|
Lise Willar - Ecrits |
|
Accueil
Le temps des voyages Prologue Nouvelles Mon oncle l'anarchiste Short Stories
My uncle the
anarchist Version française Version anglaise
Billy Collins Livres...dits Première partie Mots...dits Première partie Horizon 2003 Prologue
|
1990 Le 3 Février Le Mur de Berlin détruit, le Communisme pour ainsi dire aboli sur les Marches de l’Empire Soviétique, à quels bouleversements n’assisterons-nous pas en cette dernière décennie du vingtième siècle? Pourtant je ne ressens pas en moi-même la joie de constater que le « mal » est enfin exorcisé. Il semble en effet que ce cancer diabolique en cache un autre aussi pernicieux. La toute-puissance de l’Etat centralisé fait place en Europe de l’Est et en Union Soviétique à de terribles luttes intestines entre peuples et entre communautés. La « pereztroïka » est une arme étrange, à la fois fusil et boomerang. Elle a tout désorganisé chez les autres et chez elle pour le meilleur et pour le pire. La réunification des deux Allemagnes est-elle pour nous un bien ou un mal ? La Pologne protégée par le Vatican mais dans une situation économique abominable va-t-elle tomber dans le piège de l’intégrisme chrétien ? Les Roumains déchirés devant un gouvernement néo-communiste auront-ils la tentation d’une monarchie désuète ? La Yougoslavie qui, depuis sa création artificielle en 1921, n’a jamais assumé sa fonction d’Etat souverain, continuera-t-elle à n’être qu’une composite de communautés qui se haïssent? Les Serbes orthodoxes libéraux puis communistes ne se sont-ils pas toujours opposés aux Croates catholiques et conservateurs tout en étant d’accord avec eux pour détester les Bosniaques et les Monténégrins musulmans ? Les Bulgares, de leur côté, n’ont-ils pas de tâche plus urgente que de rejeter leurs nationaux d’origine turque ? L’Europe Centrale se balkanise : plutôt que de voler en jet vers le XXIème siècle, les anciens satellites de Moscou retournent en teuf-teuf vers le XIXème. Pour ce qui est de l’URSS, les Azéri se battent contre les Arméniens, les Pays Baltes dont la France n’a jamais reconnu l’annexion réclament à juste titre leur indépendance. De ce fait ils subissent l’assaut de Moscou et il y a de nombreux morts en Lithuanie. Korbatchov nie sa participation dans l’ordre de tirer sur la foule que semblent avoir eu les militaires soviétiques. Ces pays du Nord aux luxuriantes forêts sont pollués par les usines de produits chimiques comme l’est plus au sud le Haut Karabag. Un reportage de la 2 nous a montré les horreurs insupportables subies par les communautés musulmanes de cette province : enfants monstres produits par les émanations chimiques, bidons-villes atrocement pauvres, indifférence de Moscou, un chimiste et un médecin qui luttent depuis vingt cinq ans pour sauver le peu qui reste et n’obtiennent strictement rien des autorités centrales. Les mers intérieures sont asséchées, le Lac Baïkal n’a plus de poissons depuis longtemps. Je pense avoir mangé une des dernières fritures provenant de cette immense réserve en 1964 quand j’ai longé en train le lac après avoir traversé la Sibérie Occidentale et avant d’atteindre Oulan Oudé en Mongolie Intérieure. Je dois reconnaître que si la Sibérie m’a paru pauvre alors, elle n’était en tout cas pas sèche et la terre était bien noire. Quant au Baïkal et ses rives plantées de sapins à perte de vue, on eût dit la Suisse : trente années de plus ont fait bien du mal à toutes ces régions. Madame Korbatchov qui aime tellement le luxe et les voyages en Occident devrait bien faire une virée dans les provinces du Sud-Est de son pays : quelle bonne leçon d’humilité pour la première dame d’URSS dont les actions humanitaires ne tiennent pas la une des journaux. Un enfant sur trois meurt à la naissance, un enfant sur trois est un monstre, les poumons d’un enfant sur trois sont atteints avant qu’il n’atteigne l’âge de deux ans : combien d’enfants viables reste-t-il autour des usines de produits chimiques ? soustractions intolérables : aucun. Devant toutes ces abominations, toutes ces luttes intestines, on aimerait pouvoir se tourner vers des pays lointains comme le Cambodge martyr et récemment libéré qui a peut-être une chance de revivre et de retrouver sa douceur et ses coutumes d’autrefois. Malheureusement, si nous avons eu les oreilles rebattues la semaine dernière par les problèmes roumains, pas une seule fois ne fut évoqué le danger mortel encouru par le retour éventuel des Khmers rouges à Phnom Penh. Nous devons, parce qu’ils sont à nos portes, calmer les esprits de l’Est, nourrir les estomacs de l’Est, investir dans les différentes économies de l’Est... Tant pis pour les pauvres gens d’Afrique ou d’Asie qui sont trop loin pour nous. Ils n’ont qu’à se débrouiller ou mourir en silence. Les Cambodgiens sont les nouveaux « oubliés de la une. » Qui se souvient encore des petits enfants qui fuyaient les hordes barbares en portant sur leur dos des bébés innocents ? Le 19 Février J’avais depuis plusieurs semaines envie de voir le « Valmont » de Milos Forman dont tout le monde autour de moi parlait avec chaleur. J’y suis donc allée hier et je suis ressortie de la salle en me disant que le célèbre metteur en scène du « Vol au-dessus d’un Nid de Coucou » et d’ « Amadeus » avait non seulement réalisé un film aux décors magnifiques, reconstituant dans les moindres détails l’environnement de la Noblesse du XVIIIème siècle mais qu’il avait perçu le tréfonds même de ces âmes innocentes, perverses ou ambiguës. Le choix des acteurs constituait un délice de finesse et de discernement: cette petite Cécile au bord de l’enfance et déjà tellement femme, cette mère affectueuse et abusive, ce Valmont aussi attendrissant qu’immoral, cette Madame de Merteuil au sourire enjôleur engluée dans ses machinations, ses amours et son orgueil insoutenable, ce Danceny charmant, frêle, batailleur, suffisamment vulnérable pour qu’on devine en lui un Don Juan qui s’ignore, l’adorable vieille tante sourde quand elle choisit de l’être, toute acquise à son charmeur de neveu et dont la malice intelligente voit en Cécile la dépositaire d’une pérennité familiale ou peut-être d’une réincarnation... Les réalisateurs français devaient éprouver une certaine gêne devant une telle réussite. Il est vrai que la Tchécoslovaquie a vu naître des écrivains passés maîtres dans l’art de connaître les hommes, leurs passions, leurs travers, leurs faiblesses, Kafka, Kundera, Vaclav Havel, pour ne citer que trois des meilleurs, et l’on ne peut véritablement s’étonner que Milos Forman passe aisément de l’hôte étrange d’un asile d’Aliénés à Mozart et de Mozart à Valmont. La première chaîne donnait par hasard, le soir même du jour où j’ai vu « Valmont », « Les Liaisons Dangereuses » de Vadim avec Gérard Philipe et Jeanne Moreau, un film que j’avais sans doute oublié malgré la présence de deux acteurs que j’aime et que je respecte. Je me suis vraiment forcée pour regarder le film jusqu’à la fin mais ce fut difficile. Tout y était pâle et faux: la transposition inutile dans un cadre moderne, le « noir et blanc » choisi sans doute pour faire plus intimiste, des acteurs qui ne collaient pas à leur personnage, Cécile trop âgée, trop sophistiquée, Valmont (j’en demande pardon à Gérard Philipe dont la mort était proche) inconsistant, Juliette de Merteuil moins diabolique que nature. J’avais peur que ce mauvais film ne me gâte mon plaisir de l’après-midi mais l’intelligence, la finesse de perception, la psychologie profonde, l’aisance dans la création, la beauté... sont des choses qui ne s’oublient pas. Si Choderlos de Laclos revenait parmi nous et devait choisir entre les deux adaptations de son célèbre roman, nul doute que sa préférence irait sans hésiter à « Valmont » de Milos Forman. Le 20 Février J’ai pris en route ce soir « Le téléphone sonne » sur France Inter. Je ne connais donc pas le nom des invités d’Alain Bédouet (des professeurs sans doute) qui discutaient du film « Le Cercle des Poètes Disparus. » Ces Messieurs étaient farouchement contre et ils ont dédaigneusement comparé le numéro du professeur de Lettres à un « One Man Show » dans un mauvais video clip. C’est dur et l’arrogance intellectuelle française est parfois insupportable. Pour juger, il faut connaître et l’éducation anglo-saxonne ou plus spécifiquement américaine est une chose complexe dont les esprits latins n’apprécient pas la conception. Tout d’abord, ils ont constamment parlé de « lycée » comme le font les gens chargés de la postsynchronisation des séries américaines quand il s’agit de « high school ». Traduire par « école » serait déjà un progrès car le « lycée » est un concept hexagonal qui ne s’exporte qu’individuellement dans les pays avec lesquels nous avons des relations culturelles : les lycées français de l’étranger sont des duplicata de nos propres établissements et n’ont rien à voir avec les écoles américaines sinon qu’ils y accueillent des élèves de ce pays auxquels les parents veulent donner une instruction différente et plus en rapport avec leurs goûts. Parler de lycée ou d’école secondaire en ce qui concerne l’établissement en question dans le film est une aberration car il est une création spécifique des Etats-Unis. On y prépare à grands frais les élèves à l’ntrée dans les Universités faisant partie de l’ « Ivy League », le crème des crèmes : Harvard, Princeton, Berkley... Le travail est dur et la discipline terriblement stricte (en tout cas dans les années cinquante durant lesquelles se situe le film.) Chaque élève est l’ « American Citizen » optimal potentiel destiné à chaque branche privilégiée de la société américaine: le meilleur médecin, le meilleur avocat, le meilleur informaticien, le meilleur Président des Etats-Unis. N’oublions pas qu’il a fallu la fin de la Guerre du Vietnam et les années soixante dix pour que, durant une décennie à peu près, les meilleurs étudiants d’Harvard n’entrent pas automatiquement à la fin de leurs études dans un grand cabinet d’avocats new-yorkais mais décident de consacrer deux années environ à faire du travail social. L’entrée du jeune professeur anticonformiste dans la vie des élèves ne peut donc que constituer un choc psychologique incompatible avec la poursuite sereine de leurs études académiques. Les invités d’Alain Bédouet ont omis le fait que cet enseignant n’était pas un vieux prof routinier mais l’enfant prodigue qui débarquait pour la première fois dans son ancienne école depuis sa jeunesse studieuse: il était plein de fougue, enivré de poésie, prêt à tout chambarder, à tout remettre en question. Quelqu’un a dit que pas une fois dans le film on a vraiment parlé de poésie. Les intellectuels français ne connaissent donc pas Thoreau, le symbole de ces réunions nocturnes, disciple d’Emerson, imprégné des mystiques hindous et des idéalistes allemands, l’auteur d’oeuvres populaires telles que « Walden » et « La Vie dans les Bois. » Et puis le professeur ne voulait pas tellement enseigner la poésie que susciter chez les élèves l’envie de créer leurs propres mots, de découvrir leur personnalité si différente parfois de l’idéal conservateur et obsolète auquel aspirait pour eux leurs maîtres et leurs familles. Un autre interlocuteur a critiqué les effets de brume dans un paysage irréel. Alors là, il ne sait pas de quoi il parle! D’une part de tels effets sont parfaitement compatibles avec un film romantique mais surtout l’action se passe en Octobre, à la rentrée des classes. Les écoles privées américaines (comme les « public schools » anglaises) ont un environnement idéal dont nous n’avons pas la moindre idée, habitués que nous sommes aux cours cimentées de nos établissements nationaux. Les couchers de soleil de l’été indien dans l’est et le nord des Etats-Unis sont sublimes et il est naturel qu’une fiction transfigure encore la réalité quand il est question de poésie. En fait j’ai une réponse toute prête face à ce dénigrement : quand j’étais à l’université un professeur de mise en scène, créateur avec ses anciens amis de Normale Supérieure du Théâtre de l’Aquarium, me taxait d’impressionniste parce que mes compte-rendus, après que j’eus assisté à la représentation d’une pièce, étaient une suite de réactions émotives. Il en est de même aujourd’hui quand je vais au cinéma ou au théâtre. J’ai réagi émotionnellement à chaque scène du film, à l’implication progressive des jeunes gens dans une aventure étrange, à leurs essais balbutiants, à la naissance de leur amitié, à la découverte de leur moi, à la beauté des automnes américains, à la dévotion de ce jeune professeur qui, pour l’amour de son métier, vit loin de ses propres amours, à l’égoïsme d’un père, à la lâcheté d’une mère, à la sensibilité d’un adolescent... Je ne suis pas allée suivre un cours de poésie ou me conforter dans les méthodes américaines d’enseignement, j’ai simplement vu un film qui m’a remplie d”émotions diverses. Un auditeur du « Téléphone sonne » a prétendu que, s’étant fourvoyé dans une salle où le film passait en version originale, il était ressorti épuisé après une heure de spectacle. N’ayant aucun rudiment d’anglais, il lisait mal les sous-titres et s’était profondément ennuyé. Tant pis pour lui, tant pis pour les invités d’Alain Bédouet, tant pis également pour les mages du « Masque et la Plume » qui, paraît-il, n ‘ont pas aimé. Moi, j’ai adoré, ne leur en déplaise. Il faut dire que d’une part je parle anglais couramment et que je n’ai pas envie de renier mon plaisir même quand on veut m’y encourager après coup. Le 10 Mars Je ne peux passer sous silence l’admirable prestation de Frédéric Mitterrand qui vient de nous donner un « Spécial Roumanie. » Je ne sais qui m’a le plus impressionnée de lui ou de ses invités. Couvrir en quatre jours la quasi totalité du paysage roumain c’est une épreuve de force que tous les participants ont remporté de haute lutte. Bien sûr cinéastes, étudiants, écrivains, hommes politiques éclairant le débat, ce fut un éblouissant parcours intellectuel où le peuple profond n’était présent que par des chansons ou le truchement d’une caméra se promenant dans la campagne mais en quatre jours Frédéric Mitterrand a fait plus que n’importe quel grand journaliste et sans doute à moindre frais. Parler d’une coupure de quarante années entre la Roumanie de Ceausescu et de l’Europe occidentale, c’est oublier que les hommes trouvent toujours le moyen de communiquer malgré toutes les interdictions. Les invités de Frédéric Mitterrand ont prouvé avec force que, jeunes ou adultes, ils avaient une mémoire efficace et une connaissance de tous les évènements, mémoire et connaissance plus affinées sans doute parce que plus difficiles à satisfaire dans un monde apparemment clos. Je dois aux étudiants
de leur affirmer ma sympathie et mon admiration. Je savais avant même
un voyage remontant aux années 80 que la culture française avait
toujours exercé une grande influence sur les Roumains qui parlent notre langue
mieux que les autres Européens[1]mais
j’avais été émue à l’occasion de ce voyage de constater dans un grand
restaurant de Bucarest que non seulement le menu était rédigé en français
mais que le vieux maître d’hôtel le parlait encore impeccablement. Je
pensais cependant que dans la Roumanie communiste seuls les anciens continuaient
à le comprendre et j’ai été agréablement surprise de la fluidité du français
estudiantin. Sur une vingtaine de jeunes gens interrogés par Frédéric
Mitterrand, 90% le parlaient couramment et discutaient sans hésitation de
sujets ardus et contemporains. Je crois que pas un seul étudiant de nos
universités n’auraient cette merveilleuse aisance en anglais. Une prison, la Roumanie de Ceausescu ? En tout cas une prison d’où l’âme des intellectuels s’envolait pour s’unir à celle de leurs homologues européens. C’est sans doute la raison pour laquelle je plains entre toutes la classe ouvrière et la classe paysanne qui subissent le joug de la misère et de la faim, les brimades policières et autres, sans avoir toujours la faculté physique ou intellectuelle de se défendre. On rétorque à ceci que les paysans ont au moins quelque chose à se mettre sous la dent: à peine sous un régime qui s’infiltre partout et prend tout. En 1980, j’ai traversé des campagnes pourries et des petites villes où les restaurants ne servaient pas de nourriture décente. Et puis un intellectuel peut crever de faim mais on ne peut lui voler son âme ni son savoir, les responsables des asiles psychiatriques en savent quelque chose, celui en tout cas auquel on n’a pas lavé le cerveau. Le Professeur Zakharov, aussi brimé, aussi exilé qu’il ait pu être, a perdu la santé mais pas ses connaissances. Bien entendu Frédéric Mitterrand a fait avec ce qu’il avait sous la main, c’est-à-dire les roseaux pensants de la Roumanie et il l’a fait magnifiquement bien, sans l’ombre d’une forfanterie. Il a réagi quand il le fallait, il a pratiquement, et pour des sujets aussi vastes, utilisé moins de notes que dans ses émissions habituelles. Il a montré des connaissances qui paraissent d’autant plus inattendues que, changeant tous les soirs de sujet et d’interlocuteurs, il n’avait pas eu des mois pour approfondir les choses même s’il dispose certainement de collaborateurs efficaces. Je suis sûre que les Roumains ont apprécié les quatre jours passés en sa compagnie et pour une fois je peux me permettre d’applaudir tout le monde, techniciens compris, car ce ne fut pas facile sans doute d’organiser un tel débat qui exigeait non seulement de la matière grise mais des moyens audiovisuels sophistiqués. Sempiternelle question: pourquoi choisir une heure aussi tardive que minuit pour faire une émission passionnante qui devrait intéresser l’ensemble de nos compatriotes s’ils ont la moindre envie de connaître l’évolution foudroyante des évènements. La Roumanie, c’est un sujet tout de même plus intéressant que « Colombo » et pourtant j’éprouve en général beaucoup de sympathie pour le policier américain à l’antique Peugeot décapotable.. Le 25 Avril J’ai peur! Il y a Le Pen qui monte dans les sondages, les démocrates des Pays de l’Est auxquels on a volé leur révolution, le gouvernement roumain aussi réactionnaire que le précédent et vis-à-vis duquel les personnalités dont j’ai parlé il y a quelques semaines sont impuissantes, l’union économique allemande, quatre vingt millions de citoyens à notre porte comme avant la Seconde Guerre Mondiale dont je veux croire de toutes mes forces qu’ils ont une vocation européenne. J’ai peur ! L’Union Soviétique a des relents d’antisémitisme : elle a déclenché un processus de pérestroïka dont elle ne semble pas très bien connaître les rouages. Frédéric Mitterrand reçoit les roitelets des Balkans y compris le petit fasciste d’Albanie qui a appris la démocratie en Afrique du Sud et dont le père Zog était un protégé de Mussolini. Il rend visite à des Grands Ducs et à de Grandes Duchesses qui veulent nous faire oublier que les Tsars étaient autant de Stalines. Alors, merci à la 5 d’avoir commémoré deux jours de suite le quarantième anniversaire de la libération des camps de la mort. Le téléfilm italien « Wiesenthal » était empreint d’une émotion presque insoutenable et Ben Kingsley un interprète admirable. Madame Simone Weil a raconté avec tact et simplicité la mort de son père dont elle n’a reçu la confirmation qu’en 1977, de sa mère atteinte en déportation et devant ses yeux du typhus, des membres de sa famille le plus proche, son oncle, sa tante et son cousin de onze ans. Sur toutes les personnes qui ont téléphoné, 79% ont approuvé l’initiative de la 5. J’attends encore à l’heure actuel que le service public mentionne officiellement le souvenir des millions d’hommes et de femmes (juifs, polonais, gitans, homosexuels, vieillards, déficients mentaux...) morts pour que triomphe l’idéologie de « Mein Kampf. » Il est évidemment plus facile de commenter sur France Inter les problèmes (vitaux d’ailleurs) de l’actualité régionale auxquels « Ecran Total » a consacré son émission d’aujourd’hui
[1] Mon beau-père médecin était roumain de naissance. Dès avant la Guerre de 14-18 existaient des accords entre la Roumanie et la France accordant aux étudiants roumains l’équivalence de leurs diplômes quand ils poursuivaient leurs études en France. C’est ainsi que mon beau-père put intégrer la Faculté de Médecine en deuxième année. Et puis il ne faut pas oublier que dans les années trente, Bucarest était connue sous le nom de « Petit Paris. » Des amis d’Istanbul avaient coutume de prendre l’Orient Express pour passer le week-end dans la capitale roumaine dont ils appréciaient l’atmosphère et la joie de vivre. |