sur le site est celui qui débute par « Il en va de même de tout anti-racisme primaire. Trouver sa légitimité dans la shoah, c'est pour les juifs qui s'en réclament une sorte de garantie d'intouchabilité. » Heureusement que vous avez introduit les mots « pour les Juifs qui s'en réclament. » Sans eux, je ne me serais pas fait violence pour vous dire ma véritable pensée à votre égard. Ils sont là pour modérer votre propos et c'est bien puisque vous admettez implicitement que nous ne sommes pas tous à mettre dans le même panier. Quand les déportés sont revenus des camps de concentration, ils étaient si peu nombreux qu'on voulut leur faire honneur et certains d'entre eux furent nommer à des postes importants qui ne me semblaient pas correspondre à leurs dons naturels ou à leurs études : je me suis dit alors qu'on ne pouvait pas être forcément un bon ministre parce qu'on avait beaucoup souffert. Je tâchais d'être objective dès le départ. Je tiens à vous répéter ici, à vous-même et sans la présence d'un tiers, que si je ressens parfois le droit de juger, je ne me permettrai jamais de détruire, d'être ignoble, de croire en mon impunité éternelle. De toutes façons, j'ai suffisamment reçu de coups dans ma longue vie pour savoir que la thèse de l’ « intouchabilité » ne tient pas la route. Je crois que la différence entre vous et moi vient du fait que je ne me pose pas de questions parce que mon ascendance est claire: je suis juive du haut en bas et de gauche à droite. Je ne me pose pas non plus de dilemme parce que je ne veux rien changer à ma situation, j'accepte ce que je suis et je vous assure que je le fais avec toute la modestie de rigueur, n'ayant pas de responsabilité dans un état qui m'a été transmis et que je n'ai pas eu la possibilité ni l'envie de modifier. Il reste que je peux aimer mon prochain même s'il est différent de moi, en particulier mon frère sémite en Abraham, l' Arabe musulman. Il a la même légitimité (même s'il ne peut la puiser dans la shoah !), les mêmes droits et les mêmes devoirs que moi-même. J'ai mal quand ce frère se considère comme mon ennemi, j'ai mal quand on veut le détruire et qu'il a les mêmes sentiments à mon égard. Je préférais autrefois quand je pouvais aller au Maghreb, en Turquie, en Anatolie Orientale, au Kurdistan, en Inde du Nord, en Iran sans jamais me sentir en terre étrangère. Je me recueillais dans les mosquées, je faisais le Ramadan avec mes amis qui me considéraient comme une « misafir », une voyageuse privilégiée. Je parcourais ces pays seule car je n'avais pas besoin d'escorte pour m'y sentir en sécurité. Je faisais soigner la vieille Bibe de 92 ans à Elazig, au bord du barrage du Keban, pour qu'elle puisse reprendre ses cinq prières rituelles. Alors, vous voyez, mon cher Emmanuel, je n'ai pas envie de parler des négationnistes, des anarchistes, des nationalistes ou anti-nationalistes... Je me permets seulement d'ignorer les extrémistes de tous bords, les chrétiens comme les juifs ou les musulmans car ce sont eux qui ont introduit la haine parmi nous. Je n'irai pas à Kaboul où les taliban m'interdisent de voir des amis que j'ai rencontrés au Fort Rouge de Delhi et qui ne m'attendent sans doute plus car ils en ont perdu l'espoir. Et pourtant, comme Péguy, je ne crois qu’en l'espérance: La foi que j'aime le mieux, dit Dieu, c'est l'espérance. La foi ça ne m’étonne pas Ce n'est pas étonnant. J'éclate tellement dans la
création. Dans le soleil et dans la lune et dans les étoiles. Dans toutes mes créatures. Dans les astres du firmament et dans les poissons de
la mer. Dans l'univers de mes créatures... La charité, dit Dieu, ça ne m'étonne pas. Mais l'espérance, dit Dieu, voilà ce qui m'étonne Moi-même. Ca, c'est étonnantLa Foi est une épouse fidèle La Charité est une mère... L'Espérance est une petite fille de rien du tout... C'est cette petite fille pourtant qui traversera les mondes, Cette petite fille de rien du tout. Elle seule, portant les autres, qui traversera les
mondes révolus.
Le Porche du Mystère de la Deuxième Vertu Le 14 Mai J’ai comme chaque semaine regardé « Ripostes » sur la 5 et je ne peux contester un seul mot de ce qui a été dit par les invités algériens de l’émission au sujet des tortures infligées à tout le peuple par l’armée française. Chacun d’entre eux, de toutes façons, a eu un père ou une mère ou plusieurs membres de sa famille arrêtés à un moment ou à un autre. Les sévices qu’ils ont subis ont dans le meilleur des cas laissé des traces indélébiles et dans le pire entraîné leur mort. Les intervenants savaient donc de quoi ils parlaient. Ils ont d’ailleurs affirmé à plusieurs reprises, et là encore je ne peux que les approuver, que la maltraitance avait commencé non avec la Guerre de Libération mais avec l’occupation du pays en 1830. La France par l’intermédiaire de son gouvernement et du chef de l’Etat doit effectivement demander pardon aux Algériens non pour plusieurs années de guerre atroce mais pour plus de cent vingt cinq ans de sévices infligés à un peuple colonisé dont une partie seulement de la population était française à part entière, en l’occurrence les pieds-noirs venus de métropole et les Juifs suite au décret Crémieux du 24 Octobre 1870. J’ai peut-être été surprise par le fait que ces gens qui sont venus parler au nom de tout un peuple fassent partie de l’élite du pays à l’exclusion de tout représentant de la masse qu’on dit laborieuse. Il y avait une célèbre avocate, une député au Parlement algérien, le représentant des Droits de l’homme en Algérie, un écrivain, un professeur à l’Université de Grenoble... Je me suis alors posée cette question : « Toutes ces personnes sont-elles représentatives de l’Algérie d’aujourd’hui, les femmes surtout, très ‘occidentales’ d’apparence et peu conformes à l’image que nous avons de la femme algérienne dont les droits sont constamment remis en question depuis la proclamation du ‘Code de la Famille’ par le FLN jusqu’aux crimes commis aujourd’hui contre elles par les fondamentalistes de l’Islam ? » On me répondra sans doute qu’il ne faut pas faire l’amalgame de deux problèmes bien différents : celui de la colonisation française qui est le nôtre et celui de l’Islamisme qui doit être résolu sur place et par toutes les parties concernées dont nous ne sommes pas. Seulement, je ne suis pas d’accord, je pense que nous sommes concernés par toutes les actions qui portent atteinte à la dignité de la vie humaine en France, en Europe ou dans le monde. Un des invités de l’émission a dit que la mise en jugement du Général Ossaresse était aussi urgente que celle de Pinochet. J’en suis bien persuadée mais justement cette réflexion met en évidence le devoir qu’ont les gens de bonne volonté à exercer un droit moral d’ingérence sur tout ce qui se passe d’ignoble dans le monde. La montée de l’islamisme est une des tares que nous devons nous efforcer d’éradiquer même si la tâche paraît surhumaine. J’aurais aimé qu’on en parle un peu plus hier et qu’on en fasse au moins la conclusion de ces entretiens. Seul le professeur à l’Université de Grenoble dont le père est mort sous la torture et dont la belle-mère en a porté les stigmates toute sa vie a évoqué les affres de l’Algérie d’aujourd’hui. Une des questions qui se posent aux Français, que je me pose en tout cas, est de savoir dans quelle mesure un lien peut exister entre la fin de la colonisation et la naissance d’une autre forme de main mise sur des population innocentes. Il faut préciser cependant qu’on n’est pas passé de l’une à l’autre sans transition car on ferait l’impasse sur ce que j’appelle le « néocolonialisme », c’est-à-dire l’emprise que les nouveaux princes ont exercé sur le peuple, cet esclave éternel, et continuent à le faire dans bien des Etats d’Afrique ou d’Asie où les guerres civiles succèdent aux guerres civiles et les prises de pouvoir militaire aux essais presque toujours avortés de démocratie. Je crois que deux hommes en Afrique constituent une exception qui confirme la règle: Léopold Sédar Sanghor au Sénégal et Nelson Mandéla en Afrique du Sud. Je ne peux inclure le Président Houphouët-Boigny de Côte d’Ivoire dans ces exceptions car il a certainement appauvri son peuple par son goût démesuré du luxe et de constructions qui n’étaient peut-être pas indispensables à la bonne marche de l’Etat. L’islamisme est en fait une conception relativement récente de la troisième religion révélée, surtout pour les occidentaux. Disons qu’elle s’est matérialisée pour eux avec le départ du Chah d’Iran et l’arrivée de l’imam Khomeyni. Je suppose que peu de nos compatriotes savaient alors qu’il y avait une véritable dichotomie entre le sunnisme, courant majoritaire de l’Islam et le chiisme né du schisme des partisans d’Ali à propos de la désignation du successeur du Prophète. Si j’ai connu personnellement le chiisme avant l’apparition de l’imam Khomeyni (je l’ai déjà raconté dans ces pages), c’est parce qu’invitée aux fêtes de Persépolis par des amis de Téhéran proches du Premier Ministre, je me suis rendue dans le pays à cette époque. Après cette célébration un peu tapageuse du deuxième millénaire de l’empire Perse qui s’est terminée avec le début du Ramadan, j’ai passé quelques jours à Chiraz avant de me rendre à Ispahan. Je n’avais à cette époque aucune connaissance de l’Islam et le Ramadan n’avait d’autre signification pour moi que celle d’un jeûne de trente jours durant lesquels les musulmans ne doivent prendre aucune nourriture entre le lever et le coucher du soleil. J’étais seulement curieuse de tout voir et de tout entendre. Je louais donc un tchador, ce long rectangle de tissu gris ou noir d’origine persique dont se couvrent les femmes iraniennes et qui est devenu familier aux téléspectateurs occidentaux depuis la révolution islamique, afin d’entrer sans me faire remarquer à l’intérieur de la Grande Mosquée. Dans la cour extérieure, des milliers d’hommes et de femmes priaient bruyamment, alternativement debout puis prosternés sur leurs tapis de prières. Dans la mosquée, autour de la châsse étincelante d’un saint, le bruit était encore plus intense. Les fidèles, serrés les uns contre les autres, pleuraient, priaient, baisaient les parois de verre serties de pierres précieuses. Depuis cette époque, j’ai visité à plusieurs reprises le Maroc et la Tunisie, je suis allée en Inde du Nord où vivent plus de quatre vingt millions de musulmans, j’ai parcouru de nombreuses fois la Turquie et l’Anatolie Orientale. Je devais me rendre en Afghanistan chez des amis de Kaboul mais l’invasion soviétique m’en a empêchée. Ainsi je me suis peu à peu initiée à l’Islam et je suis entrée pour m’y recueillir dans de nombreuses mosquées sunnites: je n’y ai jamais retrouvé cette atmosphère de fanatisme qui s’exaltait en s’extériorisant. Je me souviens avoir pensé alors que l’occident n’était pas entré dans les moeurs du peuple iranien et lui resterait étranger à jamais. J’ai souffert pour Salman Rushdie quand une fatwa fut prononcée contre lui en 1988. Un ami de New York m’avait envoyé les versets Sataniques dès leur publication et j’ai assimilé ce livre dont la référence au Prophète n’a rien de blasphématoire à un merveilleux conte des Mille et une Nuits mais il va de soi que la condamnation de l’écrivain était typique de l’agressivité chiite. Peux-t-on pour autant établir un lien entre la fin de la colonisation et la montée de l’intégrisme dans de nombreux pays qui ont fait de l’Iran leur modèle et qui semblent lutter pour avoir la palme du fanatisme ? Je ne saurais le définir avec précision et je ne peux qu’exprimer mes sentiments : La colonisation, malgré toutes ses tares et ses excès, semblait vouloir apporter dans les pays qu’on dit en voie de développement la civilisation occidentale qui apparaît aux Américains et aux Européens comme porteuse de progrès social. En dépit de tout ce qu’on peut dire de la colonisation française, elle a oeuvré positivement dans deux sens, celui de l’alphabétisation (que ce soit en Afrique ou aux Caraïbes, de grands intellectuels ne manquent pas pour dire ce qu’ils doivent à la métropole: je pense en particulier à Léopold Sédar Senghor et à Aimé Césaire qui se sont connus à l’Ecole Normale Supérieure de Paris) et celui de la médecine. Dans ce dernier cas, je crois pouvoir dire que les enfants de nos colonies furent mieux soignés que ceux des Indes par exemple dont les Anglais se sont peu préoccupés en deux cents ans d’occupation. Je me souviens toujours avec émotion du merveilleux film « Les Joueurs d’Echecs » de Satiajit Ray qui montrait avec précision le désintérêt des Britanniques pour les centaines de millions de gens qui vivaient et vivent encore misérablement dans toutes les parties du pays. Mais voilà ! Les intégristes rejettent dans son ensemble cette civilisation occidentale. Les talibans ont prouvé qu’ils ne voulaient d’aucune civilisation ou d’aucun rappel d’un passé glorieux. Ils ont pour charge d’appliquer strictement le code religieux, juridique, social qu’est à leurs yeux le Coran. Le bien-être des hommes et des femmes est une notion qui n’a pas de valeur tangible. Que dire alors ? La colonisation avait pour but de brimer les peuples et d’exploiter leurs richesses, celui du néocolonialisme d’enrichir les nouveaux maîtres, celui de l’intégrisme est de revenir à des conceptions ancestrales où le bonheur et les progrès sociaux n’ont évidemment pas leur place. J’en reviens alors à ces personnalités algériennes dont l’action est sans doute louable et les idées généreuses mais je me permets de leur poser cette question : « Où est votre place dans l’intégrisme montant ? » Je crois que s’ils pouvaient me répondre, conscients de l’emprise des islamistes sur une bonne partie du peuple, ils me diraient : « Nulle part ». C’est la raison pour laquelle j’ai ressenti comme une crainte à l’idée de leur retour en Algérie où, qu’ils le veuillent ou non, ils ne sont pas considérés comme des gens qui ont souffert dans leur corps et dans leurs âmes du fait de la colonisation et de la Guerre d’Algérie mais comme des intellectuels qui n’ont pas leur place dans un Islam pur et dur. le 20 Mai En même temps que j’ajoute de nouvelles réflexions à celles que je note depuis bientôt vingt ans, je recopie les premières car il est bien évident que je suis passée par toutes les phases non de l’écriture mais de sa mise en place et que j’ai utilisé la machine à écrire électrique et la machine à traitement de textes avant d’arriver à l’ordinateur. Ce travail aurait pu être fastidieux mais il s’avère passionnant parce que je peux constater chaque jour que les vérités de 1983 ou ce que je croyais être des vérités furent balayées dans les années ou parfois dans les mois qui suivirent. Si je parle aujourd’hui de cette évolution à laquelle je ne croyais pas plus que mes contemporains, c’est que je suis revenue depuis quelques jours sur les évènements de Pologne, la lutte du syndicat « Solidarité », l’attribution du Prix Nobel de la Paix à Lech Walesa, la résidence forcée du Professeur Zakharov à Gorki... J’insistais alors sur le fait que le pouvoir communiste paraissait inébranlable, qu’il exerçait son influence partout dans le monde, en Europe sur l’ancienne Russie et les pays frères, en Amérique Centrale, en Afrique, en Extrême-Orient et qu’il semblait pouvoir balayer notre univers démocratique et régner en maître absolu sur le monde. Et pourtant dès 1989, le Mur de Berlin s’effondrait et dès 1991, affaiblie par la Guerre d’Afghanistan, l’URSS faisait de même, ses satellites européens retrouvant alors leur indépendance. Toutes mes élucubrations selon lesquelles le communisme pouvait triompher quand et comme il le voulait du libéralisme mais que le contraire était impensable sont tombées à l’eau : j’avais oublié que « jamais » et « impossible » ne sont pas plus de mise en français qu’en politique internationale, aujourd’hui, hier ou dans l’antiquité et que les empires, même quand ils font preuve d’une extraordinaire longévité tel l’empire ottoman qui, formé à partir de 1299 quand Osman se rendit indépendant des Seldjoukides, atteignant son apogée avec Soliman le Magnifique au XVIème siècle, fut tout de même balayé par l’arrivée de Kemal Ataturk au lendemain de la première Guerre Mondiale. Il semble ainsi qu’on puisse constater ce qui se passe, aimer ou ne pas apprécier, espérer tout au plus mais ne jamais supputer, encore moins affirmer. Les évènements auxquels nous assistons partout dans le monde constituent en tout cas une bonne leçon de modestie car personne, non personne ne peut prévoir comment ils tourneront, que ce soit en Tchétchénie, en Israël ou n’importe où ailleurs dans le monde. Le 31 Mai Mon petit-fils, Nicolas, m’a fait l’honneur de m’offrir le livre de Benjamin R. Barber « Jihad vs McWorld » qu’il n’a pas le temps de lire en ce moment pour cause de partiels. Comme il sait que je n’aime pas les traductions, c’est en anglais que je devais m’atteler à un texte qui m’a, de prime abord, paru aussi long que rébarbatif. Nicolas m’a dit qu’il le lirait dans quinze jours en français et que nous en discuterions ensuite: je lui souhaite bonne chance. Presque décidée à lui avouer que la lecture de tout l’ouvrage me faisait peur (un aveu que je lui ferais quand il l’aurait lui-même terminé, ce qui me laissait tout de même pas mal de temps pour inventer de bonnes raisons à ma lâcheté), je me suis dit que je pouvais sans m’avancer trop savoir ce que cachait le titre qui, lui-même, me déconcertait. Comme je travaille sur un iMac et qu’il est question de djihad, je crus naïvement que le monde des PC était parti en guerre contre celui des Macintosh. J’étais loin de la vérité ! Je découvris que ce McWorld ne cachait pas un ordinateur mais bien le monde du business intensif personnalisé par les Etats-Unis d’Amérique, ce monde si bien décrit par le représentant de la « World Company » dans les Guignols de l’Info, la djihad reflétant bien sûr le fondamentalisme religieux. Il semblait donc au premier abord que l’auteur avait l’intention de décrire le conflit majeur de notre temps, une idée que confirmait l’emploi de « vs » (versus), une préposition dont le sens ne peut laisser de doute puisqu’elle signifie « par opposition à. » Je décidais donc de poursuivre ma lecture en diagonale et d’ajouter une réflexion personnelle morceau par morceau plutôt que d’attendre jusqu’à la fin que je n’atteindrais peut-être jamais pour donner mes impressions sur l’ensemble du livre. Il apparut que mon idée se confirmait. Le capitalisme était bien un système qui tendait à dissoudre les barrières économiques entre les nations, à transformer les diverses populations du monde en un marché universel dans lequel il n’y aurait plus de communautés ou même de citoyens mais uniquement des consommateurs. J’ai fait quelques recherches et j’ai découvert ces quelques lignes dans un article du « Monde Diplomatique » du 18 août 1998 : cette nouvelle culture globalisante met hors jeu non seulement ceux qui la critiquent d’un point de vue réactionnaire mais également ses concurrents démocratiques qui rêvent d’une société civile internationale constituée de citoyens libres issus des cultures les plus variées. Que propose McWorld à ces consommateurs ? La même nourriture, les mêmes boissons, les mêmes vêtements, les mêmes chaussures, les mêmes informations, la même technologie, les mêmes spectacles... par le biais de banques internationales, d’organisations commerciales, de lobbies internationaux qui n’ont en tête qu’une seule monnaie, le dollar, et une seule langue, l’anglais. Dans un premier temps toutefois les nouveaux maîtres de l’économie essaient de parer leurs produits quand il le faut de certaines couleurs nationales. Lors de la crise de la « vache folle » par exemple, les « Big Mac » se sont mis à l’échelle européenne et même nationale. Ils ont célébré à tel point l’excellence de la viande française que l’entreprise américaine a obtenu l’autorisation d’avoir son propre restaurant au Salon de l’Agriculture. Il est vrai d’autre part que nous vivons sous l’emprise du dollar et de l’anglais. Que peut faire l’Europe même unifiée et les continents non américains contre un état de fait qui a pris naissance à la fin de la Seconde Guerre Mondiale et a aujourd’hui atteint de telles proportions planétaires que notre coeur bat au rythme du Dow Jones ? Quand il a mal, nous souffrons, quand il se relève, nous respirons ! La preuve que la culture américaine est universelle tient dans le fait que l’on retrouve sa trace dans tous les pays du monde. Au Japon, les burgers et les frites tiennent dans la nourriture une part aussi importante que les nouilles et les sushi. En Chine même, des affiches célèbrent à chaque coin de rue les mérites du Pepsi Cola. Les Français, de leur côté, se sont réjouis quand Disneyland-Paris est venu s’installer près de la capitale sous couvert du coup de fouet économique engendré par un telle aventure destinée non seulement aux Français mais à tous les touristes européens. Tout-à-coup, Halloween est apparue comme une nouvelle fête française sous le prétexte qu’elle stimulait le commerce plus encore que nos carnavals régionaux. Je ne peux que constater tout au moins en ce qui concerne la France et si je ne me suis jamais intéressée à la citrouille autrement que comme légume (et encore), je reconnais que j’ai emmené mes petits-enfants à Disneyland-Paris comme je l’avais fait d’ailleurs en Californie ou en Floride. J’ai essayé d’y trouver une note « bien » française en visitant le pavillon consacré à Jules Vernes. Ceci dit, comparant le Futuroscope de Poitiers à Disneyland et après avoir savouré avec un plaisir certain ma longue promenade à travers ces pavillons qui me donnaient une idée claire des techniques audiovisuelles de l’avenir, je me suis dit que, dans ce cas précis, la France marquait un point et de taille. Il est temps de passer à l’autre partie du face-à-face, à ce monde réactionnaire qui rejette en bloc l’universalité du capitalisme, à la djihad dont la signification est au départ « une guerre sainte dans laquelle tout musulman doit s’engager pour défendre ou, éventuellement, étendre le domaine de l’Islam. » Benjamin R. Barber ne donne pas à ce terme de « djihad » sa signification première. Il ne l’entrevoit même pas comme un monde fondamentaliste en contradiction absolue avec tout ce que représente McWorld, un monde qui refuse tout contact avec la modernité et paraît vouloir revenir à des modes stricts et simples de vie en brandissant les armes de la religion et de ses codes. Il se réfère non seulement à l’Islam mais à l’Hindouisme, au Bouddhisme et même au Protestantisme américain. En fait il emploie le terme « djihad » comme une métaphore qui englobe toutes les idéologies en guerre contre la tentative américaine d’universaliser le monde. Il va même jusqu’à dire que « cette djihad peut comporter certaines formes hygiéniques de différence culturelle et d’identité de groupe tandis que McWorld considère le monde dans sa seule dimension économique. » Je vais m’en tenir là car je ne crois pas foncièrement à la division de notre planète en deux mondes qui s’opposeraient en certaines circonstances et s’imbriqueraient dans d’autres. Il faut dire que le livre a été publié en 1995 et que l’auteur, s’il a pu assister à l’expansion de McWorld d’un côté et à celle du monde fondamentaliste de l’autre, n’avait pas toutes les cartes en main puisqu’il ignorait la part que prendraient dans cette djihad les Islamistes extrêmes que sont les taliban. Je n’ai ni les connaissances nécessaires ni suffisamment d’intuition pour savoir ce que l’avenir nous réserve mais je sais qu’en ce moment précis, l’Afghanistan est un monde à part qui rejette véritablement le monde occidental sous toutes ses formes, qu’elles soient culturelles, économiques ou scientifiques (à l’exception comme l’a montré un excellent article de Télérama sur Kaboul des techniques médicales qui diminuent les souffrances des enfants handicapés.) Je crois ou en tout cas j’espère que nous conserverons suffisamment de libre-arbitre pour ne pas nous laisser dévorer tout cru. La lutte contre l’universalisation économique est essentielle à tous les niveaux. Les krachs boursiers en Extrême-Orient et la situation actuelle du Japon montrent que l’exemple américain n’est pas applicable partout dans le monde et en toute sécurité. Et puis je veux tout de même croire que les intellectuels américains - j’ai eu parmi mes amis d’outre-Atlantique de grands humanistes - sauront réagir autant que les Européens aux magnats de l’entreprise. L’édition n’a paraît-il jamais été aussi florissante. J’aime à penser que les livres sont un bon moyen pour réagir à l’emprise économique. Les films européens en général, français en particulier, ont une vie qui leur est propre et qui s’oppose à l’univers hollywoodien. Le public a repris goût au théâtre et de jeunes troupes naissent qui trouvent chaque jour de nouvelles façons d’exprimer leur art. Les salles de concert sont pleines. Allons, assez de pessimisme primitif. Le monde n’appartient pas encore à « Big Brother » et nous devons tout mettre en oeuvre pour que l’échéance n’arrive jamais. C’est tout ce que je nous souhaite. Le 12 Juin Une émission de France 3 vient de me faire revivre mes jeunes années car elle traitait du problème des jeunes femmes qui s’engagent dans l’armée. J’ai dit bien souvent que j’appartenais à une famille d’antimilitaristes convaincus et pourtant mon père a fait trois ans de service dans l’artillerie montée avant de subir quatre ans de la terrible guerre de 14-18 dont il ne manqua rien, les tranchées, Verdun et le Chemin des Dames. Il fit même en tant que maréchal des Logis-Chef l’instruction des jeunes classes jusqu’en Juillet 1919, un mois avant de pouvoir enfin se marier et revenir à la vie civile. Mon frère et moi, après notre évasion de France, avons rejoint les Forces Françaises Libres où je fis un stage d’opératrice radio avant d’être versé dans le corps des non-sédentaires pour être éventuellement parachutée sur la France Occupée tandis que mon frère, envoyé aux Etats-unis, devenait bombardier-navigateur. L’un de mes fils a été exempté de ses obligations militaires parce qu’il s’est marié très jeune et a eu un petit garçon, ce qui lui permit d’être considéré comme « soutien de famille. » L’autre a fait son service militaire à Tubingen, en Allemagne. Apparemment mes petits-fils ne seront pas appelés, pour la première fois depuis quatre générations. En fait, je ne considère pas que j’ai appartenu à l’armée de mon plein gré : j’y fus contrainte par des circonstances exceptionnelles et l’obligation de lutter contre le nazisme et les forces du mal. Ce qui m’a étonnée dans l’émission que j’ai suivie cette après-midi, c’est qu’une des jeunes femmes interrogées a dit qu’elle avait trouvé dans son engagement le moyen d’en faire baver aux hommes ! C’est une bien étrange façon de voir les choses et la raison me paraît infantile puisque rien ne dit qu’elle sera versée dans une unité où elle aura des « mâles » sous ses ordres. Pour sa gouverne, je voudrais raconter mes premières semaines à l’armée: je venais de faire un long voyage qui a comporté, outre la traversée des Pyrénées par le Canigou, plusieurs jours de marche pour rejoindre Barcelone, un arrêt de trois mois en Catalogne, la traversée de l’Espagne et du Portugal, le départ depuis le petit port de Setubal pour Gibraltar et le Maroc, le retour à Casablanca, l’embarquement pour Gibraltar où j’ai séjourné une semaine sur le rocher puis la remontée de l’Atlantique dans un convoi de plusieurs bâtiments de guerre, l’arrivée en Ecosse puis à Londres où j’ai été briefée durant trois semaines à « Patriotic School » pour savoir si la jeune fille de 19 ans qui n’avait qu’une idée en tête, défendre son pays, n’était pas une Mata-Hari de pacotille. Libérée enfin, je pus m’engager dans les Forces Françaises Libres. A mon arrivée à Moncorvo House, le quartier général des volontaires françaises qu’on appelle aujourd’hui « afats » (auxiliaires françaises de l’armée de terre), je crus que j’aurais droit à un accueil chaleureux de la part des jeunes femmes qui avaient eu la possibilité de rejoindre l’armée avant moi car nombre d’entre elles (nous étions quatre cents) appartenaient à des familles qui habitaient l’Angleterre avant les hostilités. Il n’en fut rien. La baronne James de Rotschild qui était lieutenant me demanda même en ce premier jour où j’étais à peine incorporée de ne pas lui adresser la parole mais de faire le salut militaire ! On me donna ensuite une chambre que je partageais avec des cantinières, charmantes et amicales au demeurant mais qui avaient débarqué en Cornouailles sur un bateau de pêche et avaient appartenu à des « maisons » de Bretagne. Elles ont raconté le soir des blagues auxquelles je n’ai rien compris, à tel point qu’elles ont demandé que je sois transférée dans une autre chambre. De toutes façons, je fus bien vite envoyée dans un camp d’entraînement anglais pour y recevoir ma première formation de « seconde classe. » Je parlais gentiment anglais mais certainement pas celui de mes compagnes. Elles étaient des purs produits de Londres et s’exprimaient dans un cockney (parler populaire de la capitale britannique) qui m’était bien étranger. Je reçus un uniforme (je peux jurer qu’il était immettable !) et un poncho pour me couvrir quand il pleuvait. C’était un carré d’imperméable avec un trou au milieu pour passer la tête. J’aurais aimé que la jeune fille de 2001 me voie, le poncho sur l’uniforme, quand je trimbalais les poubelles de notre tente à la décharge du camp! elle aurait été à jamais dégoûtée de cet univers qu’elle appelle de tout son cœur ! Et ce n’est pas tout ! De retour à Moncorvo je dus accomplir les tâches les plus triviales durant un mois avant d’être versée dans l’armée de l’air : les corvées de pluches succédaient au récurage d’énormes bassines. Je pensais à ma chère maman qui ne voulait pas que je trempe mes mains dans l’eau froide pour me les conserver propres et douces... Dans mon nouveau groupe, je dus faire face aux « premières classes » qui ne trouvaient jamais les baignoires assez propres ou mes cols de chemise assez bien empesés. J’étais venue à Londres pour défendre mon pays contre l’envahisseur, pour bouter les nazis hors de France, et j’étais en fait confrontée à une vie de « troufionne » interrompue seulement par l’arrivée des V1 et des V2 qui éclataient presque chaque nuit sur la ville. Bien sûr je pus m’évader de cette routine et m’engager sur des voies plus intéressantes grâce à mon chef, un officier supérieur des transmissions, qui me prit sous son aile et exigea qu’on me laisse en paix. Il obtint ma mise au « prêt-franc », ce qui me permettait de prendre mes repas en dehors de Moncorvo et de n’y retourner que pour dormir, ce que je fis jusqu’à mon départ pour les « non sédentaires ». J’ai raconté ces petites aventures pour montrer ce qui attend peut-être notre jeune amie bien que les moeurs aient dû changer depuis la transformation de l’armée française et la disparition du service militaire. Les brimades aux nouveaux venus ont-elles disparu pour autant ? Ceci dit, l’Armée de Métier, quand elle se propose de recruter des femmes, conçoit sans doute qu’elle a des professions à leur offrir aussi valables que les entreprises civiles, avec peut-être plus de sécurité dans l’emploi. L’avantage tient aussi au fait qu’il est pécuniairement plus avantageux, même si l’on est soumis à certaines contraintes, de poursuivre un stage sans avoir à en assumer les frais. Je crois que la jeune fille en question n’a pas un seul instant songé à ce côté du problème qui est, je crois, le seul plausible dans cette affaire. Les garçons interrogés par la suite n’ont d’ailleurs pas donné de raisons très valables sur le sujet. Ils se sont bien entendu moqués de la jeune fille et ont dit que son attitude était « machiste » et due au fait que son père avait sans doute été trop sévère à son égard. Ils ont ajouté qu’elle n’avait peut-être pas eu de petit ami convenable et qu’elle avait trouvé dans son engagement une façon de se venger de sa solitude. D’autres garçons firent évidemment l’apologie de la femme au foyer et j’ai constaté une fois de plus combien les choses évoluaient lentement dans nos pays latins. Bien sûr les hommes admirent quelques spécimens féminins qui sont sortis du rang: des athlètes, des joueuses de tennis, des pilotes aussi prestigieuses que Jacqueline Auriol, des actrices, des médecins, des scientifiques, des auteures... mais ils s’empressent d’ajouter qu’elles constituent l’exception qui confirment la règle et que la femme est une mère avant tout. Un autre garçon n’a rien trouvé d’autre que d’affirmer qu’il ne trouvait rien d’élégant dans l’uniforme et que jamais il ne jetterait les yeux sur une femme « attifée » de la sorte. C’est alors qu’est entrée sur le plateau une jeune femme, commandant de l’Armée de l’Air et pilote. Elle était jolie, maquillée à ravir, et sa jupe laissait entrevoir des jambes d’un galbe parfait. L’ensemble a cloué le bec au garçon ! Comme de plus cette militaire de choc venait d’avoir une petite fille et avait gardé une taille de mannequin, il semblait que le fait d’être dans l’armée ne fût pas incompatible avec une vie familiale et que certains hommes trouvaient du charme à leurs collaboratrices féminines. La « commandante » nous a d’ailleurs dit en souriant que le regard des hommes étaient le plus « coquin » quand elle montait dans la carlingue de son avion revêtue de sa combinaison de pilote. Tout ce que je viens de dire ne signifie pas que j’aime l’armée. Non, ce que je désire, ce sont de bonnes raisons d’approuver ou de rejeter son existence. Il est bien évident que dans l’état actuel du monde, une armée est sans doute nécessaire comme instrument de dissuasion mais il y a belle lurette que les hommes se battent, qu’ils appartiennent à des formations reconnues ou à des guérillas et ils ne sont pas près de s’arrêter au train où vont les choses. Les femmes y ont-elles une place ? Sans doute au même titre que les hommes car la parité ne peut exister sur les seuls terrains de la politique, de l’entreprise ou de l’éducation. Seulement elles ne doivent s’engager - comme les hommes d’ailleurs - que pour des raisons valables et là commence le véritable point d’interrogation. Y-a-t-il des raisons valables à faire partie d’une entreprise qui, quoiqu’on puisse en dire, existe plus pour détruire que pour protéger ? Je n’aime en fait que les associations civiles, celles qui se constituent pour apporter leur aide à tous les gens démunis de notre planète. Le meilleur exemple que je puisse trouver est celui de « Médecins du Monde » : les femmes y ont leur place autant que les hommes et elles sont accueillies aussi bien que les hommes parce qu’elles n’ont qu’une idée en tête: soulager la souffrance. Je pense une fois de plus à ce que nous avons appris sur les taliban: les hôpitaux de Kaboul sont dirigés par des médecins femmes qui, si on ne les voit pas dans les rues, aident le peuple un million de fois plus que ne le font leurs collègues masculins. Si la jeune personne qui s’est engagée dans l’armée française pouvait au moins apprendre que la seule façon d’être acceptée par son prochain et de s’accepter en tant qu’être humain, ce n’est pas d’en faire baver mais d’apprendre à servir, à obéir à un idéal, elle se serait en tout cas mis un peu de plomb dans la tête et c’est toute la grâce que je lui souhaite. Le 22 Juin J’aimerais consacrer ce jour de mon soixante dix huitième anniversaire au souvenir, celui de quelques uns des voyages grâce auxquels j’ai planté ma tente sur une bonne partie de notre planète et connu des êtres humains qui ont compté beaucoup pour moi avant que les évènements ou la distance ne nous séparent. Qu’ils soient ici remerciés de m’avoir un jour accueillie. J’ai beaucoup bourlingué de par le vaste monde même si ce ne fut pas toujours en bateau. Je crois avoir toujours savouré mes voyages, même le premier dont j’ai tenu à raconter les péripéties et pourtant il n’eut rien d’une croisière de plaisance puisque nous l’entreprîmes, mon frère et moi-même, pour nous évader de France Occupée afin de rejoindre l’Angleterre et les Forces Françaises Libres. Il est cependant nécessaire à ma mémoire et à celle de ma famille. C’est la raison pour laquelle j’ai cru devoir l’inclure dans « Le Temps des Voyages. » Si j’ai raconté ensuite mon séjour en Chine, c’est que 1964 est une date importante pour notre Histoire de France. C’est en effet cette année-là que le Général de Gaulle décida de reconnaître la Chine Populaire, quinze ans après que Mao Tse-Toung eut mit fin à la Guerre Civile et proclamé l’existence de cette nouvelle puissance communiste qui allait faire parler d’elle, O combien! Nous fûmes conviés à prendre part à ce voyage par un couple dont la femme était professeur de philosophie et le mari chimiste. C’est mon mari médecin qui a filmé notre voyage. J’ai moi-même pris environ six cents photographies et je fus chargée personnellement par Monsieur Durand-Monti, l’organisateur du périple, d’en faire le compte-rendu. Le film fut projeté en son temps à la salle Pleyel dans le cadre de « Connaissance du Monde » et eut beaucoup de succès comme en eut quelques semaines plus tard la projection privée à laquelle nous conviâmes l’attaché culturel de l’Ambassade de Chine qui nous fit l’honneur d’accepter notre invitation en compagnie de trois de ses collègues. De même que nous avions apprécié la cuisine délicieuse de toutes les provinces chinoises, ces Messieurs firent honneur après la projection du film au buffet où j’avais essayé de “mettre en exergue” les plus fins produits de nos terroirs de France. Pendant des années, nous fûmes invités pour cette raison à la réception annuelle qui commémorait la création de la République de Chine Populaire. Quand s’arrêtèrent les invitations ? Je n’en ai pas le moindre souvenir. Les autres voyages que j’ai choisis ont un caractère plus émotionnel et affectif. J’ai passionnément aimé certains d’entre eux, en particulier ceux qui m’ont conduite en Turquie au « Jardin de Nevziye » et mon dernier voyage en Anatolie Orientale. Je ne suis bien sûr pas restée insensible à l’Inde qui fascine ses visiteurs quand ils arrivent à oublier - mais le peuvent-ils jamais ? - les « morts-vivants » de la rue et à se pénétrer de tout ce qui fait son charme, sa grandeur et sa pérennité et puis je me suis rappelée mes aventures à Pompéi et je les ai dites afin que l’Italie ne demeure pas en reste. Je n’ai pas raconté les Etats-Unis que j’ai souvent parcourus des lacs du Nord à la Louisiane et de New York à San Francisco où mon coeur ne se lasse pas de retourner puisque mon fils cadet y réside depuis près de vingt ans alors que le voyage me semble de plus en plus contraignant. Je ne reverrai plus les « piers » où je me suis promenée au bord de la baie avec mes petits-enfants de France et d’Amérique. J’ai accompagné des groupes dans l’Ouest des Etats-Unis et je me suis efforcée de leur faire connaître des sites moins impressionnants peut-être que le Grand Canyon du Colorado mais tout aussi pittoresques. J’ai grimpé avec eux sur les mesas et nous avons sympathisé avec des tribus indiennes dont les objets artisanaux étaient plus émouvants que ceux des drug-stores d’en bas. Nous avons vu les ours s’approcher des loges dans les parcs nationaux où certains d’entre eux sont parvenus à creuser des tunnels dans les immenses séquoias. Je suis allée en barque sur les bayous au mois de janvier quand les alligators invisibles hibernaient, j’ai bavardé avec les chasseurs acadiens de gibier d’eau (ceux qui ne sont pas remontés dans les provinces maritimes du Canada après le « Grand Dérangement » et qui parlent un créole assez proche de celui des Antilles françaises). J’ai skié sur la neige de velours des Montagnes Rocheuses au-dessus de Denver, j’ai vu cracher le vieux geyser « Old Faithful » tous les quarts d’heure à Yellowstone, j’ai joué au golf à Pebble Beach, l’un des plus beaux parcours du monde sur le « Seventeen Mile Drive » entre San Francisco et Carmel et en Floride où les alligators réveillés par le printemps se promenaient au milieu du parcours pour rejoindre leur trou d’eau. Je me suis arrêtée à Big Sur où vécut Henry Miller et j’ai déjeuné au Phoenix, un restaurant de la terrasse duquel on plonge avec les yeux sur la Route N°1 et l’Océan Pacifique sur lequel j’ai fait du bateau mais plus bas, à Southport, avec des amis que j’avais rencontrés à Solèze dans le brouillard. Après la double avalanche de Val d’Isère qui a détruit l’UCPA, ils m’avaient demandé où ils en étaient de la piste et je les avais précédés vers le bas. Une jeune femme a monté pour moi des chevaux semi sauvages sur les collines d’avoine derrière Santa Barbara et sur la rivière Maine, j’ai photographié les lignes argentées que lançaient les pêcheurs depuis leurs barques de bois. Je suis passée par Hannibal où vivait Mark Twain (dont le patronyme dérive de « mark, two » que chantait Samuel Langhorne Clemens quand il était pilote sur le Mississipi avant de prendre un nom de plume) et comme Huckleberry Finn, j’ai longé le grand fleuve jusqu’à Memphis et la Nouvelle-Orléans, j’ai assisté aux « musicals » sur et off Broadway, visité le Metropolitan Museum et le Guggenheim, New York fut ma ville comme l’a été plus tard Istanbul, mes deux amours que je n’oublierai jamais. Non, je n’ai pas raconté les Etats-Unis, j’y serais encore ! Par contre j’ai narré l’Acadie parce que je l’aime autant et plus peut-être que le Québec en raison des efforts qu’elle fait pour demeurer francophone et attachée à ses origines en dépit de son environnement anglo-saxon. Et puis j’ai voulu réserver une place privilégiée à Antonine Maillet, la grande écrivaine de Bouctouche, Prix Goncourt 1979 pour sa Pélagie La Charrette qui raconte le voyage de tous les risques entrepris par une femme et ses compagnons depuis la Louisiane où ils avaient été déportés par les Anglais, vainqueurs des Français en 1763, pour rejoindre leur Acadie natale, Antonine Maillet dont les personnages revivent chaque été grâce à des artistes amateurs « Au Pays de la Sagouine », un village de pêcheurs construit au milieu de la rivière à cet effet. Je me suis toujours souvenue de la phrase d’un confrère de mon mari qui s’était vanté d’avoir « fait vingt et une villes en vingt et un jours. » Je n’ai jamais « fait » les villes, je les ai regardées, savourées, je m’y suis promenée, j’ai côtoyé les passants, je leur ai parlé quand nous nous découvrions un langage commun, j’ai pris le temps de déguster les tourtes du Québec comme les langoustes de Thaïlande ou le caviar d’Iran, j’ai remonté les rives du St Laurent et vu les bélougas, j’ai contemplé les plantes exotiques du Jardin de Gaspésie et traversé la Baie des Chaleurs, j’ai retrouvé mon fils dans un kibboutz du Golan au temps où les ouvriers agricoles libanais passaient la « bonne » frontière chaque matin pour venir travailler en Israël et repartaient le soir chez eux, leur sac à provisions bien garni. Mon petit-fils a prié devant le Mur des Lamentations et nous avons pris le téléphérique de Massada où les Juifs résistèrent aux Romains de 66 à 73 après J.C. avant de mourir l’un par l’autre face à la plus vieille synagogue du monde. Nous avons flotté sur la Mer Morte. J’ai subi une bourrasque de sable sur Assouan, une tempête sur le Nil, j’ai admiré le coucher du soleil sur les Pyramides. J’ai vu les « boat-people » dans la baie de Victoria, j’ai séjourné sur le Rocher de Gibraltar et survolé l’Atlas, j’ai mangé avec les Chinois de Kowloon et découvert à Macao la morue séchée, suspendue au-dessus des échoppes comme on le fait au Portugal. Aux premiers jours du Printemps, j’ai fait le pèlerinage de Bruges où les jacinthes fleurissent aux pieds des grands arbres du Béguinage avant de traverser en bac pour admirer les premières tulipes au Keukenhof et poursuivre mon chemin vers Frans Hals de Haarlem, Rembrandt du Rijksmuseum, Van Gogh du Kröller-Müller. J’ai écouté les joueurs de cymbalums à Budapest en me délectant de goulasch crémeux, admiré les lipizzans de l’école de Vienne et rendu visite à l’Aiglon au château de Schönbrunn, j’ai parcouru l’Alte Pinakothek de Munich et longé le lac Majeur où se mirent les îles Borromées, j’ai vu le Palais des Offices, traversé le Ponte Vecchio, contemplé les fresques de Fra Angelico sur les murs du Couvent San Marco. Je me suis reposée sous les pins parasols d’Ostia Antica et j’ai jeté une pièce dans la fontaine de la Piazza Navona pour revenir à Rome, j’ai vu l’Acropole et Delphes et j’ai préféré cent fois Ephèse l’Egéenne, je me suis baignée à Pamukkale dans les bassins bordés de roses trémières... J’ai contemplé les neiges du Kilimandjaro à sept heures moins dix du matin quand la cime ne porte pas encore sa couronne de neige et j’ai survolé les cimes prestigieuses de l’Himalaya, j’ai skié sur la neige de soie depuis le Petit-St Bernard jusqu’au Val d’Aoste où nous fêtions au chianti notre victoire sur la pente, je me suis promenée en barque sur le Mékong, j’ai fait tourner au Népal les moulins de prières et salué à Katmandou sa jeune déesse. De Doubrovnik à Sarajevo, les mosquées de village pointaient vers le ciel leurs minarets graciles, je les ai vues se mêlant aux clochers des vieilles églises. J’étais aux fêtes de Persépolis et j’ai ri avec les jeunes bergers du désert qui sortaient de leurs tentes noires pour manger mes bonbons avant de partir dans la nuit persane vers le spectacle Son et Lumière, tout près des tombes de Darius et Cyrius haut perchées dans les creux du roc. J’ai revêtu le tchador pour me mêler aux fidèles dans la mosquée de Chiraz pendant le Ramadan, j’ai marché sur la Place Royale de Téhéran si proche des pentes de l’Elbourz où le chah et mes amis Chariat-Tzadé avaient leur villa d’été avant que Khomeyni ne les en chasse, j’ai visité le Palais du Golestan et son jardin de Roses, je me suis recueillie dans la mosquée d’Edirne construite par l’admirable Sinan, j’ai couché dans une maison coloniale aux abords de la Soufrière et dans la baie du Gosier des bancs de poissons argentés ont surgi de la mer, éclairant de leur éclat la nuit parsemée d’étoiles, je les ai vus, je les ai vus. J’en ai tant vu de ces paysages qu’on n’oublie plus jamais que je me réserve maintenant le bonheur d’aimer la Bretagne et ses genêts, le Massif de la Sainte Baume, Pézenas et sa rue des Juifs, les châteaux de la Loire qui sont les plus beaux du monde, ceux de Dordogne qui se mirent dans la rivière, le causse Noir où j’ai raconté mon premier livre à un magnétophone avant de le transcrire sur ma première machine à écrire électrique, la petite Place Pétraque de Montpellier près du Marché aux Fleurs, les vignes du Bordelais, le Graves, le Médoc, l’Entre-deux-Mers, la route du Beaujolais, le golf de Chamonix où les balles se perdent dans l’Arc, Bellevarde où j’ai fait des courses avec ma fille pour redescendre en trombe à Val d’Isère, les Grands Montets dont je ne payais plus les remontées depuis « mes » soixante dix ans et dont j’ai fait toutes les variantes avec Daniel Simond qui m’accompagna des dizaines de fois sur la Vallée Blanche, le Charvais où j’ai buté sur une pointe de glace qui m’a démoli le bassin sans pour autant me dégoûter du ski mais qui m’a clouée sur un lit d’hôpital face aux Arcs durant six longues semaines, les refuges au-delà du Vallon de L’Iseran. J’aime le Louvre et son aile Richelieu, le Musée d’Orsay et ses Impressionnistes, Giverny et son jardin aux nymphéas, le Musée d’Albi et ses Toulouse-Lautrec, le viaduc de Garabit perché au-dessus de La Truyère, le Palais des Papes, les arènes de Nîmes, les remparts de Carcassonne... Je me suis aperçue que la France est belle, qu’on peut s’y balader à loisir, qu’elle ne déçoit jamais si on sait où porter les yeux. J’ai vu et bientôt je ne verrai plus mais au moins j’aurai parlé de notre Terre que les hommes impatients, si impatients, ne se donnent pas toujours la peine de contempler. Le 27 juin Quand je mets en marche mon ordinateur le matin, j’ai l’habitude avant toute chose de fureter sur Yahoo car j’y trouve mon suffisant d’actualités, n’ayant pas le courage de consacrer une demi-heure ou une heure aux journaux télévisés dont je ne conteste pas l’utilité mais qui me fatiguent rapidement. Le 26 Juin, quelques dépêches m’ont déconcertées puis m’ont permis de réaliser qu’il peut y avoir une progression de l’horreur à travers une ou deux lignes de texte. Je me permets de livrer telles quelles les informations que j’ai pu recueillir, je crois qu’elles n’ont pas besoin de commentaires à priori : - Puissant séisme dans le sud du Pérou: pas de victimes - samedi 23 juin - Puissant séisme dans le sud du Pérou: deux morts - dimanche 24 juin - Puissant séisme dans le sud du Pérou: au moins douze morts - dimanche - Au moins 26 morts au Pérou dans le séisme qui a frappé la région andine - Puissant séisme dans le sud du Pérou: au moins 31 morts - dimanche - Puissant séisme dans le sud du Pérou: au moins 40 morts - dimanche - Puissant séisme dans le Sud du Pérou: au moins 43 morts - dimanche - Un violent séisme a fait une cinquantaine de morts au Pérou (Reuters) - Séisme au Pérou: au moins 71 morts et raz-de marée à Camana (Reuters) lundi - Un nouveau bilan du séisme au Pérou fait état de 97 morts (Reuters) mardi
Trois jours après le violent séisme qui a frappé le sud du Pérou, les autorités péruviennes annoncent les chiffres de 102 morts, 1368 blessés et plus de 46.000 sans abri. Je suppose qu’en attendant quelques heures ou quelques jours, les chiffres iraient s’amplifiant mais mon but n’est pas de faire une énumération des victimes ou des sans abri qui se comptent par vingtaines de milliers dans le sud du Pérou. Je voudrais montrer plus simplement que la vérité d’un jour, d’une heure, d’une minute n’est jamais la vérité absolue et qu’il faut toujours se garder d’émettre des jugements catégoriques qui peuvent être infirmés à peine sont-ils sortis de la bouche de leur auteur. Certains rétorqueront que les seules vérités qui ne prêtent pas à controverse sont les vérités scientifiques. Nombre d’entre elles le sont sans doute, ne serait-ce que la célèbre formule établie par Einstein : E = mc2, introduisant une équivalence entre la matière et l’énergie. Les chercheurs disent pourtant que si la Science est objet de création, cette création n’est pas arbitraire et doit être soumise au jugement de l’expérience. Einstein lui-même a été en bute avec la jeune génération de physiciens comme Eisenberg, Pauli, et surtout Bohr qui ont adhéré à la vision probabiliste de la réalité dont fait partie « le hasard. » Le calcul des probabilités a permis en effet de maîtriser partiellement cette notion qui apparaît comme un caractère fondamental de l’existence. Einstein, le dernier grand physicien classique, a refusé jusqu’à la fin de sa vie que le résultat d’une expérience ne puisse être unique et voulait prédire avec certitude. Il n’a jamais accepté les théories sur la probabilité.[1] Il n’en demeure pas moins que même en matière de science, la vérité d’aujourd’hui ne peut être considérée comme infaillible et définitive si une longue expérience ne vient pas l’étayer. « Probable », c’est un mot qui me convient parfaitement et auquel nous devrions penser chaque fois que nous voulons émettre une vérité qui n’est peut-être que celle d’un instant : Le nombre final de victimes de l’effroyable séisme du Pérou est probable mais ne pourra être confirmé qu’après avoir procédé à tous les déblaiements au cours desquels on pourra peut-être constater de nouvelles pertes humaines... Je t’aimerai probablement toute ma vie si rien ou personne ne vient détruire notre couple... Notre situation est prospère et nous n’avons probablement rien à craindre pour l’avenir sauf évènements imprévisibles... La France jouit d’un climat tempéré et ne connaîtra probablement pas les cataclysmes qui atteignent d’autres Etats moins privilégiés... Ma santé est relativement bonne et j’atteindrai probablement un bel âge si une maladie ne se révèle pas qui détruise mon bel équilibre... Je pourrais continuer à émettre des centaines de jugement auxquels seule l’expérience peut apporter un véritable soutien. La vie est ainsi faite que rien n’est jamais acquis et définitif. Quand j’étais jeune, j’étais persuadée que je deviendrais une grande virtuose mais je n’en avais probablement pas l’étoffe et je ne savais pas que la petitesse de mes mains ne me permettrait pas de bien « octavier. » Jeanne-Marie Darré y est arrivée, elle, et pourtant elle avait des mains plus menues que les miennes. C’est probablement qu’elle avait des dons qui ne m’ont pas été accordés. Quand parvenue à un âge avancé, je suis tombée désespérément amoureuse, j’ai su ce qu’était une grande passion mais il n’était probablement pas dans mon destin qu’elle fût partagée. J’écrivais chaque nuit des missives enflammées dans lesquelles je mettais autant d’amour que Kafka dans ses « Lettres à Milena » mais l’homme qui les a reçues ne les a probablement pas lues avec le coeur et les a sans doute jetées à la corbeille après y avoir jeté un coup d’oeil nonchalant. Alors j’ai voulu mourir parce que plus rien n’avait pour moi de saveur. J’ai tenté par trois fois de me prendre la vie et par trois fois ma tentative a échoué. C’est probablement que mon heure n’était pas venue puisque je suis encore sur cette terre pour raconter mes aventures. On m’a demandé parfois la raison pour laquelle le judaïsme appliquait la loi mosaïque et ne reconnaissait la filiation que par la mère. La raison en est relativement simple : c’est parce que la probabilité pour que le père soit le géniteur n’est pas fiable à cent pour cent et ne l’était même pas en ces temps bibliques où tous les membres d’une communauté se connaissaient bien. Je sais qu’aujourd’hui, il peut y avoir changement de nouveaux-nés à l’hôpital mais c’est un fait tout de même rare et la mère peut être raisonnablement considérée comme la génitrice de l’enfant. Depuis que s’est multiplié le nombre de bêtes atteintes de la maladie de la vache folle ou « encéphalopathie spongiforme bovine », les médecins et les chercheurs se sont dit qu’il y avait probablement corrélation entre cette affection et la maladie de Creutzfeldt-Jakob, « encéphalopathie spongiforme humaine. » Ils ont alors étudié le « prion » ou « agent transmissible non conventionnel (ATNC) appartenant à une nouvelle classe de micro-organismes aux propriétés fort différentes des agents infectieux (virus, champignons ou bactéries.) » Ils ont également parlé de « la contamination interhumaine » qui peut être la « conséquence d’actes neurochirurgicaux ou du traitement par hormones de croissance. » J’arrête de m’exprimer dans ce jargon scientifique parce que soudain j’ai peur: la transmission de la maladie par hormones de croissances ? Mais l’un de mes petits-fils dont la taille n’avait pas varié durant près de cinq ans en a reçu de ces fameuses hormones! Il paraît que la période d’incubation peut-être longue et que la maladie atteint en général les êtres humains âgés de cinquante à cinquante cinq ans. A ce point, je me trouve devant une quasi certitude : je ne serai plus de ce monde quand Nicolas sera cinquantenaire et il n’est probablement pas contaminé mais comment le savoir à coup sûr et le protéger s’il en était autrement ? La France, je l’ai dit plus haut, est un pays de zone tempérée et n’est pas soumise aux cataclysmes qui atteignent d’autres parties de la planète. Ce n’est probablement plus aussi vrai que nous le croyions puis que nous avons subi cette terrible tempête qui a détruit une bonne partie de nos forêts et a causé des destructions appréciables. Et depuis quelques jours, ce pays de zone tempérée subit des températures qui atteignent les 40°, 36° hier soir quand je suis rentrée chez moi à 23 heures. Avec le fameux réchauffement de la planète, nous devrons probablement revoir certaines données qui ne paraissaient pas devoir être remises en question. Alors, n’ai-je pas raison quand je dis que nous ne vivons pas dans le domaine du « vrai » mais seulement du « probable ? » Ce qui est vrai, c’est ce qui a eu lieu et que j’ai pu constater et encore, je me suis peut-être trompée en prenant des vessies pour des lanternes, en mangeant des légumes que je croyais sains parce qu’issus de la culture biologique mais dont on me dira demain qu’ils ne sont pas plus fiables que n’importe quel autre car la terre n’est plus ce qu’elle était... Disons que je suis raisonnablement sûre d’hier mais que je ne sais probablement rien de ce qui est à venir. Je ne peux que supputer, espérer ou tout au moins ne pas trop désespérer. Et au train où vont les choses, ce n’est pas facile. Le 1er Juillet Je me suis endormie durant la dernière émission de Bernard Pivot parce qu’elle passait trop tard, parce que les invités m’étaient archi connus et que je savais par avance ce qu’ils allaient répondre aux questions que le Maître ne manquerait pas de leur poser. A mon réveil, je me suis souvenue du beau voyage que j’ai entrepris un jour au Canada, de Halifax à la Baie des Chaleurs. Après mon habituel « crochet » par San Francisco, onze heures et demie de balade chaque été pour voir mon fils, ma belle-fille et Sara, ma petite fille américaine aux grands yeux bleus, je me suis levée aux aurores pour prendre l’avion qui allait me conduire via Toronto en Nouvelle Ecosse, Nova Scotia comme disent les anglophones. Le temps de récupérer mes bagages et je me précipitais chez un loueur de voiture car je voulais parcourir les Maritimes au gré de ma fantaisie. Je roulais ainsi sans m’arrêter jusqu’à Shediac, mon premier village acadien où les deux endroits intéressants à visiter sont le Centre d’Informations devant lequel se dresse « Le Plus Grand Homard du Monde » sculpté par un artiste du crû et Paturel, une entreprise qui pêche le homard, l’exporte dans le monde entier et l’offre à la clientèle locale et de passage dans son restaurant du bord de mer. Mon Acadie à moi, je l’ai trouvée le lendemain à Bouctouche, le berceau d’Antonine Maillet, auteure bien connue des Français grâce à « La Sagouine », « Pélagie la Charrette », couronné par le prix Goncourt en 1979, « L’Oursiade », « Les Confessions de Jeanne de Valois »[2]..., grâce aussi à Bernard Pivot qui l’a reçue plusieurs fois au temps d’Apostrophes. A côté de mon hôtel, l’auberge du Vieux Presbytère, dont la façade et la situation m’avaient fait renoncer à l’habituelle chambre d’hôte, j’ai photographié les tombes du cimetière aux noms si français que l’émotion m’a gagnée. C’est rare un hôtel entouré de tombes au bord d’une rivière et, dans le calme du soir, c’est infiniment beau. J’étais loin du temps présent, loin de l’Europe et de ses fureurs dans un monde merveilleux qui n’existe plus si ce n’est dans le coeur de ses habitants. Car l’Acadie, après avoir été colonisée par les Français à partir de 1604 devint possession anglaise après le Traité d’Utrecht de 1713. Les colons français qui avaient continué à s’opposer à la couronne britannique après le premier Traité de Rijswyk de 1697 furent déportés vers le Massachussets, l’Ontario, les Carolines et la Louisiane où leurs descendants sont les cajuns, ces chasseurs de gibier d’eau qui m’ont souvent emmenée en promenade sur leurs bayous et dont le langage s’apparente plus de nos jours au créole des Caraïbes qu’au français du Québec et des Maritimes. C’est la déportation de près de vingt mille âmes en 1755 qu’on appela « Le Grand Dérangement » : l’Acadie avait perdu son nom, ses frontières, son espace, immense puisqu’il couvrait la Nouvelle Ecosse, l’Ile du Prince Edouard et le Nouveau Brunswick, ne gardant au retour de la déportation qui se fit pour certaines familles avant la fin du XVIIIème siècle que son parler français. Mais là, rien n’y fi t: les Acadiens le maintiendraient contre vents et marées. Comme le disent les gens d’ « icitte », l’Acadie est là où vit un Acadien et ce n’est pas facile quand le voisin dresse un mât où, pour affirmer son anglophonie, il arbore le drapeau canadien. Qu’à cela ne tienne, l’Acadien déploie son drapeau français portant à gauche l’étoile de la Vierge. Je n’aime pas en général les recours aussi ostensibles à la religion mais dans ce cas particulier j’accepte et même j’approuve parce que la communauté acadienne a été jusqu’à nos jours une minorité opprimée. Je m’incline donc devant son drapeau et je serais prête à chanter son hymne « L’Ave Maria Stella » si on me le demandait, encore que certains Acadiens, en bisbille avec l’Eglise trop puissante à leur gré, voudraient laïciser le drapeau et l’hymne. C’est à Bouctouche que j’ai compris pourquoi Antonine Maillet revendiquait avec fierté son appartenance acadienne et j’ai pris le coeur en fête le chemin du « Pays de la Sagouine », un village construit au milieu de la rivière en hommage à l’écrivaine. Trois fois par jour, durant tout l’été, des artistes amateurs donnent les monologues concoctés par Tonine, comme ils disent. J’ai eu la joie d’écouter dans chacune des maisons construites en fonction du personnage « La Sainte » (nous disons en France « sainte-nitouche ») faire un cours hilarant de catéchèse, « Marie-Galante » raconter ses aventures de sage-femme et « Gapi », le mari de la Sagouine, dire ses expéditions de marin en brodant quelque peu sur les détails. Mais là où j’ai vibré c’est au souper-théâtre quand Viola Légère, la plus illustre Sagouine, professeur de Lettres à l’Université de Moncton, a donné trois des monologues les plus savoureux du recueil. Pour ceux qui n’ont pas lu Antonine Maillet je précise que la Sagouine est une humble servante du temps de la Grande Dépression qui faisait le ménage pour les riches et recevait en échange non de l’argent mais des fripes (des hardes, des haillons) dont ses employeurs ne voulaient plus et qu’elle n’avait pas elle-même le goût de porter après les avoir vus vieillir sur le dos de ses maîtres. Elle en vint ainsi, par le truchement d’Antonine Maillet, à critiquer le comportement des nantis et des prêtres qui faisaient eux-mêmes la part entre les riches et les pauvres qu’on parquait au fond de l’Eglise, le dimanche, les jours de fête et même à Noël. Dans « L’Enterrement », la Sagouine raconte les funérailles de leur ami Jos qui était allé en ville pour trouver un « entrepreneux des pompiers funèbres » et s’enquérir du prix d’un service de première classe qui s’avéra bien trop cher pour lui. Alors quand il mourut après être allé aux huîtres comme d’ « accoutume », Gapi et ses compagnons décidèrent de détruire la cabane de Jos pour en récupérer les planches et construire un « coffre » assez grand pour que leur ami puisse y être couché de tout son long, son rêve de toute une vie de labeur. Les femmes sacrifièrent leurs rideaux pour en tapisser le cercueil, la Sagouine accrocha des deux côtés les « poignées » de son poêle et tout le monde transporta Jos au cimetière en payant pour faire sonner le glas : « Même qu’il a sonné une partie de la matinée » parce qu’ils avaient « donné plusse qu’il fallait. » Cet humour populaire, si touchant qu’on ne sait plus si l’on doit en rire ou en pleurer, je ne l’ai pas souvent rencontré si ce n’est avec la famille Deschamps et leurs célèbres Deschiens qui le manient à merveille. En tout cas j’ai félicité Viola Légère de tout mon coeur et je lui ai dit que si j’étais venue à Bouctouche à la rencontre d’Antonine Maillet j’étais heureuse d’avoir trouvé pour dire ses monologues une conteuse aussi impressionnante. Viola était d’autant plus ravie que si les Français visitent beaucoup le Québec ils connaissent peu l’émouvante Acadie. J’ai en fait découvert à Bouctouche une nouvelle facette du talent d’Antonine Maillet. Grande écrivaine francophone, elle a cette qualité rare d’être à la fois romancière et auteure dramatique. On trouve à Bouctouche beaucoup plus de livres d’elle qu’on n’en sort en France. J’ai compté en effet que si Bernard Grasset avait publié onze de ses livres entre 1975 (Mariaagélas) et 2000 (Chronique d’une Sorcière dans le Vent), les Editions Leméac de Montréal en avaient publiés vingt quatre entre 1972 (Pointes-aux-Coques) et 1996 (L’Ile-aux-Puces) dont neuf pièces de théâtre et ses traductions et adaptations de « Richard III » d’après W. Shakespeare, de « La Nuit des Rois », toujours d’après W. Shakespeare et de « La Foire de la Saint-Barthélémy » d’après Ben Jonson. Il faut ajouter à cette liste fournie et prestigieuse sa thèse soutenue en Sorbonne « Rabelais et les Traditions Populaires en Acadie », publiée en 1980 par les Presses de l’Université Laval à Québec. Si je n’avais pas su par ailleurs qu’elle avait soutenu cette thèse, j’aurais pressenti ce qui l’attirait vers notre humaniste comique en lisant « Le Hutième Jour », livre dans lequel quatre compagnons, Gros comme le Poing, Jean de l’Ours, Messire René dit l’Ancêtre ou Figure de Proue et Jour en Trop vivent des aventures dignes de Gargantua, Pantagruel ou Panurge et rencontrent même Gargamel enceinte au cours d’une de leurs équipées. Et ce n’est pas le seul de ses livres qui fait référence à Rabelais puisqu’elle a écrit en 1983 une pièce de théâtre : « Les Drolatiques, Horrifiques et Epouvantables Aventures de Panurge, Ami de Pantagruel. » Poursuivant ma route vers Caraquet, j’ai eu quelques mauvaises pensées pour le conseiller de Colbert qui lui disait en parlant de l’immense Québec qu’on ne meurt pas pour quelques arpents de neige comme plus tard on a décidé de ne pas mourir pour Dantzig ou tout près de nous pour Sarajevo. J’en ai voulu à Louis XV qui abandonna l’Acadie aux Anglais et causa indirectement la déportation et la mort de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants qui parlaient notre langue et dont les ancêtres étaient venus de France. Je suis reconnaissante à Longfellow d’avoir été le premier poète anglophone à exprimer en 1847 dans « Evangéline » le désespoir des Acadiens déportés de leurs villages avant même que Rameau de Saint Père, un Français, ou Edouard Richard, un Acadien, n’écrivent leur Histoire: It
was the month of May. Far down the beautiful river. Past
the Ohio shore and past the mouth of the Wabash, Into
the golden stream of the broad and swift Mississipi Floated
a cumbrous boat, that was rowed by Acadian boatmen. It
was a band of exiles: a raft, as it were, from the shipwrecked Nation,
scattered along the coast, now floating together, Bound
by the bonds of a common belief and a common misfortune.
Evangéline
(Henry Wadsworth Longfellow - CH.11) C’était au mois de Mai. Loin sur la belle rivière. Au-delà des rives de l’Ohio et de l’embouchure du Wabash, Dans les flots dorés du Mississipi large et rapide, Flottait un bateau pesant dont les rameurs était des marins d’Acadie. C’était une bande d’exilés: un ramassis, en fait, de la Nation naufragée, Dispersés le long de la côte et flottant tous ensemble, Unis par les liens d’une croyance commune et d’une commune malchance. Ma Traduction Mon passage en Acadie m’a permis de ressentir une émotion nouvelle car, avant de lire Antonine Maillet, j’ai honte d’avouer que je savais à peine où se trouvait l’Acadie, la confondant parfois avec l’Arcadie, cette région de la Grèce dont la tradition poétique a fait une région idyllique ou la prenant même pour un pays de légende comme je l’avais fait autrefois pour la Patagonie avant que mes parents ne s’y rendent en 1960 et ne me disent (Nicolas Hulot le confirma vingt ans plus tard) qu’Ushuaïa était la ville la plus méridionale du monde. Retournerai-je en Acadie ? Je ne sais mais je suis heureuse d’avoir eu l’idée d’y aller et d’avoir traversé cette ancienne province qui a parlé à mon âme et m’a raconté l’histoire d’un peuple courageux dont je voudrais parfois que la France se souvienne en ne témoignant pas son attachement au seul Québec. Une prochaine fois, je parlerai d’un auteur québécois que j’apprécie beaucoup en dépit du fait que j’aie parfois du mal à comprendre son joual, le parler montréalais qu’il emploie de plus en plus non seulement dans son théâtre mais dans ses nouvelles. Je veux parler de Michel Tremblay dont j’ai découvert un roman délicieux : « Un ange cornu avec des ailes de tôle » en furetant dans les librairies de la rue Saint Denis et de la Rue Saint Vincent. Le 3 Juillet Les évènements se suivent à une telle allure que je n’avais plus fait référence à la Tchétchénie depuis le mois de Mars, date à laquelle le procès d’un officier supérieur russe accusé de viol sur une jeune fille tchétchène fut reporté sine die. Le voyage que vient de faire Monsieur Chirac en Russie aurait pu remettre sur la sellette cet Etat où ne semblent pas être privilégiés les droits de l’homme mais il semble que notre Président et le bon Monsieur Poutine aient eu d’autres chats à fouetter que de revenir sur la mort de quelques terroristes qui, selon le président russe, sont « des mercenaires venus de l’étranger. » Et puis les dépêches des agences de presse du Lundi 2 Juillet ne disent-elles pas que l’accord franco-russe s’est fait sur les grandes questions malgré « des divergences sur certains ‘détails’ comme l’extradition de Milosevic ou la politique guerrière du Kremlin en Tchétchénie. » Elles ajoutent que « Jacques Chirac et Vladimir Poutine ont exprimé une large convergence de vues à l’issue d’entretiens politiques qui leur ont permis de faire un tour d’horizon de la situation internationale. » Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes d’autant plus que la Russie pourrait utiliser le pas de tir de Kourou, en Guyane française, pour les vols commerciaux de ses Soyouz, tandis que la compagnie russe Aeroflot choisirait de renouveler sa flotte avec des Airbus plutôt qu’avec des Boeing, « thanks God », comme disent nos autres amis d’outre Atlantique. Alors, devant ces nouvelles réconfortantes, peut nous chaut d’apprendre que vingt cinq rebelles ont été tués le 28 juin dans des affrontements avec les troupes russes dans les montagnes du sud de la Tchétchénie ou que les forces fédérales, appuyées par des hélicoptères de combat Mi-24, ont mené des attaques à la roquette contre des rebelles encerclés dans les gorges d’Argoun et dans la région de Khankala ou même qu’on arrive à décompter dix affrontements par vingt quatre heures dans certaines parties du pays. On se demande ce que peut espérer de la France dans ce contexte le Ministre des Affaires Etrangères de la République tchétchène Ilias Akhmadov, en visite à Paris la veille du départ de Monsieur Chirac pour Moscou. Il a été reçu à l’Hôtel de Ville par le Maire de Paris et lui a montré des documents qui prouvent que la Russie est responsable de la mort de 60.000 personnes pendant ce qu’il est convenu d’appeler la première guerre de Tchétchénie (1994-1996) et de 100.000 environ depuis la reprise du conflit en 1999. Monsieur Akhmadov s’est bien sûr plaint des rapports faits par les experts occidentaux, les députés danois étant à peu près les seuls à demander qu’une « procédure de saisine soit entamée contre la Russie à la Cour Européenne des Droits de l’Homme. » Voici ce que je voulais dire mais, une fois de plus, à quoi servent les paroles devant les intérêts commerciaux des gouvernements ? Et puis comment peut-on s’intéresser aux victimes d’un pays dont la majorité d’entre nous connaissaient à peine l’existence jusqu’à ce que la Russie l’envahisse ? Cent mille de plus ou de moins pèsent bien peu dans la balance et il est tout de même plus important d’équilibrer notre budget et de travailler dur afin d’augmenter le rythme de nos exportations que de perdre notre temps avec les « guéguerres » qui s’arrêteront un jour faute de combattants. Je le dis haut et fort aux associations qui se sont réunies à Matignon pour fêter je ne sais plus quel anniversaire : mes sous, ils sont pour l’Etat qui en a besoin et sait le dépenser mieux que moi dans des entreprises dont on ne m’a jamais fait pas l’honneur de me révéler les rouages secrets. Le 5 Juillet A peine ai-je fini de parler de la Tchétchénie que je découvre le nombre de victimes des guerres qui ont par deux fois ensanglanté la République Démocratique du Congo, l’une menée par le défunt Laurent-Désiré Kabila en 1996-97 contre le régime Mobutu, l’autre en cours depuis août 1998, entre le régime de Kinshasa et des rebelles appuyés par le Rwanda et l’Ouganda. Selon certaines estimations humanitaires et le gouvernement de RDC, ces conflits ont provoqué la mort d’environ 2,5 millions d’habitants et provoqué la fuite de plus de deux millions de personnes des zones de combat. Si l’on sait que l’ex-Zaïre compte environ cinquante millions d’âmes, il est facile de conclure que plus de 13% de la population a été touchée par la folie meurtrière des hommes. Il est difficile dans ce contexte d’espérer que la venue du Premier Ministre Belge, Monsieur Guy Verhofstadt, le premier chef de gouvernement de ce pays à se rendre à Kinshasa depuis dix ans, puisse améliorer les choses et mettre un terme aux tueries. Nous sommes bien placés pour savoir que la politique semble rarement résoudre de nos jours les problèmes les plus cruciaux. Et puis, comment les associations humanitaires pourraient-elles faire face aux malheurs de cette humanité dont les membres les plus pauvres, les communautés les plus dépourvues, sont en butte à des agressions quotidiennes et en porteront toujours les stigmates ? Le 2 Août Je n’ai plus de temps pour ces pages car je suis débordée. Entre les chroniques, ces Mots...dits que je rédige pour mon site littéraire « Ecrits-vains » et la mise sur mon ordinateur de textes que j’avais dans mes tiroirs et qu’on m’a demandé de ressortir, je pourrais demeurer vingt quatre heures par jour devant mon écran et ne pas être sûre d’arriver à bout de mes peines (et de mes joies). Et pourtant, il faut tout de même que je joue au bridge et au scrabble sans cela je vais me rouiller. Je suis très fière de la place que j’ai eue aux Championnats du Monde de La Rochelle : 114ème sur 700 joueurs et une confirmation de 3ème série internationale. En dehors du tournoi, je me suis gavée de soleil, de promenades, de poisson et de fruits de mer, les meilleures vacances que j’aie passées depuis longtemps qui unissait l’agréable à l’agréable. Le tout a été couronné par une superbe balade en bateau à l’île d’Aix avec bien sûr un arrêt obligatoire devant le Fort Boyard que j’ai vu ce soir-là plus que je ne l’avais jamais vu à la Télévision, un accueil par des « contemporains de Napoléon », une promenade à travers l’île puis un dîner par petites tables dans le jardin d’un restaurant d’où nous avons vu le soleil se coucher sur la mer. De la Rochelle, je n’avais en mémoire qu’un immense tableau chez mes parents quand j’étais petite (il y a bien longtemps). Il s’appelait « Remparts de La Rochelle » et je me souviens que la mer battait contre ces remparts. Si les tours sont restées les mêmes, l’une conique, l’autre ronde, un chenal a fait reculer l’eau et aujourd’hui on peut marcher le long des remparts, entrer dans les jardins intérieurs, passer un pont-levis et aboutir à une plage publique superbement entretenue et si cachée que les touristes la ratent en général d’autant plus qu’elle est au pied du meilleur restaurant de la ville dont un des menus est à 490 francs (vin non compris !), un tarif à décourager les promeneurs qui s’aventureraient par là. Les championnats du Monde devaient avoir lieu cette année à Beyrouth. J’étais partagée entre le désir d’y aller et le sentiment que je n’avais pas envie de rencontrer des Syriens. Il y a six mois environ, les dirigeants de la Fédération Internationale se sont aperçus que nos délégations africaines qui comptent d’excellents joueurs avaient besoin d’un visa pour entrer au Liban. Yves Gilbert, un Rochelais de souche, ancien professeur et Président de la Fédération Française, a pris le problème à bras-le-corps, a obtenu la Salle Encan qui peut contenir des centaines de personnes. Prévenus à temps, nous avons pu réserver des chambres dans les hôtels du Vieux Port (chers parce qu’en pleine saison touristique) mais enfin, nous avons été heureux de trouver une terre d’accueil, une très jolie ville et, je le répète à qui veut l’entendre, de merveilleux fruits de mer pour lesquels je ferais le chemin à pied si je n’avais pas mon âge. Je reprends lundi prochain mon bâton de pèlerin pour me rendre à St Jean du Gard dans les Cévennes. Au cours d’un concert et du souper qui le suivra, je rencontrerai la plupart des responsables de mon site. Je suis ravie une fois de plus de m’évader vers un paysage qui ne m’est pas familier. Après ce crochet, je rejoindrai Gréoux-les-Bains pour un nouveau tournoi de scrabble mais sans l’enjeu des Championnats du monde, simplement une rencontre avec de nombreux joueurs que je connais déjà car nous voyageons beaucoup dans notre monde de la francophonie. Le retour sera moins plaisant car je me fais opérer en septembre et octobre d’une double cataracte, opération qui me redonnera (j’ai 95% de chances m’a-t-on dit) une vue d’aigle. Je l’espère bien car, sans mes yeux, comment pourrai-je continuer à écrire autant que je le fais ? Je ne peux fermer cette page sans mentionner le dîner de néofascistes qui veulent créer un musée à la gloire de Mussolini, une information donnée hier soir et que je n’ai pu retrouver nulle part sur le Net. Un des convives a dit qu’il était contre l’idée du musée car elle donnait de l’idéologie un visage obsolète alors qu’elle est bien vivante dans le coeur de nombreux Italiens. Je crois que la coupe commence à être pleine du côté de nos voisins d’au-delà des Alpes: Berlusconi, les tueries de Gênes, le fascisme remis sur la sellette si toutefois il en est jamais descendu, c’est un peu dure à digérer et l’éruption de l’Etna perd un peu de son actualité brûlante. Attendons demain pour voir si les médias seront plus diserts à propos d’un sujet rien moins que préoccupant. Le 20 Août Je reviens cette fois-ci de Saint-Jean-du-Gard et de Gréoux-les-Bains ou « Gréù » (en langue provençale je suppose car je n’ose parler à tout propos de langue d’oc), les deux noms apparaissant sur les bornes qui annoncent le nombre de kilomètres nous séparant de la ville et sur les panneaux d’entrée ou de sortie. Saint-Jean-du Gard fut un enchantement. Les responsables d’Ecrits-vains.com étaient réunis pour faire connaissance physiquement et assister à un concert donné par des membres méridionaux du site : « Les Champs Mêlés. » Je raconte tout: j'ai d'abord fait la connaissance physique de Jacques et Marie sous la tonnelle des Bellugues, mon hôtel qui eût été parfait si ce n'est que la patronne du restaurant (elle doit avoir eu des mots avec la patronne de l'hôtel...) laisse toute la nuit son roquet en liberté sur le parking où il accueille chaque voiture en aboyant de sa petite voix éraillée. Il faut vous dire tout de même qu'à mon arrivée à Saint-Jean, il y avait cent mille personnes dans la rue, un marché, une fête votive, une fête foraine avec des sièges qui tournaient à deux mille à l'heure, un feu d'artifice qui a pété jusqu'à trois heures du matin et la musique, la musique jusqu'aux petites heures de l'aurore. Je n'ai donc pas entendu le roquet la première nuit! Nous avons fait connaissance (avec Jacques et Marie) pendant près de trois heures. A un moment, le couple apparemment suisse de la table voisine s'est levé. Le monsieur est venu vers nous et a dit : « j'aurais aimé être de vos amis et déjeuner à votre table tellement votre conversation est animée et intéressante. » Il nous écoutait, le bougre mais c'était si gentil ! Marie est la poétesse (un rien timide) qui préside à nos destinées. Elle en sait beaucoup plus qu'elle n'en dit. Jacques est le même que virtuellement: jovial, connaisseur et organisateur. Je n'en dis pas plus pour ne pas les faire rougir. Marie nous a reçus dans son gîte entre Saint-Jean et Caderle. J'ai bien vu malgré la pluie qui tombait à verse la Clio rouge de Marie que Jacques avait mise à gauche au bord de la route pour que je tourne à gauche à cet endroit précis. Un diable m'a poussée plus loin et j'ai fait grimper ma voiture jusqu'au village: je ne vous dis pas, c'est perché si haut dans ces magnifiques Cévennes que je n'aurais jamais osé redescendre de là-haut en pleine nuit. Et devinez ? Une Clio rouge attendait à l'entrée du village... Allez savoir où j'allais atterrir si une dame ne m'avait dit de redescendre et de tourner à droite où était la première Clio rouge. Tous les amis étaient là. Marie m'a présentée comme la doyenne des internautes, un titre qui m'a permis de m'asseoir à côté de son adorable « maman adoptive » avec laquelle nous avons évoqué bien des souvenirs. Elle était ma cadette, bien sûr, à peine soixante dix ans, une jeunesse ! Marie avait travaillé toute la journée pour nous offrir la fête. Je me suis éclipsée sans assister au concert impromptu parce que je devais redescendre avant que le roquet ne me réveille. C'est le papa de Marie avec sa longue barbe blanche qui m'a guidée vers ma voiture le long du chemin bordé des traditionnels châtaigniers. Le lendemain j'ai fait connaissance avec Saint-Jean et j'ai acheté comme le veut la tradition « Le voyage de Robert L.Stevenson dans les Cévennes » avec son ânesse Modestine. Je l'ai trouvé en anglais à la librairie. Nous avons tous déjeuné sur une grande place et j'ai ramené Jordy à son hôtel pour qu'il se repose un peu avant le concert. Je ne vous ai pas parlé de Jordy à dessein parce que je ne veux pas gâcher mon plaisir et le vôtre. La découverte du personnage était pour plus tard, au concert. Ah ! Ce concert des « Champs Mêlés. Voici ce que j'ai écrit à Jacques et Marie : « Je voudrais dire à Jordy qu'il a le plus bel organe du monde, à Rob qu'il est le chanteur le plus émouvant que j'aie entendu depuis longtemps, à Claude qu'il n'a rien à envier à Léo Ferré, je voudrais dire à tous trois qu'ils sont de grands compositeurs et de magnifiques interprètes, je voudrais dire à Nadine qu'elle a une bien jolie voix, à Marielle et Isa qu'elles sont de superbes instrumentistes. Je leur dis ici-même que j'espère les réentendre quand j'irai dans leur triangle d'or. Je garde un souvenir ému de tous et de toutes avec un bisou spécial pour Mireille. » Je ne vous raconte pas trop longuement Gréoux. J'y suis partie avec Juliette après un dernier saut dans la montagne pour embrasser Jacques, Marie et les autres. Le tournoi de scrabble n'est pas mémorable bien que j'aie terminé 9ème en paires avec Edmée de Montbéliard dont j'ai fait la connaissance sur place. J'ai passé tout mon temps de libre au bord de la piscine de « La Villa Borghèse » à lire Houellebecq... que je découvrais et à écrire. J'ai mangé délicieusement, j'ai joué au bridge deux fois et j'ai fait la connaissance d'une anesthésiste de Marseille avec laquelle j'ai sympathisé immédiatement. Elle avait lu « Les Particules Elémentaires » et elle a aimé l'analyse que j'en ai faite et que je réserve à mes chroniques. Un mot seulement à ce sujet : Michel Houellebecq qui remplit la vie de Michelle, une de nos amies du Forum d'Ecrits-Vains, que sait-il de la passion, de celle où l’on entre comme on entre en religion ? Il ne connaît pas ce mot divin pour lequel on vit et pour lequel on meurt. Il emploie de grands mots, il a lu quelques textes scientifiques et littéraires. Comme il est écrit sur la quatrième page de couverture : « il fait la chronique d’une civilisation décadente » dont il est à coup sûr l’un des chaînons. Ses héros, s’il est possible d’employer ce mot pour de tels misérables, ses anti-héros devrais-je dire, sont des rebuts de l’humanité. Je souhaite de toute mon âme, avec toute la passion dont je suis encore capable, que cet anti-auteur se trompe sur toute la ligne avec ses théories fumeuses. Comme le disait un chercheur l’autre jour, l’humanité est encore si jeune par rapport à la gente animale vivante - le requin existe depuis 500 millions d’années, la raie depuis 200, certains insectes sont encore bien plus vieux - la science est encore si jeune malgré les découvertes exceptionnelles du XXème siècle qui ont fait autant espérer que frémir... On peut alors penser que la tentation actuelle de décadence dont parle Houellebecq n’est que provisoire, que l’homme va se ressaisir, qu’il se lassera de ces jeux stériles qui ne le mènent à rien. Peut-être parce que j’ai des enfants et surtout des petits-enfants, j’aimerais qu’ils aient comme nous avons cru en avoir des lendemains qui chantent. Je ne voudrais pas qu'ils aient du monde et de l'amour l'idée que s'en fait Houellebecq. Je souhaite que les livres de cet auteur ne soient que des épiphénomènes dans la vie littéraire de notre pays et que très vite on en arrive à oublier qu'il ait jamais existé.[3]
Le 2 Septembre Je suis submergée depuis mon retour de Gréoux-les-Bains par les différentes tâches que je dois assumer sur le site. Non seulement je suis responsable de la rubrique bi-mensuelle « Mots...dits » mais on m’a demandé de remplir la fonction de modérateur du forum général. Joueuse de bridge depuis de longues années, je n’étais pas étrangère à l’agressivité montante des participants et j’ai décidé cette année-même de diminuer le nombre de mes participations à ce jeu passionnant mais qui me hérisse de plus en plus le poil. Pour autant je ne savais pas à quel point les réactions, les attaques directes, les réflexions déplaisantes, le ton rageur... dépassaient en intensité tout ce que j’ai pu entendre dans les clubs. Il est bien évident que pour la moitié du quart de ce que j’ai lu sur notre forum supposé littéraire, n’importe quel membre de mon club de bridge serait passé devant le comité d’éthique. Un de mes amis qui est modérateur de la rubrique « Philosophie » où l’on s’empoigne tout de même moins que sur le forum (et encore !) m’a dit que celui-ci était le nouveau « Café du Commerce » mais que sa qualité virtuelle permettait aux « clients » de s’y empoigner d’une façon mille fois plus vigoureuse qu’ils ne le faisaient autour d’un verre de vin ou de pastis et surtout que les « buveurs » étant infiniment plus nombreux que dans une quelconque brasserie, les échanges musclés n’en étaient que plus « assourdissants » et quelquefois intolérables. Il faut que je m’y fasse et bien sûr que j’intervienne quand les propos atteignent un seuil à ne pas franchir. Une charte a en effet été créée qui permet de supprimer les envois témoignant d’un racisme exacerbé ou d’une attaque à la vie privée des personnes. Je n’apprécie pas outre-mesure cette fonction de juge ou de censeur, je me contenterais plus volontiers de celle de « conseiller éclairé » si tant est que j’aie une faculté de discernement suffisante pour ouvrir les yeux des intervenants sur leurs abus et eux-mêmes une ouïe suffisamment claire pour m’entendre. Nous verrons bien à l’usage. Il est évident que mes premiers pas sont semés d’embûches ou même de clous acérés car je me trouve au milieu d’une querelle entre l’Association des Amis de Michel Houellebecq, l’AAMH, et celle de l’Association des Amis des Ennemis de Michel Houellebecq, l’AAEMH qui s’envenime au fur et à mesure que l’auteur des « Particules élémentaires » et maintenant de « Plate-forme » acquiert de la notoriété en exprimant ses vues assez extrêmes dans tous les médias. Je n’ai pas beaucoup d’affinités avec sa prose et je ne me reconnais pas dans la société qu’il décrit mais je suis obligée de faire preuve de suffisamment d’objectivité pour apprécier ce qu’il y a de juste et de faux dans les arguments des uns et des autres. Ce n’est pas une tâche facile, c’est le moins qu’on puisse dire. J’ai vu que Guillaume Durand recevrait Michel Houellebecq sur France2 dans la première fournée de sa nouvelle émission littéraire (!). Je ne suis pas très intéressée par les positions de l’auteur qui, je crois, sont aujourd’hui connues de tous, dans les milieux de la « press people » comme dans les milieux « in », je serais plutôt curieuse de connaître les réactions des autres invités. L’ennui est que cette émission passe encore plus tard que « Bouillon de Culture » et que je n’aime pas veiller. Je me forcerai pour une fois. Quand on aime on ne compte pas mais alors que fait-on quand on n’aime pas ? Le 7 Septembre Il est vrai que je n’ai pas pu voir l’émission dans son entier car à minuit elle était loin d’être terminée et puis tant de gens ont écrit sur le phénomène Houellebecq que je ne vois pas à quoi servirait une nième analyse ou une nième constatation, à savoir que l’homme en lui-même est passablement falot et que je n’ai pas envie de lire Plateforme. Je crois que j’ai déjà donné avec « Les particules élémentaires » et que je suis trop âgée pour m’immiscer dans cette société nouvelle qui évolue sans y penser dans le monde décrit par un auteur qui n’est sans doute qu’une coqueluche provisoire. Il paraît qu’une journaliste a dit beaucoup de mal par la suite de la personne et des livres d’Amélie Nothomb mais je n’y étais plus et je dois dire que la jeune écrivaine belge n’est pas non plus ma tasse de thé. Pour conclure, je dirai que l’émission de Guillaume Durand m’a paru trop fragmentée pour qu’on puisse la suivre aisément, les journalistes et intervenants d’un côté, les écrivains de l’autre. Ajouter à cela des coupures de presse, des reportages sur le séjour de Houellebecq en Thaïlande, des extraits de films et des questions inintéressantes du meneur de jeu, tout ceci rendait l’ensemble assez indigeste et je crois qu’un Bernard Rapp eût été plus à sa place pour conduire ce projet littéraire et certainement aussi médiatique que Guillaume Durand. Bien sûr j’ai eu mal quand j’ai lu dans le Monde les réactions des journalistes et autres écrivains qui considèrent que la littérature d’aujourd’hui englobe à la fois les écrivains que je peux aimer, comprendre, respecter et ceux de la « littérature people. » Ainsi la presse qui relate les aventures de leurs vedettes favorites ou le mariage du dernier prince à une mère célibataire d’essence plébéienne ne suffit plus à la masse des lecteurs, ils veulent être les nouveaux héros de l’écriture moderne et retrouver en elle tous leurs fantasmes physiques, érotiques ou pornographiques. Il y a dans cette mondialisation de tout ce qui est ou moyen ou qui ne dépasse pas le niveau de la ceinture, dans cette mondialisation des actes et des sentiments de tout le monde une réduction qui augmente mon impression que je ne suis pas de ce monde et partant que je ne puis adhérer à cette nouvelle littérature dont j’ai oublié de dire qu’elle pouvait être raciste à ses heures et ne s’en privait pas. Oserai-je ajouter que les mêmes gens qui ont lu « Plateforme » de Michel Houellebecq attendent maintenant la parution du livre de Loana ? En tout cas je crois qu’ils ne méritent pas mieux. Le 9 Septembre Puisque j’en suis aux propos racistes, pourquoi ne pas rebondir tout de suite sur la conférence de Durban qui s’est, je crois, terminée hier par une déclaration édulcorée signée à regret par les représentants arabes. Avant de revenir sur le conférence, je voudrais donner mon sentiment sur la position sud-africaine et plus particulièrement sur celle de Nelson Mandela qui ne fut présent qu’à quelques séances en raison du traitement médical auquel il est astreint et bien sûr de son grand âge. Je sais qu’il était là en tant que « modérateur » mais je ne puis tout de même oublier qu’une de ses premières proclamations comme Président du nouvel Etat sud-africain débarrassé de l’apartheid fut celle de son adhésion pleine et entière à l’existence d’un Etat palestinien. Il n’a jamais cessé de le faire et en cela il rejoignait tous les chefs de gouvernement ou souverains arabes. Je me souviendrai toujours qu’il m’avait rappelé par son attitude intransigeante celle de Hô Chi Minh dont le premier soin avait été, une fois qu’il fut en place, d’apporter son soutien à la cause palestinienne. Je crois et je croirai toujours que s’en prendre aux Israéliens par le biais du sionisme est extrêmement facile surtout quand on a le soutien des hommes les plus riches du monde et les plus intégristes du monde que sont les souverains d’Arabie Saoudite, du Koweit qui ne peuvent aller jusqu’au bout de leur pensée pour l’unique raison qu’ils sont les alliés des Américains ou plus simplement les Islamistes fortunés qui résident à Bradford ou à Oddham en Grande-Bretagne et fournissent l’argent nécessaire aux futurs kamikazes non seulement pour qu’ils reçoivent un entraînement poussé mais pour qu’ils aient tout loisir de se rendre en Palestine. J’ai même appris avec stupéfaction que le roi Fahd aidait tous les Etats sunnites, l’Afghanistan et les taliban compris. Je ne veux pas entamer aujourd’hui une diatribe sur la guerre larvée qui sévit entre les Israéliens et les Palestiniens mais je voudrais seulement réaffirmer que les langues sont beaucoup plus déliées quand il s’agit de faire les critiques de l’Etat hébreu, de confondre le sionisme et le racisme, de parler d’holocauste en se référant aux morts palestiniens qu’on ne l’a fait pour les deux millions de morts du Cambodge martyr. Je voudrais surtout qu’on prononce haut et fort le nom de la Russie et qu’on se souvienne quelquefois de la Tchétchénie dont j’ai si souvent évoqué ici-même les malheurs. Depuis 1991, date à laquelle le nouvel Etat proclama son indépendance, il n’y a pas eu un seul jour sans que les troupes russes ou celles du KGB ne tuent ou ne violent sans discernement. Une envoyée spéciale du Monde écrivait de Moscou le 19 Juillet “le 2 Juillet, dans le village de Sernovodsk (ouest de la Tchétchénie), des dizaines d’hommes tchétchènes auraient subi des viols alors qu’ils étaient détenus par les forces fédérales russes. Cela s’est produit dans une opération de nettoyage, menée par les troupes russes pour, officiellement, attraper des combattants tchétchènes.” Elle évoquait alors le récit d’Andreï Mironov, collaborateur de l’association Memorial, fondée par Andreï Sakharov : « Des maisons sont pillées, des grenades sont jetées dans les habitations, puis 700 hommes environ, âgés de 14 à 60 ans, sont parqués dans un champ, à la sortie du village. A proximité, se trouvent les fondations en bêton d’une maison inachevée, de grands trous où des Tchétchènes sont jetés. Pendant des heures des soldats russes aux uniformes sans insignes distinctifs, donc impossibles à identifier, se livrent à des actes de torture. Ils passent des hommes à tabac et leur attachent aux doigts des anneaux métalliques par lesquels ils font passer du courant électrique produit par un générateur. Mais pour certains des Tchétchènes raflés, le pire, l’indicible, aura été d’être, ce jour-là, violés... Il n’y a pas d’enquêtes véritables en Tchétchénie. Il y a des actes d’intimidation des victimes, pour qu’elles conservent le silence. Il est extrêmement difficile, dans la culture tchétchène, pour un homme - ou une femme - de faire état d’un tel supplice, tant le déshonneur est grand. » Alors, je dis à tous les Musulmans, Arabes ou non, qui se sont rendus à la conférence de Durban, je le dis à tous les hommes de bonne volonté (mais comment pourraient-ils me lire, comment pourraient-ils m’entendre ?) : Certains d’entre vous pensent très justement que le problème israélo-palestinien doit être résolu autrement que par une montée de la violence mais vous adhérez pour la majorité à la cause palestinienne et prononcez des mots qui je le souhaite dépassent votre pensée. Ne trouvez-vous pas cependant que l’image que je viens de donner des soldats russes est tout de même plus en accord avec une violence raciste que celle des Israéliens ? Si l’on met à part de grands esprits comme le Professeur Sakharov et autre Andreï Mironov, citez-moi le nom de quelques Russes qui n’ont pas à la fois la haine du Juif et celle du Musulman ? Alors, quand enfin les armes se seront tues en Israël et en Palestine, tournez-vous, je vous en prie, vers des frères qui souffrent sans que le monde ne se préoccupe spécialement d’eux ou n’organise des conférences pour que cessent de telles méthodes. Les Russes ne perdront jamais, je crois, leur goût prononcé pour le goulag, la déportation et la mort. Il faudra bien qu’un jour on le leur dise. A peine venais-je de terminer d’écrire que j’ai ouvert la télévision pour regarder la cérémonie annuelle du souvenir à la Synagogue de la Victoire. Il est évident que le Grand Rabbin de France ne pouvait passer sous silence la conférence de Durban et comme nous tous il a dit sa surprise douloureuse devant le parallèle qu’on a tenté de faire entre le sionisme et le racisme puisque c’est pour fuir le racisme dont ils étaient l’objet depuis deux mille ans dans toute l’Europe (Le Grand Rabbin a souligné que le moindre des maux qu’on nous ait infligé était « l’injure ») que les Juifs ont créé le sionisme, c’est-à-dire le retour dans la terre ancestrale. J’aurais aimé savoir ce que Monseigneur Lustiger, si recueilli durant le Kaddish qui doit lui être bien familier, pense au plus profond de son coeur de la conférence sud-africaine. Le 10 Septembre J’ai fait part de mes réflexions à mes amis du site littéraire « EV? » dont j’ai déjà parlé plusieurs fois. Leurs réponses ont souvent été intéressantes et je voudrais en transcrire ici quelques unes afin qu’elles ne soient pas oubliées: Hannibal: « Les Russes ne perdront jamais, je crois, leur goût prononcé pour le goulag, la déportation et la mort. Il faudra bien qu’un jour on le leur dise. » Jeter ainsi l'opprobre sur un peuple... (j'aurais pu citer aussi les lignes précédentes). Lise (c’est moi) Je ne comprends pas très bien votre réaction, Hannibal. Est-ce jeter l'opprobre sur un peuple que de demander justice pour tous les Tchétchènes musulmans assassinés ? Est-ce jeter l'opprobre sur un peuple de dire : les Russes (oui là j'en conviens j'aurais dû dire la Russie ou le gouvernement russe) ne perdront jamais leur goût prononcé pour le goulag, la déportation et la mort ? Est-ce jeter l'opprobre sur un peuple que de dire : les Russes sont antisémites comme l'ont été les tsars instigateurs de pogroms et comme l'ont été les Soviétiques qui ont condamné à mort nos coreligionnaires médecins ? Est-ce jeter l'opprobre sur un peuple que de dire : Moscou est à l'heure actuelle une ville où se perpétue l'antisémitisme traditionnel ? Alors c'est que je ne comprends plus le sens du mot « opprobre » et que j'ai sans doute eu tort d'entamer ce fil, me donnant peut-être des verges pour mieux me battre. Jean: Courageuse en effet et délicate votre proposition de thème, Lise, mais il est bien difficile de les aborder avec des certitudes. Je vous ai lu et relu… vos certitudes me semblent quand même évidentes. Il eut fallu commencer en nous donnant votre définition du sionisme et non l’exprimer à la fin de votre exposé : « les Juifs ont créé le sionisme, c’est-à-dire le retour dans la terre ancestrale » ce qui aurait eu le mérite de situer le sionisme tel qu’il est, une doctrine –c’est à dire un ensemble de dogmes voire de croyances présentés et enseignés comme vrais (Larousse) - et non comme implication, une « vérité », historique reconnue sans contestation possible par l’ensemble de ceux qui sont amenés à y avoir affaire. Dès lors il n’est pas « facile » comme vous le dites pour ceux-là de « s’en prendre » aux israéliens par le biais du sionisme mais on peut bien soutenir que c’est plutôt « d’évidence »… Et ce n’est peut-être pas par hasard que souvent en effet ce soit les «plus intégristes » (« arabes » dites-vous…riches ou pas, là je n’ai pas bien saisi l’argument) qui « s’en prennent » avec le plus de virulence : il y a toujours face au dogmatisme, un autre dogmatisme pour se dresser. Me sentant personnellement beaucoup trop sous informé par la masse médiatique, ayant souvent le sentiment d’être beaucoup trop manipulé par l’information en question, je me garderai bien d’être aussi catégorique et manichéen que vous sur des événements aussi complexes que ceux qui se passent, se sont passés, se passeront, dans des états et des régions comme la Tchétchénie où les exactions Russes m’ont semblé parfois être égalées et même surpassées par les exactions tchétchènes (comme il me souvient que les « donneurs d’info » qui se catastrophent de la main mise des talibans sur l’Afghanistan, se catastrophaient de la main Afgo-Russe posée sur les talibans qu’on nous présentait alors comme des Libérateurs et des résistants) … mais ne faisons pas le décompte des viols des uns et des décapitations pratiquées par les autres. Sauf à vous avoir mal lue et interprétée je trouve que vos propos sur La Russie, les russes, sont la parfaite antithèse de ce que vous voulez dire par ailleurs : « Je voudrais surtout qu’on prononce haut et fort le nom de la Russie…. » « …citez-moi le nom de quelques Russes qui n’ont pas à la fois la haine du Juif et celle du Musulman?…» «…Les Russes ne perdront jamais, je crois, leur goût prononcé pour le goulag, la déportation et la mort…» Vos sentences me semblent larges et sans appel. Pire, je les sens motivées par une autre préoccupation que ce qu’elles prononcent. Je relativise et la portée et l'importance de votre message. Amicalement. Hannibal Lise, vous avez vous-même répondu à votre question. Ecrire « les Russes » c'est parler de tous les Russes. C'est indéniable. Mais Jean l'écrit mieux que moi. Fifi
Ce que j'ai vu moi, aujourd'hui, c'est un couple de colons israéliens dans les territoires théoriquement dévolus aux Palestiniens. Le journaliste demande à la femme si ça ne la gêne pas d'être colon, elle répond qu'il y a un (ou deux, je ne sais plus) millions de colons palestiniens autour d'elle. Le journaliste fait remarquer au mec que le monde entier les désapprouve, et il répond : « Peut-être que le monde entier se trompe. » Alors évidemment, entre têtes de lard, on ne risque pas de s'entendre de sitôt. Lise Jean, vous avez raison et c'est la raison pour laquelle je n'aurais pas dû ouvrir ce fil : mes réactions sont à fleur de peau quand on s'en prend aux miens ou, comme vous l'avez constaté, à mes frères musulmans. Tout ce qui arrive, les derniers attentats d'aujourd'hui, ne peuvent m'empêcher de ressentir comme des offenses venues d'ailleurs ce que nous subissons les uns et les autres. Si je me suis permise de parler des Arabes riches, c'est parce qu'ils sont les seuls à pouvoir manipuler leurs frères. Je crois avoir montré dans mon texte consacré aux Versets Sataniques que de nombreux attentats étaient préparés à Bradford où résident des Islamistes suffisamment fortunés pour préparer les futurs kamikazes et leur permettre d'atteindre la Palestine. Je me mords les doigts mais qu'y puis-je ? Je voudrais qu'on aborde ces sujets brûlants et je ne voudrais pas. Je sais qu'on doit être circonspect comme vous le suggérez vous-même en parlant des Afghans et des taliban mais peut-on pour autant excuser toutes les exactions parce que nous sommes trop peu au fait des choses pour avoir le droit d'en parler. Je sais bien que de nos discussions ne jaillira pas la lumière mais j'aime peut-être me brûler les ailes à des flammes dont je devrais m'éloigner au plus vite. La tentation de répondre, Jean, de ne pas toujours regarder en me disant: qui suis-je pour oser prendre la parole ? Ah ! oui, Jean, j'ai oublié de préciser une chose importante: Si j'ai mentionné la position de Nelson Mandela qui m'a choquée comme l'avait fait celle d'Hô Chi Minh bien des années auparavant, c'est que depuis le premier jour de la guerre d'Indochine puis de celle du Vietnam, j'ai été à cent pour cent comme l'ont été mes chers parents avant moi pour l'indépendance de ce pays. Pour ce qui est de l'Afrique du Sud, vous avez peut-être lu dans la revue ma lettre à André Brink et la réponse qu'il m'a faite: je peux vous assurer, mais je pense que vous l'avez compris, que j'ai été contre l'apartheid et que j'ai rompu avec des amis Juifs d'Afrique du Sud parce qu'ils avaient le même discours que les Afrikaners. J'ai toujours été ou tout au moins je me suis toujours efforcée d'être du côté des victimes. Alors, il est vrai que mon émotion ressort quand se déroule une conférence telle que celle de Durban qui tendait à me remettre en cause, moi et les miens. Si je regrette d'avoir ouvert ce fil, je le répète, c'est parce qu'on ne devrait pas réagir sous le coup d'une émotion trop forte mais je le répète, cette émotion est la même, qu'on m'attaque ou qu'on attaque mes frères musulmans. J'espère que vous m'aurez comprise et aurez pardonné ce qu'il pouvait y avoir d'excessif dans mes jugements. Je vous envoie toutes mes amitiés. Lise Jean Lise… je crois qu’il n’est pas inutile, au contraire, d’ouvrir de tels fils même et peut-être surtout si on a des « implications » qui nous font réagir à « fleur de peau »… l’essentiel reste de contrôler ou d’envisager contrôler, avec les réactions qui viendront forcément en sensibilités et en approches différentes, ses propres réactions qu’on a déjà la lucidité de trouver épidermiques… ce contrôle pouvant d’ailleurs aussi bien affirmer que réviser nos positions et convictions. Je comprends parfaitement la difficulté qui est la vôtre de vous engager sur ces thèmes et l’envie qui est la vôtre de vouloir en parler… j’avais même bien mesuré que ça n’avait pas dû être si facile pour vous d’y introduire ces symboles que sont Mendela et l’oncle Hô… qui ne serait pas déstabilisé quand ceux-là qui peuvent représenter une sorte d’idéal de jugement et d’action se mettent à exprimer des positions qui vous isolent dans vos émotions et qui font mal ? Même si les raisons d’avoir mal restent très personnelles et au fond subjectives… c’est encore, quand même, de la douleur. Quand je mettais un peu, et même beaucoup, en doute la fiabilité de l’information médiatique c’est que je reste persuadé que cette information prise dans les contradictions et les impératifs de l’époque n’a absolument aucune valeur quand il s’agit de stimuler, provoquer, le raisonnement objectif de l’individu; elle assène à la masse des « vérités » du moment, le moment changeant sans cesse, si possibles gravement et grassement démonstratives, qui n ‘engendrent ou ne tolèrent pas de discussion, que la masse devra prendre pour évidence quand bien même ces vérités se révèleraient ultérieurement sérieusement remises en cause et qu’elle devrait en asséner de nouvelles. Personnellement, c’est presque un réflexe, je m’impose toujours de voir s’il n’y a pas mèche quelque part à remettre en cause, au moins relativiser, ces informations là… j’essaie encore de garder mon quant-à-moi dans la débauche où pèsent les mots et choquent les photos et le fait que ce genre de Forum virtuel ait une telle audience sur le net me fait dire que je ne dois pas être le seul à me débattre avec ces scrupules. Oui la situation d’Israël est inconfortable… oui tous ceux qui sont plus ou moins directement impliqués dans cette situation sont dans l’inconfort… mais ce malaise lui-même me laisse à penser qu’il y a déjà le doute chez ceux qui l’éprouvent quand il s’agit de croire encore à une cause unique et obligée, désignée, de cet inconfort. Si j’ai tout à l’heure évoqué vos « certitudes » c’est qu’elles me semblaient beaucoup trop patentes pour être convaincantes et qu’elles ne collaient pourtant pas avec le reste de vos propos. Je ne vois pas une audace inconsidérée de votre part à prendre la parole en l’occurrence… plutôt un certain courage comme je l’ai dit tout au début… ce n’est ni vain, ni illusoire … la preuve, nous en sommes déjà au quatrième échange. Amitiés aussi. Cigale Les derniers attentats d'aujourd'hui ne peuvent m'empêcher de ressentir comme des offenses venues d'ailleurs ce que nous subissons les uns et les autres : ( Lise ) Même si les raisons d’avoir mal restent très personnelles et au fond subjectives… c’est encore, quand même, de la douleur : (Jean) Le 14 Septembre J’ai été opérée d’une cataracte de l’oeil gauche le Mardi 11 Septembre et quand on m’a ramenée dans ma chambre, je me suis aperçue que la télévision était ouverte. Je ne voyais bien sûr que d’un oeil, l’autre étant recouvert d’une coque et puis j’avais très sommeil. C’est donc dans une semi veille que j’ai entendu mentionner la catastrophe américaine. Je comprenais bien que ce n’était pas de la fiction, que les images dont je ne percevais pas bien l’intensité étaient une réalité atroce mais je m’endormais parfois pour me réveiller au milieu de révélations toujours plus graves et d’une réalité toujours plus intolérable. C’est ainsi que j’ai vécu toute la journée que je devais passer à la clinique avant que mon fils ne vienne me chercher pour me ramener chez moi. Depuis, j’ai bien sûr écouté les nouvelles plus que je n’ai regardé la télévision parce que les images répétitives du drame me fatiguaient et m’effrayaient en même temps. Je réagissais comme tout le monde bien sûr et je réalisais que l’ampleur de la catastrophe atteignait un pays qui n’avait pas eu de conflit sur son propre sol depuis la guerre de Sécession. J’imaginais donc combien pouvait être grande la douleur et la stupéfaction de ces gens qui non seulement souffraient intensément mais s’apercevaient que leur grand pays était aussi vulnérable que n’importe quel autre. Je pense en effet que s’impose à nous ce facteur « vulnérabilité » face à des actions qui apparaissent aussi condamnables qu’imprévisibles. Quelle est la personne qui pouvait dire une seconde avant le drame : « Je pressens qu’il va se passer quelque chose ? » Et quelle est la personne qui peut dire, trois jours après qu’il ait eu lieu : « Je sais ce qu’il faut faire pour ne plus subir aveuglément ce qu’on me prépare et je serai dorénavant toujours le premier à entreprendre. » Personne, même pas le Président Bush qui parle de punir les responsables. Quand les gens ont dit : « Nous sommes tous des Américains », se sont-ils rendus compte qu’ils prononçaient une phrase venue du coeur mais qui portait en elle des implications dont ils n’entrevoyaient pas la portée. Quand cet après-midi ils vont observer une ou cinq minutes de silence pour marquer leur respect vis-vis des victimes de l’effroyable drame et de leurs familles endeuillées, retrouveront-ils la parole pour dire comme le Président des Etats-Unis, comme 83% des Américains : « Il faut punir militairement les coupables. » Comment, quels coupables et où faut-il porter les frappes ? sur Kaboul dont les habitants subissent depuis près de trente ans les atteintes répétées des troupes soviétiques, des moudjahidin du peuple et des taliban? Attention il ne s’agit plus maintenant de la destruction de bouddhas, aussi prestigieux furent-ils, mais d’enfants, d’hommes et de femmes innocents comme le sont les victimes du World Trade Center ou du Pentagone. Sur les montagnes d’Afghanistan où se terre cet homme enturbanné, ce Ben Laden entouré de ses troupes obéissantes et qui, de toutes façons, n’est sans doute plus là où on le croyait ? sur le Pakistan, ce Janus bifrons qui d’une part sourit aux Occidentaux et qui d’autre part entraîne les futurs terroristes dans des camps proches de le frontière afghane ? sur Bradford où de puissants Islamistes prépare les kamikazes volontaires à des actions toujours plus périlleuses ? Je n’arrive pas à prononcer cette phrase fatidique : « il faut punir militairement les coupables »[4] parce que je ne suis qu’une observatrice pleine d’humilité qui ne sais où tendre le doigt pour désigner les responsables de tous les crimes qui se perpètrent devant nos yeux. Même si mon attente est fébrile, elle ne peut être qu’une attente, même si mon espoir est fragile, il ne peut être qu’un espoir, celui que les proches des victimes d’aujourd’hui n’aillent pas plus loin dans leurs actions vengeresses que les terroristes d’hier. Le 15 septembre Malgré les désagréments
que me cause mon oeil gauche, j’essaie de lire chaque matin les dépêches
des grandes agences mondiales. Bien sûr, j’en ai été empêchée durant un
jour ou deux, suite à l’opération, mais je dois en citer une qui date,
elle aussi, du 11 septembre fatidique: Le Lion du Panshir disparaît Blessé à la jambe ou à la tête comme l'affirment ses proches ou mort ainsi que le prétendent les diplomaties russe et américaine, le commandant Massoud manque cruellement à l'opposition afghane au régime des Talibans. Victime voici deux jours d'un attentat perpétré par un commando suicide camouflé en équipe télévisée, le commandant Massoud est au centre de toutes les controverses. Donné pour mort par la BBC ainsi que par l'agence russe Itar Tass, le «Lion du Panshir» serait certes blessé gravement mais soigné au Tadjikistan et promis à un rétablissement complet d'ici trois semaines selon son entourage. Ni les Talibans, qui nient toute participation à l'attentat, ni les chancelleries occidentales ne se risquent à un quelconque pronostic, Washington comme Moscou se bornant à indiquer ne pas avoir d'informations fiables à ce sujet. Profitant du désarroi qui règne parmi leurs derniers opposants en Afghanistan, les Talibans ont lancé plusieurs offensives sur les positions de Massoud dans la vallée de Farkhar, le Badakhshan (nord-est du pays) et la vallée du Panchir. Si elles se soldent par un succès, elles pourraient laisser l'intégralité du pays aux mains exclusives des Talibans, dont le gouvernement de Kaboul accèderait alors à une reconnaissance officielle. Il y a quelques mois, une équipe de Digipresse avait rencontré le commandant Massoud à la fois dans le Panshir et à l'occasion de son passage à Paris, tandis que la diplomatie française affichait alors une certain penchant pour les Talibans. Nous rediffusons ce sujet en attendant de nouveaux développements. Philippe Blanchard - Vincent Riou Le 22 Septembre Voici les réactions « à chaud » d’une de mes amies de Toulouse après les évènements qui ont endeuillé la ville: « Bien. Après Manhattan, Washington, Toulouse. Boum. Total-Fina-Elf, comme par hasard (dans tous les coups foireux, ceux-là). On découvre que le directeur d'AZT est alsacien et qu'il n'a pas la moindre idée de ce qui a bien pu se passer (on se demande ce qu'il fait là.) En tout cas, ce n'était pas un concours de mangeurs de cassoulet. En tout cas aussi, occasion rêvée pour Jospin, Chirac et Douste-Blazy de se pavaner devant les caméras. Pas de petits profits. » J'espère que Jospin, Chirac, Douste, tous ceux qui ont des responsabilités politiques, à grande ou petite échelle, se poseront la question: comment peut-on laisser construire des usines dangereuses aussi près de zones urbanisées, comment peut-on délivrer des permis de construire pour agrandir les villes autour de telles usines ? Je sais, vous allez me dire que ce sont encore des affaires de gros sous... Je ne sais pas depuis combien de temps cette usine était là. Je suis née à Toulouse il y a 35 ans, et j'ai toujours vu cette usine à cet endroit, de même que la SNPE (société nationale des produits explosifs, appelée ici « la poudrière ») qui la jouxte. C'était l'AZF depuis quelques années, mais ça a eu d'autres patrons, d'autres noms (Atochem, l'ONIA... je ne les ai pas tous en tête.) Cette usine était là depuis tellement longtemps qu'elle a même fini par donner son nom initial (l'ONIA) à un pont sur la rocade voisine, et même au quartier tout entier dans le vocabulaire des toulousains. Elle a été construite, dès le départ, beaucoup trop près de la ville. Mais ce que je trouve encore plus lamentable, c'est qu'on ait permis de construire des maisons dans cette zone devenue éminemment dangereuse, et un hôpital (Rangueil, CHU de 5000 lits, construit en 1975 à 300 mètres à peine à vol d'oiseau de ces usines.) Faire une erreur initiale de ce type est déjà difficilement acceptable. Persister dans cette erreur est inadmissible. Je n'ai le courage de lancer aujourd'hui le débat sur le plan écologique, et sur Total-Fina-Elf qu'on retrouve effectivement dans pas mal de coups foireux. Mais c'est vrai qu'il y aurait beaucoup de choses à dire aussi sur ces aspects là. Je serais d'ailleurs intéressée d'avoir des infos sur le récent rapport qui avait pointé les défaillances de l'usine avant son explosion. Pour l'heure, je suis, avec ma famille, sous le coup d'une peur rétrospective. Nous habitons à 200 mètres de l'usine, mais sur les coteaux. La colline qui nous sépare du pôle chimique nous a protégés, et nous nous en sommes bien sortis, avec simplement des dégâts matériels, des débris de verre dans les cheveux, et cette impression, au moment des deux explosions, que notre dernière heure était arrivée, une émotion qu'il nous sera difficile d'oublier. Sans parler de tout ce que j'ai vu hier, à aider aux soins des blessés dans un poste médical avancé des pompiers. Beaucoup de personnes n'ont pas eu notre chance. Je suis en colère. Je suis écoeurée. » Le 2 octobre Il s’est passé tant de choses depuis les terribles évènements de New York et de Washington que je suis restée à l’écoute sans pouvoir toujours exprimer mes propres pensées et mes propres sentiments. Je peux me rendre compte de tous les doutes qui ont assailli les Américains et comprendre jusqu’à un certain point les désirs de vengeance de certains. C’est la raison pour laquelle, je voudrais retranscrire pour eux les réactions d’un écrivain afghan, Mir Tamim Ansary, qui réside aux Etats-Unis et dont les propos remettent les choses et les hommes à leur juste place : « J’ai entendu dire qu’il était nécessaire de « bombarder l’Afghanistan jusqu’à son retour à l’âge de pierre », Ronn Owens qui les a prononcées sur ‘KGO Talk Radio today’ admettant qu’on allait tuer des gens innocents, des gens qui n’ont rien à voir avec cette atrocité mais ‘nous sommes en guerre, nous devons accepter les dommages collatéraux. Que pouvons-nous faire d’autre ?’ Quelques minutes plus tard j’ai entendu un ponte de la télévision discutant sur le fait de savoir ‘si nous avons le cran (nous emploierions un mot plus trivial en français) de faire ce qui doit être fait.’ ... Je parle comme un homme qui hait les taliban et Osama Bin Laden. Il n’y a pas de doute dans mon esprit que ces gens sont responsables des évènements atroces de New York. Je suis d’accord que quelque chose doit être fait sur ces monstres. Mais les taliban et Ben Laden ne sont pas l’Afghanistan. Ils ne sont même pas le gouvernement d’Afghanistan. Les taliban sont un clan de psychotiques ignorants qui ont pris le pouvoir en 1997. Bin Laden est un criminel politique avec un plan. Quand vous pensez taliban, pensez nazis. Quand vous pensez Bin Laden, pensez Hitler. Et quand vous pensez ‘le peuple d’Afghanistan », pensez « les Juifs dans les camps de concentration.’ Ce n’est pas seulement que le peuple afghan n’a rien eu à voir avec cette atrocité. Ils ont été les premières victimes des auteurs du forfait. Les Afghans exulteraient si quelqu’un venait ici, sortait les taliban et nettoyait le nid de rats de voyous internationaux qui se cachent dans ce pays. Des gens demandent pour quelle raison les Afghans ne se soulèvent pas et ne renversent pas les taliban ? La réponse est : ils sont affamés, fatigués, blessés, incapables d’agir, ils souffrent. Il y a quelques années, les Nations Unies estimaient qu’il y avait 500.000 orphelins handicapés en Afghanistan, un pays sans économie, sans nourriture. Il y a des millions de veuves. Et les taliban ont enterré ces veuves dans des fosses publiques. Le sol est jonché de mines antipersonnel, les fermes furent entièrement détruites par les troupes soviétiques. Voici quelques unes des raisons pour lesquelles les Afghans ne peuvent pas renverser les taliban. Nous en venons maintenant à la question de savoir s’il faut bombarder l’Afghanistan jusqu’à son retour à l’âge de pierre. L’ennui, c’est que c’est déjà fait. Les Soviétiques s’en sont chargés. Faire souffrir les Afghans ? Ils souffrent déjà. Raser leurs maisons ? C’est fait. Transformer leurs écoles en des monceaux de gravats ? C’est fait. Supprimer leurs hôpitaux ? C’est fait. Détruire leur infrastructure ? Les priver de soins médicaux ? Trop tard. Quelqu’un a déjà fait tout cela. De nouvelles bombes remueraient simplement les décombres provoqués par les anciennes bombes. Atteindraient-elles les taliban ? Sûrement pas. Dans l’Afghanistan d’aujourd’hui, seuls les taliban se nourrissent, ils ont seuls les moyens de se déplacer. Ils s’échapperaient et se cacheraient... Alors, quoi faire ?… La seule façon d’attraper Bin Laden est que des troupes au sol aillent là-bas... Mais pour faire entrer n’importe quelles troupes en Afghanistan, nous devrions traverser le Pakistan. Le pourrions-nous ? Il faudrait conquérir le Pakistan. Les autres Etats musulmans resteraient-ils neutres ? Vous voyez où j’en viens ? Nous flirtons avec une guerre mondiale entre l’Islam et l’Occident. Et devinez quoi : c’est exactement le programme de Bin Laden. C’est la raison pour laquelle il a fait ceci. Lisez ses speeches et ses déclarations. Il pense véritablement que l’Islam battrait l’Occident. Cela peut paraître ridicule mais il pense que s’il peut concentrer le monde en deux pôles, l’Islam et l’Occident, il disposera d’un billion de soldats. Si l’Occident tente un holocauste sur ces terres, il reste un billion de gens qui n’ont plus rien à perdre, ce qui est même bien mieux du point de vue de Bin Laden. Il a probablement tort, à la fin l’Occident triompherait, sans que l’on sache bien ce que cela veut dire, mais la guerre durerait des années, il y aurait des millions de morts, pas seulement les leurs mais aussi les nôtres. Qui a aura le cran de faire cela ? Bin laden, oui. Qui d’autre ? » JJe crois qu’il n’est pas nécessaire d’ajouter quelque chose à ces mots tragiques. Je crois tout de même que nous avons depuis hier l’espoir que des troupes américaines puissent rejoindre les combattants qui continuent à lutter contre les taliban malgré la mort du Commandant Massoud. Je n’ai pas dit jusqu’à présent combien le décès de cet homme m’avait touchée, combien je regrettais que les Occidentaux n’aient pas fait plus de cas de son action et ne l’aient pas aidé dans sa tentative de détruire les monstres que sont les occupants de Kaboul. Je déplore également que nos compatriotes n’aient pas été à l’écoute de cet homme élevé au lycée français de Kaboul qui n’a pas été reçu officiellement quand il est venu dans notre pays sous le prétexte fallacieux qu’on ne pouvait pas marcher sur les plates-bandes du Parlement Européen.[5] Si aujourd’hui nous pouvions espérer que les bastions de l’opposition afghane reçoivent enfin une aide efficace des Américains, le Commandant Massoud ne serait pas mort en vain. Cette idée est ancrée dans le coeur des combattant à tel point qu’une dépêche de l’AFP datant de Samedi 29 Septembre a pu dire : « L’espoir d’une intervention américaine en Afghanistan a dopé le moral du bazar de Faizabad, la ‘capitale’ du fief de l’opposition antitaliban qui avait été balayée par un vent de panique après l’annonce de l’assassinat du Commandant Ahmed Shah Massoud. » Les évènements des Etats-Unis et leurs conséquences probables sur la lutte afghane ne peuvent toutefois nous faire oublier que nous avons eu un choc terrible dans notre pays: l’explosion de la poudrerie de Toulouse. Dans l’état actuel des esprits, il n’est pas étonnant que l’idée d’un attentat ne soit pas écartée. Il demeure que nous souffrons pour toutes les victimes et que nous déplorons qu’on ait construit tant de maisons, d’écoles, d’hôpitaux à proximité d’un site qui ressemble plus à une poudrière qu’à une simple usine. Je regrette personnellement que l’ancien maire, Monsieur Baudis, et son équipe municipale ne se soient pas exprimés au sujet de la catastrophe. Le fait que Monsieur Douste-Blazy se soit, selon les Toulousains de toutes obédiences politiques, comporté d’une façon exemplaire n’explique pas le silence de son prédécesseur qui, lui, est resté de longues années en exercice et pourrait, sans être directement responsable, expliquer certains comportements des services publics. Même si Monsieur Baudis a été appelé à de hautes fonctions par le Président de la République, il n’est au demeurant pas « intouchable. » Le 15 Octobre J’aimerais savoir si la vie est aussi étrange pour les personnes de mon âge qu’elle l’est devenue pour moi-même. Je m’endors chaque soir en me disant : « de quel nouveau malheur demain sera-t-il fait ? » Il faudrait qu’on puisse faire des tranches de la journée : une demi-heure pour penser à la dernière catastrophe, une autre pour se consacrer au plaisir de l’instant[6] . Ce n’est malheureusement pas possible et il se produit une interférence telle qu’on ne sait plus où se tourner pour trouver la paix de l’âme. Les moines, au fond de leur monastère, arrivent-ils à faire abstraction des choses de la terre ? Si oui, je les envie presque. Il y a d’une part les évènements de New York et de Washington qu’on ne peut oublier parce qu’ils ont fait en quelques secondes un nombre effroyable de victimes et que le souvenir de tels faits ne s’effacent pas d’un coup de baguette magique. Il y a d’autre part ces frappes américaines qui paraissent aussi aveugles que toutes les précédentes et qui atteignent, elles aussi, des victimes innocentes. Je n’ai pas supporté une image des Guignols de l’info où l’on voyait deux GI’s lancer tour à tour une bombe et un container de nourriture. J’avais envie de leur crier: “Comment pouvez-vous savoir si les bombes ne vont pas tomber sur des civils impuissants et la nourriture entre les mains des taliban ? Je pense que la tactique adoptée par les Américains est loin d’être la bonne et qu’ils devraient laisser le soin de soigner, d’habiller et de nourrir les populations aux entreprises humanitaires qui savent comment faire et où aller pour apporter le plus de secours possibles. On ne peut pas être à la fois l’attaquant et le sauveur. Et maintenant
voilà que la peur de l’anthrax s’empare de toute l’Amérique et là
aussi je peux comprendre mais n’est-ce pas encore un effet néfaste du départ
des organisations humanitaires d’Afghanistan qui ont dû abandonner entre
autres un laboratoire géré par le Comité international de la Croix-Rouge
qui cultivait des souches de bacille du charbon destinées à la production
d’un vaccin pour le bétail ? Ce laboratoire a-t-il pu être investi par les
taliban et se trouve-t-il parmi eux des gens susceptibles de le faire redémarrer
? Il est plus probable que si le problème vient de là-bas, le laboratoire a
été cambriolé avec l’intention de faire disparaître pour un usage
terrifiant les souches de bactéries.
Le 16 Octobre J’ai découvert cet article paru dans le N° 395 (4 au 17 Octobre) de Newsday et j’ai trouvé intéressant de donner les réactions « à chaud” d’un architecte newyorkais. Il l’a intitulé « Towers of resilience » (Tours de la Résistance): An
image keeps forcing itself into my consciousness. It is a bird’s-eye view of
Manhattan on a brilliant autumn morning. My imagination is hovering above the
Battery, and the island stretches into the mists in all its majestic grandeur.
Dominating the foreground and anchoring the city are the towers of the World
Trade Center, transcendently beautiful in the clear light. 2.
Never loved as architecture, yet in the hours following these most dreadful
events the towers increasingly embody all the energy and ambition of the city
in the last half-century. 3.
I had not realized the degree to which they were Manhattan — comforting,
powerful, glimpsed frequently through the day from bridges and highways and
much more reassuring from a distance than from within. 4.
As the second plane pierced the wall (I still can’t believe that it entered
seemingly intact) the building immediately became human, the plane a knife
plunged into the heart. The scale of the tragedy transcending individual lives,
the spectacle of the collapse assumed the appearance of an awesome, utterly
controlled act of nature. 5.
I sense we are entering a strange and profound collective trauma, millions of
people trying to reconcile themselves to two kinds of loss - the loss of so
many lives and the loss of a symbol, an idea. The death of so many, no matter
how tragic, is somehow accepted within the frailty of the human condition;
these are losses we eventually come to terms with. The loss of a symbol of
permanence, so central to the idea of a place, is in many ways just as
difficult. Our imagination demands, insists that it still exists : its essence
in the imagination fundamental to the idea of Manhattan. And, though it has
been destroyed physically, every element of its idea still exists and can be
made whole again. 6.
In the days ahead, I feel we will all suffer an increasingly poignant desire
to will the towers back into existence. Reconstructing them over and over
again in our imagination, and each time they become more powerful and more
essential than they ever were in life. The pain of this is much deeper than I
ever could have anticipated. 7.
As we pass this place in the days, months and perhaps years ahead, we will
pause time and again, attempting to grasp the magnitude of the event.
Re-creating in our mind’s eye the once complex life of this place and the
horror of the final moments. 8.
The power of these two simple inanimate objects, which had become, unwittingly
perhaps, fundamental components in the metaphysical power of the city, has now
been magnified millions of times by the epic images of their destruction.
Their fate has entered the consciousness of the whole world. 9.
Step-by-step, these most dreadful events have transformed these twin towers
into figures of epic tragedy. So potent are the memories that the total sense
of loss to our collective consciousness will remain until they are actually
rebuilt. Rebuilt exactly as they were, just as some of the key buildings of
Europe were rebuilt after World War II. 10.
Although the towers are gone physically, their idea not only remains but has
become the embodiment of the infamy done to the city and the nation.
Rebuilding would not only ease the pain but re-create the towers as symbols of
the resilience and strength of this people. Je me permets d’en donner la traduction sans commentaires qui m’auraient paru déplacés si j’avais lu l’article la semaine même où furent détruites les tours du World Trade Center : Les Tours de la Résistance Une image ne cesse de hanter mon conscient. C’est une vue à vol d’oiseau de Manhattan par une matinée radieuse d’automne. Mon imagination erre au-dessus de la Battery[7], et l’île s’étire dans la brume avec une grandeur majestueuse. Dominant le premier plan et constituant le point d’ancrage de la cité sont les tours du World Trade Center, belles au-delà de l’imagination dans la lumière transparente. 2. Jamais aimées en termes d’architecture, les tours incarnent progressivement dans les heures qui suivent ces évènements monstrueux toute l’énergie et l’ambition de la cité de ce dernier demi-siècle. 3. Je n’avais pas réalisé à quel degré elles étaient Manhattan - réconfortantes, puissantes, entrevues dans la journée depuis les ponts et les routes et plus rassurantes de loin que de près. 4. Aussitôt que le second avion transperça le mur (je ne peux imaginer encore aujourd’hui qu’il y soit entré intact), le bâtiment devint aussitôt humain, l’avion un couteau plongé dans son coeur. L’étendue de la tragédie transcendant les vies individuelles, le spectacle de l’effondrement assuma l’apparence d’un acte redoutable, entièrement contrôlé de la nature. 5. J’ai le sentiment qu’un traumatisme collectif étrange et profond s’est emparé de nous, des millions de personnes essayant de concilier deux types de perte - celle de tant de vies et celle d’un symbole, d’une idée. La mort de toutes ces victimes, aussi tragique soit-elle, est en somme acceptée comme un révélateur de la fragilité humaine. Ces pertes sont de celles que nous pouvons comprendre. La perte d’un symbole de permanence, si central à l’idée d’une chose en place, est pratiquement aussi difficile à assumer. Notre imagination demande, insiste pour qu’il existe encore: son essence même dans l’imagination est fondamentale à l’idée de Manhattan. Et bien qu’il ait été détruit physiquement, chaque élément de son idée existe et peut redevenir un tout. 6. Dans les jours qui viennent, je pense que nous allons souffrir d’un désir croissant et poignant de voir les tours revivre. Les reconstruisant encore et encore dans notre imagination, elles deviennent de plus en plus puissantes et essentielles qu’elles ne l’ont jamais été concrètement. Je ressens une douleur bien plus profonde que je n’aurais jamais pu l’imaginer. 7. En passant à proximité dans les jours, les mois et peut-être les années qui viennent, nous nous arrêterons encore et encore, essayant de saisir l’ampleur de l’évènement, recréant dans notre esprit la vie autrefois complexe de cet endroit et l’horreur des moments ultimes. 8. Le pouvoir de ces deux objets inanimés qui sont devenus, involontairement peut-être, des composantes fondamentales du pouvoir métaphysique de la cité, est aujourd’hui grossi des millions de fois par l’image épique de leur destruction. Leur destin est entré dans le conscient du monde entier. 9. Peu à peu, ces évènements terribles ont transformé ces tours jumelles en images d’une tragédie épique. Si puissants sont les souvenirs que le sentiment total de perte de notre conscient collectif demeurera jusqu’à ce qu’elles soient effectivement reconstruites. Reconstruites exactement comme elles étaient, de la même façon que certains bâtiments clefs de l’Europe furent rebâtis après la Seconde Guerre Mondiale. 10. Bien que les tours aient physiquement disparu, leur souvenir non seulement demeure mais est devenu la personnification de l’infamie faite à la cité et à la nation. Les reconstruire diminuerait non seulement la peine mais recréerait les tours comme symboles de la résistance et de la force du peuple. Comme je l’ai dit, je ne fais
pas de commentaires. Je pose seulement la question: face à l’évolution des
évènements, Alan Balfour s’exprimerait-il de la même façon un mois après
la destruction des tours ? Le 18 Octobre
J'ai regardé hier soir le débat sur France 3 : « Les Juifs entre la Shoah et Israël » et je me suis aperçue que la plupart des intervenants juifs, surtout Arnaud Clarsfeld, avaient à peu près la même position que moi. Je dois dire que je ne ressens pas de difficultés à ressentir ma judaïté par ma mémoire, mémoire familiale comme mémoire collective, sans l'accompagner de pratiques religieuses régulières. Mais n'est-ce pas le sentiment de tout être qui appartient en même temps à un groupe et à une nation ? Il n'est pas nécessaire d'adhérer à une religion monothéiste, il y a d'autres formes de pensées qui peuvent convenir à d'autres personnes. Pour ma part, je suis française d'abord et puis je suis juive. C'est comme cela et je n'y puis rien changer. C'est peut-être une politique d'héritage un peu facile mais nous la pratiquons depuis si longtemps qu'elle est devenue notre apanage. Quand certains suggèrent que le peuple élu ne se fixait pas de frontières tangibles, ils oublient le fait que durant des millénaires aucun Etat ne nous a laissé la possibilité d'en choisir un puisqu'on nous renvoyait ou au mieux on nous parquait pour un certain temps avant de nous renvoyer à nouveau. Je pense bien sûr qu'il y a une grande ambiguïté dans ce « L'an prochain à Jérusalem » parce que pour certains d'entre nous il y avait quelque chose de tangible dans ce concept mais pour les plus pieux ce fut pendant longtemps un voeu messianique qui ne pourrait s'accomplir qu'au jour du jugement dernier. Ce sont, je suppose, les pogroms constants qui ont provoqué l'idée du sionisme que contestent à l'heure actuelle les Palestiniens. Il fut question un temps de nous trouver un Etat en Afrique. Les choses se seraient-elles mieux passées que sur la terre de ceux qui furent tout de même nos ancêtres ? Je ne me réveille pas chaque matin en me disant : « je fais partie du peuple élu. » Je suis tout de même plus humble que cela. Je ne demande qu'à rester où je suis et à remercier quelquefois la Révolution Française qui a donné aux miens droit de cité. Dans le fond, je crois que je suis plus française et républicaine que juive, autant en tout cas. Le 21 Octobre Les médias parlent en ce moment d'un réseau d'Islamistes dont Djamel Beghal et Kamel Daoudi feraient partie. Ils sont actuellement entendus en France mais ils ont tous deux été entraînés en Angleterre. Je me demande la raison pour laquelle le gouvernement de Tony Blair, si prompt à aider les Américains dans leur entreprise contre les taliban, n'a pas lutté sérieusement contre ce qui paraît être le réseau islamiste le plus important d'Europe. Voici des informations qui confirment le fait : L'Angleterre face à l'islam - 26 Juillet « Les émeutes ethniques et religieuses qui secouent l'Angleterre depuis le début de l'année, ne sont pas une véritable surprise pour qui dispose d'une grille de lecture adéquate. L'Angleterre figure parmi les pays européens les plus touchés par l'immigration et l'islamisation. Aujourd'hui, ‘ce pays a la joie’ de connaître les prémices d'une guerre civile. On peut malheureusement craindre que le pire reste à venir. I- L'Angleterre victime de son laxisme La communauté musulmane de Grande-Bretagne compte plus de 3 millions de fidèles. Pour la plupart, ces derniers sont originaires du sous-continent indien (Pakistan, Cachemire, Bangladesh.) Les musulmans disposent dans le pays de plus d'un millier de mosquées dont 80 % sont contrôlées par deux organisations musulmanes pakistanaise : l'Organisation musulmane internationale et la Jama'at Able Sunna. Aujourd'hui on peut écrire sans se tromper que la frange la plus radicale, la plus efficace et la plus influente des milieux islamistes se trouve en Angleterre. ‘Les idées révolutionnaires islamiques sont très présentes dans la communauté britannique et leur propagateur numéro 1 est sans conteste le Muslim Institute, dont le siège est à Londres’[8]. Le chef du Muslim Institute, Kalim Siddiqui organise à partir de Londres des voyages de propagande en Europe et dans le monde entier. Si l'islam le plus violent a trouvé sa place en Grande-Bretagne c'est que les autorités locales, plus que partout en Europe (y compris en France ce qui est peu dire), ont cédé face aux exigences des musulmans. Si on ajoute à cela une tradition qui se veut extrêmement libérale sur le plan des libertés et l'encouragement à la pratique du communautarisme, vous avez tous les ingrédients qui conduisent à la situation explosive actuelle. Tout commence en 1966 avec la création du Muslim Educational Trust (MET), que l'on peut traduire par ‘Cartel éducatif musulman’, dont le but était de ‘sauvegarder et défendre l'identité musulmane séparée’ des enfants musulmans qui se trouvaient exposés à la ‘société permissive’ européenne. Les revendications des musulmans anglais qui fondèrent le MET étaient les suivantes : Salles de prières dans les établissements scolaires, nourriture hallal dans les cantines, enseignement de l'islam et refus de la mixité sexuelle. Au lieu d'opposer un refus inflexible à ces revendications indécentes, les autorités anglaises qu'elles soient locales ou nationales, institutionnelles ou non, capitulèrent progressivement sur toute la ligne. Le mal était fait. Les musulmans finirent par obtenir gain de cause sur l'ensemble de leurs revendications !!!! Cette capitulation, loin de satisfaire les musulmans, les incita à pousser leur avantage et en 1979, l'Union des Organisations Musulmanes du Royaume-Uni et de la République d'Irlande (UMO), à l'occasion d'un colloque, exigea la reconnaissance par les autorités du pays de la législation familiale de la Sharia. Si cette proposition était vouée à l'échec, les musulmans à la fin des années 80 avaient réussi à faire ‘adopter leurs revendications sur l'éducation musulmane et à contrôler un réseau de services sociaux associés aux mosquées. Enfin, bon nombre de conseillers municipaux et d'administrateurs chargés de la politique des relations raciales sont issus de divers comités de mosquées’.[9] Petit à petit, l'islam britannique tisse sa toile. L'infiltration par les musulmans de l'administration des relations raciales n'est pas du tout anodine. En effet, les associations islamiques grâce à leurs réseaux organisent des séminaires payants destinés aux fonctionnaires non-musulmans anglais dans le cadre de la politique de la ‘formation permanente multiculturelle’ à laquelle ces derniers sont obligés désormais de participer. Ce qui fait dire à un officiel islamique ‘De la sorte, ils peuvent se défaire des préjugés véhiculés par les médias’. Cet islamiste peut se frotter les mains puisque la législation laxiste britannique permet à la propagande islamique de pénétrer jusqu'au coeur de l'administration. Propagande efficace, puisque ces dernières années 10.000 Anglais de souche se sont déjà convertis à l'Islam. Le plus célèbre étant Cat Stevens. Dans son ouvrage ‘Islamisme et Etats-Unis : Une alliance contre l'Europe’, Alexandre Del Valle a raison de souligner que ‘ces conversions posent un réel problème de souveraineté car l'islam radical enseigne que la seule patrie du Musulman est la Oumma el-islamiyya (la communauté islamique), concept exclusivement politico-religieux dépourvu de toute connotation ethnique ou géographique. C'est ainsi que l'on pouvait entendre, lors d'une manifestation en 1994, ces propos significatifs d'un jeune converti anglais : Je ne suis pas un Anglais musulman, je suis un Musulman vivant en Angleterre.’ (CQFD.) N'oublions pas qu'en 1991, plusieurs pilotes musulmans de la RAF refusèrent de participer aux missions de bombardement contre l'Irak !!! Mais le plus incroyable est sans conteste la naissance en 1992 du ‘Parlement musulman.’ Non vous ne rêvez pas, il existe bel et bien. En effet, depuis 1992, 155 ‘députés’ musulmans siègent dans ce ‘parlement.’ L'auteur de cette initiative n'est autre que Kalim Siddiqui (voir ci-dessus). La création de ce Parlement fut précédée du ‘Manifeste musulman’ dans lequel il était dit : ‘Ce Parlement musulman doit affermir la population musulmane de Grande-Bretagne en une communauté organisée poursuivant les buts de l'islam qui prime sur tous les autres. L'acquisition de la nationalité britannique, par la naissance ou la naturalisation, ne dispense pas le musulman de son devoir de participer au djihad : par la lutte armée à l'étranger ou le soutien matériel et moral à ceux qui sont engagés dans une telle lutte n'importe où dans le monde (La France l'a constaté à ses dépends en 1995.) La conversion des non-musulmans est un devoir de base de tous les musulmans à une époque ou les musulmans sont venus vivre en Occident en grand nombre alors que la civilisation occidentale commence à connaître des désordres mentaux, corporels et psychiques dus à une sécularisation sans frein.’ Ecoutons enfin Kalim Siddiqui lors du discours d'ouverture du ‘Parlement’, il permet de comprendre bien des événements récents et à.... venir. ‘Nous nous sommes appelés Parlement car nous sommes avant tout un système politique dans toute l'acceptation du terme. Nous voulons prendre notre place parmi les institutions de base de Grande-Bretagne. L'inauguration de ce Parlement transforme la communauté musulmane décriée en une communauté politique dotée d'une volonté et d'un objectif propres. Qu'il soit bien clair que les musulmans contesteront et si nécessaire transgresseront toute politique publique ou législation que nous considérons comme hostiles à nos intérêts.’ II- Les récentes émeutes Depuis le début de 2001, l'Angleterre est régulièrement secouée par des émeutes ethniques et religieuses mettant en prise la communauté musulmane du sous-continent indien à la population européenne. Bien entendu, pour nos médias, ces émeutes ont pour origine le racisme, sous-entendu celui des autochtones, contre les pauvres immigrés pakistano-bengali ! Mais à y regarder de plus près les faits sont bien différents de ceux présentés par nos journalistes-laquais. Au début de l'année, le chef de la police à Odham, Eric Hewitt, annonce les statistiques sur les incidents racistes, qui se sont déroulés dans sa cité au cours de la dernière année. Sur 572 incidents racistes, 60 % sont le fait de pakistano- bengali contre la population de souche. Pourtant, lorsque les émeutes éclateront à Odham fin mai 2001, les médias n'auront de cesse de stigmatiser le racisme de la population locale contre les immigrés !!!! En vérité, la véritable raison de ces émeutes, est le refus par les musulmans de Odham de voir les militants du National Front et British National Party de faire campagne dans leurs quartiers. Déjà le 16 avril 2001 des fascistes verts (le vert étant la couleur de l'islam) n'avaient pas hésité à déclarer à la BBC : ‘Nous avons établi à Odham des zones interdites aux blancs.’ Ainsi, il existe en Angleterre des lieux où il devient impossible pour un parti patriote, les autres partis ont depuis longtemps déserté ces ‘terres islamiques’, de faire campagne pour les élections législatives. Le pire est que les autorités ont cautionné cet état de fait en ayant accentué la pression sur le candidat du BNP, pour la circonscription d'Odham, afin qu'il n'aille pas dans ces zones interdites. Toujours la même naïveté de croire que la faiblesse permettra d'acheter la paix civile. De même, le chef de la police ne trouvera rien de mieux que de justifier les émeutes d'Odham, en rejetant la faute sur les militants du BNP, qui ont malgré tout distribué des tracts chez les habitants. Ainsi les 23.000 musulmans d'Odham peuvent décider qui a le droit de faire campagne ou non dans cette ville de 219.000 âmes. Ils peuvent également en cas d'entrave à leur ‘fatwa’ se révolter, attaquer les indigènes, piller, incendier etc.... De toute façon on ne rejettera jamais la faute sur eux et on leur trouvera toutes les bonnes excuses du monde !!! La seule satisfaction dans ces événements est de voir la réaction de la population anglaise. Le 07 juin 2001, jour des élections législatives, la population de la circonscription d'Odham-ouest a donné 16 % des suffrages à Nick Griffin, candidat du BNP. Il s'agit d'une percée historique pour ce parti et ce vote démontre qu'une partie des habitants n'est pas dupe des mensonges officiels. Depuis les émeutes d'Odham, d'autres cités anglaises ont vu leur population musulmane se révolter. A Burnley, le 25 juin 2001, il s'agissait de protester contre la population locale qui avait osé donner 11,20 % des suffrages à un candidat du BNP, ce qui constitue également une première historique dans cette circonscription. Le prétexte fut trouvé dans l'agression la veille d'un chauffeur de taxi du sous-continent indien. Ce que nos médias oublient de dire lorsqu'ils justifient de telles émeutes par une agression raciste, c'est que si les Anglais devaient pratiquer le même ‘rite’, c'est toutes les nuits que l'Angleterre serait secouée par des émeutes !!!!!! Lorsque Marc Clayton, 23 ans, fut poignardé par des pakistano- bengali en février 2001 à Odham il n'y eut point d'émeutes. Idem après l'agression de Walter Chamberlain, 76 ans, toujours à Odham, par 3 jeunes pakistano-bengali qui le passèrent à tabac. De même le 3 mai à Bradford avec la tentative d'enlèvement par des musulmans d'une adolescente anglaise, ou le 6 mai avec l'agression dans cette ville de 2 Anglais par 12 musulmans dans un centre commercial etc... etc... etc... Il s'agit certainement d'un tort, il faudrait également manifester, se révolter mais l'éducation chrétienne n'est point celle de l'islam. On préfère tendre l'autre joue plutôt que de rendre oeil pour oeil et il vrai que l'on ne peut pas en même temps passer son temps à se repentir et... chercher à se défendre !!! En vérité, les émeutes d'Oldham, de Burnley ou encore de Leeds, de Bradford et même de Londres en juillet 2001, constituent à la fois des avertissements pour l'avenir, et symbolisent d'une façon cruelle, l'échec de la politique communautaire menée par l'établissement britannique et l'impossible assimilation des populations islamiques. Pour répondre à la question initiale, NON il n'est pas trop tard. Mais il n'y a plus un instant à perdre ! Si les Anglais veulent éviter à leurs enfants une guerre civile ils doivent prendre les mesures qui s'imposent afin de modifier cette législation qui favorise l'islamisation de leur pays. Dans le cas contraire, l'Angleterre comme le reste de l'Europe ne pourra pas faire l'économie d'une guerre afin de sauvegarder son indépendance, ses traditions, sa culture, sa liberté et sa religion. » Tout ce que je viens d'écrire vient corroborer une chronique que j'ai faite à propos de la fatwa lancée par les Islamistes contre Salman Rushdie et ses « Versets Sataniques », fatwa qui n'est pas partie de l'Inde, du Pakistan ou d'Iran, mais en tout premier lieu des villes fatidiques d'Odham et de Bradford sans que d'ailleurs le gouvernement britannique ait rien fait (à son habitude) pour contrer les auteurs de ce méfait. Voici ces Mots...dits parus sur mon site littéraire: Les Emeutes de Bradford, Salman Rusdie et les Versets Sataniques Le forum d’Ecrits-Vaints a donné lieu dernièrement à des joutes serrées entre les divers intervenants parce qu’il y était question de ce problème épineux qu’est pour certains d’entre nous l’exercice ou le non exercice de la religion. Comme des émeutes entre des extrémistes conservateurs et des immigrés musulmans indo-pakistanais ont pour la nième fois éclaté à Bradford[10] (300 kms au nord de Londres) le 7 juillet et se sont poursuivis durant plusieurs jours, je n’ai pu faire autrement que d’évoquer la véritable guerre psychologique (parce qu’heureusement elle n’a pu se concrétiser) dont les protagonistes étaient d’une part les fondamentalistes musulmans (dont ceux de Bradford, j’y reviens plus bas dans le texte) et d’autre part le célèbre écrivain d’origine indienne Salman Rushdie suite à la publication de ses « Versets Sataniques. » Peut-être l’action ne se situe pas dans un naguère si révolu que je ne puisse y revenir. La fatwa lancée par l’Ayatollah Khomeyni contre l’écrivain s’inscrivit dans la ligne des extrémistes de tous bords. Il y avait peu de différence entre l’attitude des intégristes chiites et celle des intégristes français. Les uns étaient choqués par l’image d’un prophète non conforme comme les autres refusaient l’image d’un Christ non conforme. Cependant, pour horrible qu’apparaisse l’attitude chiite, elle était presque plus explicable que celle des Français. Khomeyni s’attaquait en effet à des hommes bien précis: l’iconoclaste lui-même et les éditeurs potentiels du livre sacrilège[11]. Les intégristes français étaient plus lâches: ils ne s’en sont pas pris à Scorcese où à Nikos Kazantzakis, l’auteur de « La Dernière Tentation du Christ » mais aux spectateurs qui ont essayé sans y parvenir de voir le film incriminé avant de prendre position. Incendier une salle obscure, tuer des gens, c’était simple et direct. Les terroristes tuent, kidnappent, détournent des avions, prennent des otages... pour faire connaître au monde leur cause, bonne ou mauvaise. Ils ont souvent l’esprit exalté, le cerveau lavé. Les intégristes français se cachaient sous le manteau de la tradition, de la famille, de la religion, refrain archi connu. Si le cas des « Versets Sataniques » fut intéressant à observer c’est que l’ayatollah Khomeyni n’était en aucun cas le premier imam à prononcer une fatwa (ordonnance de mort) contre un homme coupable de les avoir mentionnés ou commentés. Inspirés sans doute à Mohammed par le diable et supprimés pour cette raison du Coran ils ont suscité, entre la mort du Prophète et le XVIIIème siècle, l’intérêt de quarante érudits qui sont tous décédés de mort violente. Des fatwas ont été prononcées par les gardiens du dogme contre des personnalités prestigieuses, Al Hallaj, Omar Khayyam, Averroes, Ibn Arabi, Taha Hussein[12]... Quelques jours après que « l’Affaire Rushdie » ait été reléguée dans les pages intérieures des journaux, on apprenait (Arabies, juillet-août 1989) que Naghib Mahfouz, premier Arabe à recevoir le Prix Nobel de Littérature, était lui-même sous le coup d’une fatwa. En dépit de la notoriété de l’auteur égyptien, l’information est passée quasi inaperçue. La condamnation de Salman Rushdie n’était donc une chose ni nouvelle ni révolutionnaire. Elle a ému en Occident parce qu’un homme à travers son livre était en cause, parce qu’en raison des progrès de l’information le monde a reçu la nouvelle choquante en quelques heures, forçant cet homme à vivre dans la réclusion la plus complète et sous haute surveillance. Qu’on ne s’y trompe pas tout de même : un homme aussi érudit que Salman Rushdie (d’origine musulmane même s’il n’était pas pratiquant) savait pertinemment qu’il s’exposait à une condamnation exemplaire de la part des Chiites dans leur ensemble mais aussi d’un certain pourcentage de Sunnites. N’oublions pas que la première interdiction du livre est venue de Musulmans indo-pakistanais résidant à Bradford en Grande-Bretagne, de Bombay et d’Islamabad et que des protestations se sont élevées de la part de non musulmans tels que Douglas Hurd, ministre britannique de l’Intérieur : « les Musulmans britanniques ont le droit de défendre leur foi et de protester contre un livre qui, selon eux, insulte et dénigre le prophète. Mais il est totalement inacceptable que ces protestations dégénèrent en violence ou en menaces de violence. » Le directeur de l’UNESCO, Federico Mayor, s’est exprimé dans des termes à peu près semblables, de même que Michel Rocard, notre Premier Ministre d’alors. A la conférence des Evêques de France, Monseigneur Decourtray, primat des Gaules et archevêque de Lyon, est allé plus loin: il a rappelé les protestations soulevées dans les milieux chrétiens par le film de Martin Scorcese et a estimé que des croyants avaient « été offensés dans leur foi. » Il a même exprimé sa solidarité à ceux qui « vivent, dans la dignité et la prière, cette blessure. » Le Vatican a enfoncé le clou en dénonçant « la part d’irrévérence et de blasphème » contenue dans l’ouvrage de Rushdie. Je n’ai pas souvenir de protestations provenant du Grand Rabbinat de France mais je suppose que, si elles existent, elles sont allées dans le même sens que celle des représentants officiels des religions révélées. Il est regrettable que le seul passage du livre paru à cette époque dans « L’Evènement du Jeudi » n’ait aucun rapport avec les Versets. Il y est question d’une ville dans laquelle toutes les péripatéticiennes du quartier réservé prennent, à l’occasion d’une mascarade, le nom d’une femme du Prophète. Si l’on devait parler de provocation de la part de Salman Rushdie, c’est peut-être le passage du livre qui serait le plus à incriminer mais en le parcourant les lecteurs n’ont pu avoir aucune idée de ce que sont véritablement les Versets Sataniques. Je suis étonnée de la méconnaissance de la rédaction qui, ne connaissant apparemment ni le livre ni le problème des Versets, a cité sans doute le seul texte qu’elle ait eu sous la main puisque l’ouvrage n’existait pas encore en version française[13], ne se rendant pas compte qu’une fatwa n’est en général pas prononcée sur une indécence mais sur un blasphème avéré. Un ami m’a envoyé le livre de New York. Ce n’est pas un ouvrage facile et je m’étonne encore une fois que tant de journalistes aient pu en parler en France d’après les seuls extraits parus dans « Le Nouvel Observateur » ou « L’Evènement du Jeudi. » Les Versets ne sont pas un seul livre mais plusieurs livres en un dont quarante pages environ s’y rapportent effectivement. Si les journalistes avaient eu connaissance de l’ouvrage, ils auraient dû citer ces quarante pages pour donner une idée précise aux lecteurs de l’objet en jeu et non pas le passage sur les péripatéticiennes. Salman Rusdie dont j’ai pratiquement lu tous les autres ouvrages parus, La Honte (Prix français du meilleur livre étranger), Les Enfants de Minuit, Le Sourire du Jaguar, Un voyage au Nicaragua, Haroun et la Mer des Histoires, East, West, Le Dernier Soupir du Maure... né en 1947 dans une famille indienne suffisamment aisée pour l’envoyer poursuivre ses études à la célèbre public-school de Rugby, écrit dans une langue « anglo-indienne » assez intellectuelle. Il a une culture énorme et peut discuter à brûle-pourpoint de n’importe quel grand écrivain de renommée internationale. Si je dis que « Les Versets Sataniques » sont plusieurs livres en un seul, c’est qu’ils tiennent à la fois d’un conte philosophique (on a comparé Rushdie au Swift des Voyages de Gulliver, au Voltaire de Candide, au Sterne de Tristram Shandy et du Voyage Sentimental...) et des « Contes des Mille et une Nuits. » On pourrait penser au départ que l’auteur va nous raconter l’histoire de deux Indiens, Gibreel Farishta, acteur légendaire de cinéma, et Saladin Chamcha, l’homme aux mille voix, dont l’avion détourné s’écrase au-dessus de la Manche et qui survivent par miracle en s’accrochant l’un à l’autre avant d’atterrir sur une page anglaise couverte de neige. Ce serait trop simple car dès leur arrivée la tête de Gibreel s’éclaire d’un halo tandis que les jambes de Saladin se couvrent de poils et que son visage s’agrandit d’une trompe. Comme Rushdie s’adresse à un public rompu apparemment aux joutes métaphysiques, il n’est pas trop difficile de deviner que Gibreel-Gabriel personnifiant l’Archange représente le bien et Saladin le mal. Ce serait à nouveau trop simple car les démons peuvent en certains cas paraître angéliques et les anges être des diables déguisés. Ainsi l’on arrive peu à peu, au cours d’un voyage épique semé de rires et de larmes, à l’épisode qui se rapporte explicitement aux Vers Sataniques. En fait le chapitre « Mahound » est une nouvelle en soi : elle retrace les évènements survenus dans la ville de Jahilia et constitue la base même de la vindicte de l’Ayatollah. Jahilia, c’est La Mecque avant l’hégire, Mahound, c’est Mohammed affublé du nom méprisant utilisé par les Croisés à l’adresse du Prophète. Abou Simbel, le businessman, est sans doute le violent Abou Jahl, chef des Qoraïches, la tribu la plus opulente de La Mecque à laquelle Mohammed était apparenté mais qui a refusé la Révélation. Le Mont Cone est assimilable au mont Hira dont une grotte abrita le Prophète durant « La Nuit Bénie du Coran. » Ainsi toute la nouvelle est une allégorie très facilement perçue par les initiés. Le problème qui est posé à Mahound est le suivant : Abou Simbel lui dit qu’il adoptera la nouvelle foi à la seule condition que soient agréées comme anges les trois déesses principales de la religion païenne de Jahilia: Lat, Uzza et Mana (El-Lat, Al-’Ozza et Manât, filles supposées de l’Allah des Qoraichites). Réunis avec Mahound autour de la fontaine de Zamzam qui sauva de la soif Agar et Ismaël, ses trois amis fidèles, Salman, Khalid et Hamza, horrifiés par cette demande inacceptable qui leur apparaît comme un véritable piège, le supplient de repousser la proposition d’Abou Simbel. Devant l’incertitude de Mahound qui voit dans ce ralliement une occasion inespérée d’augmenter le nombre encore infime de ses adeptes, Hamza lui conseille d’aller trouver l’archange Gabriel dans la grotte du Mont Cone afin de lui soumettre l’épineux problème. Mahound accepte et se rend à la grotte où Gabriel l’attend, aussi perplexe que le Prophète. Il a conscience de la question qui va lui être posée et qui va l’acculer à prendre position dans cette affaire délicate : doit-il conseiller à Mahound la stricte observance de la religion monothéiste qui vient de lui être révélée ou peut-il l’engager à choisir l’alternative entachée de polythéisme proposée par Abou Simbel ? L’Archange est dans une situation d’autant plus embarrassante qu’il n’y a jamais été confronté jusqu’alors: il n’est pas venu dans la grotte comme envoyé de Dieu dont il n’a pas la caution, il n’est pas son émissaire et ce fait le déconcerte à tel point que, saisi d’angoisse, il entre dans un étrange demi-sommeil. Quand Mahound arrive à la grotte après sa dure ascension du Mont Cone, il est très las et tombe non seulement dans la transe qui l’a envahi lors de la Révélation mais dans un sommeil bizarre et prolongé. Ainsi donc un dialogue étrange va s’établir entre l’archange et le prophète, tous deux sinon endormis mais comme paralysés de torpeur. Au cours du dialogue, le Prophète rappelle à Gabriel tous les miracles qui ont eu lieu par son truchement: l’eau de la fontaine de Zamzam, le vol vers Jérusalem sur sa mule blanche, la rencontre avec Moïse à son retour... Il le supplie de lui dire si les déesses peuvent devenir des anges, si lui, Gabriel, peut avoir des soeurs. Gabriel ne peut répondre: à moitié endormi, il attend un signe de Dieu qui ne vient pas. Cependant ses lèvres s’entrouvrent enfin et bien que des sons véritables ne s’en échappent pas, il paraît donner son assentiment à Mahound tout en se répétant que cet exeat n’a pas de valeur puis que « Dieu est absent de ce tableau. » C’est donc une approbation sous forme de Versets - les fameux Versets Sataniques - que Mahound toujours endormi va rapporter sous la tente où sont réunis pour jouir de leur triomphe Abou Simbel et les autres profanateurs de la foi. Durant tout le festival païen qui suit, Mahound qui n’est pas sorti de sa transe ne peut communiquer avec ses disciples. Il se réveille enfin dans un lit aux draps de soie à côté duquel se tient la redoutable et toute-puissante Hind, femme d’Abou Simbel, adepte du faux dieu Al-Lat. Mahound, désormais en pleine possession de ses facultés physiques et psychiques, se rend compte qu’il a été berné par un faux Gabriel. Il se précipite vers le Mont Cone et, dans la grotte, il se bat avec l’Archange pendant des heures avant de retomber dans le sommeil de la Révélation au cours duquel il confesse à Dieu qu’il a été trompé lâchement. Il retourne à la ville aussi vite qu’il le peut dans le but d’effacer à jamais de la mémoire des hommes les versets blasphématoires. Il clame la vérité devant les statues des trois déesses et se sauve avant d’être lapidé par la foule. Après la répudiation des Versets Sataniques, Mahound retourne chez lui pour y recevoir la punition suprême : sa femme bien-aimée - la Khadidja[14] du Coran - sa première adepte, âgée de soixante dix ans, est assise morte sous une fenêtre, contre un mur. Mahound ne prononce pas une parole durant des semaines. Il gît, prostré de douleur, quand des émeutes éclatent dans la ville. Abou Simbel veut cantonner les fidèles de Mahound dans la partie la plus sale du quartier réservé. En dépit de ces attaques et de ces vexations, le nombre des adeptes augmentent et une oasis du Nord, Yatrib (Médine) offre l’hospitalité à Mahound et ses disciples. Ainsi débute l’hégire et se termine la nouvelle « Mahound. » Il apparaît ainsi que, selon la coutume, la vindicte exercée sur Salman Rushdie a été le fait de gens qui n’ont pas lu l’ouvrage mais ont condamné son auteur parce qu’il avait abordé le problème des Versets Sataniques, sujet tabou. Comment l’a-t-il abordé? Peu importe. Son crime n’est pas dans l’entreprise romanesque en soi mais dans le seul fait que les mots « Versets Sataniques » aient été prononcés, plus écrits. Si là n’était pas la seule raison de la fatwa, on pourrait discuter à loisir : l’histoire est un rêve, une allégorie que Salman Rushdie raconte sans jamais attaquer ou bafouer le Prophète. La dernière religion révélée n’est jamais remise en cause... Seulement on peut se perdre en arguties des jours durant, le livre ni son auteur ne peuvent se justifier aux yeux d’hommes pour lesquels les mots interdits, une fois prononcés, conduisent irrémédiablement à une condamnation à mort sans appel. Salman Rushdie pouvait éviter la fatwa en n’écrivant pas le livre mais le faisant, il mettait sa vie en péril. Que les « Versets Sataniques » aient été retirés du Coran par la volonté d’hommes qui n’ont pas accepté comme l’ont fait les chrétiens que leur Prophète ait pu douter est une chose incontestable. Les Versets ont fait partie du Livre par la volonté d’Allah et de son Prophète mais personne, pas plus Rushdie que n’importe quel autre écrivain, philosophe ou simple homme de foi, ne changera rien au fait que dans le contexte adopté par des hommes qu’on appelle aujourd’hui des intégristes, les paroles sont condamnables autant sinon plus que les actes. Le 8 Novembre Lettre au Nouvel Observateur : Suite à vos nombreuses missives (louables d’ailleurs) concernant le fait que je ne me sois pas réabonnée au Nouvel Observateur, je tiens à vous dire que votre Hebdomadaire n’est pas en cause mais mon emploi du temps. Quand j’étais abonnée, je passais mes journées à écrire mais je n’ai pas eu la chance d’être publiée malgré tous les compliments que j’ai pu recevoir des comités de lecture. J’ai donc dans mes tiroirs des nouvelles, des récits de voyages (depuis le premier, le grand, qui m’a conduite en Janvier 1943 à l’âge de 19 ans de France Occupée en Angleterre où j’ai rejoint les Forces Françaises Libres jusqu’au dernier qui m’a conduite en Acadie, au pays de la Sagouine et d’Antonine Maillet), des études comparées des mystiques du judaïsme et de l’Islam, un récit sur les dix ans passés en compagnie de mon fils toxicomane qui est maintenant analyste au Centre d’Informatique de la Banque d’Amérique à San Francisco, mon « Horizon 2002 » qui retrace toutes mes réactions aux évènements et aux hommes depuis 1982. J’ai eu l’occasion un jour de rencontrer un groupe de professeurs de Lettres qui m’a conviée à rejoindre leur site littéraire sur Internet et je l’ai fait. Je suis maintenant responsable d’une chronique bi-mensuelle, je fais des compte-rendus de livres anglophones car, titulaire d’un doctorat de Lettres, je suis bilingue, je fais partie du comité « prose », je lis et donne mon sentiments sur les textes des autres, je suis modératrice du Forum Général. Inutile de vous dire que si j’ai ressenti beaucoup de bonheur à faire partie du groupe, si mes chroniques font l’objet de mails de la part de mes lecteurs auxquels je me fais bien entendu un plaisir de répondre, si nos réunions dans les Cévennes où réside la Présidente du site sont autant de plaisirs savoureux... je n’ai plus le temps de lire un journal. Comme j’ai l’ADSL, je suis en permanence sur le web où bien sûr je lis des extraits du Nouvel Obs. quand j’en ai le temps. Voici, Monsieur, les raisons pour lesquelles je ne peux plus me réabonner. Eussé-je été publiée, il en serait sans doute autrement. Je vous prie d’accepter mes meilleurs sentiments. Le 17 Novembre J'ai écouté ce matin sur France
Culture l'émission « Concordance des Temps » : les invités
faisaient un parallèle entre la secte des Assassins et l'organisation de Ben
Laden. Il faut peut-être savoir dans un premier temps ce qu’était la secte
des Assassins : Sa Vie « Hassan-ibn-Sabbah mourut en 1124, à l'âge de 90 ans, ayant légué au monde un nouveau mot : « assassin. » Assassen signifie en arabe « gardien », mais certains pensent que la véritable origine de ce mots est « gardiens des secrets. » Certains diront aussi que le mot est une dérivation du mot Hashashin (littéralement mangeur de hashish.) Les assassins étaient une secte qui faisait partie, au départ, du groupe Ismaélien, une secte, elle aussi, que l'on considérait comme une branche de la faction Shiite de l'Islam. Hassan a été le premier grand maître de cette secte mais il est appelé fréquemment le Scheik de la montagne plutôt que grand maître parce que la principale forteresse des Assassins, la forteresse d'Alamout, était perchée sur une montagne. Les pratiques de la secte consistaient en des enseignements de la pratique religieuse Ismaélienne mais surtout en des assassinats secrets des ennemis de la secte. On croit que les assassins étaient censés faire un usage de hashish pour stupéfier les candidats, ayant la possibilité d'entrer dans leur groupe, pour leur donner une vision du « paradis. » On raconte que les candidats étaient des enfants, dont les parents ne voulaient pas, achetés par les maîtres du groupe, puis dressés à leurs obéir aveuglément, à n'avoir qu'un seul désir: mourir à leur service. L'organisation de la secte, comprenait sous Hassan, des « Missionnaires » (Daïs), des « Amis" »(Rafiq), qui étaient les disciples et des Fédâvis, qui étaient les « Fidèles. » Ce dernier groupe, ajouté par Hassan au modèle ismaélien, se composait de tueurs entraînés, reconnaissable à leurs vêtements blancs, à leurs ceintures, bonnets ou bottes rouges. On leur apprenait à savoir exactement où et quand enfoncer un poignard dans le coeur de la victime, et, aussi, à bien posséder des langues étrangères, à pouvoir s'habiller et se comporter comme des moines, des marchands ou des soldats qu'ils pouvaient être amenés à personnifier au cours de leur mission. Les mains et les oreilles des assassins étaient partout. Une fois son initiation achevée, un homme pouvait être envoyé à des milliers de kilomètres de là pour s'y établir et y vivre en attendant le moment où lui parviendrait l'ordre d'exécuter sa mission fatale. Les assassins avaient aussi comme habitude de retenir en captivité à Alamout des personnages distingués, éminents et utiles qui pouvaient leur être précieux dans les domaines éducatifs et militaire et autre. Beaucoup d'éminents personnages furent prisonniers à Alamout, tel des médecins, des astrologues et le plus grand peintre de Perse, qui finirent tous par obéir aveuglément au Scheik. On peut aussi croire que des magiciens et des occultistes furent prisonniers à Alamout, ce qui mit peut-être en contact la secte avec le mythe, à moins de croire que la secte a été fondé pour servir le mythe, ce qui aurait pu contribuer à renforcer leur pouvoir... Quand Hassan mourut en 1124, il fut suivi de plusieurs grands maîtres qui partageaient sa vision d'être une force majeure dans l'Islam. Pendant 150 ans, les assassins ont tenus toute l'Asie mineure sous leur règne de terreur. Puis, en 1255 les mongols de Gengis Khan déclarèrent la guerre à la secte. L'histoire nous dit que la secte fut anéantie cette année là et que la branche syrienne fut anéantie en 1272. Cependant, certains croient que les historiens se copiant les uns les autres, ont négligé plusieurs faits qui prouvent la permanence de la secte. En fait, les assassins se dispersèrent partout en Asie et peut-être même partout dans le monde. On sait aussi que certains Ismaéliens, sans être des partisans des assassins au sens extrémiste du terme, révèrent les descendants des seigneurs d'Alamout au point de les diviniser. Depuis ce temps, on peut donc voir les actions des assassins, surtout au Moyen-Orient, mais on pense qu'ils ont commis plusieurs assassinats dans d'autres pays. Tel un certain assassinat qui en 1914 déclencha, une certaine guerre... Il semble même que leur but principal ait relativement changé. Même s’il semble que la domination de l'Islam le soit encore, on peut croire qu'ils agissent pour un tout autre but. Certains disent même, que les assassins sont aujourd'hui l'organisation qui vend les plus souvent ses services pour commettre des meurtres. Quoi qu'il en soit, un certain nombre de spécialistes ont remarqué à quel point les innovations des Assassins en matière d'organisation et d'entraînement, ainsi que leurs techniques d'initiation, ont influencé les sociétés postérieures. »[1] Il est évident que la majorité d'entre nous éprouverait l'envie de faire une comparaison entre la secte de Hasan al-Sabbah, « le Vieux de la Montagne » et l'organisation d'Ousama Ben Laden, entre la forteresse d'Alamut et la grotte dans laquelle est censé s'être réfugié « l'ennemi public N°1. » Peut-on pour autant dire que les membres de l'organisation appartiennent physiquement à la secte dans sa phase contemporaine ? Pierre Beylau, Jean Guisnel et Catherine Pégard ont fait le rapprochement dans un article du Point qui remonte au 21 Septembre 2001, c'est-à-dire dix jours après la catastrophe de New York et de Washington et deux mois environ avant l'évolution qu'a prise la guerre en Afghanistan. Ils écrivaient: « Alors que, dans les ruines des tours jumelles de Manhattan transformées en une immense nécropole, les sauveteurs ivres de fatigue extirpaient des gravats fumants les ultimes rescapés, déjà l'énorme machine américaine se mettait en branle. Les exécutants enfiévrés de cette boucherie étaient identifiés, les commanditaires dévoilés, l'écheveau des réseaux dévidé. Le soupçon devenait certitude: tout concourait à désigner Ben Laden comme le chef d'orchestre à peine clandestin de ces tueurs en série. Retranché dans son réduit afghan, protégé par ses amis taliban, celui-ci mène contre l'Amérique une inexpiable guerre. A l'instar du Vieux de la Montagne, le redouté chef de la secte des Assassins qui, au XIIIe siècle, dépêchait ses spadassins pour expédier ad patres les ennemis de l'islam, Ben Laden a mis en place à travers le monde des escouades de tueurs, prêts à accomplir leur sinistre besogne. Anéantir cette nébuleuse de la mort ne sera guère facile. Il faut à la fois neutraliser la base arrière afghane et traquer les réseaux dormants installés partout et au coeur même des pays occidentaux. » A mon humble niveau et n’ayant pas toutes les cartes en mains, je peux toutefois me poser des questions et me demander s’il existe des chances pour que la secte ait eu dans ses convictions religieuses une foi telle qu'elle ait des adeptes dans notre siècle même s'ils portent un autre nom ? J'ai personnellement connu en Turquie des « Fils d'Allah » que les journalistes ci-dessus comparent aux taliban mais ils étaient sunnites et ne pouvaient sans doute pas être assimilés aux membres de la secte à propos de laquelle B. Lewis qui en a étudié les rouages écrit : « Hasan II ou Hasan'ala dhikrihi I-salam (1162-1166), petit fils du 'Vieux de la Montagne', se proclama représentant de l'imam caché (tradition chiite) et représentant d'une nouvelle lignée d'imams visibles dont descend l'Aga Khan. » Le 20 Novembre Ma vie est si remplie que parfois je ne sais plus par quel bout la prendre. C’est une bonne chose à mon âge en dépit du fait que mon opération de la cataracte soit un échec. Je viens d’apprendre que ce n’est pas de la faute du chirurgien qui m’a opérée mais de ma « macula » qui est semble-t-il en dégénérescence. J’ai bien sûr recherché ce qu’était une « macula » car je n’en avais pas la moindre idée, personne, ni mon ophtalmologiste, ni le chirurgien, ne m’ayant parlé de cette partie vitale de mon oeil située au centre de la rétine près du nerf oculaire qui, si elle est recouverte d’une membrane épirétinienne (comme cela semble être mon cas) diminue partiellement la vision. Seule l’orthoptiste[2] m’a expliqué les choses après un examen qui a duré plus d’une heure. Elle m’a dit qu’en raison de cette membrane, ma vision centrale était atteinte sans pour autant que ma vision latérale le soit... Je me suis rendue compte qu’elle avait raison dimanche 18 Novembre au cours de la deuxième phase des championnats de France de Scrabble où j’ai terminé à une très bonne place malgré le fait qu’assise au premier rangs avec les autres « handicapés », je voyais mal le grand tableau placé à moins de deux mètres de moi. En revanche, j’ai conduit le soir pour rentrer chez moi sans aucune difficulté, en raison justement de cette vision latérale qui semble être demeurée intacte! Je dois donc aller cet après-midi chez l’opticien pour qu’il me fasse de nouvelles lunettes auxquelles on ajoutera des prismes (!) si nécessaire... Il est évident
que le problème de mes yeux semble peu de chose en comparaison de tout ce qui
s’est passé en Afghanistan depuis le début des frappes américaines.
Contrairement à ce que la plupart d’entre nous pensaient sur la longueur
que pourrait avoir cette nouvelle guerre dans un pays ravagé, les
évènements se sont déroulés très vite. Après environ un mois de frappes
aériennes, les Américains ont dû se rendre compte qu’ils
n’atteindraient pas tous leurs objectifs s’ils ne concluaient pas une
sorte d’alliance (plus ou moins longue dans le temps) avec l’Armée du
Nord. Encouragée, celle-ci a « foncé » de telle sorte que la
plus grande partie du pays malgré les exhortations des Américains de
contourner Kaboul est maintenant libérée des taliban. L’accord tacite
passé entre l’Alliance du Nord et les Américains et leurs alliés semble
toutefois avoir des failles puisque la première demande un « 'minimum
de coordination dans l'intervention étrangère. » Voici ce que j’ai
lu dans une rubrique du « Monde » datée d’hier : Le chargé d'affaires de l'ambassade d'Afghanistan à Paris, Mehrabodin Masstan, a demandé mardi un minimum de coordination dans l'intervention de troupes étrangères sur le sol afghan et une plus grande communication entre la résistance afghane et les forces alliées. « Nous sommes, bien sûr, tout à fait satisfaits que la communauté internationale se mobilise fortement depuis le 11 septembre, alors que l'on espérait qu'il se mobilise depuis cinq ans et ce n'est pas aujourd'hui que l'on va bloquer cela », a déclaré Mehrabodin Masstan sur RTL . « Mais qu'il y ait un minimum de coordination ! Vous n'allez pas rentrer chez quelqu'un et directement aller dans sa chambre ou dans sa cuisine. C'est un minimum de coopération, de respect pour que les choses fonctionnent. On ne veut pas de forces étrangères, de contingents, de milliers de forces étrangères sur le sol afghan, il n'y a pas de raison pour ça », a estimé le représentant de l'Alliance du Nord en France. « Les taliban sont réduits, il ne reste pas grand chose des taliban : quelques poches autour de Kandahar et Kunduz. Envoyer des milliers d'hommes sur le sol afghan, comment voulez-vous qu'on justifie ça vis-à-vis du peuple afghan qui, depuis 20 ans, manque d'éducation, qui ne sait pas ce qui se passe. La propagande des taliban, des extrémistes ou de je ne sais pas qui, peut dire : voilà une nouvelle occupation des infidèles, des non-musulmans. » Mehrabodin Masstan a en outre affirmé que l'Alliance du Nord était prête à « coopérer avec la communauté internationale pour combattre le terrorisme », et a écarté l'éventualité d'un retour au pouvoir de l'ancien gouvernement du président Rabbani : « On ne veut pas remettre un gouvernement du président Rabbani, avec les mêmes ministres, la même formation. Absolument pas », a-t-il déclaré. « C'est pour ça qu'il est urgent que la communauté internationale nous aide à créer un processus de paix. Pour nous, la meilleure solution de paix, c'est l'Afghanistan même. (...) Le président Rabbani est venu symboliquement, et s'il le faut il va repartir. Sur 40 membres dirigeants du Front uni, je dirais aujourd'hui de manière très simple : 38 ou 37 sont pour un changement radical du paysage politique de la résistance », a-t-il conclu. » Ben Laden n’a
pas été pris pour autant et nul ne pourrait dire où il se cache : dans les
grottes superbement aménagées qu’on nous a montrées à la télévision ?
au Pakistan où il a des amis aussi excités que lui-même ? en Arabie
Saoudite qui n’a certainement pas cessé de lui fournir l’argent
nécessaires à ses exactions ? Personne n’a sans doute la moindre réponse
à ces questions. Et pourtant les Américains ne semblent pas avoir
renoncé à traquer « l’ennemi public N°1 » et son
organisation Al Qaïda. Voici une dépêche de « Reuters » datée
d’aujourd’hui-même: KABOUL - Les taliban tentent toujours de négocier une reddition pacifique à Kunduz, leur dernière enclave dans le Nord, pendant que les Etats-Unis bombardent et passent le sud de l'Afghanistan au peigne fin pour retrouver Oussama ben Laden. Que pouvons dire ou faire sinon attendre et espérer que les disputes entre les différentes communautés ne reprendront pas comme lors de la première prise de Kaboul, que les femmes retrouveront le droit de travailler et d’enseigner, que les enfants retrouveront le droit de rire et de jouer au cerf-volant, surtout que le pauvre pays martyr se reconstruira et s’évadera de cet âge de pierre dans lequel il était plongé... Le 22 Novembre
Selon les dernières nouvelles, L'Alliance du Nord a commencé aujourd’hui à marcher sur Kunduz, provoquant la fuite de civils et les tirs de mortiers des talibans qui refusent de lâcher leur dernier bastion dans le nord de l'Afghanistan ont retenti. D’un autre côté, la chaîne de télévision britannique Sky TV a diffusé ce matin les premières images de ce qu'elle a présenté comme le début de la reddition des taliban à Kunduz. Ces deux nouvelles ne sont pas pour nous surprendre car il est évident qu’il y a dans toutes les guerres des « jusqu’auboutistes » Je ne suis pas étonnée non plus par le fait que les Anglais qui ont pris une part effective à la guerre soient pressés d’entrer à Kaboul. Selon Monsieur Younis Qanooni, ministre de l'Intérieur de l'Alliance du nord, les soldats britanniques stationnés à l'aérodrome afghan de Bagram, au nord de la capitale afghane, sont en attente de la réouverture de leur ambassade à Kaboul. Monsieur Blair doit être aux anges... Nous avons appris également qu’Oussama Ben Laden a (sans doute) établi un testament selon lequel un de ses fils devait le tuer au cas où il serait sur le point d’être capturé. On a souvent évoqué le problème de conscience qui se poserait aux proches d’un malade irrévocablement condamné au cas où son euthanasie serait envisageable et même si le malade en avait fait préalablement le souhait. Je suppose qu’il faut remonter à des temps lointains pour trouver l’équivalent d’une demande aussi grave que celle de Ben Laden d’autant plus que son fils aîné doit avoir treize ans. Il est vrai que de tels garçons doivent être adultes avant l’heure mais pour autant auraient-ils la force d’accéder à un souhait qui nous paraît intolérable, indicible, moralement et physiquement impossible à exécuter ? Le 23 Novembre Face à ces
évènements qui nous concernent tous dans le monde, j’ose à peine raconter
ce qui m’est arrivée hier mais, quoi, la vie est faite de petites et de
grandes choses, alors je me lance : A mon âge, je ne peux plus faire grève que pour une chose et je ne la dévoilerai pas ici parce qu’elle a rapport avec l’euthanasie et que je n’y suis pas tout à fait prête. Je voudrais simplement dire que pour me rendre à Paris, je prends en général les quais, rive droite. Mercredi après-midi, j'ai débouché sur les nombreuses voies qui aboutissent entre les fontaines du Trocadéro et le pont: c'était au moment où les policiers défilaient pour de justes raisons sans doute entre Nation et République. Il semble qu'il eût été bon en ce cas de maintenir les feux verts et rouges dans leur position habituelle automatique afin que la circulation se déroule à peu près normalement. Et bien non, un ou des responsables avaient décidé qu'ils clignoteraient de telle sorte que les automobilistes et les piétons auraient le plus grand mal à se tailler un chemin. En raison d'un nouvel ennui, une diplopie intermittente qui ne m'empêche pas de conduire mais me gêne un peu tout de même, j'avais assez peur de faire respecter mon droit de priorité quand je venais de la droite. Je dois avouer que de gros camions m'ont très civilement laissé le passage et que je suis arrivée sans encombre rue Lesueur, pour « ma » partie de scrabble du mercredi. Alors, je suppose qu'il y a tout de même un problème : la grève pour tout, tous et toutes, soit ! Mais prendre la responsabilité de nous mettre en danger, pourquoi ? Les policiers ont-ils choisi de nous faire peur pour nous inculquer le civisme ? Ce n'est pas un très bon moyen, en tout cas en ce qui me concerne. Le 25 Novembre Les images montrées dans « Le vrai journal » de Karl Zéro il y a quelques minutes m’ont fait très peur comme elles ont dû faire peur à tous les téléspectateurs qui les ont regardées. Un journaliste est allé en Bulgarie, s’introduisant auprès de « personnalités obscures » sous le déguisement d’un envoyé d’organisations terroristes à la recherche de têtes nucléaires. Après trois semaines de voyages, de va et vient, de refus, de peut-être... il a pu enfin obtenir ce qu’il recherchait contre la modique somme de 20.000 dollars. Evidemment, seule, la pièce n’avait pas d’objet mais il n’est pas impossible de penser qu’ayant pu la trouver, le journaliste arriverait à ses fins en ce qui concerne « les suppléments. » Voici ce qui nous attend peut-être, pire qu’un geste sur le téléphone rouge, la main-mise par des génies malfaisants d’armes pouvant mettre le feu au monde, n’importe où, n’importe quand. Le 1er Décembre Face à la violence qui déferle sur le Moyen-Orient et l'audace de plus en plus grande des kamikazes palestiniens, je ne peux que me retrancher derrière les dépêches des grandes agences. Comment ne pas éprouver une immense tristesse devant ces faits nouveaux qui font mal à la Juive que je suis et qui ne me permettent plus d'avoir la même impartialité qu'autrefois ? Je pense à Alain Fienkelkraut et je me dis qu'on doit ressentir quelque part en France, dans certaines communautés musulmanes et dans les milieux d'extrême-droite, une satisfaction qui ne fera que croître si le nombre de Palestiniens prêts à se sacrifier augmente. Samedi
1 décembre 2001, 23h44 JERUSALEM (AP) -- Deux kamikazes ont fait exploser samedi soir dans le centre de Jérusalem les bombes qu'ils transportaient, a annoncé le chef de la police Mickey Levy qui a fait état de plusieurs dizaines de victimes. D'après les sauveteurs sur place,au moins une personne a été tuée et certains témoins ont fait état de trois morts. Selon la radio israélienne, qui cite des sauveteurs, quelque 90 personnes ont été blessées, dont quatre gravement lors de cet attentat qui s'est produit peu avant minuit heure locale dans une rue piétonne très fréquentée du centre ville, Ben-Yehuda. « Il y a de nombreux morceaux de membres et des cadavres », a témoigné Michael Perry, un homme de 37 ans qui se trouvait dans un bar voisin. « J'ai vu trois morts et ce qui ressemblait aux restes de l'auteur de l'attentat suicide », a-t-il dit. Aucune revendication n'est parvenue dans l'immédiat, mais les mouvements extrémistes Hamas et Djihad islamique avaient menacé de venger la mort de Mahmoud Abou Hanoud, leader de l'aile militaire du Hamas en Cisjordanie tué récemment par un missile israélien. Le 2 Décembre Dimanche
2 décembre 2001, 3h16 : George Bush engage vivement Yasser Arafat à combattre le terrorisme avec des actions et non des mots. Le président américain George W. Bush s'est dit « horrifié » par les « actes d'assassinat » perpétrés par deux kamikazes samedi soir à Jérusalem. Il a très fermement engagé le dirigeant palestinien Yasser Arafat à combattre le terrorisme avec des actions et pas seulement avec des mots. Deux palestiniens kamikazes ont fait exploser samedi soir les bombes qu'ils transportaient dans un quartier piéton de Jérusalem très fréquenté par la jeunesse, tuant dix passants et en blessant 150 autres, ont annoncé les autorités. « J'ai été horrifié et attristé d'apprendre les attentats de Jérusalem », a déclaré George Bush dans un communiqué émis depuis la résidence présidentielle de Camp David. « Je les condamne fermement comme des actes d'assassinat qu'aucune personne consciente ne peut tolérer et qu'aucune cause ne peut justifier. Au nom du peuple américain, j'envoie ma plus profonde compassion et mes condoléances aux familles des victimes et à mon ami le Premier Ministre Sharon ainsi qu'à l'ensemble du peuple d'Israël. » George Bush a également téléphoné à Ariel Sharon, qui se trouvait à New York au moment du double attentat-suicide. La rencontre entre les deux hommes, programmée pour lundi, a été avancée à dimanche à la Maison Blanche afin que le Premier Ministre israélien puisse regagner Israël plus tôt. « M. Arafat et l'Autorité Palestinienne doivent immédiatement trouver et arrêter les responsables de ces crimes odieux », a affirmé George Bush. « Ils doivent aussi agir rapidement et de façon décisive contre les organisations qui les soutiennent. » Dimanche
2 décembre 2001, 15h05 Israël : « Yasser Arafat est directement responsable de la dégradation de cette situation », selon Avi Pazner. Le porte-parole du gouvernement israélien Avi Pazner a désigné Yasser Arafat comme le « responsable direct » des attentats meurtriers perpétrés ce week-end en Israël et a mis en garde le président de l'autorité palestinienne contre une éventuelle « opération de nettoyage à fond des nids terroristes » dans les territoires sous contrôle palestinien. (Agence F.P.) « Yasser Arafat est directement responsable de la dégradation de cette situation, responsable par 14 mois d'incitation à la haine, par 14 mois de violences, par 14 mois d'encouragement au terrorisme », a estimé Avi Pazner sur France Info. « C'est Arafat qui a voulu créer cette atmosphère, c'est lui et son Autorité qui en portent la responsabilité directe et nous prendrons cela en compte lorsque nous pèserons notre réaction », a-t-il poursuivi. Selon le porte-parole du gouvernement israélien, pour sortir de l'engrenage de la violence en Israël, il faut « tout simplement éradiquer les organisations terroristes », ce qui peut être accompli par l'autorité palestinienne elle-même ou par Israël. « Le premier facteur, c'est l'Autorité palestinienne. Si (Yasser Arafat) voulait prendre action contre le terrorisme, comme ils l'ont fait par le passé, en 1987 par exemple, la chose est complètement possible. Le problème, c'est qu'il ne veut pas le faire », a-t-il affirmé. « La deuxième possibilité, c'est qu'Israël le fasse d'une façon ou d'une autre. » Avi Pazner a reconnu que Yasser Arafat pouvait rencontrer des « difficultés pour frapper les islamistes », avant de conclure : « je crois que les Palestiniens risquent beaucoup plus que cela si Israël s'engage à une opération de nettoyage à fond des nids terroristes, de l'infrastructure terroriste, et de tout ce qu'il y a de terroriste dans le territoire contrôlé par l'Autorité palestinienne. » Dimanche
2 décembre 2001, 16h01 Les Palestiniens prennent des mesures contre les activistes. « En vertu de nouveaux pouvoirs octroyés par les dirigeants palestiniens aux forces de sécurité, toutes les manifestations armées seront interdites ainsi que le port d'armes en public. Dans le cadre d'un plan d'action qu'un haut responsable a présenté comme l'équivalent d'un ‘état d'alerte généra’ en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, des unités de sécurité seront déployées ‘dans chaque rue’ pour enrayer la violence et arrêter des activistes impliqués dans des attentats en Israël. Le responsable a précisé que les forces de sécurité seraient habilitées à arrêter tout membre de l'Autorité palestinienne faisant objection à ces décisions, adoptées lors d'une réunion entre le président Yasser Arafat, les chefs de la sécurité et des dirigeants politiques palestiniens. Cette initiative fait suite aux attentats suicide qui ont fait plus de 25 morts ce week-end en Israël. L'Etat hébreu et les Etats-Unis font pression sur les Palestiniens pour qu'ils répriment l'extrémisme et traduisent en justice les responsables d'attentats. ‘La police palestinienne sera déployée dans toutes les rues de Cisjordanie et de la bande de Gaza pour traquer les Palestiniens recherchés, maintenir l'ordre et faire respecter le cessez-le-feu », a dit le responsable de la sécurité. (Reuters) Monsieur Chirac se trouvait samedi en visite au Maroc. Je suppose que le nouveau roi qui semble avoir le coeur aussi dur que son père n'a pas dû être très attristé par les évènements d'Israël. Le Président a fait son habituel petit laïus : « Je voudrais dire mon immense émotion une fois de plus devant des attentats odieux que rien, rien ne peut justifier ou expliquer, et que je condamne comme tout le monde sans réserve », a déclaré le président français sur France 3, depuis Rabat, dernière étape de sa tournée éclair au Maghreb. « Mais cet engrenage de violence dramatique doit être interrompu et ne pourra l'être que par la reprise d'un dialogue entre Israéliens et Palestiniens, un dialogue qui s'impose », a ajouté le chef de l'Etat, avant de conclure : « il n'y aura pas de sécurité sans un dialogue, sans un progrès vers la paix. » Lionel Jospin assistait de son côté, en compagnie d'autres ministres, à un dîner du CRIF. Il a déclaré : « Au nom du gouvernement, j'adresse aux autorités israéliennes et aux familles qui sont aujourd'hui durement éprouvées l'expression de ma profonde sympathie. Ce nouvel acte de violence appelle une condamnation totale. Il survient à un moment où de nouveaux efforts diplomatiques se déploient pour mettre fin à une tension de plus en plus meurtrière et pour recréer les conditions du dialogue, conduisant à une paix durable. Ces efforts doivent se poursuivre sans relâche et la France reste prête à tout mettre en oeuvre pour contribuer à leur succès. » Le 10 Décembre Vendredi 7 Décembre est un jour à marquer d'une étoile blanche car j'ai vécu quelques heures sur un petit nuage pour deux raisons bien différentes dûes à deux messages que j'ai reçus : l'un d'André Chouraqui (!), l'autre de Saîdeh Pakravan. Avant de donner des explications, voici les messages: Madame, Je découvre aujourd'hui seulement votre article « A propos de Moïse. » J'espère avoir un jour l'occasion d'en parler avec vous a Jérusalem ou a Paris. Je voulais aussitôt vous en remercier en attendant de vous rencontrer. Avec mes voeux les meilleurs. Chère Lise, Merci de votre mail. Non, Billy n'a ni traducteur, ni éditeur en France. Donc, si le coeur vous en dit... Mais pourriez-vous trouver un éditeur, car c'est cela qui serait important pour lui ? Bravo pour votre traduction des rubaiyat. Je ne connais pas Blake Dawson mais vais essayer de le découvrir. Amicalement. Il est évident
que si je m'attendais un peu au deuxième mail puisque j'ai déjà traduit des
poèmes de Billy Collins, lauréat des poètes américains pour l'année 2001
et qu'il sont été publiés avec son autorisation sur mon site littéraire
EV?, le premier émanant d'André Chouraqui m'a émue, plus qu'émue,
bouleversée. Je lui ai téléphoné ce matin, nous avons bavardé durant une
demi-heure sur ce qu'il appelle un article et qui est en fait un des
Mos...dits qui sont publiés sur le site, sur mes origines, sur Israël et
sur... notre prochaine rencontre. Je lui ai promis d'aller le voir dès le
début du mois de Janvier et je ne pense bien sûr plus qu'à cette entrevue.
Je me sens si humble face à cet homme dont je connais le cheminement depuis
sa naissance il y a bientôt quatre vingt cinq ans à Aïn-Témouchent mais
une partie si minime de son oeuvre que j'ai presque honte à l'idée de ne pas
être capable d'entretenir avec lui une conversation. Mais pourquoi se faire
du souci avant : il sera bien temps de s'en faire pendant, encore que je le
sente plein d'indulgence à mon égard. « Wait
and see » Le 15 Décembre Je viens d'envoyer à mon ami Jacques mes derniers Mots...dits de l'Année. Ils sont tellement d'actualités que j'ai envie de les retranscrire ici où j'ai toujours donné mon avis sur les évènements du monde. Allez, je me lance : Feuilleton Tchétchène Un procès aura-t-il lieu enTchétchénie? Le 2 Mars 2001, j’avais lu sur une dépêche de l’AFP cette phrase qui en disait long sur les sentiments des Russes vis-à-vis de la Tchétchénie : à Rostov-sur-le-Don « le premier procès public d’un militaire russe pour violation des droits de l’homme en Tchétchénie a été suspendu vendredi, le prévenu étant malade. » et il doit reprendre Lundi. Il est bon de rappeler que le colonel commandant de chars Iouri Boudanov était accusé d’avoir enlevé puis étranglé (il n’est pas mentionné de viol) une jeune Thétchène de 18 ans, Heda Kungaïeva. Il avait d’ailleurs reconnu le meurtre même s’il niait la préméditation. La dépêche ajoutait : « Ce procès à forte charge émotionnelle oppose deux camps: les civils tchétchènes et les défenseurs des droits de l’homme d’un côté, et l’armée russe de l’autre. » Quand on sait que des manifestants nationalistes ont protesté contre ce procès et apporté leur soutien au colonel - le général à la retraite Vladimir Chamanov n’a-t-il pas dit « Boudanov est un véritable officier, la fierté de la Russie » et « ce procès n’est qu’une intervention idéologique occidentale contre la Russie » - on peut se demander si l’hypertension et les troubles de la vision du colonel n’ont pas été purement inventés pour que cesse un procès instruit par la justice russe pour montrer justement qu’elle s’attachait au droit des « victimes » de guerre dans les pays combattus. Par la suite, j’ai cherché dans les dépêches de toutes les agences de presse si le procès du colonel russe avait repris comme on l’avait laissé entendre. Je n’ai absolument rien trouvé de positif, pas la moindre mention de cette affaire qui pouvait constituer une référence dans la politique de ce pays en guerre où la mafia triomphe et qui entrera peut-être (j’en frémis à l’avance) dans l’union européenne. J’ai toutefois découvert une dépêche de l’AFP qui remonte au 22 Janvier et dont le titre exprimait les intentions du Président russe, Vladimir Poutine, ancien membre du KGB : « Le FSB (ex KGB) va diriger la guerre en Tchétchénie. » L’ouverture du procès semblait donc indiquer que les services de sécurité russes étaient plus objectifs que les forces armées dorénavant réduites. Sa « non réouverture » Lundi 5 Mars montre bien que l’armée ou le FSB en Russie, c’est « blanc bonnet et bonnet blanc. » Je suis surprise d’ailleurs qu’aucun média (que je sache) n’ait fait mention de ce manque de rigueur légale qui en dit long sur la pensée de Monsieur Poutine et la force des opposants à la liberté des Tchétchènes. Comme je ne cesse de le dire, ce nouveau fait confortera les milieux islamistes qui accentueront leurs efforts pour que les communautés religieuses de ce pays malheureux l’emportent sur les esprits libéraux, ces derniers demeurant plus attachés à la liberté civile qu’à la djihad ou à la charia mais pouvant s’avérer, sous l’empire de la pression, de moins en moins nombreux et en conséquence de plus en plus vulnérables. Un mois après mes premières « investigations », voici qu’on reparle de la Tchétchénie à laquelle on ne s’intéresse que sporadiquement. On en reparle parce qu’un caméraman amateur a pu filmer le 8 Avril les manifestations des derniers habitants de Grozny, des femmes et des vieillards car pratiquement tous les hommes adultes ont été tués par l’armée ou le FSB, un petit nombre seulement ayant pu s’échapper pour rejoindre les résistants nationalistes. Les enfants n’ont sans doute pas résisté aux rigueurs de l’hiver 2000 passé dans les caves, de la maladie et des privations qu’imposait un blocus systématique de la capitale. A côté des manifestants passaient des chars russes qui n’avaient pas encore entrepris de les séparer durement mais qui le feraient à la première injonction des chefs concernés. J’ai relu l’histoire de la Tchétchénie devant ces faits nouveaux et la ferme intention des Russes de se maintenir dans un pays qui les considère comme des occupants. Il apparaît que les Tchétchènes, un peuple caucasien islamisé, avaient une première fois résisté à la progression russe des XVIIIème et XIXème siècles jusqu’à la chute de leur chef Chamil (1859). Groznyï (« la Terrible » en russe) devint ville de garnison russe. Sous le pouvoir bolchévique, la Tchétchénie a été successivement « République autonome des montagnes », « Région autonome », puis portion de la Fédération de Russie, à nouveau « République autonome » mais en association avec les Ingouches (1936) avant d’être comptée parmi les « peuples punis » qui furent déportés en Sibérie. C’est en 1957 que la déportation fut suspendue et la république recréée et en 1991 que les nationalistes tchétchènes, dirigés par le Général D. Doudaïev proclamèrent leur indépendance et leur séparation des Ingouches. On connaît la suite et l’intervention dramatique de l’armée russe en 1994. Pourquoi tant d’acharnement des la part des Russes ? Sans doute parce qu’ils ont toujours été, tsars ou dirigeants soviétiques, les champions d’un expansionnisme dévorant mais il y a autre chose. Voici ce que j’ai découvert en poursuivant ma lecture: « la situation de la Tchétchénie fait de cette région une pièce géopolitique capitale pour la Russie. Des oléoducs traversent le pays dont l’un est stratégique pour l’approvisionnement russe: courant de l’Azerbaïdjan à la mer Noire, il atteint Novorossirsk, dernier grand port de la région à être sous le contrôle direct de Moscou. » Voici je crois l’explication « rationnelle » d’une tuerie qui a fait approximativement cent mille victimes. A combien se compte pour un Russe la vie d’un être humain face à l’existence nécessaire d’un oléoduc ? A rien, à strictement rien.[1] Comme on a découvert le samedi 24 Février à moins d’un kilomètre de la base militaire de Khankala, le quartier général des forces russes en Tchétchénie, une fosse commune contenant les corps de vingt-sept civils tchétchènes dont ceux d’un garçon de quatorze ans et de deux de ses camarades tués de plusieurs balles dans la tête, on peut en déduire que cette fosse n’est pas unique en son genre Il faut tout de même rappeler que Arbi Saïdov, porte-parole du président tchétchène Aslan Maskhadov, avait affirmé que les corps étaient ceux de Tchétchènes « arrêtés lors de nettoyages, puis détenus à Khankala avant d’être portés disparus », oubliant de préciser qu’ils avaient disparu dans des fosses communes creusées par les forces russes. Toute cette histoire est affreuse, injuste, inexprimable en termes humains. Décidément je me perds maintenant dans les fosses imaginées par les hommes pour y cacher leurs victimes, humaines ou animales, comme ils en ont imaginées pour enfouir des produits qui à plus ou moins longue échéance se retourneront contre les êtres humains et les animaux que nous sommes et nous entraîneront dans une mort certaine. Quand on dit que le Commissaire aux Droits de l’Homme du Conseil de l’Europe, Alvaro Gil-Robles, était impuissant à faire cesser les horreurs perpétrées dans une région qui fait effectivement partie de l’Europe, quand on constate que le droit d’ingérence a pu fonctionner en Serbie mais n’est pas de mise en Tchétchénie, on en arrive à se demander si tout ceci a tellement d’importance puisque nous sommes de toutes façons voués à une mort certaine. Deviendrais-je cynique ? Je ne le voudrais pas. Je crois bien sûr que nous devons tous mourir mais eux, les hommes, les femmes, les enfants dont je viens de parler, ils ont avant de pousser leur dernier soupir souffert atrocement (je me permets de répéter que les enfants de la fosse avaient la marque de plusieurs balles tirées dans la tête mais que les adultes souffrent autant que les plus jeunes.) C’est peut-être là qu’est le véritable problème : la mort est moins dure à supporter que la souffrance mais le souhait de tous les méchants est de procurer le plus de souffrances possibles avant l’exécution finale. C’est la raison pour laquelle il faut les en empêcher avec toutes les ressources dont nous disposons et ne jamais montrer le moindre scepticisme qui nous obligerait à baisser les bras, même s’il nous arrive parfois de douter. Chaque fois que je réagis à un fait, à un évènement, je souhaite évidemment qu’il soit joyeux et réconfortant, je me dis que tout n’est pas noir et qu’il y a de bons auteurs à lire, de beaux films et de merveilleuses pièces à voir, des virtuoses et des concerts dirigés par des chefs prestigieux à entendre. Il se trouve que je suis peut-être trop discrète sur mes émotions esthétiques mais qu’elles cèdent en ce moment la place à une indignation sincère face à des situations indignes de l’homme créé m’a-t-on-dit par Dieu à son image n’est pas pour m’étonner. La Tchéchénie (suite) Les évènements se suivent à une telle allure que je n’avais plus fait référence à la Tchétchénie depuis le mois de Mars, date à laquelle le procès d’un officier supérieur russe accusé de viol sur une jeune fille tchétchène fut reporté sine die. Le voyage que vient de faire Monsieur Chirac en Russie aurait pu remettre sur la sellette cet Etat où ne semblent pas être privilégiés les droits de l’homme mais il semble que notre Président et le bon Monsieur Poutine aient eu d’autres chats à fouetter que de revenir sur la mort de quelques terroristes qui, selon le président russe, sont « des mercenaires venus de l’étranger. » Et puis les dépêches des agences de presse du Lundi 2 Juillet ne disent-elles pas que l’accord franco-russe s’est fait sur les grandes questions malgré « des divergences sur certains ‘détails’ comme l’extradition de Milosevic ou la politique guerrière du Kremlin en Tchétchénie. » Elles ajoutent que « Jacques Chirac et Vladimir Poutine ont exprimé une large convergence de vues à l’issue d’entretiens politiques qui leur ont permis de faire un tour d’horizon de la situation internationale. » Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes d’autant plus que la Russie pourrait utiliser le pas de tir de Kourou, en Guyane française, pour les vols commerciaux de ses Soyouz, tandis que la compagnie russe Aeroflot choisirait de renouveler sa flotte avec des Airbus plutôt qu’avec des Boeing, « thanks God », comme disent nos autres amis d’outre Atlantique. Alors, devant ces nouvelles réconfortantes, peut nous chaut d’apprendre que vingt cinq rebelles ont été tués le 28 juin dans des affrontements avec les troupes russes dans les montagnes du sud de la Tchétchénie ou que les forces fédérales, appuyées par des hélicoptères de combat Mi-24, ont mené des attaques à la roquette contre des rebelles encerclés dans les gorges d’Argoun et dans la région de Khankala ou même qu’on arrive à décompter dix affrontements par vingt quatre heures dans certaines parties du pays. On se demande ce que peut espérer de la France dans ce contexte le Ministre des Affaires Etrangères de la République tchétchène Ilias Akhmadov, en visite à Paris la veille du départ de Monsieur Chirac pour Moscou. Il a été reçu à l’Hôtel de Ville par le Maire de Paris et lui a montré des documents qui prouvent que la Russie est responsable de la mort de 60.000 personnes pendant ce qu’il est convenu d’appeler la première guerre de Tchéchénie (1994-1996) et de 100.000 environ depuis la reprise du conflit en 1999. Monsieur Akhmadov s’est bien sûr plaint des rapports faits par les experts occidentaux, les députés danois étant à peu près les seuls à demander qu’une « procédure de saisine soit entamée contre la Russie à la Cour Européenne des Droits de l’Homme. » Voici ce que je voulais dire mais, une fois de plus, à quoi servent les paroles devant les intérêts commerciaux des gouvernements ? Et puis comment peut-on s’intéresser aux victimes d’un pays dont la majorité d’entre nous connaissaient à peine l’existence jusqu’à ce que la Russie l’envahisse ? Cent mille de plus ou de moins pèsent bien peu dans la balance et il est tout de même plus important d’équilibrer notre budget et de travailler dur afin d’augmenter le rythme de nos exportations que de perdre notre temps avec les « guéguerres » qui s’arrêteront un jour faute de combattants. Je le dis haut et fort aux associations qui se sont réunies à Matignon pour fêter je ne sais plus quel anniversaire : mes sous, ils sont pour l’Etat qui en a besoin et sait le dépenser mieux que moi dans des entreprises dont on ne m’a jamais fait pas l’honneur de me révéler les rouages secrets. A peine ai-je fini de parler de la Tchétchénie que je découvre le nombre de victimes des guerres qui ont par deux fois ensanglanté la République Démocratique du Congo, l’une menée par le défunt Laurent-Désiré Kabila en 1996-97 contre le régime Mobutu, l’autre en cours depuis août 1998, entre le régime de Kinshasa et des rebelles appuyés par le Rwanda et l’Ouganda. Selon certaines estimations humanitaires et le gouvernement de RDC, ces conflits ont provoqué la mort d’environ 2,5 millions d’habitants et provoqué la fuite de plus de deux millions de personnes des zones de combat. Si l’on sait que l’ex-Zaïre compte environ cinquante millions d’âmes, il est facile de conclure que plus de 13% de la population a été touchée par la folie meurtrière des hommes. Il est difficile dans ce contexte d’espérer que la venue du Premier Ministre Belge, Monsieur Guy Verhofstadt, le premier chef de gouvernement de ce pays à se rendre à Kinshasa depuis dix ans, puisse améliorer les choses et mettre un terme aux tuerie. Nous sommes bien placés pour savoir que la politique semble rarement résoudre de nos jours les problèmes les plus cruciaux. Et puis, comment les associations humanitaires pourraient-elles faire face aux malheurs de cette humanité dont les membres les plus pauvres, les communautés les plus dépourvues, sont en butte à des agressions quotidiennes et en porteront toujours les stigmates ? Toujours la Tchétchénie:
Il semble, contrairement à ce que j’avais tout d’abord pensé, que le procès de l’officier russe accusé du meurtre d’une jeune Tchétchène de 18 ans qui traîne depuis le mois de Mars ne soit pas remis sine die mais au mois de Septembre. La première suspension avait été due, semblait-il, à de l’hypertension et à des troubles de la vue (il avait sans doute confondu la jeune fille avec un lapin ou une zibeline) dont aurait souffert le colonel commandant de chars Iouri Boudanov. On a reparlé du procès le 10 Juillet pour préciser qu’il aurait lieu dès qu’on aurait procédé sur le dit officier à des examens psychiques. Il en avait déjà subi d’ailleurs mais ils n’avaient pas permis de tirer de conclusions. C’est la raison pour laquelle il est urgent qu’un troisième examen soit pratiqué sous les yeux d’experts civils et militaires. Au vu de telles complications dans la santé du colonel, on se demande ce qu’il faisait encore dans l’armée: commander une unité de chars avec de tels problèmes physiques et psychologiques, c’est mettre en danger la vie de ses propres troupes. Et puis une autre chose m’intrigue. Il m’avait semblé à un certain moment que Monsieur Poutine avait décidé que le FSB (ancien KGB) remplacerait dorénavant les forces armées en Tchétchénie mais si ce « deuxième bureau » est doté de chars et de troupes, comment le distingue-t-on de l’armée proprement dite ? De toutes façons, plusieurs mois après cette décision, il n’est question que de militaires et non d’enquêteurs. Voici ce que j’ai lu dans le Monde du 10 Juillet : « les Forces fédérales ont mené une série d’opérations de ratissage dans trois villages tchétchènes la semaine dernière après la mort de cinq soldats russes, tués par l’explosion d’une mine antipersonnel posée par les rebelles. Selon les habitants, les soldats ont rassemblé tous les hommes âgés de 15 à 50 ans pour vérifier leurs liens éventuels avec les combattants tchétchènes et nombre d’entre eux auraient été torturés. » C’est un refrain connu n’est-ce pas ? Les forces d’occupation nazies procédaient de la même façon et elles ont donné l’exemple à toutes les forces d’occupation du monde : « les rebelles (ou les terroristes selon le cas) tuent, nous exerçons des représailles », chaîne sans fin et sans illusions qui aboutit à l’élimination de milliers de victimes sans que jamais personne ne lève le petit doigt. Oh si, on nomme des commissions qui enquêtent pour un temps et puis le volet se referme et l’on n’entend plus parler de rien. C’est la raison pour laquelle les jeux olympiques vont avoir lieu à Pékin alors qu’ « Amnesty International » a dénoncé les quelques 1250 exécutions perpétrées par les autorités chinoises au cours de l’année 2000. Seulement la Chine est un énorme marché potentiel, alors les morts de là-bas, on n’en a pas plus à cirer que ceux de Tchétchénie ou d’ailleurs. Et la Tchétchénie... octobre 2001 « Il y a le World Trade center et tous les yeux du monde braqués sur New York. Et, de l’autre côté de la planète, il y a Grozny, capitale tchétchène rasée par deux guerres, isolée sur son îlot de terreur, transparente. Là-bas pourtant, chaque jour, une poignée de photographes et de cameramen ‘immortalisent’ les morts et filment l’horreur. Tous désespèrent d’attirer un jour les regards, de sensibiliser enfin la communauté internationale. Les morts de Tchétchénie n’ont pas eu droit à trois minutes de silence, mais à sept ans de mutisme. » « Il (l’homme) est à quelques mètres de vous. Il a les jambes arrachées. Vous ne pouvez rien faire. Vous êtes complètement frustrés. Vous vous sentez comme une merde. Et pourtant vous prenez la photo. Vous la justifiez en pensant: le monde doit savoir ce qui se passe ici. Foutaises... Ce n’est qu’un réflexe. Parce que vous avez peur, parce que vous ne voulez pas accepter que vous pourriez être à sa place. Votre appareil photo vous sert de bouclier. » « Ses jambes glissant sur le char faisaient un bruit de poisson qui gigote hors de l’eau. Ce n’était plus des jambes mais des chiffons ensanglantés... » Ces phrases ont été prononcées par des journalistes et des reporters-photographes occidentaux qui sont actuellement en Tchétchénie ou l’ont quittée parce qu’ils ne pouvaient plus supporter la vue de cette horreur permanente dont le monde se désintéresse. Monsieur Poutine apporte son soutien à la cause américaine mais qui lui demande, à lui, des comptes ? Grozny n’existe pas plus que Kaboul, moins encore peut-être. Jusqu’à quand oublierons-nous la Tchétchénie ? Voici une dépêche que j’ai recueillie aujourd’hui même, dimanche 7 octobre, en lisant comme chaque jour les informations internationales. Il faut dire que j’ai eu du mal à la découvrir parce que la Tchétchénie ne fait plus partie des sujets d’actualités. Si je suis outrée, je ne suis pas surprise en revanche du marchandage de l’excellent Président de Russie: « Moscou promet des informations sur Ben Laden au FBI et réclame son aide contre les terroriste tchétchènes. Le ministre russe de l'Intérieur a promis au patron du FBI américain de nouvelles informations sur Oussama ben Laden, et réclamé l'aide américaine dans sa chasse aux terroristes tchétchènes. » Boris Gryzlov a dit jeudi soir au directeur du FBI Robert Mueller qu'il lui transférerait « toutes les informations concernant les activités de émissaires présumés de Ben Laden en Russie », précise le ministère vendredi dans un communiqué. Moscou affirme depuis longtemps que les séparatistes tchétchènes sont formés et financés par Ben Laden. Et qu'au moins quatre des pilotes-suicide des attentats du 11 septembre avaient auparavant combattu en Tchétchénie. Grâce à la solidarité russe depuis les attentats, la communauté internationale a cessé ses critiques sur la guerre menée par Moscou en Tchétchénie. Mettant en avant la nécessité d'une meilleure coopération bilatérale dans la lutte anti-terroriste, M. Gryzlov a donc réclamé l'aide américaine pour « arrêter les personnes impliquées dans des activités terroristes dans la république de Tchétchénie, figurant sur une liste des personnes recherchées. » (Agence FP) Je m’arrête ici pour aujourd’hui mais mon feuilleton n’en est pas terminé pour autant. Aurais-je le temps de le reprendre jusqu’à la conclusion de cet odieux conflit ? Depuis le mois d’octobre, comme tout le monde - et je le déplore - j’ai arrêté, non pas de m’intéresser à la Tchétchénie et au sort de ses habitants, mais d’en faire mon souci quotidien. La guerre d’Afghanistan et les kamikazes du Moyen-Orient nous réclamaient. Et puis j’ai des préoccupations personnelles et, en dehors du site littéraire pour lequel je fais les chroniques dont ces pages font partie, j’écris, je traduis, je me fais opérer (mal) de la cataracte... et à plus de soixante dix huit ans je dois mettre parfois un frein aux lectures quotidiennes de dépêches qui me fatiguent autant qu’elles me navrent. Pourtant, j’ai eu envie, parce
que justement les avions s’étaient écrasés sur le World Trade center il
y a aujourd’hui trois mois, de voir si l’on parlait malgré tout quelque
part de la Tchétchénie. Voici ce que j’ai trouvé: Mardi 11 décembre 2001, 9h23 : Moscou a regagné les bonnes grâces de l'Occident. Le rapprochement spectaculaire entre la Russie et l'Occident amorcé après le choc du 11 septembre, le montre à nouveau: rien de mieux qu'un ennemi commun, en l'occurrence le terrorisme international, pour forger une amitié. Oubliés ou presque, la Tchétchénie ou les bombes de l'Alliance sur Belgrade. Passés au second plan, le conflit sur le bouclier anti-missile et l'élargissement de l'Otan aux pays baltes. Ce revirement est dû au soutien sans précédent offert par Moscou aux Etats-Unis après les attentats à New-York et Washington. Une décision que le président russe avait prise seul. Selon un libéral russe, Boris Nemtsov, sur une vingtaine de dirigeants des principaux partis, deux seulement ont soutenu le geste de Vladimir Poutine. Celui-ci a ouvert aux avions de la coalition anti-terroriste l'espace aérien russe et d'anciennes bases aériennes soviétiques en Asie centrale, en Ouzbékistan et au Tadjikistan. Moscou a pris un risque. Les Américains peuvent s'installer pour longtemps dans ces pays qui, tout bien ancrés qu'ils soient dans la zone d'influence russe, ont grand besoin d'aide internationale pour faire bouger leurs économies. Mais c'est aussi un avantage potentiel. La présence américaine peut contribuer à réduire le danger islamiste et le trafic de drogue dans la région. Par ailleurs, la Russie a changé d'image. Sans qu'on s'en aperçoive, l'une des tapes dans le dos échangées avec le président américain dans son ranch texan a dû faire tomber l'étiquette d'ancien agent du KGB, collée à M. Poutine à son arrivée au Kremlin. Et le monde entier a vu les chopes de bière dégustées avec le chancelier allemand Gerhard Schroeder et les sourires radieux faits au maître du Kremlin par le Premier ministre britannique Tony Blair. Ce dernier a proposé qu'un nouvel organe réunisse la Russie et l'Otan, remplaçant le conseil permanent conjoint créé en 1997. Ce dernier avait déçu Moscou, lui offrant peu de prise sur les décisions. Le 7 décembre, les 19 membres de l'Otan et la Russie ont décidé à Bruxelles de créer d'ici au mois de mai un nouveau conseil où les décisions se prendront « à 20 et non plus à 19+1. »[2] La formule reste pour le moment une coquille vide qu'il faudra remplir. La Russie n'aura pas de droit de veto et l'on ignore quels seront les domaines de compétence de cette nouvelle enceinte. Mais Moscou pourrait renforcer, ne serait-ce qu'un peu, son influence sur l'Otan. A supposer que cela puisse servir à quelque chose, alors que l'Alliance, écartée de l'affaire afghane, risque de connaître une crise existentielle. Un autre bénéfice concret quoique informel touche à la Tchétchénie.
Des contacts entre certains chefs de guerre séparatistes et le cerveau
présumé des attentats du 11 septembre, Oussama ben Laden, ont permis de
justifier a posteriori « l'opération anti-terroriste » russe.
L'Otan « comprend mieux » maintenant les objectifs de celle-ci,
a avancé prudemment le secrétaire général de l'Alliance George
Robertson. Reste que la nouvelle amitié avec
l'Occident n'a produit aucun résultat sur un dossier qui tient à coeur aux
Russes : le traité ABM, que Washington souhaite abroger pour développer
son bouclier anti-missile. En revanche, le souhait de Moscou de voir
consignée dans un texte, sinon dans un traité, la réduction des armements
nucléaires a de bonnes chances d'être comblé. Quoi qu'il en soit, l'image
de l'Otan s'améliore en Russie. Selon l'institut Vtsiom, un citoyen sur
trois se disait fin novembre favorable à la coopération avec l'ancien
ennemi numéro un, contre un sur cinq en 1996. Et un sur sept dirait oui à
l'adhésion de son pays à l'Alliance. (Agence FP)
Effrayée par ce que je venais de lire “oublié le conflit tchétchène...”, j’ai voulu en savoir tout de même un peu plus en remontant de quelques jours. Je n’ai pas eu à remonter bien loin puisqu’en date du jeudi 6 décembre j’ai pu lire ce qui suit: MOSCOU (Reuters) - Le ministre russe de la Défense, Sergueï Ivanov, annonce que les forces fédérales vont lancer une offensive d'hiver contre les responsables militaires tchétchènes pour mater la rébellion dans le Nord-Caucase. Lors d'une visite à Iekateringbourg, sur la Volga, le ministre a également déclaré que l'armée chercherait à réduire ses effectifs au printemps dans la région du Nord-Caucase, qui comprend la Tchétchénie. Des opérations spéciales vont
être lancées immédiatement en Tchétchénie, sur une base
quasi-permanente, et avec de gros effectifs. « Cet
hiver, nous essaieront d'en finir avec ce qui reste des groupes de bandits
et de capturer ou d'anéantir leurs chefs de file. Cela, je vous le
promets », a lancé Ivanov, dont les propos étaient diffusés à la
télévision russe. Les
forces russes étaient revenues en octobre 1999 en Tchétchénie trois ans
après une retraite humiliante qui s'était traduite par l'indépendance de
fait de la petite république caucasienne. Depuis que le président Vladimir
Poutine a apporté son soutien public à la « guerre contre la
terreur » lancée par Washington après les attentats du 11 septembre,
Moscou se sent d'une certaine façon les mains plus libres pour mater la
rébellion tchétchène, estiment certains observateurs. Les Russes se
plaisent à établir un parallèle entre la répression par les Etats-Unis
des auteurs et commanditaires des attentats du 11 septembre à Washington et
New York et leur propre action contre les « bandits » tchétchènes. Et voilà comme on écrit l’histoire. Il semble que mon feuilleton va continuer quelques temps encore, jusqu’à ce que sans doute tous les Tchétchènes soient morts. C’est tellement pratique de réduire en cendres un peuple et de prendre sa place...Comme je le pensais bien, je ne suis pas la seule à me préoccuper du sort des Tchétchènes. Voici ce que je viens de trouver dans le N° 88 d’Aujourd’hui sous la plume de M. Argery: TCHETCHENIE : La lutte contre le « terrorisme » fait des adeptes parmi les dirigeants de ce monde qui, chaque jour plus nombreux, sautent sur l’occasion pour régler leurs problèmes. Il y a le gouvernement chinois qui, membre de l’OMC (Organisation mondiale du Commerce)[3] réprime sans coup férir les autonomistes musulmans ouïgours, accusés d’être manipulés par les islamistes de Ben Laden. Il y a le gouvernement colombien qui n’hésite pas à assimiler les deux mouvements de guérilla du pays au terrorisme islamiste… Mais au côté du peuple afghan, celles et ceux qui risquent encore de payer le plus lourd tribut à cette guerre internationale des pouvoirs établis contre le “terrorisme” sont sans doute les Tchétchènes. Si le gouvernent Poutine s’est empressé d’apporter son soutien aux Etats-Unis, au point que des observateurs proposent de dater du 11 septembre 2001 la vraie fin de la guerre froide[4] , ce n’est pas par hasard. Il veut avoir les mains libres pour poursuivre sa guerre criminelle contre la population de ce malheureux pays. Peut-être est-il utile de rappeler que la guerre menée par l’URSS en Afghanistan de 1979 à 1989 a servi de modèle à celle que livre actuellement l’armée russe en Tchétchénie. « Les mêmes méthodes ont été utilisées : harcèlement des civils, emploi d’armes de destruction massive, massacres, pillages, sur fond de déliquescence de l’armée qui, à Grozny aujourd’hui, comme à Kaboul hier, vend ses propres armes aux rebelles ! » (Le Monde, 23-24 sept. 2001) Alors qu’il y a déjà eu des dizaines de milliers de morts en Tchétchénie, les Etats-Unis et le monde occidental risquent de fermer encore un peu plus les yeux sur ce qui se passe là-bas. En ce qui nous concerne, nous poursuivons notre soutien au Centre d’étude et de recherche Praxis, l’un des quelques groupes pacifistes qui mène à Moscou une action à la fois propagandiste et concrète contre la guerre en Tchétchénie. Je m’arrête une fois encore mais jusqu’à quand... Le 19 Décembre J'ai eu des réactions intéressantes à mon « feuilleton tchétchène. » J'ai envie d'en retranscrire ici quelques unes: De Gérard Briffoteaux A quand un procès au Soudan Sud où les chrétiens sont massacrés par les Islamistes ? A quand un procès en Chine où les Tibétains sont massacrés ? A quand un procès à Cuba où les opposants au régime sont emprisonnés ou exécutés ? A quand un procès au Kosovo où les Albanais massacrent les Serbes Chrétiens et exportent leurs filles vers les pays de l'Europe de l'Ouest ? etc... Votre article, fort bien écrit, fleure bon la mauvaise foi...
Ma réponse: Merci déjà de m'avoir lue. Il se trouve que si j'ai pensé dernièrement à la Tchétchénie, c'est à cause du marchandage de Poutine : « je te donne si tu me donnes. » Par contre, je ne pense pas pouvoir être taxée de mauvaise foi parce que je suis entièrement d'accord avec vous. Quand les Kosovars étaient les victimes, quand les Bosniaques étaient les victimes, j'étais contre les Serbes. Avec beaucoup de peine d'ailleurs car les Serbes furent nos alliés de 14-18 et mes oncles ont fait partie du corps de Franchet d'Esperey au Moyen Orient. Ils furent nos alliés de la Seconde Guerre mondiale, un peu plus tout de même que les Croates. En revanche si aujourd'hui les Albanais font partie de la mafia, je suis contre eux. Je suis à 100% pour les Tibétains contre les Chinois et j'éprouve un grand respect pour le dalaï-lama et l'idéalisme qu'il représente. Je suis contre les Islamistes et les extrémistes de tous bords et je ne sélectionne pas les victimes, de quelque confession soient-elles. Je crois, à 78 ans et demie, avoir toujours été autant que je l'ai pu, du côté des victimes. Simplement je ne peux malheureusement parler de toutes en même temps. De Jean Dif: J'ai lu avec beaucoup d'intérêt les articles sur la Tchétchénie. Que les exactions commises dans ce pays suscitent la réprobation, quoi de plus normal ? Mais, il ne faut pas s'arrêter là et condamner ici ce que l'on a absout ailleurs. Le colonel russe qui a tué une jeune Tchétchène, sans l'avoir violée est certes condamnable. Mais, peut-on s'indigner du renvoi de son procès lorsque tant de militaires occidentaux coupables d'avoir commis eux aussi des crimes de même nature n'ont jamais été inquiétés ? Il y a quelques temps, un tribunal français a indemnisé un plaignant d'origine algérienne né à la suite du viol de sa mère par des militaires français. Ceux-ci ont ensuite frappé le ventre de la femme enceinte pour la faire avorter et ce sont les séquelles dont souffre le plaignant, à la suite de ces coups, qui ont été indemnisées ! Le livre du Général Aussaresse est tombé fort à propos pour rappeler à ceux qui l'auraient oublié que nos pays démocratiques ne se conduisent pas beaucoup mieux que les autres lorsqu'ils sont entraînés dans certains types de conflits. Les Russes auraient besoin de la Tchétchénie pour faire passer leurs oléoducs. C'est peut-être vrai. Mais qu'est-ce qui a justifié la guerre du Golfe sinon la protection des sources d'approvisionnement en pétrole de l'Occident ? Plusieurs milliers de soldats irakiens ont été enterrés vivants par des bulldozers dans le sable du désert au nom de cet idéal ! Et un million et demi d'Irakiens sont morts depuis victimes de l'embargo et des bombardements anglo-américains. Aujourd'hui tout le monde trouve normal que les Etats-Unis bombardent l'Afghanistan. Comment, d'ailleurs le leur reprocherait-on alors qu'il viennent d'être victimes de l'attentat du 11 septembre? Mais pourquoi cette grande puissance a-t-elle pendant si longtemps soutenu, armé, puis toléré Ben Laden et ses séides sinon toujours avec l'espoir d'utiliser l'Afghanistan comme lieu de passage d'oléoducs pour faire transiter le pétrole de la région ? De plus, l'attentat du 11 septembre autorise-t-il les militaires anglais et américains à prêter la main au massacre des prisonniers de guerre révoltés de Mazar-El-Charif, comme nous l'avons vu sur nos écrans ? Ceux qui trouvent une telle action acceptable sont évidemment bien mal placés pour demander des comptes aux Russes en Tchétchénie. Lorsque ces derniers mettent en évidence le lien qui existe entre les rebelles Tchétchènes et les réseaux islamistes, ils ne font que rappeler un évidence. De nombreux combattants tchétchènes sont en train de mourir actuellement sous les bombes américaines dans les grottes de Tora Bora ! Combien de combattants formés dans les camps d'entraînement talibans sont-ils intervenus en Bosnie, au Kosovo, en Russie, aux Etats-Unis et même en France ? Souvenons-nous que, lors des attentats qui ensanglantèrent le métro de Paris, des islamistes arrêtés dans le nord de la France avaient été formés en Bosnie. La Russie a certainement la main trop lourde en Tchétchénie et loin de moi la pensée de l'absoudre de tous les crimes qui y sont commis. Mais il faut tout de même se rappeler qu'après un premier conflit particulièrement sanglant, la Tchétchénie avait réussi à obtenir son indépendance. Qu'en a-t-elle fait ? Au nom de l'Islam, elle a attaqué le Daghestan voisin pour imposer à sa population des solutions politico-religieuses que la-dite population est assez grande pour retenir toute seule si elle en a envie. Cette attaque était évidemment une agression contre la fédération de Russie dont le Daghestan fait partie. Peut-on légitimement reconnaître aux Etats-Unis le droit de se défendre lorsqu'ils sont attaqués et refuser le même droit à la Russie ? Enfin, venons-en maintenant au millier de Chinois exécutés au cours d'une année. On peut regretter qu'un aussi grand pays, il n'est d'ailleurs pas le seul, ait conservé la peine de mort dans son arsenal. Personnellement, je suis un partisan convaincu de son abolition. Mais c'est procéder à un amalgame bien hardi que de laisser supposer que tous les suppliciés chinois sont des victimes de la répression. En Chine, comme ailleurs, il y a aussi que je sache des délinquants de droit commun. Donc, d'accord pour condamner les excès commis en temps de guerre par des troupes qui se conduisent malheureusement trop souvent de façon brutale à condition que toutes les exactions le soient, quel que soit le pays d'origine de leurs auteurs, et sans trop se faire d'illusion sur l'influence et la portée des dénonciations. Malheureusement, la guerre en général, et les guerres civiles en particulier, l'histoire nous le montre surabondamment, conduisent presque inévitablement à ce genre de dérapage. C'est donc contre les guerres et contre ceux qui les fomentent qu'il convient de s'indigner plus que contre les soldats qui, à bien des égards, sont aussi des victimes. Par ailleurs essayons de garder les yeux ouverts autant que possible et de conserver notre esprit critique, en dépit du battage publicitaire des médias. Le monde dans lequel nous vivons est complexe est menaçant. Avant de critiquer à tort et à travers tel ou tel pays, commençons d'abord par distinguer d'où viennent les menaces réelles. C'est d'abord de cela qu'il faut s'occuper si nous voulons que nos enfants survivent. Ni nos dirigeants, ni nos intellectuels, qui ont si souvent soutenu des causes tordues, ne me semblent aujourd'hui faire preuve de cet élémentaire bon sens. Ma réponse : Jacques Tessier m'a renvoyé votre mail puisque je suis la responsable des « Mots...dits. » Mon « feuilleton tchétchène », bien que n'ayant paru que lundi matin a déjà suscité des réactions dans le genre de la vôtre et c'est très bien parce que nous sommes heureux quand les lecteurs font part de leurs réactions et de leurs réflexions aux |